M. ARMAND LAVERGNE ET LES ECOLES DU NORD-OUEST
Elle me tombe sous la main, la noble harangue au cours de laquelle, M. Armand Lavergne, député de Montmagny, rendit alors compte de son mandat à ses électeurs et leur expliqua pourquoi il ne s'est pas tenu comme obligé de suivre ses collègues dans leurs lamentables défections. Cette démonstration digne d'un homme de si grand cœur fut faite le 17 septembre 1905 en ces termes :
Monsieur le Président (1), Mesdames, Messieurs, — Vous vous rappelez qu'aux élections générales de novembre dernier, je vous disais : « Soyez sur vos gardes dans le choix de votre député, nous avons déjà eu à Ottawa des questions nationales, il peut s'en présenter de nouvelles. N'importe quel jour peut surgir un problème semblable à celui que nous avons vu au Nouveau-Brunswick, au Manitoba et ailleurs, problème qui sera pour nous d'une importance vitale. Il est nécessaire que vous envoyiez, pour être votre mandataire, quelqu'un dont vous soyez sûrs, qui n'ait qu'un intérêt dans un moment de crise, celui de conserver intact, comme sien, le patrimoine national. »
Le sentiment que j'exprimais alors, vous l'avez ratifié en m'en voyant une seconde fois représenter Montmagny, à la Chambre des Communes.
Je ne croyais pas alors que j'aurais à mettre sitôt à exécution l'engagement que nous avions pris ensemble.
La session s'annonçait courte et calme : la Providence qui mène les hommes qui s'agitent entre ses mains, en avait autrement décidé. A
(1) M. Léger Martineau, maire de Saint-François et préfet du comté de Montmagny.
peine le discours du Trône était-il lu que la Chambre et le pays se trouvaient précipités dans une de ces périodes difficiles et dangereuses dont souvent dépendent l'avenir et même l'existence d'un peuple. Sur la question qui s'agitait alors j'ai cru de mon devoir, en certaines circonstances, de m'éloigner de mon parti, parce qu'au-dessus des partis se trouve la nation plus grande, au-dessus de leur discipline les principes de liberté et de justice que vous m'avez envoyé défendre et représenter.
Comme votre représentant, ai-je eu tort, ai-je eu raison ?
C'est à vous de le décider, et c'est pourquoi je viens aujourd'hui rendre compte de ma conduite.
Mais ce dont vous ne doutez pas, mes amis, c'est de ma bonne foi î
Ce dont vous êtes convaincus, c'est que j'ai cherché à servir mon pays, comme mon honneur et ma conscience m'enseignaient à le servir, puisque j'ai dû quelquefois briser les liens chers et forts qui m'unissaient à mon parti, et que même, comme plusieurs l'affirment, j'ai dû sacrifier le capital que mon avenir politique pouvait me réserver.
Le principe de la Confédérotion. — Il ne me reste plus qu'à vous expliquer quelle était cette cjuestion qui devait m'éloigner quelque peu de mes amis, et les raisons que j'avais de le faire. La question qui s'est présentée remonte à l'origine même de la Confédération canadienne : le principe en jeu était celui-là même sur lequel furent basés le gouvernement et la constitution de notre pays : l'égalité des deux races au Canada et une justice égale pour les deux.
Quand, en 1863, on vint proposer au peuple canaaien de former un pays plus uni, de réunir en un seul tout les diverses colonies anglaises du Nord américain, bien des craintes, bien des méfiances furent exprimées, non pas seulement de la part du groupe français et catholique, mais encore et surtout de la part de la minorité anglaise et protestante de Québec.
Les promesses des pères de la Confédération. — Que nous ont alors promis ceux qui furent appelés les Pères de la Confédération ?
Que les droits et les privilèges des minorités dans chaque province seraient respectés.
Et le pouvoir fédéral se portait garant de la parole donnée.
Que se passa-t-il lorsque le Dominion fut solidement fondé ?
Les provinces anglaises, fortes et puissantes par leur union, manquèrent à leurs promesses, et bientôt l'on vit disparaître les droits garantis par la Constitution à la minorité, dans l'Ile du Prince-Edouard, au Nouveau-Brunswick, au Manitoba, et seule la limpidité du texte de la loi nous sauva dans l'Ontario.
Québec, la province française, malgré la persécution des siens au
dehors, continua de traiter la minorité avec justice, que dis- je, avec une générosité qui aurait dû toucher le cœur des sectaires.
Le caractère du Français, l'âme du catholique, ne connaissent pas l'instinct de la tyrannie, et je vous demande de travailler avec nous à en détruire les premiers germes.
Car quelques-uns de nos compatriotes se sont dit : « Usons de la loi du talion dans Québec, rendons dent pour dent. Si nous persécutons à notre tour la minorité anglaise et protestante, nous finirons par faire demander quartier aux autres provinces. »
Mes amis, ne raisonnons pas ainsi : il ne faut pas cesser un instant de réclamer tous nos droits et de combattre sans trêve pour les obtenir. Mais accordons toujours aux autres la justice que nous demandons pour nous-mêmes. N'usons pas de représailles chez nous, mais soyons fermes au-dehors et nous serons respectés.
