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LA COLONISATION DU NORD-GITEST

Quel est l'intérêt matériel et moral du Canada dans son Nord- Ouest immense ? Que ce territoire se peuple vite et bien : qu'une afiluence de force et d'intelligence nécessaires le garde à l'intérieur de la pénétration étrangère qui pourrait mettre en cause l'unité du pays, sinon son indépendance.

Son intérêt manifeste, pour atteindre ce but élevé, d'une portée générale et d'une valeur incalculable, eût été de garantir à l'immigrant Canadien ou étranger, la plus large somme de libertés possibles, de lui assurer matériellement et normalement pour le moins les libertés, immunités et privilèges dont jouissaient, à l'abri de la Constitution, les Canadiens Anglais et Français dans les provinces d'organisation ancienne. Il fallait à tout prix éviter de créer entre les vieilles provinces autonomes, et les nouvelles arrivées à la vie publique une inégalité choquante, une contrainte, une diminution telle qu'elle traçât, en réalité, entre .le vieux et le nouveau monde canadien, une vérilable ligne de démaïcation et d'isolement, une ^orte de barrière de protection telle qu'on en établit hâtivement en temps de calamités publiques pour garantir la santé d'une partie de la nation contre un fléau passager,, mais redoutable ; la pestes'il faut l'appeler par son nom; c'est à-dire, dans les conditions qui nous occupe, une quarantaine perpétuelle maintenue aux abords du Nord-Ouest pour

y ralentir effectivement l'affluence des hommes, les plus recherchés, les plus compétents, les plus susceptibles d'importer en ces territoires vides ce qui manque à son développement rapide, à sa durable prospérité.

Son intérêt, en un mot, était de maintenir à l'usage du Canada entier l'unité de droits et de devoirs, concédée au peuple telon son origine et sa religion de par ]a Constitution ; les Actes d'Union et de Confédération.

On s'est départi de cette sagesse, on a refusé à certaines parties du peuple cette mesure de justice distributive, et on a fait cette chose monstrueuese, dans un pays à ressources variées, inépuisables, d'un avenir qui peut être un jour prodigieux: qu'il fait bien meilleur de vivre ici que là ! qu'il y a des privilégiés et des opprimés de par la loi ; une hostilité latente qui ne peut que dégénérer en contestations sans fin et préparer des conflits sans issue. C'est fait pour retenir chez eux les privilégiés et permettre ainsi que les pays, abandonnés par les leurs, las du vide en lequel ils sont maintenus, n'attirent l'étranger séparatiste et dominateur. Car, on se doute bien que ces pays étant riches à souhait ne laisseront pas de manifester à leur façon cette horreur du vide que ressent une nature généreuse et dédaignée.

Sur qui comptait-on pour peupler le Nord-Ouest ? Sur les Canadiens-Français.

Que redoutait-on dans le Nord-Ouest : la foi inébranlable des Canadiens-Français et leur invincible attachement aux idées,, aux traditions, à la langue des ancêtres.

Et parce qu'on redoutait qu'avec le Franco-Canadien ne pénétrât dans le Nord-Ouest les idées françaises et la foi romaine, en violant la Constitution, l'Acte d'Union et de Confédération, on a voulu se ménager le moyen de pouvoir dire à la frontière du Nord-Ouest, tout spécialement aux Canadiens-Français : le colon passe mais il dépose ici sa langue et sa foi.

A cela se réduit, en effet, avec l'aide de Greenway , l'œuvre de W. Laurier, franco-canadien et catholique, dans le Nord-Ouest où il a entravé la pratique légale de sa langue maternelle et livré

la conscience des siens aux sévices de l'école neutre, c'est-à-dire sans Dieu.

Et dès lors une question se pose pour les catholiques ayant envie de tenter fortune dans le Nord-Ouest canadien ;nous voulons dire pour les catholiques ayant charge de famille et l'intention de se rendre en ces lieux sans esprit de retour.

Ils se demandent : pourrai-je élever mes enfants dans ma religion, leur transmettre sans entrave les traditions des miens, la langue et la foi de mes aïeux dont ils perpétueront la race ?

Ils comparent, s'ils sont Canadiens-Français,les privilèges scolaires dont ils jouissent dans le Canada proprement dit même ■dans l'Ontario, avec ce que sera le sort commun fait à la jeunesse dans le Manitoba, l'Alberta et la Saskatchewan ; et, ne pouvant se résoudre à jeter leur progéniture dans le moule commun imaginé pour la déformer, ils se rebutent et n'émigrent pas.

