FÊTE DK SAINT JEAN'-BAPTISTE
vertus chrétiennes. Aussi, ils n'ont pas failli à leur noble mission. Ils vinrent ici, d'après l'intention des Rois de France, non pour s'y enrichir et y faire des conquêtes, mais comme des missionnaires |)our y établir le royaume de Dieu. Ils n'étaient pas la lumière, mais ils l'annonçaicnt par leur foi, leurs mœurs et leurs paroles, el surtout |)ar les ministres de Jésus-GhrisI qui les accompagnaient, lis pénétrèrent avec leurs missionnaires jusque dans les plus extrêmes solitudes de l'Ouest, et cet endroit même fut témoin de leur passage. Ils aidèrent da tous leurs efforts les apôtres de la bonne nouvelle à instruire, éclairer et convertir les peuplades sauvages. Mais qu*est-il arrivé? Un petit nombre seulement prêta une oreille docile à la parole du salut. Ceux-U furent baptisés et trouvèrent la vie. Les autres résistèrent obstinément comme le peuple juif. Comme chez ce peuple à l'égard du Messie, des mains cruelles se levèrent contre les missionnaires et contre nos pères. On en fit d'affreux massacres et d'horribles festins, el leur sang coula pour purifier le sol de toutes les souillures dont ces nations l'avaient couvert.
Nos pères avaient accompli leur mission, qui était la première partie de celle du peuple canadien, c'est-à-dire la prédication du royaume de Dieu aux tribus sauvages. Ces peuplades, elles, avaient pour la plupart fermé les yeux à la lumière, et rejeté la vérité chrétienne. Le temps de la miséricorde était passé pour elles. Dieu devait les juger dans sa justice. Il souffla sur elles, et elles disparurent comme la neige devant le soleil du midi. Que sont-ils devenus, ces sauvages? Regardez, cherchez autour de vous ; vous ne voyez plus rien. Interrogez les forêts, et le silence de la tombe vous répondra : « J'ai parlé, dit le Seigneur ».Dixi: U binant sunt'i « Où les trouverez vous ? » Pourtant ils étaient destinés à être nos frères! Et c'est ce que sont devenus, aussi, ceux (jui ont écoulé la voix du Seigneur ; ils ont été incorporés à la nation, et ils demeurent encore paisiblement au milieu de nous. Mais les autres, Dieu les a fait disparaître, parce qu'ils ont refusé de rendre gloire à son nom. Et la Providence nous a donné le pays qu'ils habitaient. Ce pays, nous le possédons, non par le droit du massacre el de la conquête, mais par la dispersion providentielle de ceux qui l'occupaient, et comme un don du Seigneur pour la généreuse elTusion du sang de nos pères. En présence de ce fait éloquent de noire histoire, je crois entendre l'Eternel dire à nos ancêtres, comme à Abraham , autrefois : « Levez les yeux, regardez du lieu oh vous êtes vers le Septentrion el le Midi, à l'Orient et à l'Occident ; ce pays que vous apercevez, je vous le donnerai, à vous
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et à vos descendants ». El quand je considère, sur ce sol, la nnijlti[)!ication prodigieuse de la race canadienne, îl me semble encore enlendre le Seigneur ajouter : « Je multiplierai votre race à l'égal de la potissière de la terre, des étoiles, du Ciel et du sable de ia mer ». Ces événements parlent fortement à l'esprit et au cœur de celui qui a de la foi. Ils annoncent que nos pères ont été aimés et bénis de Dieu, parcequ'ils lui ont été fidèles, et que nous le serons, comme eux, si nous continuons leur religieuse mission. Oui, mes Frères, pour ne pas prolonger davantage ces considérations, soyons-en profondément convaincus, notre mission, comme celle de nos pères, est toute religieuse. Elle consiste à travailler à la propagation de la vérité, et à l'expansioD du royaume de Dieu sur ce continent; et, à cette fin, nous deviendrons un grand peuple.
Tels sont, je ne crains pas de le dire, notre destinée et notre avenir national, si nous conservons nos caractères distinctifs de peuple, la langue, la foi, et les mœurs, et que nous soyons fidèles à Dieu. Mais, hélas! si nous allions être infidèles, quel ne serait pas notre malheur! Nous serions rejetés comme des instruments inutiles, ainsi que les nations dont nous avons vu le triste sort. Eloignons de nous cette sombre pensée. Nous avons lieu d'espérer qu'il n'en sera jamais ainsi, mais que le peuple canadien, parlant toujours le français, avec la foi vive de ses ancêtres, et leurs mœurs pures, marchera constamment sur leurs traces, et terminera glorieusement leur digne et sainte mission.
