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LE TRIPOT SCOLAIRE DE MONTREAL

Mais, dira- t-on peut-être, ('o/re ancien Magistrant[en parle fort à son aise et, sur les Ecoles de Montréal, par exemple, il exprime des opinions contraires aux faits, en contradiction flagrante avec le sentiment du peuple de cette Cité. U^

Notre Ancien Magistrat ne dissimule pas que, depuis de longues années, il s'était mis hors du tourbillon de la vie publique ; il ©'ajoute pas s'en être désintéressé. Son enquête approfondie sur la question scolaire, qui n'absorba point du reste toute son activité, prouve au contraire, qu'à l'abri des vaines agitations et des visées qui emportent les âmes aventureuses et ies esprits ambitieux, il a su donner à une question capitale la sereine et sérieuse considération que comportait un intérêt, selon lui national.

11 était sincère et honnête; il était, de plus, parfaitement renseigné ; le docament qui va suirsTe et qui ne sera pas plus contesté que tous ceux qui précèdent, confirmera ses dir€S,et donnera une singulière force à ses conclusions. |' -: :: ^

C'est le Rapport d'une commission d'enquête qui eut lieu en 1883; ce rapport n'a pas encore été, jusqu'à ce jour (1913), porté à la connaissance du public. Les conservateurs du gouvernement provincial de Québec eurent manifestement honte, et M. Gédéon Ouimet, premier ministre, plus que tout autre, des témoignages aussi humiliants qu'écrasants qui justifiaient pleinement les

plaintes unanimes des citoyens de Montréal. On n'osa donc rien publier, et c'est pourquoi nous donnons ce rapport inédit immédiatement après le travail de Vaticien magistrat, dont il est, en quelque sorte, une pièce justificative digne de toute confiance, comme il est du plus grand intérêt.

Ce rapport apprendra aux catholiques Canadiens ce qu'ils peuvent attendre et redouter si tout le pays se trouvait, comme Montréal, sous le contrôle, si aléatoire, de l'Etat !

Et ne perdons pas de vue, en parcourant ce document accusateur, que, vu la qualité et la situation des enquêteurs, il est aussi atténué que possible : ce qui n'empêchera point les citoyens de Montréal, victimes des défaillances révélées, de rétablir les faits et d'en tirer leurs conclusions pratiques.

On retiendra que l'un des juges, en cette enquête, était un avocat protestant qui n'avait guère qualité pour s'occuper des intérêts catholiques ; et qu'il y eut aussi une sorte d'enquête sur les écoles protestantes de Montréal qui n'étaient pas en cause dans le débat. Et, d'aillears, qu'avaient à faire des commissaires catholiques dans un contrôle relatif aux Ecoles protestantes de Montréal ou d'autres lieux ?!

Après avoir dénoncé que la Commission scolaire pour une douzaine d'écoles de Montréal n'est qu'un acheminement vers l'enseignement d'Etat, nous laissons aux juges enquêteurs de 1883 le soin de renseigner officiellement nos lecteurs sur l'incident.

Rapport de la Commission royale du 4 janvier 1883 sur les écoles de la cité de Montréal (Document inédit à ce jour)

A l'honorable Théodore Robitaille, lieutenant- gouverneur de la Province de Québec.

La Commission Royale, nommée sous l'autorité et en vertu de la proclamation du lieutenant-gouverneur de la Province de Québec, se compose finalement, le 4 janvier 1883, après la révocation successive des Commissions du 1^^ décembre 1882 et du

5 décembre 1882, des membres suivants : Charles- Joseph Coursol, écuyer, avocat, conseil de la Reine, Léonidas-A. Davidson, écuyer et Charles- J. Doherty, écuyer, avocat, Charles Glackmeyer et Adélard de Martigny, écuyers, tous de la cité de Montréal, choisis comme commissaires pour faire une enquête :

1° Sur l'administration des bureaux des commissaires d'écoles pour la cité de Montréal, depuis leur organisation ;

2° Sur la prétendue nécessité d'augmenter la taxe actuelle des écoles dans la dite cité ;

3° Et, en général, sur toutes les matières d'intérêt public se rattachant aux écoles et au système scolaire dans la dite cité ; lesquels ont l'honneur de présenter le rapport suivant :

Vos commissaires ouvrirent publiquement leurs séances dans la salle de l'Académie commerciale, appartenant au Bureau des commissaires des écoles catholiques de la cité de Montréal, le 9 décembre dernier, et les dits commissaires des écoles catholiques furent admis à prendre part aux débats d'après la demande qu'ils en firent. Une demande fut aussi faite en faveur de la cité de Montréal et des contribuables des différents quartiers de ladite cité, pour qu'ils fussent représentés par des syndics, et que les délibérations de l'enquête fussent publiques. Vos commissaires, après mûre réflexion et dans l'intérêt des citoyens, acquiescèrent à cette demande, et, dès lors, la cité de ^lontréal fut représentée par L. I. Ethier, écuyer, assistant procureur de la dite cité, et les contribuables eurent comme représentants MM. Bourgoin et Jeannette, avocats, ainsi que MM. J.-X. Perrault, J.-C. Robillard et J.-P, Whelan. Vos commissaires ont entendu les témoins assignés en faveur et à la demande de la cité de Montréal et des contribuables, ainsi que ceux qui furent cités en faveur et à la demande du Bureau des commissaires des écoles catholiques. Ces témoins ont fourni un grand nombre de documents que vous trouverez reproduits ci-après.