Aussi bien l'épiscopat et le clergé canadien, en cela unanime, s'opposent-ils à l'émigration vers l'Ouest de leurs ouailles ; mieux vaut encore selon eux, pour l'enfance, la liberté américaine que l'oppression des sectaires des provinces occidentales. Et voilà comment le premier effet de la législation scolaire restrictive du Manitoba et des autres provinces de l'Ouest, a été de restreindre l'émigration des Canadiens-Français vers elles et de compromettre l'avenir économique et politique de cette réserve immense sur laquelle on peut fonder les plus belles espérances.

Pour éviter le discrédit qui pouvait en résulter pour lui, le gouvernement canadien s'est mis à provoquer l'immigration étrangère par des agents de colonisation, agents salariés, qui opèrent à l'intérieur et au dehors. Les juifs étaient alors rejeté? de Russie; le gouvernement Laurier les attira en masse dans l'Ouest canadien.Et que d'autres parias loqueteux vinrent à leur suite, plèbe inapte, qui ne faisait le plus souvent que déplacer ses hardes, promener sa misère physique et morale pour végéter lamentai)lement aux frais du Trésor.

Invitation faite aux Juifs. — Pour ce qui concerne les Juifs

particulièrement, on sait qu'ils sont admis en pleine franchise : est-ce parce qu'ils deviennent partout où ils se fixent un élément de désorxire social, que ce soit en Italie, en France, en Angleterre, en Autriche, en Russie et déjà au Canada où ils accoururent en masse à l'appel de Laurier.

Heureusement, pour le Canada, jusqu'à ces derniers temps> les Juifs étaient peu nombreux sur son territoire. Lors du recensement de 1901, la population juive dans toutes les provinces de la Confédération n'excédait pas 16.000. Mais elle s'est augmentée très rapidement depuis lors et on trouve aujourd'hui des Juifs dans toutes les provinces canadiennes. Il y en a à Winnipeg, à Toronto, à Québec, à Montréal, et jusque dans les campagnes les plus reculées. Montréal n'en compte pas moins de 40. 000 actuellement, et la seule paroisse de Saint-Roch à Québec, en 1909. n'avait pas moins de 81 familles juives, pour la plupart nombreuses.

On se demande naturellement comment expliquuer l'agmentation si rapide de la population juive au Canada, et en particulier à Saint-Roch, quartier de la ville de Québec représenté par sir Wilfrid Laurier au Parlement fédéral. La réponse est que, il n'y a pas fort longtemps, sir Wilfrid Laurier, en plein Parlement, in- \àta les Juifs d'Europe à venir s'établir au Canada ; et ceux-ci fort aise de l'aubaine, ne pensèrent pas pouvoir mieux faire pour répondre à cette voix amie, que d'aller se gTOuper autour de lui afin d'être protégés et, au besoin, pour protéger leur bienfaiteur.

Or, le Juif, d'expérience constante, est essentiellement manr geur de cathohques ; il est l'ennemi juré de l'Eglise ;'ranié naturel de la franc-maçonnerie et de toutes les sectes antichrétiennes.

Les Juifs cherchent, au Canada, comme ailleurs, passionnément et opiniâtrement avec leurs intérêts propres, l'anéantissement des chrétientés.

L'alliance des Juifs et des Francs-Maçons, voilà le cauchemar le plus angoissant, le plus redouté des société:, modernes. Ce sera donc une durable réprobation dont souffrira Laurier pour avoir

créer en son pay^, plus pressant qu'ailleurs bientôt, le péril sémite.

Pour la colonisation officielle, dans la mesure qui leur étaitpos"sible, mais avec un esprit tout différent, les évêques de l'Ouest travaillèrent et ils provoquèrent une immigration de meilleur aloi .

Voici comment à cet égard, Mgr Langevin, archevêque de Saint-Boniface s'expliquait à son clergé le 5 mars 1897 :

« Il est de notre devoir à tous d'encourager la colonisation du pays, et chaque curé ou missionnaire devrait relhe les recommandations, si sages et si précises du premier Concile de Saint-Boniface à ce sujet :

« « Coloni et advena? bénigne excipiantur, in eligendis fundis « propriis adjuventur, et consilia eis dentur, ita ut catholici in eadem « regione commemorentur et circumscriptiones tam scolares quam « parochiales efformentur. Cum catholicis, bonis exemplis, orationi- « bus et lenitate morum agant et inutiles acerbasque controversias « effugiant. »

Comme nous allons ouvrir des écoles catholiques partout où il y aura un nombre suffisant d'enfants, la question scolaire ne devra plus être un prétexte pour éloigner de ce pays ceux qui voudraient venir s'y établir.

