‹ Vers l'abîme (volume 4)Chapitre 11 sur 77 · FÉIE DE SAINT JEAN-BAPTISTE · texte numérisé non relu

FÉIE DE SAINT JEAN-BAPTISTE

ces iustitutioiis que s'aoquièrenl les développements de la vie civile. Et quels services ne nous ont-elles pas rendus, en fortifiant si puissamment, si constamment les trois grands liens nationaux, la langue, la foi et les mœurs '^ Elles nous ont sauvés! En etîet, que serions-nous^ devenus, je le demande à tout homme éclairé, que serions-nous devenus, après la conquèle, si nous n'avions pas eu nos collèges, nos couvents? Nous étions complètement séparés de la mère-pcilrie, nousélion» abandonnés de la noblesse ot de la bourgeoisie française, nous étions laissi's seuls au fond des ftirèts, entourés et dominés même par no& ennemis. Je ne crains pns de le dire, sans nos institutions et notre clergé, nous ne serions plus rien. Je dis, noire clergé, parce que c'est lui qui les a dirigés, et que le prêtre, à l'ombre de son clocher, est pour le peuple, ce que sont nos communautés pour la classe instruite. Je dis, nos institutions, parce que le clergé lui-même en est sorti, et qu'ellesont fourni au pays ses hommes publics. Ne leur doit-on pas, dans l'Eglise et dans l'Etat, ceux qui ont le plus brillé parles connaissances, la parole et la plume, et qui ont employé leurs lumières et leurs forces au soutien et à la défense de la nation ? Je pourrais également |)arler de ceux qui, quoique sur un degré moins élevé de l'échelle sociale, ont cependant, par milliers, concouru grandenient dans leur sphère à l'avancement général de la nation, et qui n'avaient pas puisé ailleurs leur instruclion.

Oui, ce sont certainement nos institutions qui nous ont sauvés, en mettant à couvert notre langue, notre foi et nos mœurs. Combien donc ils nous doivent être chers! Nous devons les conserver comme les sources de la force nationale. Celui qui porterait contre elles une main sacrilège, frapperait sa pairie au cœur. Nous les cotiserverons en les aidant, en les protégeant, en les environnant de tout le respect qu'elles méritent.

Eh bien ! maintenant que nous avons examiné les éléments nationaux, avons-nous les trois caractères dislinctifs d'une ration ? Assurément, et sans nul doute.

Quand je vois plus d'un million d'hommes parlant la même langue, se lever sur tous les points du pays, comme il arrive, en ce jour, et proclamer qu'ils sont canadiens, je dis ; c'est là le premier trait caractéristique d'un peuple.

Quand je vois un million d'hommes entonner et chanter ensemble le même credo, comme vous allez le faire dans un instant, je dis, ce peuple possède l'unité de foi.

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Quand je parcours le pays, et que je vois dans toutes les maisons canadiennes les mêmes habitudes, les mêmes coutumes, les mêmes mœurs, j'affirme que j'ai, sous les yeux, dans le sens propre du mot, une véritable nation.

Avant de finir sur ce sujet, je répondrai à une objection.

Des journalistes peu éclairés ont écrit : C'est la forme du gouvernement qui fait la nation. C'est une erreur. Est-ce que la Pologne a cessé d'exister, parce qu'elle a été divisée, el soumise à trois gouvernements divers ? Les Irlandais, les Indiens, et d'autres encore ne forment-ils plus des nations distinctes, pour être passés aux mains d'un gouvernement étranger? Je comparerai la nation à un arbre. Une nation qui a son territoire et son gouvernement, et qui a reçu son parfait développement, ressemble à un bel arbre qui a crû d'une semence féconde, dans une bonne terre, au bord des eaux. 11 a grandi, et poussé vigoureusement ses branches. Sous l'aclion bienfaisante du soleil et de la rosée, il s'est chargé de feuilles, de fleurs et de fruits. Tel fut autrefois le peuple f juif, peuple privilégié, type et modèle. Est-ce à dire qu'il faille que toute nation soit ainsi constituée pour avoir droit de porter ce nom? Non, le gouvernement et le territoire même ne sont pas de l'essenc* d'unti nation. Le peuple juif, ce type, n'en est-il pas lui-même une preuve des plus frappantes ? Il est un des plus anciens ; il a survécu à la ruine successive de tous les autres peuples et des plus grands ; aujourd'hui, il est sans patrie, sans gouvernement, dispersé aux quatre vents, parlant toutes les langues; il n'est retenu que par un seul lien, l'unité de principes, et orpendant, c'est encore le peuple juif. J'ai donc dit, avec vérité, qu'une nation peut exister sans patrie ni gouvernement. Maintenant, à quoi coni parera i-je la nation captive ou sujette? Le jardinier use d'un art qui servira, ici, d'expression à n)a pensée. C'est l'art de la greffe. Quand il veut unir ensemble les fruits de deux arbre» diirérenls, il coupe, avec soin, une jeune pousse, et l'implante sur un autre tronc. Celte branche ne périt pas, mais clJe prend un nouveau principe de vie. La sève du nouvel arbre se communiquant à elle, lui fera porter des fiews et des fruits différent?. Cette branche vivra donc sur un troue étranger, avec des fruits qui lui seront propres. Il en est ainsi d«s iaa.tioDS que le Seigneur sonraet à l'aclion d'un gouvernement étranger ; et c'est absolument ce qui nousarrive à sous, Canadiens-français. Une horrihle tempête s'abattit sur le monde. Dès les commencements, nous fûmes détachés, comme une jeune branche, de l'arbre français qui nous avait produits, et Laissés gisant sur le sol. La

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Providence eut pi lié de celte branche vivace, la releva, el la plan la sur le Ironc vigoureux de laConslitution Britannique. Nous nous y sommes développés, comme vous en êtes les lémoins, d'une manière étonnante, tout en conservant nos caractères nalionaujc, et nous portons nos fruits. Ce serait donc une erreur capitul'e de croire (lue nous ne sommes pas une nation ; erreur qui pourrait avoir les plus funestes conséquences. Car, en portant le découragement dans les âmes, elle paralyserait l'action des forces vitales de la nation, et pourrait nous conduire peu à peu jusqu'à la mort nationale. Mais, non, heureusement, il n'en est pats ainsi ; nous savons que nous sommes une nation, et nous venons même l'affirmer devant Dieu par notre présence, en ce moment, au pied des aulels.