Vos commissaires, à la conclusion de l'enquête, donnèrent aux syndics et représentants ci-dessus mentionnés toute la facilité et l'avantage d'une pleine et entière argumentation. Les Bureaux

des écoles des commissaires, tels qa'ils existent actuellement dans la cité de Montréal, furent créés pai" l'Acte de la Législature de la Province de Québec, 32 Victoria, cb. xvi, et datèrent du 1" juillet 1869.

A l'époque du changement de la Constitution des Bureaux, les commissaires catholiques avaient onze écoles sous leur contrôle et possédaient deux maisons d'écoles. Depuis 1869, ils ont érigé ou acheté huit maisons d'écoles et cinq résidences privées, et ont acquis une grande étendue de terrain. Les principales de ces maisons d'écoles sont celles connues sous le nom d'Académie commerciale du Plateau, située sur la rue Saint-e-Catherine, d'Ecole Polytechnique, d'Ecole Olier sur la rue Roy, d'Ecole Belmont sur la rue Guy, d'Ecole Champlain sur la rue Fullum, et, d'Ecole Sarsfield, à la Pointe Saint-Charles.

Le Bureau accorde aussi une aide pour l'entretien de dix-huit écoles qui ne sont pas entièrement sous son contrôle. Pour faire face aux dépenses encourues par l'érection des édifiées sus-meBtionnés. le Bureau crut nécessaire, qu'outre leurs recettes provenant de la taxe d'école et de l'octroi du Gouvernement, il devait se produire des ressources au moyen de débentures }usqu'8u montant de 400.000 piastres, et c'est ce qu'il a fait. On présume que ces débentures ont été émises en vertu des Actes suivants de la Législature de cette Province, savoir : 32, Victoria, chap. xvi ; 33, Victoria, chap. xxxv ; 34, Victoria, chap. xii ; 36, Victoriaj chap. XXXIII ; 39, Victoria, chap. xvi ; et 42-43, Victoria, chap. XIV ; mais vos commissaires ne trouvent pas dans ces Actes d'autorisation expresse pour l'émission de débentures s'élevant au delà de deux cent mille piastres.

Suivant un état fourni par le Bureau des commissaires d'écoles catholiques, dans le cours de l'enquête, les recettes provenant de diverses sources, de 1868 à 1882, se montent à un million sept cent quatre ving-cinq mille trois cent soixante-sept piastres et trente-cinq centins (S 1.785.367.35), dont sept cent douze mille quarante-sept piastres (3 712.047) sont le produit de la taxe d'écoles prélevée dans la cité de Montréal, et cent quatre- vingt-

sept-mille cinquante et une piastres ($ 187.051) ont été reçues du Gouvernement, et enfin, cent quatre mille cinq cent deux piastres proviennent des contributions scolaires. Ce montant comprend la somme de trois cent soixante-six mille soixante piastres, produit net de la vente des débentures qui se montent à quatre cent mille piastres.

Le même état constate que la somme fournie pour le soutien des écoles, durant la période de temps ci-dessus mentionnée, s'élève à six cent mille quatre cent trente-sept piastres ($600.437) et que les commissaires ont dépensé durant la même période pour l'érection de maisons d'écoles et l'achat de terres cinq cent quarante-six mille cinq cent onze piastres ($ 546.511).

Sans doute que les maions bâties par le Bureau des commissaires des écoles catholiques se distinguent non seulement par le confortable, mais encore par l'élégance de leur structure et sont un ornement, comme édifices publics, à la cité de Montréal.

Vos commissaires ont visité toutes les écoles érigées par le Bureau, et quoique, sous certains rapports, et en certaines maisons, on aurait dû trouver de meilleures conditions d'hygièi\e, néanmoins, en somme, ils ont eu lieu d'être satisfaits.

Mais, parmi les principales plaintes formulées contre l'administiation du Bureau, on cite l'extravagance des dépenses fournies pour l'achat de beaucoup plus de terrain qu'il n'en fallait, ainsi que pour l'érection de ces maisons d'écoles qui ont été placées tantôt dans des endroits où elles n'étaient pas requises et tantôt loin du centre de la population pour laquelle elles avaient été construites.