L'Ouest canadien n'était pas partie au Pacte de 1867. — Lorsque fut conclu en 1867 le pacte qui constituait la nation canadienne, les Territoires de l'Ouest n'y prirent aucune part.
C'étaient alors des pays m.ystérieux et inconnus, livrés aux tribus indiennes qui y chassaient les bisons de la prairie. Leur nom seul nous était apporté par les récits des hardis aventuriers que l'amour de la France y avait menés planter son glorieux étendard, ou par les vaillants missionnaires qui y avaient porté la douce lumière de l'Evangile et de la civilisation.
Lorsque le vieux régime français succomba au Canada, l'Angleterre prit possession de ces territoires par le traité de Paris. Et un peu plus d'un siècle après, elle les livrait à son tour, pour en faire ce que bon lui semblerait à la jeune Confédération canadienne.
Cependant, des descendants des hardis pionniers de France et des fiers guerriers de la forêt vivaient dans ces pays, au bord de la Rivière- Rouge ; c'étaient les Bois-Brûlés ou Métis, la plupart catholiques et parlant notre langue.
Cédés au Canada contre leur gré, ils se révoltèrent sous la direction d'un métis illustre, Louis Riel, contre la suzeraineté du Canada.
Ce fut la révolte de 1870, qui tint en échec les troupes fédérales jusqu'à ce que le gouvernement d'Ottawa, effrayé, fit venir du Concile au Vatican Mgr Taché, évêque de la Rivière- Rouge. On l'envoya, lui, l'humble missionnaire, porteur de la parole royale, garantir que les droits, coutumes et privilèges des Métis seraient respectés.
Les Métis, devant l'assurance donnée au nom du roi, que leurs écoles et leur langue seraient respectées, acceptèrent de devenir Canadiens. La province du Manitoba fut organisée et l'on donna aux vastes territoires de l'Alberta et de la Saskatchewan un gouvernement provisoire,
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jusqu'au jour où ils seraient assez peuplés, assez riches pour entrer comme provinces autonomes dans l'union canadienne.
Lois de garantie votées à Ottawa.-^ Le calme était rétabli dans l'Ouest, mais le parlement fédéral jugea bon de donner une garantie encore plus solennelle à la parole du souverain. Comme je vous l'ai dit, en 1875, on leur accorda une autonomie provisoire, basée sur l'esprit de la Constitution canadienne, et une clause de cette loi, la clause 14, établissait dans ces nouveaux pays les écoles confessionnelles, mieux connues sous le nom « d'écoles séparées ».
Cette loi ne rencontra pas d'opposition à la Chambre des Communes et fut votée sans discussion. On en a donné pour raison que c'était pour protéger la minorité protestante, parce que l'on croyait alors que de l'Ouest allait surgir une nouvelle province de Québec, franche et catholique.
Etait-ce là la vraie raison de la justice accordée à l'Ouest ? J'airue mieux croire que les hommes de 1875 étaient plus près que nou3 du Pacte fédéral de 1867 et en comprenaient mieux l'esprit que ceux qui cherchent aujourd'hui à le violer.
Quand je dis que cette loi ne rencontra pas d'opposition, je me trompe peut-être : en effet, l'adversaire acharné de l'école confessionnelle, M. George Brown, s'opposa à la mesure au Sénat. « Car, disait-il, si vous établissez aujourd'hui les écoles séparées dans l'Ouest, par l'esprit de notre Constitution, à l'article 93 de l'Acte de 1867, vous les éta' blissez à jamais. »
Ce fut la seule voix discordante.
En 1877 le parlement fédéral, continuant son œuvre nationale pour donner à l'Ouest le caractère vraiment canadien, passait une loi déclarant la langue française d'usage officiel comme la langue anglaise der vant la législature et les tribunaux.
Les écoles du Xord-Ouest. — En 1879, une autre loi fut votée créant un fond permanent, dont le capital s'accumulerait dans le trésor fédéral et dont le revenu serait consacré aux législatures du Manitoba et de l'Ouest pour les fins de l'Instruction publique.
De 1879 à 1901. — En 1884 la législature de l'Ouest vota sa première loi scolaire, et en 1885 une nouvelle « Ordonnance » établissait un régime d'Instruction publique semblable à celui de la province de Québec.
Ce système comprenait et les écoles publiques et les écoles confessionnelles, ayant à leur tête un Conseil de l'Instruction publique, séparé en deux sections autonomes, la section protestante et la section catholique, ayant chacune le contrôle de leurs écoles, le choix de leurs livres et de leur méthode d'enseignement. Cette loi fut quelque peu
modifiée par la suite, mais toujours dans le même esprit de justice et de liberté.