Je termine, ici, ces réflexions qui ont déjà été trop longues.
Aujourd'hui que nous sommes tous ensemble réunis aux pieds des autels, pour célébrer chrétiennement et solennellement notre grande fête nationale, speclacle qui, comme je le disais en commen(^ant, fait du bien au cœur, formons un acte religieux de foi en notre avenir national ; puis, mettons notre espoir et notre confiance en Dieu, qui tient en ses mains les destinées des peuples. Notite timere, pnsillns grev ; quia complacuil Patri veslro clare vobis rerjnum. Ne craignez point, vous répéterai-jo, faible troupeau, parce qu'il a plu à votre Père de vous donner un royaume. Et si quelqu'un doutait de cet avenir, je dirais en finissant : qu'il regarde les grandes et nombreuses épreuves du passé;;, et les victoires qui les couronnent, et qu'il espère. Il ne s'agit donc (jue d'être fidèles à Dieu, et Dieu nous bénira, comme il a béni nos pèrrs, ainsi que je vous le souhaite de tout cieur, avec la bénédiction de Wonseigneur.
DISCOURS DE Mgr L.-F. LA FLECHE
ÉVÉQl'E ÉLU d'aNTHÉDON, LORS DE LA BÉNÉDICTION DE LORGUK DE LA CHAPELLE DU SÉMINAIRE DE MCOLKT
20 janvier 18G7
Nous avons entendu M. le Vicaire Général L.-F. Laflèche au Séminaire de Nicolet le 24 mai 1866. Ce jour-là, les Anciens élèves de l'f^tablissement, afin de laisser trace de leur passage, oiTrirent un orgue pour la chapelle et ce fut le 20 janvier 1867 qu'on avait résolu de l'inaugurer. Les joies comme les malheurs vont de compagnie vers ceux qu'ils atteignent et ce 20 janvier, ce furent les joies qui arrivèrent enlacées et souriantes à Nicolet : l'orgue était installé et c'était le cinquième des élèves du Séminaire élevé à l'épiscopat, son ancien supérieur, le nouvel évèque d'Anthédon, coadjuteur de l'évèque des Trois Rivières, avec droit de succession, qui venait au lendemain de son élection, présider à la fête.
Il parut heureu.x à tous et de bonne augure que l'orgue, harmonieux écho d'une grande fête, saluât de ses premières notes mélodieuses l'aurore d^un épiscopat que tous appelaient de leurs vœux.
Mgr L.-F. Laflèche prit la parole en présence de Mgr Cooke, évêque des Trois-Rivières. Nous ne possédons que le commencement et la fin de son discours que nous reproduisons ici :
Laudate Dominum in sono tuhx, laudate eum in chordisetovyano.PiAoQ,
« Louez le Seigneur au son de la trompette, louez-le avec le luth et avec l'orgue. »
Monseigneur *, mes chebs confrères et mes chems enfants, La fôle qui nous réunit en ce jour devra laisser dans nos cœurs de vives et de douces impressions. C'est d'abord une fête honorable pour
• iMgr CooUe.
i)4 CEuvflKS OHAioiKEs dh: m"' laflk:giie
celle Inslitulion, puisque son objet symbolise l'estime, l'affection que ses enfants lui ont (oujours conservée. Je puis ajouter que c'est une fêle unique en son genre. J'ai consulté les annales de notre pays ; je leur ai demandé si nos pères avaient été les témoins d'une solennité semblable ; j'ai demandé aux plus anciennes institutions du Canada qui ont vu passer un grand nombre de générations, et qui, elles aussi, se sont noblement acquittées de la grande et noble mission que la divine Providence leur avait assignée, si jamais aussi nombreux enfants reconnaissants s'étaient vus réunis pour une pareille fête. Et je n'entends qu'une voix me répondre que jamais témoignage semblable d'affection filiale n'a été donné. Traversant les mors, consultant des pays bien plus anciens que le nôtre, j'ai demandé à l'bistoire si, dans son voyage a travers les siècles, il lui avait jamais été donné de contempler ce qu'elle voit en ce jour, et l'histoire a gardé le silence. Donc nous pouvons dire avec assez de certitude que le fait qui nous réunit en ce jour, est jusqu'ici unique en son genre. Mais de quoi s'agit-il donc? De l'installation et de l'inauguralion de cet orgue magnifique dont vous venez d'entendre les premières mélodies. Et à qui devons-nous cette fête? Je le dirai : c'est à l'esprit de famille, à l'esprit de charité chrétienne, à l'alieclion filiale et fraternelle dont les élèves de cette maison ont toujours fait preuve. Le fait éclatant dont vous avez été les heureux témoins le 24 mai dernier, n'est que la manifestation spontanée de ces beaux sentimenis. Honneur donc aux promoteurs de cette grande fête, honneur à lous ceux qui y ont pris part. Elle dira jusque dans les âges les plus reculés, la bonne intelligence, l'esprit d'union, le sincère attachement, le généreux dévouement des élèves de cette maison.