Ces édifices considérés à ce point de vue, et eu égard aux besoins des autres écoles de la cité, aux ressources dont disposait le Bureau et au nombre d'enfants requérant l'éducation, vos Commissaires ne peuvent, vu l'évidence des faits et nonobstant le prétexte que ces maisons contribuent par leur élégance à l'ornement de la cité, vos commissaires, dis-je, ne peuvent en venir à d'autre conclusion si ce n'est que ces constructions, dont on ne peut guère caractériser la magnificence, mais qui certes ont aussi

encouru de magnifiques dépenses, furent un Acte dont il est impossible de justifier le Bureau des commissaires des écoles catholiques.

En réalité, on ne fit guère qu'une légère tentative devant vos commissaires pour excuser ou justifier cette action. Il fut dit, en effet, que ces maisons furent bâties dans un temps où les folles dépenses étaient à l'ordre du jour et que le Bureau des commissaires catholiques, partageant le sentiment général, tomba dans l'extravagance alors que l'on ne trouvait personne de sage. Mais^ en ceci, vos commissaires ne peuvent rien trouver qui puisse disculper les fonctionnaires chargés d'administrer les fonds publics, puisque, en se livrant à cet esprit d'extravagance, ils ont laissé les contribuables de Montréal, quoique possesseurs de plusieurs édifices, splendides il est vrai, cependant plus beaux qu'il ne fallait et en nombre insuffisant pour subvenir aux besoins de la cité; ils les ont laissés, dis-je, sans ressources pour pourvoir à l'éducation dans ces maisons, et encore moins pour construire de nouvelles écoles dans les localités où la nécessité s'en fait le plus sentir.

Les témoignages reçus démontrent clairement que des établissements scolaires à la fois confortables et de belle apparence, auraient pu être construits pour moins de la moitié du prix qu'ont coûté ceux qui existent aujourd'hui, et que si le Bureau des écoles catholiques se trouve engagé dans une impasse d'où il ne soit guère possible de sortir, c'est dû, en grande partie, sinon entièrement, à son manque de prévoyance et à son grand désir de posséder de splendides maisons, oubliant que son premier devoir était de pourvoir à l'instruction des masses dans de bonnes écoles ordinaires et qu'il était secondaire que ces maisons fussent d'apparence plus ou moins belle. Pour excuser ou justifier le Bureau d'avoir contracté les énormes dépenses qu'a occasionnées la construction de ces édifices, il a été dit qu'il avait voulu ériger des monuments qui fissent honneur à la population catholique de la cité de Montréal. On semble n'avoir pas compris que le monument qui eût fait le plus d'honneur au zèle intelligent des fonc-

tionnaires chargés de pourvoir à l'instruction dans la cité de Montréal aurait été de faire en sorte que sa jeune génération, toujours croissante, pût revecoir une bonne éducation, et que par les heureux résultats de la formation de cette jeunesse, celleci pût imprimer aux écoles catholiques de la dite cité ce cachet distinctif d'une population éclairée, qui apprécie le bienfait de l'éducation, qui en reconnaît la valeur, et qui est désireuse de la mettre à la portée de tous, même de ses enfants les plus pauvres. Un tel résultat aurait constitué un monument plus durable et plus honorable que les tourelles crénelées ou la splendide salle de théâtre de l'Académie du Plateau.

Vos commissaires ne peuvent considérer autrement que comme une dépense inutile des deniers publics l'érection que l'on a faite pour la résidence du principal Archambault d'un édifice spécial qui a coûté huit mille six cent vingt-huit piastres, et que l'on a orné avec une magnificence analogue à celle de l'Académie commerciale.

Vos commissaires croient de leur devoir de faire observer que non seulement ils trouvent des preuves d'extravagance dans les plans adoptés par le Bureau des commissaires catholiques et dans le mode de construction, mais que, quand ils en viennent à l'examen des détails, de la manière dont les plans furent exécutés, du système ou plutôt du manque complet de tout système de contrôle, et enfin, de la suspension des travaux des entrepreneurs, ils ne peuvent manquer de remarquer cet esprit d'extravagance et une absence complète de toute juste appréciation dans l'érection de ces édifices, dont ces dits commissaires d'écoles étaient responsables envers les contribuables.