En 1889, après l'agitation malsaine de M. McCarthy, et comme le groupe catholique se trouvait grandement dépassé par la majorité protestante, la législature de l'Ouest demanda au Parlement fédéral le rappel de la loi de 1875. Il fut refusé : on revint à la charge, mais sans plus de succès, en 1890.
Mais en 1891, le Parlement fédéral passa une loi permettant à la législature de l'Ouest d'abolir le français comme langue officielle dans la publication de ses rapports et documents. Une nouvelle demande tendant à l'abolition des écoles séparées fut repoussée par le Parlement fédéral en 1892.
Les Ordonnances de 1897. — Ce fut le signal de la persécution : la législature de l'Ouest passa une Ordonnance détruisant le système de 1875 et de 1885.
Le français était supprimé à la législature, on le supprima à l'école. Le Conseil des ministres remplaça le Conseil de l'Instruction publique, lequel fut maintenu, mais seulement avec voix consultative, le ministre n'étant plus obligé de suivre ses avis. Les Comités catholique et protestant furent abolis, et les écoles placées sous le contrôle exclusif du Conseil exécutif.
Le comble fut l'interdiction de l'enseignement religieux dans les écoles confessionnelles, seulement les commissaires conservaient le droit à cet enseignement pendant une demi-heure : entre trois heures et demie et quatre heures.
Forts de la promesse souveraine de 1870 et de la justice de leur cause, les catholiques pétitionnèrent à Ottawa, demandant le désaveu de ces Ordonnances.
Le gouvernement conservateur d'alors refusa le désaveu, et sir John Thompson, alors ministre de la Justice, déclara qu'il n'y avait pas besoin de désaveu, que les Ordonnances^ étant contraires à Vautorité souveraine du Parlement fédéral sur les Territoires^ étaient nulles de plein droit.
C'est là aussi l'opinion du ministre de la Justice actuel, l'honorable M. Charles Fitzpatrick (1). Cependant, permettez-moi de déplorer le triste rôle joué par les conservateurs en 1892. Si le cabinet de sir John A. MacDonald avait alors désavoué ces lois, passées en révolte de l'autorité suzeraine, jamais nous n'aurions eu de questions des écoles dans l'Ouest et nos frères ne seraient pas aujourd'hui voués pour toujoursà la persécution.
(1) Depuis, M. Fitzpatrick, a été nommé président de la Cour suprême.
Ordonnance de 1901. — Repoussés à Ottawa, les catholiques de l'Ouest trouvèrent bien peu de consolation auprès de la législature.
En 1901 une nouvelle loi scolaire y fut votée. C'est l'Ordonnance 29 \elle est très importante, puisque c'est elle que le gouvernement fédéral vient de légaliser à jamais dans la Constitution des nouvelles provinces.
Elle créa un ministère de l'Instruction publique, dont le chef fait tous les règlements relatifs à l'organisation et à l'administration des écoles, au choix et examen des instituteurs, des livres d'enseignement ou destinés aux bibliothèques scolaires. Il peut recevoir des avis du Conseil de l'Instruction publique, composé de cinq membres, dont deux catholiques, mais qui n'ont aucun droit de vote dans leurs délibérations.
Les autres dispositions sont les mêmes que d'après l'Ordonnance de 1892 et il n'y a plus d'écoles séparées de fait, s'il en reste de nom.
« L'article 12 de l'Ordonnance 29, disait mon éloquent ami de Labelle, M. Bourassa, fait de l'école publique la seule base possible de l'organisation des districts scolaires ; et 1 article 41 ne permet l'organisation d'une école séparée que dans les districts déjà organisés en écoles publiques. Il en résulte que partout où les catholiques forment la majorité d'un district, ils ne peuvent organiser d'écoles séparées. »
De plus ces écoles étaient obligatoires, et non seulement le père de famille catholique devait y envoyer ses enfants, mais s'il eût voulu, payant double taxe, former une école de sa foi pour que son enfant fût élevé dans le dogme qui est sien, il était passible envers l'Etat d'une amende d'une pia tre par jour, pour chaque enfant.
Le français, qui est la langue du pays comme l'anglais, n'était permis que comme cours élémentaire, l'égal du doukhodor ou du galicien... Encore est-il enseigné avec des manuels bilingues entre trois et quatre heures, et sur ce temps doivent être prises, si les commissaires les jugent à propos, et la récréation d'une demi heure et la demi-heure d'instruction religieuse.
Les enfants canadiens-français sont réduits à apprendre dans une langue étrangère la lecture, l'histoire et le catéchisme ; et il est bon d'ajouter que le cours élémentaire français, comme langue étrangère, peut, sur avis des commissaires, être taxé à part.
Création des nouvelles provinces. — Cependant ces territoires, où nos compatriotes ont tant souffert, grandissaient par l'immigration et la richesse du sol, et le moment vint où ils pouvaient marcher avec le reste de la Confédération comme des provinces libres et autonomes.