Le Bon Dieu a donné à nos prairies une fertilité qui permettrait de nourrir des populations nombreuses, et ceux qui veulent travailler la terre et économiser peuvent vivre honorablement en ce pays. Engagez donc vos paroissiens à faire venir leurs parents et leurs amis.

Le gouvernement d'Ottawa a bien voulu reconnaître M. l'abbé Corbeil comme agent d'émigration ; il ne pouvait nous rendre un meilleur service, je suis certain que cet excellent jeune prêtre, qui a déjà fait venir plus de trente personnes dans le pays, dans l'espace d'un an s'acquittera consciencieusement, et avec succès, de son importante mission.

Afin de protéger nos colons il serait à désirer que l'on formât partout des sociétés d'agriculture ou des cercles agricoles sur le modèle d ce qui se pratique dans la province de Québec. Que chacun de vous devienne missionnaire colonisateur et vous ferez des merveilles. Au reste, plusieurs ont déjà réussi à fonder des paroisses prospères dont ils sont l'âme et le soutien, et dernièrement encore, l'un de vous m'annonçait que quatorze terres avaient été achetées par des catholiques dans sa paroisse. En avant ! Dieu le veut ! Dieu le veut !

Nous connaissons un agent officiel de colonisation pour le Saskatchewan : M. l'abbé Gravel dont le zèle est admirable. Il nous affirme ramener au pays force Canadiens qui s'en furent aux Etats-Unis et qui prospèrent mieux dans leur Ouest. Il ajouta : en 1911 nous avons vu arriver à nous 350.000 immigrants, dont 150.000 Américains ; et nous en attendons 500.000 en 1912 !

Aussi, concluait-il, les terres enchérissent rapidement, leur valeur progresse chaque jour. M. Davidson, agent-général de la Norther Canadian Raiiway C° nous confirmait ces faits.

Aux conseils prodigués par le digne prélat à son clergé, rien dans le fond, rien dans la forme qui encourage l'œuvre scolaire imposée au Manitioba par les complaisances de sir W. Laurier ou de ses alliés. Le contraire apparaît dans l'affirmation : « Comme nous allons ouvrir des écoles catholiques partout... » Cela ne se faisait pas évidemment, en conformité avec les vues et avec le concours empressé du gouvernement libéral qui avait opté pour l'école neutre obligatoire pour tous, laïque en perspective et relativement déjà... sans Dieu !

Et cela nous amènera tout naturellement à la polémique virulente soutenue récemment par le sénateur Landry contre La Vigie et le Champenois, deux feuilles libérales qui faisaient campagne pour un certain curé Bérubé, également agent de colonisation dans le Saskatchewan, salarié par l'Etat pour attirer en cette région la main-d'œuvre franco-canadienne de l'Est, et par surcroit l'émigration étrangère. Ce curé estimait, à l'encontre de son archevêque, que tout dans l'Ouest, au point de vue scolaire, comme aux autres, était pour le mieux et donnait les meilleures satisfactions : déclaration hasardée qui lui valut de la part de Mgr Langevin, mieux informé et surtout plus autorisé pour traiter de cette question, une condamnation salutaire.

Le curé Bérubé est d'ailleurs un personnage remuant dont le renom déborde des frontières fussent-elles aussi étendues que celles du Canada.

Ce curé de Vonda n'est pas à proprement parlé ce que nous appellerions en France : un homme à miracle, c'est-à-dire, un

homme humainement téméraire, entreprenant le bien à coups d'expédients et forçant à chaque tour et détour de sa route un saint complaisant de le tirer d'embarras. Le cu:é Bérubé a de singulières dispositions à se tirer de peine tout seul, dut-il pour en sortir plus vite, changer de diocèse à chaque soutane usée et faire antichambre plus qu'il ne convient. Sur les principes il n'est pas tenace, et sur les convenances confessionnelles, non plus : c'est à vrai dire un homme compromettant et, ma foi !... compromis. Donc, le nom Bérubé nous était connu avant même que nous ne nous occupassions de W. Laurier, de Laval, de Québec. Montréal et Trois- Rivières, ou encore de l'Ouest canadien. Un jour, voilà déjà quelques années écoulées, nous recevions à notre table un Père Jésuite, fort distingué, d'origine illustre, proche parent d'un archevêque qui fit de son temps, dans le monde, un grand bruit pour les bonnes causes qu'il servait avec un talent qui honore l'Eglise. Ce Père était lui-même auteur renommé, orateur couru, homme d' œuvres populaires et avec cela très choyé ; enfin, actuellement, il est la colonne économique d'une Université catholique française fort en renom.