Vos commissaires peuvent, sous ce rapport, vous citer comme exemple, les dépenses de l'Académie du Plateau relatives à l'entreprise contractée par M. Louis Archambault, frère de M. le principal Archambault. Il parait certain qu'à cette Académie il figura dans trois entreprises diverses pour les travaux de menuiserie, dont les dépenses s'élevèrent, en somme, à vingt-deux mille neuf cents piastres ($ 22.900), et que, finalement, il envoya aux

commissaires pour ces travaux, un compte qui lui fut remboursé, se montant à quarante-huit mille qurante-quatre piastres ($ 48.044), suivant que l'indique l'état fourni par le comptable à vos commissaires. On tenta de toutes manières d'obtenir des explications sur cette augmentation extraordinaire ; mais ni le% membres du Bureau, ni le premier architecte, ni l'entrepreneur lui-même donnèrent d'explications satisfaisantes à vos commissaires. En outre, il leur semble que dans la suppression de certains travaux dont l'entrepreneur était chargé, dans l'Acte des commissaires qui congédièrent l'architecte (lequel avait refusé de faire droit à certaines demandes de l'entrepreneur), dans la manière de donner avis de l'ouvrage pour lequel cet architecte demandait le paiement après avoir été congédié (ouvrage qui fut annoncé à diverses reprises par le principal, frère de l'entrepreneur), et enfin, dans le règlement définitif de ce compte, il y a encore un motif sérieux de plainte et de mécontentement.

Vos commissaires ne peuvent, dans ce rapport, procéder à l'examen de tous les itenis du compte en détail ; mais ce qui les a frappés, c'est le fait que presque chaque item a été augmenté de près du double de l'éventualité primitive. Qu'il suffise de citer comme exemple :

— Le compte de l'escalier, entreprise pour S 8.50 par marche, lequel fut élevé à S 15 par marche à cause d'un léger changement. La hampe du drapeau (ou staff), entreprise pour les prix de S 6.00, et coûtant lorsqu'elle fut achevée, une somme additionnelle de $ 8.00. Le vestibule donnant sur la rue Ontario, recevant une boisure au lieu de plâtre, avec une augmentation de $ 156 audessus du prix convenu. La promenade sur le toit se montant à la somme de S 134.56. Quatre bureaux pour le cours commercial et une tribune s'élevant au prix de § 418.63. Un état de compte constate aussi qu'il a été payé audit Louis Archambault entre 1868 et 1883 pas moins de $ 91.709.56.

Vos commissaires remarquent de plus que les frais de voyages, de voitures, etc., sont, à ce qu'il parait, d'une véritable extravagance ; ils comprennent deux comptes^ dont le premier se monte

i $ 3,772, et 90 centins, depuis 1868 à 1382, et le second consistant 3n deux items respectivement de $ 150.50 et de % 699,10 centins. Pour démontrer de nouveau ce même esprit d'extravagajice régnant dans toute l'administration du dit Bureau, vos commissaires ne peuvent s'empêcher de mentionner l'achat d'une fontaine, qui n'a jamais été placée, mais qui devait l'être sur le terrain du Plateau, au prix de neuf cents piastres, et d'un cadran^ ie deux cent soixante et onze piastres et quatre-vingt-dix centins. On constate une autre cause de plainte dans la grande étendue de terrain qui a été achetée et qui n'est d'aucun service pour le besoin des écoles ; ce terrain demeure improductif depuis nombre d'années et est une source de dépenses, vu l'intérêt et les taxes qu'il occasionne. D'après une pièce produite durant le cours de l'enquête, il fut reconnu que le Bureau des commissaires des écoles catholiques prit en considération la justesse des plaintes çui furent portées contre lui, et qu'à une assemblée qu'il tint, le 5 avril dernier, il fut résolu que l'on s'adresserait au surintendant de l'Instruction publique afin d'obtenir l'autorisation de vendre une partie considérable de ces terres vacantes, et que, si 3lles devaient être vendues, on les céderait, ou du moins on devrait les céder pour environ cinquante-cinq mille piastres. Il paraît cependant qu'une plus grande quantité de terrain que celle qui est mentionnée dans la résolution du Bureau, pourrait être vendue, sans nuire réellement aux intérêts des écoles.

Vos commissaires sont d'opinion que pour ce qui concerne la convenance de l'emplacement des diverses écoles et les commodités qu'elles requièrent pour les besoins de la population, les plaintes que l'on a pu porter contre le Bureau ne sont guère fondées. Mais quoique, d'une part, il semble que la propriété (du Plateau) a été payée à bas prix eu égard à son emplacement et à ce qu'elle est actuellement, cependant, en réalité, on jugera bien autrement si l'on considère que sa position, dont le choix n'est pas des plus heureux, occasionna des dépenses excessives pour travaux accessoires, approvisionnement d'eau, terrassement, etc., Le coût des propriétés achetées se monte, suivant l'article 28, à

$ 34.475.84 centins ; de cette somme, il fut dépensé sur la seule propriété du Plateau S 19.448.11 centins et sur la propriété de la rue Roy S 8.101. Des plaintes ayant été produites pendant la durée de l'enquête, tant contre la transmission faite par les messieurs du Séminaire de la charge de ces écoles que contre leur acceptation de la part du Bureau des commissaires des écoles catholiques, une pétition fut alors adressée au Sémainaire, le priant de donner des renseignements sur le mémoire dressé par M. Perrault en faveur des contribuables.