Le 21 février 1905, sir Wilfrid Laurier proposait aux Communes une loi divisant les territoires en deux provinces, l'Alberta et la Sas-
katchewan, qui devaient par ce même bill recevoir leur autonomie définitive. Une clause de la loi, la clause 16, rétablissait dans l'Ouest la loi de 1875, donnant aux nouvelles provinces les écoles séparées telles que nous les avons ici dans la province de Quéi)ec et teUes qu'elles avaient été établies dans l'Ouest lors de sa prise d© possession par le Canada.
Le discours du premier ministre en cette circonstance fut un des pins beaux de sa vie et fut accueilli avec une faveur marquée par la députation anglaise ministérielle. Le chef de l'opposition, AL Borden, ne prit pas d'attitude définie, réservant son jugement pour plus tard.
Démission de Sifton. — Sur les entrefaites le ministre de l'Intérieur, M. Clifford Sifton, revint du Sud où il était allé pour sa santé.
Il avait eu connaissance de la loi avant son départ, mais depuis^, d'autres incidents s'étaient produits et la réputation publique et privée du ministre de l'Ouest était plus ou moins compromise. Dans l'obligation de sortir à brève échéance du cabinet, il saisit au bond l'occasion de se refaire un semblant de popularité en démissionnant pour une question de principe.
Il prétendit qu'il ne pouvait accepter une loi qui rétablissait dans l'Ouest le système des écoles catholiques, et, couvert du manteau antifrançais et anti-catholique, il sortit du ministère pour le terroriser.
La démission de AI. Sifton fut suivie de quelques marques de mauvaise humeur de la part du ministre des Finances, M. Fielding. La crise était grave, mais aurait-elle été fatale au gouvernement ? Je ne le crois pas : la grande, l'immense majorité des libéraux anglais était prête à suivre le premier ministre, et je crois qu'il aurait fait voter sans misère la loi intacte.
Ou bien il aurait été battu à la Chambre, en aurait appelé au peuple et serait revenu au pouvoir. Car les provinces anglaises ne sont pas aussi fanatiques que le Soleil et le Canada veulent bien le dire ; la grande masse de la population considérait avec mépris les appels iûcendiaires des journaux fanatiques et aurait accepté la mesure de ju&tice et de liberté qui lui était proposée. Ou bien — ce que je ne crois pas — sir Wilfrid aurait été battu par le peuple aux quarante-centièmes catholiques, U serait revenu chef d'une très forte opposition pour tenir tête à la majorité fanatique du gouvernement Borden.
Et voici ce qui serait arrivé : j'emprunte les paroles mêmes de M. Sifton expliquant pourquoi il avait fait certaines concessions aux catholiques.
« Supposons, disait-il, que l'honorable chef de l'opposition formât un gouvernement exclusivement protestant sur cette question, qu'arriverait-il ? Le commerce et les affaires du pays seraient paralysés
pendant un an, deux ans, cinq ans, six ans peut-être, mais au bout d'un an, deux ans, cinq, six, vous seriez obligés de rendre justice aux catholiques et vous n'auriez réussi qu'à paralyser le progrès du pays pendant ce temps-là. »
Et on peut en conclure que, si le Gouvernement avait été battu sur cette question, il s'en serait suivi une telle agitation dans le pays qu'on aurait finalement été forcé de rendre justice aux catholiques ; tandis qu'aujourd'hui, faute de lutte, nous avons dépouillé les nôtres de leurs droits les plus sacrés.
Au lieu des beaux combats que l'on avait droit d'espérer de la part des députés canadiens-français et catholiques, ils lurent pris de panique.
La députation libérale s'assembla et conseilla à sir Wilfrid Laurier de céder plutôt que de s'exposer à tomber et à lui faire perdre le patronage et les douceurs du pouvoir.
Mais ce que je puis vous dire, c'est que ce n'est pas là l'attitude que sir Wilfrid attendait de nous. Il espérait une députation ferme qui lui dirait : « Sir Wilfrid nous ne pouvons pas céder et nous ne vous sui- \Tons pas dans cette voie. » Et sir Wilfrid se fût retourné vers ses collègues anglais, et avec sa grande influence eût ramené à lui les récalcitrants. Mais devant l'attitude de faiblesse et de peur de nos propres compatriotes, que pouvait-il faire ? Il dut céder et l'amendement Sifton fut annonce.
D'abord la presse ministérielle chercha à leurrer la province de Québec. On dit « que l'amendement était un triomphe pour les catholiques, qu'il contenait la même chose que la loi primitive, » jusqu'au jour où, après la campagne de mon ami le député de Labelle et la lumière jetée par lui sur cette misérable proposition, cette même presse fut obligée d'avouer « que l'amendement contenait de regrettables concessions. »
On s'en aperçut bientôt : l'amendement, si favorablement accueilli d'abord, contenait la réédition des Ordonnances, c'est-à-dire du système de persécution et de t^T^nnie dont les nôtres avaient tant souffert dans l'Ouest et que je vous ai expliqué tout à l'heure.