Or donc, à table, avec ce Père et nous, figuraient deux jeunes gens, l'un étudiant en droit, fort bien noté puisqu'il passait tous ses examens avec boules blanches, l'autre un cousin à la mode de Bretagne du Père Jésuite lui-même, mais cancre accompli, ayant tout raté dans sa jeune existence, même la délicatesse et les convenances sociales, avec cela bon garçon tout de même remplaçant par une dévotion, qui nous paraissait excessive, le mérite personnel qui lui faisait défaut. Ce jeune homme, au service militaire, parfois communiait à trois heures de l'après-midi. C'était fort bien assurément, c'eût été mieux, sans doute, s'il l'avait ignoré.

Et la conversation s'engagea roulant d'un sujet à un autre, arrivant à la fin aux professions à choisir pour les jeunes cancres arrêtés au seuil de la vie réelle et pourtant réduits à livrer la lutte pour la vie.

Le premier de nos jeunes gens tenait pour le barreau : il en

avait les aptitudes et se promettait d'être le défenseur des veuves, des orphelins, un chevalier errant, s'il le fallait, du droit méconnu, de la justice égale pour tous les citoyens malgré la politique qui mettait chaque jour entre eux plus d'éloignement. Disons tout de suite que ce héros, docteur en droit très prisé, a épousé la fille d'un maire radical pour la dot qu'elle avait, a tourné de sa casaque ce qu'il fallait pour arriver, n'a pas fait grand mal, ni grand bien, et cultive le client qui paie plus que l'orphelin qui pleure : c'est le monde moderne en France et pen-sons-nous au Canada aussi. Passons donc à l'autre. Cet autre jeune homme, qui se sentait apte à tout précisément parce qu'il n'était propre à rien, ce serait fait indifféremment, selon l'occa^ sion, ingénieur, électricien, agent d'assurances,... et peut-être émigrant pour colonie à peuplement : des vocations, voyez-vous, on ne discute pas plus que des couleurs, tous les goûts étant encore dans la nature.

Et n'arriva-t-il pas justement qu'on parla, à propos de colonies à peupler, du Canada et de l'abbé Bérubé ! Est-ce qu'il ne se trouva pas aussi que le bon Père Jésuite était en correspondance amicale avec cet agent de colonisation, salarié par l'Etat canadien pour recruter en France, particulièrement dans le Poitou,^ s'il le pouvait, des colons pour le Nord-Ouest canadien ! Très consciencieusement alors mon hôte détailla les multiples avantages qu'on faisait aux hommes de bonne volonté, mûrs pour le peuplement et l'exportation, comme si par un temps de dépeuplement affolant cette marchandise était encore courante en notre beau pays de France.

Le dirons-nous cependant ; le croira-t-on ? Du coup nos deux jeunes gens : le capable à quelque chose et- le propre à rien étaient également bien disposés et nous jurons que si nous avions été aux tristes jours des marchands de chair à canon^^ouv remplacement des fils de familles, tous deux eussent signés L'engagement bon pour le service canadien. Toutefois, nous hasardions quelques observations sur l'isolement redoutable, la rigueur du chmat, les peines inévitables, l'inaptitude physique des uns,rignorance tech-

nique des autres, les illusions de tous, et finalement nous exprimions notre étonnement de voir curé exotique et religieux Iran" çais s'entendre pour priver la France de quelques bras lorequ'en si grand nombre déjà ils lui faisaient défaut.

Le Père Jésuite dit en souriant: j'expose ce qu'on nous propose,, mais je n'embarque personne !

— A la bonne heure, répliquâmes-nous, et cela nous soulage beaucoup pour avoir vu à Rueil, dans le domaine même de la Malmaison, à l'ombre souriante d'une bienfaisante duchesse d'Albuféra fauchée au printemps de la vie, un certain chanoine Rosenberg, juif converti, devenu prêtre affairé, constituer une pépinière de futures épouses pour les colons canadiens !