Le Séminaire accusant réception de cette pétition, répondit qu'il n'était pas obligé à faire des déclarations sur le mémoire qui lui était présenté, et qu'il se conformerait aux injonctions de la ■. loi et exposerait la situation de ses affaires au lieutenant-gouver- i neur de la Province, aussitôt qu'il en serait requis en vertu des statuts du Bas-Canada, chap. xlii, section 14.

Vos commissaires furent d'opinion qu'en vertu de l'autorité qu'il vous a plu de leur conférer, ils ne peuvent exiger des Messieurs du Séminaire d'expliquer devant la Commission leur situation et les motifs qui les engagent à se décharger de ces écoles. Ils ne peuvent cependant pas s'empêcher d'exprimer leur opinion au sujet du fait qu'à l'époque ou plusieurs de ces écoles étaient ainsi acceptées par le Bureau, celui-ci commençait déjà à être dans une j position financière plus ou moins embarrassante, quoique les Messieurs du Séminaire aient jusqu'alors soutenu ces mêmes écoles, et n'aient donné, autant que vos commissaires peuvent, en avoir eu connaissance aucune raison pour cesser de les soutenir, sinon qu'ils s'étaient retirés de la Cure des paroisses dans lesquelles elles sont situées ; mais le Bureau des écoles catholiques aurait montré une plus grande sagesse et un plus vif désir de protéger les intérêts des contribuables s'ils avaient, avant de prendre la charge de ces écoles sur leurs épaules déjà surchargées, exposé la question devant l'autorité qui avait le droit de s'en enquérir, et à qui, sans doute, les Messieurs du Séminaire auraient très volontiers donné les raisons qui leur imposaient la nécessité de retirer les secours puissants qu'ils avaient accordés, pendant tant

d'années, avec de si précieux résultats pour le soutien de l'éducation dans ces différentes paroisses.

Vos commissaires ne peuvent clore leurs remarques sur Fadrninistration du Bureau des commissaires des écoles catholiques sans appeler l'attention spéciale sur une école que le Bureau a acceptée du Séminaire et dont il a la charge, savoir l'Ecole de Sainte-Brigide. Il n'y eut là certainement aucune extravagance de la part du Bureau. Cette école est dans une bien pauvre condition. Plusieurs témoins nous ont décrit dans les termes les plus énergiques le triste état où elle se trouve ; mais ce ne fut que par une visite personnelle, une particulière inspection que l'on peut juger combien sont impropres et peu convenables pour une école (et édifice et ses appartements. II manque à cette maison tout ! ' ' qu'il faut pour un établissement scolaire ; elle a une mauvaise ventilation, elle est mal éclairée et se trouve dans un état de délabrement pitoyable. On peut dire sans exagération que les enfants qui fréquentent cette école et les professeurs qui y enseignent y sont en danger pour leur santé s'ils n'y sont pas au péril (h':' leur vie. Les commissaires des écoles catholiques cherchent à • rendre irresponsables de la condition de cet établissement,

us prétexte qu'ils n'en ont pas la propriété et qu'il serait par conséquent illégal de faire des dépenses pour cet immeuble.

Vos commissaires ne croient pas qu'il soit dans leurs attributions de décider des questions de loi, mais si leur position le leur permettait, il ne semble pas qu'il en soit ainsi, ils décideraient sans hésitation que le devoir du Bureau était de trouver un autre local pour cette école, et dans le cas d'impossibilité, il aurait été peut-être préférable pour l'avantage des intéressés de fermer l'école. La maison actuelle devrait être enlevée sans retard pour donner place à une autre qui fût confortable, bien éclairée et munie de bons ventilateurs, laquelle, suivant le rapport qui a été présenté, serait construite au prix d'environ S 20.000.

Vos commissaires, d'après l'examen des Livres du Bureau des 3CoIes catholiques et d'api es le rapport de L.-M.- Joseph Lajoie, scuyer, comptable de la Commission d'enquête, constatent que

ces livres n'ont pas été tenus en bon ordre ni balancés de manière à ce que les comptes en fussent complets, à l'époque de l'examen, il aurait fallu y faire un grand nombre d'entrées.