La dédicace que nous faisons aujourd'hui de ce monument est destinée à perpétuer le beau jour, la grande démonstration qui a vu réunis autour de cette maison chérie, tant d'enfants dévoués, heureux d'avoir pu accourir lui payer le tribut de leur reconnaissance, heureux de pouvoir lui présenter leurs vœux ardents pour la continuation de ses œuvres saintes et glorieuses, heureux enfin du bonheur et de la prospérité de celle qu'ils sont venus fêler. Et si ces murs tressaillirent alors du bonheur de ceux qu'ils renfermaient, si ce temple n'était pas assez vaste pour contenir la grande harmonie jaillissant de tant de cœurs ici réunis pour y saluer ensemble le Dieu de leur jeunesse, pour y respirer plus pur le parfum des souvenirs d'autrefois, comment ces murs pourraientils ne pas tressaillir encore aux accents de cette autre fête dont l'objet est de perpétuer la mémoire de la première? Je suis donc heureux au-
BÉNÉDICTION DE l'OUGUE DE NICOLET 05
jourd'hui d'unir ma voix aux vôtres, d'unir aussi ma voix à celle de ce magnifique instrument qui chante à sa manière, et qui chantera longtemps pour ceux de nos frères d'études absents.
(Ici l'orateur entra dans de profondes considérations sur la nature de la musique. On omit cette partie de son discours pour ne rapporter que ce qui avait trait directement à l'objet de la fùte. Après avoir tenu son auditoire sous le charme de sa parole pendant plus d'une heure. Sa Grandeur termina ainsi :)
Venons- eu à l'objet do cette fôte. C'est un orgue, l'instrument le plus harmonieux, l'instrument qui réunit en lui l'iiarmonie de tous les autres. Qu'est-ce que l'harmonie "? C'est la convenance des rapports des sons. I, 'harmonie parfaite, c'est la perfection de ces rapports. Au ciel, il y a harmonie parfaite parce qu'il y a perfection dans les rapports de ces milliers de voix qui chantent la gloire du Très-Hauf.. Cet instrument donc sera le plus parfait qui réunira le plus grand nombre de sons différents dans une harmonie parfaite. Or l'orgue est certainement, de tous les instruments, celui qui touche de plus près à cette perfection, parcequ'il réunit les sons d'un très grand nombre d'instruments, et qu'il confond tous ces sons dans une belle et puissante harmonie. Voyez cas centaines de tuyaux; chacun a sa place et doit au besoin rendre le son qu'il est convenu de rendre ; s'il est changé de place, s'il abandonne le rang qui lui a été assigné, c'est alors un tuyau faux; il faut le remettre dans l'ordre ouïe mettre de côté, car seul il suffit pour détruire l'accord, l'harmonie de tous les autres.
Cet orgue sera donc une voix éloquente qui vous prêchera le bon ordre et l'accord. Et c'est pour cette raison que j'admire le choix judicieux qui a été fait d'un tel instrument, afin non seulement de rappeler l'union fraternelle qui a fait de vos devanciers comme une grande famille de frères ; mais aussi afin de stimuler et d'exciter en vous et en ceux qui viendiont après vous, le désir de voir fortifier ces liens d'afi'ection mutuelle, cette même union fraternelle qui exerceront sur vous les salutaires effets que l'on a remarqués dans vos aînés.