Mon opinion peut ne pas vous paraître bien concluante ; aussi vous citerai-je celle du ministre de la Justice, M. Charles Fitzpatrick, expliquant la différence entre la première clause 16 et la seconde (amendement Sifton) devant la Chambre des Communes, au mois de mai dernier (1905) (1).
(1) Requête présentée au Gouvernement fédéral par M. A.-E. Forget, membre du Conseil de Plnstruction publique des Territoires du Nord-Ouest, et le R. Père Leduc,
Opinion de M. Fitzpatrick. — Le ministre de la Justice, qui, lui, je suis heureux de le dire, n'a jamais cherché à déguiser la vérité sur la triste situation faite, bien malgré lui, à nos coreligionnaires de l'Ouest, disait :
« La première clause 16 rétabUssait dans l'Ouest le système des écoles confessionnelles intégrales de la loi de 1875, la seconde clause 16 aura pour but de limiter les droits et privilèges de la minorité à ceux que lui accordent les chapitres xxix et xxx des Ordonnances (1901) ; et d'exclure tous les droits et privilèges garantis à la minorité par la section 2 de la loi des Territoires de 1875 ou par toute autre législation en vigxieur dans les Territoires relativement à quelque système d'école que ce soit. »
en août 1894. au nom des catholiques, pour faire cesser la situation des catholiques avant la Constitution de 1905, continuée par l'amendement Sifton :
1° Que toute disposition de l'ordonnance scolaire à présent en vigueur, privant les catholiques directement ou indirectement de Tadministration de leurs écoles, est éminemment regardée par eux comme un empiétement sur leurs droits tels que garantis par la clause 14 de l'Acte des Territoires du Nord-Ouest ;
2" Que du nombre des droits dont ils affirment être dépouillés sont les suivants :
a) Avoir sous leur contrôle l'administration générale et la discipline de leurs écoles ;
b) Pourvoir aux examens, classifications, licences d'enseignement et certificats de leurs instituteurs, et de les annuler pour causes suffisantes ;
c) Choisir, adopter et prescrire les livres en usage dans leurs écoles ;
d) Pourvoir à l'inspection de ces écoles par des personnes qualifiées et de leur foi ;
e) Etablir des écoles de leur dénomination religieuse indépendamment des limites des districts scolaires publics déjà établis ;
/) Se servir de la langue française pour l'enseignement dans celles de leurs écoles où le français est la langue des enfants qui les fréquentent ;
3° Que les droits ci-dessus énumérés étaient, avant la promulgation de l'Ordonnance de 1892, du domaine de la section de l'ancien Bureau d'éducation exclusivement composée de catholiques ;
4° Que ces droits sont maintenant entièrement dévolus au Conseil de l'Instruction publique, composé des membres de l'Exécutif, auxquels sont adjoints deux protestants, avec bien peu d'espoir de voir cette Constitution changée aussi longtemps que la proportion des catholiques restera ce qu'elle est aujourd'hui ;
6° Que tout en affirmant que les catholiques, et avec eux grand nombre de protestants, auraient préféré voir continuer l'ancien système d'un bureau spécialement nommé pour l'administration des affaires scolaires, comme un gage de la plus grande stabilité, ils n"ont pourtant pas d'objection, en leur qualité de catholiques, à un Conseil de l'Instruction publique responsable au peuple ; et ils ne feraient pas d'opposition si leurs représentants dans ce Conseil avaient les mêmes pouvoirs que ceux dont jouissaient les catholiques et qu'ils exerçaient au moyen de la section catholique de i'ancien bureau ;
yo Le« soussignés représentent donc respectueusement que si de longues années employées à l'enseignement dans les pays plus avancés que ces Territoires ne donnent pa5 aux religieuses un juste titre à une formation normale équivalente à celle qu'elles pourraient recevoir ici dans Tespace de quelques mois, elles aient le privilège d'avoir une session normale dans l'une de leurs écoles, à Calgary par exemple, lorsqu'elles seront en nombre suffisant pour justifier les dépenses nécessaires ; et à ce sujet les soussignés demandent la permission d'attirer l'attention sur une récente résolution de l'Assemblée agréant que les cours d'école normale soient tenus à différentes places déterminées, pourvu qu'il y ait au moins six candidats ;
L'opinion du ministre de la justice est, vous le voyez, claire et catégorique.
Loi cotée en deuxième lecture. — L'amendement consacrait le triomphe de Sifton et de Fielding, c'est-à-dire de l'élément étroit et fanatique du parti libéral ; mais en vertu de la procédure parlementaire la loi devait subir sa deuxième délibération telle qu'elle avait été présentée, c'est-à-dire sans amendement C'est dans ce vote que les partis devaient se mesurer pour la première fois.
Les libéraux perdirent un seul député, le neveu de feu Dalton Mc- Carthy, l'ancien agitateur du Nord-Ouest : du côté conservateur, toute la députation de Québec, moins une voix, vota avec les libéraux, ainsi que M. Pringle, député de Cornwall-Stormont, et M. Thompson, du Youkon, tous deux anglais et protestants.