En terminant cette partie de leur rapport, vos commissaires se voient contraints de dire que, vu les témoignages qui leur ont été fournis, vu le manque de discernement que l'on attribue aux membres du Bureau, vu les résultats désastreux de l'administration des linances dont ces membres ont été chargés, ils sont persuadés qu'il est désormais impossible de rétablir la confiance du public dans l'administration des écoles catholiques de Montréal si ce n'est en substituant un personnel complet au Bureau des commissaires actuels. Et ils doivent ajouter qu'à cause des rapports intimes qui existent entre M.-U,-E. Archambault, surintendant local et le Bureau, dont, paraît-il, il partage jusqu'à un certain point la responsabilité, à cause de cette malheureuse circonstance de parenté avec M. Louis Archambault, l'entrepreneur dont nous avons déjà parlé, à cause des rapports si étranges de ce dernier avec le Bureau, il serait bon, ce semble, que les devoirs de tels personnages fussent si bien définis, et leurs pouvoirs, si bien déterminés, qu'il ne leur fût pas possible, à l'avenir, d'être même soupçonnés d'exercer la moindre influence sur les délibérations ou les décisions des commissaires de ce Bureau. Tout en faisant ces observations, vos commissaires désirent qu'il soit entendu qu'ils n'ont trouvé aucune preave durant cette longue enquête, nonobstant les efforts réitérés des syndics des contribuables, qui pût tant soit peu attaquer l'honneur et l'intégrité des membres du Bureau ou de M. le principal Archambault, Vos commissaires désirent aussi rendre ici le témoignage que l'éducation donnée dans les écoles soumises au contrôle du Bureau des commissaires est excellente, comme l'attestent d'ailleurs les nombreuses preuves qui ont été fournies au cours de l'enquête.

Bureau protestant. — Vos commissaires ont ensuite procédé à un examen à part des aif aires du Bureau des commissaires protestants, et ont visité bon nombre d'écoles placées sous son con-

trôie. Aucune plainte bien sérieuse ne fut faite relativement à l'administration de ce Bureau si ce n'est que l'on a remarqué que le coût de la construction et des terrains de l'Ecole supérieure est trop élevé et que le déplacement de cette école de la vieille maison Burnside était prématuré. Mais, après avoir entendu la complète déposition des témoins, vos Commissaires ne trouvent réellement aucun motif de plainte sous ce rapport. Les affaires de ce Bureau paraissent dirigées avec économie et beaucoup de soin. Les livres sont bien tenus et n'attestent aucun déficit dans les comptes. Il a été positivement démontré qu'un revenu annuel était nécessaire pour subvenir aux besoins de l'éducation de la jeunesse protestante de cette cité, et pour mettre ce Bureau en état de payer à ses professeurs an salaire convenable. Ce n'est pas sans raison que les instituteurs se sont plaints que non seulement leur salaire est quelquefois bien au-dessous de ce qu'il devrait être convenablement, égalant à peine les gages des journaliers, mais qu'ils sont, de plus, surchargés, à cause du manque d'un revenu annuel assez élevé pour mettre le Bureau en état de soutenir un nombre suffisant de professeurs.

Vos commissaires déclarent, en outre, qu'ils ne s'opposent pas' à ce que, dans la partie protestante de la population, la taxe soit quelque peu augmentée. Le sentiment général est que les dépenses occasionnées par la construction des maisons d'écoles pèsent lourdement dans cette époque de crise, dans laquelle se trouvent les finances ; mais, dans l'opinion de vos commissaires, il n'est aucun moyen d'y remédier, autre que celui qui a été déjà adopté, à savoir, l'émission de débentures, payables après un certain nombre d'années.

Prétendue nécessité d'une augmentation de la taxe actuellement prélevée pour les écoles de la cité. Sur cette question, vos commissaires ont l'honneur de vous présenter le rapport suivant : Comme moyen d'effectuer une réduction très considérable dans les dépenses annuelles du Bureau des écoles catholiques et d'éviter, s'il est possible, la nécessité d'augmenter la taxe, il a été sug-

géré que les Frères des Ecoles chrétiennes fussent employés sur une plus grande échelle, comme instituteurs, dans les écoles de cette cité, et les avis d'un grand nombre furent consultés et entendus relativement à cette suggestion. Les informations qui ont été reçues démontrent clairement que l'instruction donnée par les Frères est tout à fait égale à celle donnée dans les écoles directement placées sous le contrôle du Bureau, et que pour pourvoir à cette instruction, égale en valeur, il suffisait d'une dépense qui fût moindre, au moins de la moitié, que celle qui est fournie aux écoles tenues par les instituteurs laïques. D'autre part, de nombreux témoins, choisis parmi les hautes autorités, prétendent qu'il ne conviendrait pas de changer l'état actuel des choses, vu que la concurrence entre les deux corps enseignants produirait des résultats bien propres à promouvoir les intérêts de l'éducation, et que, du reste, il est à désirer, d'après leur opinion, que l'éducation de la jeunesse de la cité de Montréal ne soit pas confié entièrement soit aux laïques, soit aux religieux. Vos commissaires constatent que les dépositions faites sur cette matière établissent qu'il y a parmi les citoyens catholiques de Montréal une différence d'opinion très prononcée quant à l'opportunité de confier entièrement l'éducation de leurs enfants à un ordre ou à des ordres religieux, nonobstant l'éducation de premier ordre que donnent les Frères, et la grande économie que l'on ferait en les employant. Vos commissaires, eux-mêmes, ne croiraient pas agir judicieusement en parlant d'une manière absolue, en faveur de l'adoption de ce moyen d'empêcher l'augmentation de la taxe.