Dans une institution du genre de celle-ci, chaque élève a une mission à remplir, chaque élève a sa place : tant qu'il travaille à remplir cette mission, tant qu'il conserve la place qui lui a été assignée, le bon ordre, l'accord, l'harmonie régnent au milieu de vous ; il n'y a point de dissonances, point de fausse note, rien qui choque. Tout, au contraire, charme et réjouit. Mais si un élève, fatigué du r(Me qu'il doit remplir, non content de la position qu'il occupe, se laisse fausser par le mépris de l'ordre et de la discipline, alors l'accord est détruit, et la belle harmonie que l'on vient d'admirer a disparu, C'est un tuyau faux que l'on doit essayer de ramener à l'ordre, ou qu'il faut mettre de côté. Conservez donc et cultivez cette harmonie que cet instrument est destiné à figurer.
Ce n'est pas tout. Cet orgue doit être dans votre chapelle un monument élevé à une noble vertu, la reconnaissance. La reconnaissance est naturelle au cœur de l'homme et celui qui ne sait jamais reconnaître un bien-
fait reçu, ne mérile pas d'avoir une place 'au milieu d'êtres raisonnables. La reconnaissance se mesure sur le bienfait. Un grand bienfait demande donc une grande reconnaissance.
Or qui pourra dire les grands bienfaits de cette maison pour ceux qu'elle a formés aux sciences religieuses et profanes? Qui pourra jamais apprécier les immenses services qu'elle a rendus à ceux qui sont venus se réfugier sous son toit protecteur, ami de la vertu et des lettres? Ah! nous les avons éprouvés et nous avons été heureux de les éprouvera un si haut degré, ces sentiments de reconnaissance, lorsque nous sommes accourus en foule pour remercier tous ensemble celle à qui nous devions d'iMre ce que nous sommes. Vous avez vous-mêmes, jeunes élèves, pris part à notre joie, en celte mémorable circonstance. Vous avez vu et compris alors combien il fait bon d'être reconnaissant. Non, ne soyons jamais des ingrats ! N'oubliez pas les services que vous rendent ceux qui se dévouent pour vous faire progresser dans les sciences religieuses et profanes. Peut-être qu'un jour vous réunira dans cette même chapelle pour pleurer la mort de quelques-uns de ces généreux amis, de ces dévoués Directeurs. Oh ! alors ce mor.ument élevé à la reconnaissance pleurera avec vous ; il pleurera pour les absents ; il poussera de profonds gémissements, et vous comprendrez la signification de ces longs soupirs; il soulagera vos cœurs dans ces moments de tristesse et de deuil. Mais viendront les grandes solennités. Oh ! alors vous entendrez ses joyeux accords et sa douce harmonie ; il rivalisera avec vos cent voix pour chanter la gloire du Saint des Saints. Si parfois il tempère la force de sa voix, ce ne sera que pour entendre mieux les accents de vos prières. Toujours, il vous donnera l'exemple de l'accord, de l'harmonie. Et comme ces anges dont parle l'Apocalypse, qui chantent lu gloire du Seigneur avec des harpes d'or, vous célébrerez les louanges de votre Dieu et vous publierez ses grandeurs aux sons de l'orgue, in sono tubx et organo.
Lorsque nous considérons le passé de cette maison, nous ne pouvons que nourrir de grandes espérances pour son avenir. L'Eglise et l'Etat peuvent dire s'ils ont été bien servis par le Séminaire de Nicolet. L'Eglise nous montre des prirtces qu'elle est venu prendre ici, d'ardents défenseurs de ses droits, de zélés propagateurs de sa doctrine, des enfants dévoués et soumis. Dans l'Etat, depuis les plus hautes et les plus honorables fonctions de la magistrature jusqu'à l'emploi le plus humble, nous voyons de nos frères remplir le rôle que la Divine Providence leur a départi. Oui, je suis heureux de le dire, le Séminaire de Nicolet a abondamment rempli les vues de ses généreux Tondateurs. C'est un arbre qui a grandi prodigieusement, et qui a étendu ses branches au loin. Il a porté des fruits en abondance, et au temps de la moisson, l'Eglise et l'I'.tat sont venus cueillir à cet arbre. Vous avez vu un grand nombre de ces fruits venir se rattacher, pour un moment, à l'arbre qui les avait jadis portés. Est-ce que ce spectacle n'avait pas quelque chose de sublime? .N'avez vous pas été frappés du grand nombre et de la beauté de ces fruits? Ah ! c'est alors, c'est en ce moment solennel que tous ces enfants du Séminaire de Nicolel ont fait entendre aux oreilles de l'Eglise, de la Patrie et de l'Etat, cet .'armonieux concert que l'instrument qu'ils installent aujourd'hui dans
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cette chapelle devra répéter souvent, bien fortement, et bien mélodieusement. Mes chers enfants, ceux qui vous ont précédés dans cette maison vous ont donné l'exemple, ils vous ont frayé le chemin. Vous n'avez qu'à lever les yeux pour y trouver de nobles exemples à suivre.