Bref, la loi sans amendement fut votée à quatre-vingt-une voix de majorité.
La loi en Comité général. — Je crus alors pendant quelque temps que le ministère, rassuré par son écrasante majorité et par les défections conservatrices, ne proposerait pas l'amendement Sifton. Une fois de plus le manque de courage et d'énergie de Québec firent leur œuvre. Il était encore temps, et si alors nos députés canadiens-français eussent fait une résistance quelconque, la loi primitive eût pu être maintenue.
Ils n'en firent d'aucune espèce, et sir Wilfrid proposa à la Chambre de substituer à la clause 16 primitive l'amendement que je vous ai expliqué tout à l'heure et qui détruisait pratiquement l'école catholique dans l'Ouest. La peur, cette passion contagieuse, avait fait son œuvre.
C'est alors que M. Henri Bourassa, député de Labelle, et M. Bergeron, député de Beauharnois, proposèrent leurs sous-amendements,
8° Pour faciliter l'extension de ce privilège les soussignés sont autorisés à dire que les révérendes sœurs procureront les appartements nécessaires et qu'elles recevront volontiers les dames tant catholiques que protestantes qui voudraient profiter de cette faveur ;
90 Ils demandent aussi respecteusement, mais avec instance, que les règlements prescrivant l'usage des livres de lecture de l'Ontario et de l'histoire de l'Angleterre et du Canada de Robertson et Buckley soient abrogés et qu'aucun autre changement ne soit fait dans les livres de classe à l'usage des écoles catholiques sans le consentement et l'approbation de leurs représentants au Conseil de l'Instruction publique ;
10" S'il n'était pas jugé à propos de rendre aux catholiques le privilège dont ils ont joui jusqu'ici d'avoir pour leurs écoles des inspecteurs de leur croyance religieuse. Les soussignés demandent constamment que les deux inspections annuelles exigées par .'es règlements soient faites par un inspecteur catholique.
Signé : H. Leduc, O. M. I., V. G. de Saint- Albert. A E. FoRGET, membre du Conseil de V Instruction publique.
qui, s'ils eussent été votés, rétablissaient les écoles confessionnelles dans toute leur intégrité.
Et l'on vit le triste spectacle des députés canadiens-français, à l'exception de sept, donner la main aux Sproule et autres chefs du mouvement organiste, pour arracher du sol le petit rameau de leur race qui allait refleurir et grandir dans ces lointains pays. Ces motions furent écrasées.
Plus tard, M. Monk, député de Jacques-Cartier, proposa que la langue française, qui n'avait pas été abolie devant les tribunaux de l'Ouest, fût continuée dans cet usage officiel, et M. Bourassa proposa 1 à son tour que la langue française fût réinstallée dans tous les droits qui lui étaient garantis par la Constitution. Alors on vit de nouveau les libéraux canadiens-français et les orangistes s'unir pour écraser notre langue et les motions Monk et Bourassa furent repoussées.
Je vous le demande, en refusant de voter avec eux, et en suivant mon honorable ami de Labelle, ai-je exprimé vos sentiments ? Ou bien m'aviez-vous envoyer à Ottawa pour demander l'abolition de l'usage du français, de cette langue chérie que nos pères nous ont conservée ici au prix de leurs larmes, au prix de leur sang ?
Entre le patrimoine national et l'esprit de parti, devais-je hésiter ? J'aurais pu voter contre les droits de la langue des ancêtres, mais ne me serais-je pas déshonoré moi-même, n'aurais-je pas déshonoré les patriotes du comté de Montmagny ? '
Quelques-uns diront peut-être et quelques-uns ont dit : « Qu'est-ce que cela nous fait, que l'Ouest ne parle plus le français ? »
La minorité de l'Ouest n'est-elk pas de la même race que nous ? Ne sont-ils pas là-bas, ces malheureux que nous laissons persécuter, la chair de notre chair, les os de nos os ?
En les affaiblissant, nous nous affaiblissons nous-mêmes et nous nous préparons de terribles jours pour l'avenir, jours de deuil et jours de vengeance divine à cause de notre faiblesse et de notre égoïsme.
Amendement Lamont. — Mais je dois dire en justice qu'un peu de courage était revenu à nos gouvernants. La campagne de mon ami, M. Bourassa, avait montré dans toute sa laideur la loi que l'on voulait imposer à la minorité et déjà les voix s'élevaient, demandant une amé lioration, un adoucissement à son triste sort.
Sur les entrefaites M. 01i\der avait été élu dans Edmonton comme ministre remplaçant M. Sifton ; M. Hyman et M. Smith, malgré une campagne de fanatisme, avaient remporté de brillantes victoires, qui démontraient le peu d'effet des attaques orangistes dans l'Ontario.