Arrivés à la précédente conclusion, vos commissaires ont procédé à l'examen des obligations annuelles du Bureau des écoles catholiques, tant pour l'intérêt, le placement à fonds perdus des débentures et les titres et prêts hypothéqués, que pour le soutien direct et l'augmentation des écoles. Ils trouvent, d'après l'état de compte fourni par le budget, lequel fut soumis à une assemblée dit du Bureau, le 30 mars dernier, qu'il existe un déficit relativement à l'intérêt des débentures, à la retenue sur le placement à

fonds perdus, et à l'intérêt des hypothèques et des prêts, un montant, de $ 40.237 par année (montant qui paraît à, vos Commissaires dépasser de beaucoup la retenue annuelle qui se fait sur les revenus autorisés par les actes ci-dessus mentionnés). Il parait aussi, d'après les comptes de ces commissaires eux-mêmes, qu'ils ont dépensé, l'année dernière, pour le soutien des écoles, pour les taxes, etc., la somme de $ 64.069.

Quoique le Bureau actuel des commissaires d'écoles catholiques ait décidé de fermer certaines écoles, afin de pouvoir balancer les recettes et les dépenses, cependant vos commissaires ne croient pas que le dit Bureau ait sérieusement pris une telle décision, puisqu'il aurait certainement donné, dans les témoignages qu'il a apportés, des preuves plus concluantes en faveur de l'équité de leur position. La fermeture des maisons dont il est question, c'est-à-dire des écoles Olier et Montcalm, serait, eu égard aux endroits qu'elles occupent, un acte de suicide, et n'a pas dû être sérieusement projetée. Non seulement ces écoles doivent être maintenues, mais encore il devient urgent d'en construire une nouvelle sur la paroisse de Sainte-Brigide ; il est même constaté, d'après les tém.oignages reçus à l'enquête, que des annexes et des améliorations seraient requises à l'Ecole de Sainte- Anne (du frère Arnold), ainsi qu'à quelques autres écoles.

Le Bureau des commissaires des écoles protestantes demandera, sans doute, une somme additionnelle pour construire de nouvelles écoles, apporter à celles qui existent des améliorations, en rapport avec le grand nombre d'élèves qui les fréquentent, et aussi pour payer à leurs instituteurs des salaires plus en rapport avec leur importante fonction.

Après avoir mûrement réfléchi sur les besoins des deux Bureaux et sur les objections qui ont été soulevées au sujet des nouvelles taxes, vos commissaires sont convaincus qu'une augmentation de cotisation, prélevée en faveur des écoles de la cité de Montréal, se montant de deux à trois dixièmes de centin par piastre, serait aussi nécessaire qu'avantageux aux vrais intérêts

de l'éducation. Cette augmentation ajouterait aux revenus du Bureau des commissaires des écoles catholiques environ trentetrois mille piastres par année, calculées d'après l'évaluation de la propriété immobilière de la cité, et fournirait au Bureau protestant une somme amplement suffisante pour subvenir à tous ses besoins.

jMais vos comanissaires sont aussi d'opinion qu'avec cette nouvelle source de revenus en faveur des deux Bureaux, il y aurait à construire les maisons jugées nécessaires, et à faire les améliorations requises de sorte que les écoles puissent fonctionner avec plus de perfection ou qu'au moins elles soient accessibles à tous, riches et pauvres. Vos commissaires s'accordent à dire, après avoir tout bien considéré que ces propriétés qui restent improductives entre les mains du Bureau d'écoles catholiques, doivent être vendues, afin que la dette qu'elles ont fait contracter disparaisse, ainsi que l'iniérêt qui en doit être annuellement payé, lequel se monte à la somme d'au-delà trois mille piastres ; ainsi la cotisation diminuera d'autant : ce sera trois mille piastres de taxes qui seront comme remises, annuellement, aux contribuables de cette cité.

Une nouvelle source de revenus qui devra profiter aux besoins généraux des écoles sera le retrait d'entre les mains du Bureau des commissaires catholiques de l'Ecole Polytechnique dont la direction et le soutien semblent appartenir au Gouvernement, vu qu'elle contribue aux intérêts de toute la Province. Cette école impose au Bureau une dépense annuelle qui varie de douze cents à quatre mille piastres ; on a dû prendre, en effet, sur le revenu des écoles, depuis la date de sa fondation, une somme de pas moins de seize mille piastres, suivant le compte qu'en a fourni le Bureau au Gouvernement.