Comment cela, nous demanderez-vous. Voici :

A cette riche héritière, d'Albuféra, le susdit chanoine avait soutiré quelques millions. Il avait des frères remuants à caser, et des soeurs qui avaient de la dévotion ; plusieurs se firent religieuses pour leur conipte ; c'est-à-dire qu'avec le concours du chanoine, leur frère, elles fondèrent un ordre religieux, vague,, sous le vocable de N. D. de l'Eternelle Lumière. Et voilà que pour, utiliser les millions de la duchesse et honorer la mémoire de la défunte on se mit à construire dans un site enchanteur le nouveau couvent, asile d'âmes en peine, la plupart étrangères, et... d'orphelines de France.

De ces âmes en peine, la plupart allemandes, on fit des sœurs converses ; mais les orphelines étaient la raison d'être de l'établissement, on en faisait des ouvrières habiles, intelligentes ; les unes faisaient de la lingerie ; les autres, de la confection ; nous vîmes toute une équipe nombreuse occupée à enfiler les perles de couronnes mortuaires qui étaient de bon rapport. Rien à dire jusque là : tout paraissait marcher honnêtement : ces pauvres filles, ces enfants deshéritées étaient mieux là, qu'au bord du ruisseau ouà ramasser des feuilles au bois. Mais où l'affaire à nos yeux devenait lamentable, c'est quand le bon chanoine judaïsant nous dit de sa voix caressante, en nous désignant tout son jeune troupeau :

— Je les destine au Canada, elles y seront heureuses et bonnes mères ; elles y feront fortune assurément.

— Pour le Canada ?

Et songeur nous faisions :

— Quelle entreprise !

— Oui. oui, continua le mielleux chanoine juif; eh, oui, il faut là-bas constituer des centres de colonisation française. Elles y aideront puissamment.

Nous ne pûmes nous empêcher de dire :

— Sans doute, en tressant des couronnes mortuaires ! Et nous quittâmes rétablissement navré.

Nous n'avons pas à répéter les autres réflexions que cette affaire nous suggéra en présence de nos deux jeunes gens, ni d'en faire connaître la fin lamentable. Du reste, en quittant la table, ils ne parlaient déjà plus d'aller aux Montagnes Rocheuses, ni le Père Jésuite de leur en faciliter le voyage.

Nous estimions, en somme, qu'il était odieux de faire ainsi, en quelque sorte, de l'esclavage humain pour une exportation dont les aboutissants n'étaient pas lumineux

Nous aurions voulu voir le sénateur Landry à notre place. Nous pensons, en tout cas, que, malgré sa mansuétude et son légitime dé^ir de voir la bergerie se peupler de bonnes brebis, Mgr Langevin lui aussi eût trouvé pour la circonstance des paroles sévères.

Le bien du Canada méritait autre chose et meilleur apôtre que des Bérubés.

Mais parlons un peu de Bérubé ; le personnage en vaut bien la peine, d'autant plus que la Vigie l'ayant défendu avec ardeur, et non pas sans intérêt, le sénateur Landry nous apprend que ce ne fut pas non plus hors de raison, ni sans une grande et triste utilité : Le curé de Vonda avait besoin d'être défendu. Pourquoi ?

Il parait, ce n'est pas nous qui l'inventons, que le curé Bérubé, <;'omme l'abbé Marquis naguère, fait des diocèses comme des chemises : pour pouvoir en changer plus fréquemment. Et sauf respect, s'il en change, c'est moins par habitude que par... nécessité. On ne supporte pas ce curé ; et ce curé ne supporte pas davantage

l'autorité qui n'admire pas en lui la qualité d'agent salarié du gouvernement libéral dont il se servait pour faie une besogne équivoque.

Le curé Bérubé, agent salarié, devenu homme-lige de gens qui sacrifièrent les droits des catholiques dans tout le Nord-Ouest, eut des difficultés fatales dans la province de Québec ; il eût également des déboires dans l'Ouest. Cependant ses attaches libérales résistèrent à tout et c'est de lui que Mgr Langevin, archevêque de Saint-Boniface devait dire dans V Action Sociale^ du 22 août 1908 :

« Je me demande au nom de qui M. l'abbé Bérubé, arrivé depuis peu dans le Nord-Ouest, et curé-missionnaire de vingt familles à Vonda^ prend la liberté de parler et de dire dans sa lettre sur l'enseignement du français, qui est si négligé : « Nous sommes satisfaits du présent. »

« Certainement, le brave abbé ne parle pas au nom de son évêque, Mgr Pascal, voyageant en Europe et qui n'approuverait pas ses lettres, et il parle encore moins en mon nom et au nom des catholiques bien pensants qui sont au pays depuis plusieurs années.