Je l'ai dit : le gouvernement reprit un peu de courage, et, voyant la situation misérable qu'il faisait aux catholiques dans les districts
où ils étaient la majorité, puisque la loi Sifton ne leur garantissait rien^ il îit présenter par M, Lamont, député de la Saskatchewan, un amen* dément permettant à la majorité de tout district de décider par ses commissaires d'école qu'une demi-heure d'enseignement religieux, conforme à la croyance de la majorité, serait donné, entre trois heures et demie et quatre heures.
Cet amendement était bon en lui-même, je Tai approuvé ; mais permettez-moi de vous le dire, il est loin d'être parfait. En effet, il ne contient rien pour les districts où les catholiques ne sont ni la majorité ni la minorité, et il ne contient rien pour assurer l'enseignement du français.
Le député de Labelle vit l'objection et s'adressa au ministre de la Justice pour savoir ce qui arriverait dans le cas où les catholiques ne seraient ni la majorité, et s'ils auraient droit à une école séparée. M. Fitzpatrick répondit qu'il n'en savait rien.
Les catholiques et le Pacifique-Canadien . — Cependant l'amendement Lamont démontrait que l'on reconnaissait l'obligation morale que nous avions de rendre justice aux cathoHques.
Le simple droit de la minorité, droit naturel du père d'élever son enfant suivant sa conscience, droit constitutionnel basé sur le pacte fédéral, et droit garanti par la parole du souverain en 1870, ce simple droit fut refusé, nous dit-on, parce que les députés de l'Ouest étaient unanimes à le repousser.
« Il est vrai, disait-on, que nous sommes liés avec les catholiques par un contrat solennel, par une obhgation morale, par une parole sacrée, mais nous ne pouvons aller à l'encontre de la volonté des députés dxi Nord-Ouest. »
Alors il se produisit an fait qui mérite de vous être rapporté et qui prouve bien comment on traite les quarante pour cent de catholique qui composent la minorité de notre pays.
Le Pacifique-Canadien avait été exempté d'impôts par le gouvernement fédéral lors de sa construction. La députation de l'Ouest tout entière, libéraux et conservateurs, demanda de relever les Territoires de cette obligation.
Le gouvernement répondit : « Nous aimerions à nous rendre aux désirs de nos amis de l'Ouest, mais nous ne pouvons pas, nous sommes liés avec la compagnie du Pacifique par un contrat solennel, »
On prit le vote et tous les dépxités de l'Ouest votèrent contre le goavernement.
Avec les catholiques on était lié par un contrat bien phis solennel, et les intérêts en jeu étaient autrement élevés, et pourtant on a foulé la Constitution aux pieds pour ne pas avou" contre soi la députation
des Territoires. Mais quand il s'agit du Pacifique-Canadien on ne craint pas d'écraser ces mêmes députés des Territoires pour respecter un contrat qui sauvegarde quelques mesquins intérêts d'argent.
Je vous le demande : Est-ce là la justice ?
Y a-t-il deux poids et deux mesures dans notre pays ? Une mesure de justice et de liberté pour le Pacifique-Canadien parce qu'il est riche €t fort, et une mesure d'injustice et de persécution pour les catholiques, parce qu'ils sont faibles et pauvres ?
Et n'avons-nous pas le droit, M. Bourassa et moi, sans faire appel aux préjugés, de réclamer pour nos frères une justice égale à celle que l'on accorde aux naljabs du Pacifique-Canadien ?
Nous n'avons pas changé. — Et ce que nous réclamons aujourd'hui, c'est ce que sir Wilfrid Laurier réclamait le 21 février dernier (1905). Si nous avons tort aujourd'hui, lui aussi avait tort le 21 février dernier.
Nous n'avons pas changé de politique depuis le jour où il a, de sa grande voix, proclamé à la Chambre les principes de la justice et de la liberté. Si quelqu'un a changé, c'est le gouvernement ; et ce changement, je ne saurais trop le répéter, lui a été imposé par la faiblesse de la députation de Québec.
Je n'ai pas changé, et, je vous le demande, ai-je eu tort de dire au premier ministre : « Marchez droit pour la liberté des nôtres et je suis prêt à tomber avec vous, à combattre à vos côtés dans l'opposition pour le triomphe final ? »
Ou valait-il mieux lui dire : « Sacrifiez les catholiques, mais que je ne perde pas le pouvoir ou mon patronage » ?
Je n'ai pas changé. Aurais-je dû changer pour imposer à ceux de ma race et de mon sang, à ceux de ma foi et de mes convictions, l'horrible régime que je vous ai dépeint ?
En conscience et devant Dieu, je me serais senti coupable en acceptant une loi imposée par un de nos plus acharnés persécuteurs, qui rétablissait les ordonnances spoliatrices, ne garantissait à peu près rien aux majorités catholiques, qui sur cent soixante écoles catholiques en laisse subsister environ huit ou neuf, et arrache de la bouche des miens, la langue maternelle, cette langue française que nous sommes si fiers de parler, non seulement parce qu'elle est la plus belle, la plus -claire et la plus douce, mais parce que, apportée ici avec la croix du Christ, elle n'y fut conservée que par les sacrifices constants, les larmes amères et le sang fécond de nos pionniers, de nos grands hommes et de nos martyrs.