Je crains, mes frères, de vous avoir déjà fatigués, en donnant trop de développements à ces considérations. Il reste, cependant, un autre côté de la grande fête de ce jour à examiner ; c'est la foi en notre aveair national, et en notre miesion. J'espère que vous aurez encore la bien- ▼eillance de m'écouter quelques instants, je serai le plus bref possible.

La formation des nations n'est pas l'œuvre du hasard, mais l'œuvre d'une Providence infiniment sage qui assigne un but à tout ce qu'elle fait. Dieu avait donc un but en nous formant un corps de nation ; c'est là une vérité que la foi comme la raison nous enseigne, et (jue nous ae pouvons révoquer en doute. Celle Gn est notre mission. Si nous admettons que nous avons une mission, il faut admettre aussi que nou« avons les moyens de l'accomplir. Car, autrement, ce serait accuser la Providence, et proférer un horrible blasphèn>e. Dans notre mission et nos n.oyens se prépare notre avenir national.

Mais quelle est notre mission? C'est là la plus grande question que nous puissions nous faire comm« peuple. Pour connaître nos destinées, il faut certainement étudier l'histoii'e du passé. Car l'homme connaissant mieux le passé que le futur peut en tirer des leçons ou des déductions qui soulèveront un peu le voile du temps, et lui découvriront quelque chose de l'avenir. Cependant, cette étude ne suftit pas. Il faut s'élever dans une sphère plus haute, et aider la raison des enseignements de la foi. C'est ainsi que nous connaît>i'ons nos véiitables destinées nationales. Or, la foi nous apprend que toutes les œuvres de Dieu sur la terre s'opèrent en vue du salut éternel de rhumanité, et par conséquent pour l'extension de son royaume parmi les hommes.

Vous avez choisi saint Jean-Baptiste pour patron et pour protecteur. Vous avez été bien inspirés. En étudiant ce type et ce modèle, nous

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trouverons des rapports frappants entre sa mission et celle du peuple Canadien. Le grand-prêtre Zacharie, parlant sous l'inspiralion de Dieu, dit de Jean-Baptiste : Et tu puer, Propheta Altissimi vocaberis ; prœbts n7}te fncieyn Domini parare vias ejus. Illuminare his qui m tenebris et in umbra mortis sedent. « Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut, et tu iras préparer les voies devant la face du Seigneur. Va éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres et à l'ombre de la mort. » Jean-Baplisle est donc envoyé de Dieu pour éclairer un peuple plongé dans les ténèbres, et assis à l'ombre de la mort. Mais comment a-t-il été préparé à remplir cette grande mission ? Il fut sanctifié dès le sein de sa mère ; il arriva au monde pur comme un ange. Cependant, il ne dit pas qu'il est la parole de Dieu, rjiais simplement la voix de celui qui crie dans le désert de préparer les sentiers du Seigneur. Au désert, que fait-il ? Il avait à convertir un peuple criminel, livré à l'intempérance et au luxe, ces deux vices si ruineux pour un peuple, et dont nous ne saurions trop nous défier; il mène pour cela la vie la plus austère. Sa nourriture grossière, son vêtement de poil de chameau condamnent rigoureusement les excès du peuple juif qu'il est appelé à guérir. Après une vie si mortifiée, Jean-Baptiste sort du désert en vrai Précurseur et prêche à tous la pénitence. Ceux qui l'écoulent, il les baptise; ceux qui résistent, il les reprend et les menace en leur disant : « Races de vipères, qui vous a apprise fuir la colère à venir? » Nous voyons par l'histoire sacrée que beaucoup vinrent entendre sa parole, mais peu avec de bonnes dispositions ; c'est pourquoi la masse de la nation resta égarée et assise à l'ombre de la mort. iMais Dieu qui avertit avant de châtier, frappe après que les avertissements sont méprisés. Il frappa donc le |)euplft juif, et le dispersa comme la poussière des grands chemins, sur toute la surface de la terre.

Nous avons vu la mission de Jean-Baptiste, auprès de ce peuple infidèle. Ne voyez-vous pas, maintenant, le rapport qu'il y a entre la mission du Précurseur du Christ et celle de nos pères? Il me semble entendre Zacharie dire à nos ancêtres |)ar la bouche de leurs souverains, comme ;i Jean-Baptiste : « El toi, petit peuple, tu iras préparer les voies du Seigneur sur les bords lointains de l'.Vmériiiue. Vaéclairer les tribus sauvages qui s'y trouvent assises à l'ombre de !a mort et dans les ténèbres de l'infidélité ». Nos pères, à l'exemple du Précurseur du Messie avaient été préparés à cette noble mission, lis étaient un petit peuple choisi, formé des familles les plus pures de la vieille France, familles pieuses, chastes, sobres, laborieuses, Ion les imbues des vérités et des

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