« ... Nous voulons bien donner crédit à M. l'abbé Bérubé pour ses bonnes intentions, ses talents et son zèle pour la colonisation catholique et française, mais il est regrettable de voir ses lettres servir une mauvaise cause. Il a tort de dire que les catholiques sont satisfaits,, alors que l'épiscopat tient un autre langage. »

Cette réprimande paternelle, ce désaveu fit dire à l'abbé Bérubé que depuis lors « il ne pouvait plus être à l'aise pour discuter cette question (des écoles) coram populo ». Donc, s'il restait à l'aise quand même et dans l'intimité, ce n'était pas dès lors l'opinion nette, trop motivée de l'archevêque et des évêques qui gênerait ce grand homme, supérieur à tous.

Toutefois, ce petit curé n'était pas fait pour se passer de ses aises longtemps. Bientôt il déploya toutes ses voiles aux vents politiques qui s'y engouffraient impétueusement, tant et si bien que tous ses confrères du diocèse de Mgr Pascal d'abord, puis ceux de l'archidiocèse de Mgr Langevin se répandirent en protestations indignées contre lui.

Peu avant l'^Ldinonestation de Mgr Langevin dans V Action sociale à l'adresse du curé Bérubé, il était arrivé à Vonda un curé de la province de Québec, l'abbé Lambert qui, selon la Vigie, aurait dit en réunion publique :

« Qu'ayant vu de ses yeux il ne pouvait faire autrement que de déclarer publiquement qu'au point de vue « scolaire et religieux » l'émigration n'avait rien à craindre, mais avait tout à gagner en préférant le Nord-Ouest aux Etats-Unis. »

La citation de la Vigie était tendancieuse, inexacte, le Soleil la rectifiait ainsi :

« M. Lambert commence par défendre les curés de sa province (!). 11 est frappé de l'importance de la question mise devant cette Convention. Dans cinquante ans, dit-il, on parlera de cette discussion. Il s'agit, en effet, de convaincre toute une province. Doit-elle envoyer ses enfants coloniser l'Ouest ? Est-il vrai que les Canadiens-Français courent ici le danger de perdre leur foi et leur langue ? Personnellement, je ne le crois pas. »

Et qu'importait, même ainsi rectifiée, l'opinion du curé Lambert de la province de Québec, opposée à l'opinion contraire des évêques de la même province comme de ceux des provinces de rOuest et des Territoires, principalement intéressés ?

Cette opposition existait-elle ? L'abbé Lambert la constata dans la même réunion en invitant ses auditeurs à en obtenir le retrait désirable selon lui :

« Il faut, dit-il, un mouvement d'ensemble. Vos chefs hiérarchiques devraient (!) agir sur les chefs de la province de Québec. Un curé, dans sa paroisse, ne peut tout dire et tout faire (!). Il lui faut l'assentiment de son évêque. Aussi longtemps donc que les évêques de la province de Québec seront opposés à la migration des nôtres vers vos provinces de l'Ouest, vous ne pouvez compter sur le secours des curés. »

Donc les évêques canadiens étaient et restent opposés à la mi-

gration des leurs vers l'Ouest, Ce n'était donc pas une raison suffisante pour faire en France de la puériculture intensive pour cette destination prohibée, ni de faire pour la même fin un recrutement quelconque, auquel sir W. Laurier suppléait vaille que vaille en ramassant les Juifs errants sur tous les grands chemins de l'Europe. Et voici comment la question des écoles neutres dans rOuest se posait alors devant la colonisation par l'immigration franco-canadienne et étrangère :

Les catholiques Canadiens-Français et autres peuvent-ils aller s'établir dans l'Ouest canadien, s'y fixer, y créer une famille sans s'exposer à perdre leur foi, leur langue et leurs traditions par l'action délétère de l'école neutre, anglaise, protestante en fait et sans Dieu ?

Bérubé et Lambert répondaient : Oui.

Mais tout l'épiscopat et le clergé de deux provinces immenses protestaient hautement et disaient : non !

Et si ces derniers conseillaient la colonisation, qu'ilserait téméraire d'enrayer, c'était afin de gagner assez en force pour faire abroger ou amender de funestes lois.

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