Et les descendants de ces hommes qui furent nos aïeux, nous les Avons laissés à la merci de leurs persécuteurs. Et nous, des Canadiens- Français, le cœur léger, sans même paraître nous en rendre compte,
nous avons voué à la destruction certaine tout un rameau de notre famille, pour ne pas exposer l'intérêt personnel de quelques-uns parmi nous !
L'année 1905 sera une année de tristesse et de honte pour nous, et nos descendants lorsqu'ils en liront l'histoire, nous mépriserons justement, pour avoir laissé faire ce que nous avons laissé faire.
Messieurs, permettez-moi de le dire, si on osait traiter un seul de nos compatriotes anglais de la façon dont nous avons traité tout le groupe Canadien-Français dans l'Ouest, les provinces anglaises se lèveraient unanimement pour le venger, et donneraient au monde un exemple superbe de solidarité et de force nationale. Et je puis ajouter que jamais nous ne verrons dans aucun parlement, dans aucune assemblée publique, un seul homme ayant dans ses veines le fier sang d'Albion, avoir le triste courage de se lever pour combattre les droits de sa langue, comme nous avons vu cette année des Canadiens-Français en donner le révoltant spectacle.
Cette loi que nous avons votée n'est pas seulement antinationale à notre point de vue, mais surtout au point de vue du Canada dans sa plus large étendue. Car en négligeant d'imprimer sur ces nouvelles provinces le véritable caractère canadien, c'est-à-dire d'une Confédération où les deux races sont égales et où il n'y a pas de place pour la persécution religieuse, nous avons gravement compromis l'avenir et nous avons préparé pour plus tard de terribles dangers.
Car dans vingt ans, ou moins peut-être, avec l'immigration constante qui nous vient du Sud, du Nord, de l'Est et de partout, aux Territoires canadiens, que restera-t-il de la tradition nationale, et où nous mèneront les nouveaux arrivants ?
En constituant le Canadien-Français, qui habite le pays depuis sa découverte, l'égal en droits et en privilèges du Doukhobor ou du Galicien qui viennent de débarquer, nous avons ouvert entre l'Est et l'Ouest canadiens un gouffre que rien ne saura combler.
Ce qu'il fallait pour assurer l'avenir de notre pays, c'était affirmer plus que jamais le principe d'une justice égale et d'une liberté respectée pour les deux grandes divisions de notre Canada. On ne l'a pas fait, et pourtant cela seul était la garantie d'un avenir de prospérité et de bonheur.
Et c'est pourquoi nous vous avons convoqués aujourd'hui, pour qu'après vous avoir expliqué notre conduite, nous vous demandions de vous préparer, laissant de côté les vieilles distinctions de parti, pour la défense de l'idéal plus haut des principes qui ont fait la confédération canadienne.
Vous préparer pour plus tard, voilà notre seule ambition ; afin que VIII. — Vers l'Abîme 25
si une autre question de ce genre se présentait nous lussions assez unis, assez fermes pour faire respecter contre la force, la justice, le droit et la liberté.
Nous avons combattu pour nos droits les plus chers et le peuple fious soutiendra. Sinon nous devrions dire que la défense de nos institutions, de notre langue et de nos lois ne rencontre chez nous que l'indifférence et l'apathie !
Ah ! s'il en était ainsi, nous serions déjà dans le chemin de la décadence.
C'est pourquoi il faut serrer nos rangs et nous préparer dès aujourd'hui pour la lutte de demain. C'est pour cela seulement que nous vous avons réunis aujourd'hui, et je vous remercie d'avoir en aussi grand nombre et d'une façon aussi sympathique répondu à notre appel.
En terminant, permettez-moi de vous signaler dans l'histoire de nos libertés une coïncidence à la fois touchante et significative.
La conquête de ces libertés, vous le savez, fut marquée par de dures épreuves, et c'étaient des braves qui les subirent.
Parmi ces aïeux dont nous sommes si fiers, un nom parait plus grand que tous les autres, un homme resté dans la mémoire et la reconnaissance populaire, comme le chef de ceux qui marchèrent à la conquête de la liberté : celui-là, ai-je besoin de le nommer, c'était Louis- Joseph Papineau. Depuis longtemps déjà il dort dans sa gloire sous cette terre canadienne qu'il a si ardemment aimée, mais sa grande ombre a dû tressaillir lorsque là-haut sont venus vers lui les échos de nos luttes terrestres et qu'il a vu dans son immortalité que la défense de ces libertés qu'il nous avait conquises était encore entre les mains d'un fils de son sang. Et c'est pour cela. Messieurs, que vous me permettrez, et ce sera ma péroraison d'offrir en votre nom au petit-fils de Papineau, à M. Bourassa ici présent, le merci national que vous avez tous dans le cœur et sur les lèvres.