Vos commissaires sont aussi d'opinion qu'une plus grande économie peut être exercée dans les opérations de ce Bureau, et, en prenant en considération les mesures qu'ils ontfmentionnées précédemment, ils osent dire qu'avec l'augmentation de taxe proposée, l'éducation primaire pourra heureusen^ent devenir

gratuite. Tout en faisant ces suggestions, vos commissaires expriment l'espoir qu'en exerçant une stricte économie dans l'administration, et en évitant toute dépense inutile dans la construction des maisons, il ne sera pas nécessaire de maintenir l'augmentation de taxe qui a été recommandée, si ce n'est pour un certain nombre d'années.

Diverses matières d'intérêt public relatives aux écoles et au système cV écoles de la dite cité de Montréal. — Sous ce titre vos commissaires ont l'honneur de faire les suggestions suivantes :

1° Que le nombre des commissaires de chaque bureau d'écoles soit augmenté jusqu'au nombre de neuf au moins. Cette mesure serait à désirer afin de subvenir à un besoin qui a paru s'imposer dans le cours des opérations des Bureaux, tels qu'ils sont aujourd'hui constitués. Notons qu'il existe une divergence considérable d'opinion relativement au salaire à payer aux commissaires. Il est aussi à remarquer que, d'après les témoignages reçus à l'enquête un certain nombre de contribuables se prononcent très fortement en faveur de l'élection des commissaires d'écoles, mais qu'il existe de la part d'autres contribuables de fortes objections au sujet d'un changement si subit et si radical dans l'administration des affaires scolaires ; en outre, ceux qui sont le plus en état de juger de la cause de l'éducation craignent qu'un tel changement ait de fâcheux résultats pour les intérêts futurs de l'éducation de la jeunesse dans cette cité de Montréal.

Quoi qu'il en soit, le mode d'élection est en usage dans d'autres parties de cette Province, ainsi que dans la province d'Ontario, et paraît fonctionner d'une manière satisfaisante ; cependant, à cause des témoignages qui ont été reçus, vos commissaires ne sauraient suggérer un changement si radical, mais ils proposeraient respectueusement :

2° Que les membres des deux Bureaux fussent nommés comme il suit : Trois nommés par le Gouvernement, comme cela se pratique actuellement ; trois nommés par le conseil de ville et devant être choisis, un seul dans chacune des trois divisions de la cité de Montréal, telles qu'elles sont constituées pour l'élection des

membres de la Chambre des Communes du Canada : lesquels ne devront pas être échevins et seraient pris parmi les propriétaires payant les taxes dans chacune de ces divisions ; ils seraient catholiques pour le Bureau des écoles catholiques, et protestants pour le Bureau des écoles protestantes ; trois autres seraient directement élus aux élections civiles, qui ont lieu annuellement, par les propriétaires ayant droit de vote aux élections municipales dans les différents quartiers de cette cité ; les membres du Bureau d'écoles catholiques seraient élus par les seuls électeurs catholiques, et. ceux du Bureau protestant le seraient par les seuls électeurs protestants. La durée de leur charge et l'époque de la votation demeureraient comme elles sont actuellement.

3° Les assemblées des dits Bureaux seraient ouvertes au public, sauf cependant le droit qu'auraient les commissaires de tenir ces assemblées à huis clos, moyennant, à toute assemblée quelconque, les deux tiers des suffrages de ceux qui seraient présents, ainsi que pour certaines raisons spéciales,

4° On devra pourvoir au moyen de donner au public, ainsi qu'au Gouvernement et au Conseil de ville une pleine et entière information touchant l'administration et la situation des affaires des Bureaux. Vos commissaires suggéreraient aussi que, deux fois chaque année, l'exposé des dépenses et des recettes des Bureaux, montrant, sous une forme concise, la situation financière et l'état des écoles, soit publié dans les principaux journaux de la cité.

En terminant leur rapport, vos Commissaires croient qu'il n'est que justice de mentionner le zèle et les talents qu'ont montrés, soit les Messieurs représentant les contribuables, soit le savant conseiller, F. D. Monk, écuyer, représentant les commissaires des écoles catholiques. Le secrétaire de chaque Bureau mérite aussi les remerciements de vos commissaires, M. Desnoyers, secrétaire-trésorier du Bureau des écoles catholiques, et M. Robbins, secrétaire du Bureau des écoles protestantes, ayant, l'un et l'autre, apporté toute l'assistance possible, et disposé une

grande partie de leur temps, durant le cours de l'enquête, au service de vos commissaires.

Le tout respectueusement soumis.

Signé : C.-J. Coursol, avocat de la reine^ président ; LÉo-H. Davidson, D. C. L. Chas.-D. Doherty ; Chas. Glackmeyer ; A. DE ^Iartigny.

Montréal, 30 juin 1883.

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