Vous avez l'honneur d'avoir ici, aujourd'hui, au milieu de vous, l'aîné de cette grande famille dont vous faites partie. Il a bien voulu, le noble et di^'ne évèque des Trois-Rivières, malgré son grand dge et ses infirmités, être témoin de cette inauguration de votre orgue, et comme le couronnement de la grande fête du 24 mai, la fête de la reconnaissance. Or, rappelez-vous que noblesse oblige. Vous seriez indignes de semblables aïeux, si vous ne marchiez sur leurs traces. Cet orgue vous redira les travaux, le zèle pour le bien, la persévérance pour les choses entreprises, de ceux qui vous ont offert ce monument de leur amour ardent pour cette maison. Il vous rappellera leur généreux dévouement pour cette institution; et tout en chantant l'union fraternelle de ceux qu'il est chargé de représenter ici il vous montrera vos devanciers au poste de l'honneur, il vous encouragera à tendre vers le même but.
En terminant, vous me permettrez de dire un mot pour ce qui me regarde personnellement. Je ne suis qu'un faible instrument dans les mains de la Divine Providence. Mon plus grand désir, c'est défaire avant tout la volonté de Dieu, et de ne point mettre d'obstacles aux vues qu'il a sur moi. Je vous ai dit hier soir, en répondant aux adresses si bienveillantes que vous avez bien voulu me présenter, que j'avais pour principe de regarder la voix de mes supérieurs, comme la voix de Dieu. J'ai donc consulté mes supérieurs et si je dois définitivement devenir votre Evêque, j'espère, Monseigneur, mes ohers confrères et mes chers enfants, trouver dans cet orgue la figure de ce que je désire voir se réaliser. J'ai la douce conviction, Monseigneur, que cet orgue symbolisera les bons rapports qui ont toujours existé entre votre Grandeur et mon humble personne, et les bous rapports qui continueront d'exister entre votre Grandeur et votre futur coadjuteur. J'espère de plus, mes chers confrères, que cet instrument, avec sa douce harmonie, qui nous a déjà tous charmés, ne sera que la figure de l'harmonie, de la parfaite intelligence qui se maintiendra entre vous et moi, aussi vive qu'elle l'a toujours été, mais surtout qu'elle l'était lorsqu'il m'était donné d'unir mes faibles efforts aux vôtres, pour l'avancement et le progrès de cette maison que je ne cesserai de bénir que lorsque je cesserai de vivre.
Enfin, vous, jeunes élèves de Nicolet, si je deviens votre premier pasteur, cet orgue figurera la soumission, l'obéissance dont vous serez toujours fiers de faire preuve. Oui, j'espère trouver en vous des enfants dévoués, de vaillants soldats pour m'aider à combattre les ennemis de l'Kglise, de braves et religieux citoyens qui feront honneur à la maison qui travaille actuellement à vous former, honneur à l'Etat à qui vous donnerez vos services, honneur à l'Eglise qui vous dirigera et vous conduira à la Patrie des célestes mélodies.
DISCOURS DE M8^ L.-F. LAFLÈCHE
ÉVÊQUE d'anTHÉDON, COADJUTEUR DES TROIS-BIVIERES, A NOTRE-DAME DE MONTRÉAL EN l'hONNEL'B DES ZOUAVES PONTIFICAUX CANADIENS
18 février 1868.
Estote fortes in bello et pugnate cum antiquo serpente (Lithurg. cath.)
Soyez forts dans la guerre et combattez l'ancien serpent.
Le Piémont avait alors envahi le domaine temporel de l'Eglise et de toutes les parties du monde le peuple catholique exhalait son indignation et sa douleur.
Le dévouement du Canada français envers le Saint-Siège s'était déjà manifesté en maintes circonstances; mais, lorsque la plus impie des agressions eut réduit ainsi le bien de l'Eglise et menaça de le confisquer en entier, tout le Bas Canada se trouva debout, frémissant du plus généreux courroux : il voulait de force s'opposer à l'iniquité des faits accomplis par la rapine et le brigandage.
Rome demandait des prières; elle demandait aussi des hommes de bonne volonté pour la défense de l'Eglise spoliée et outragée dans la personne mi''me de son chef suprême.
A cet appel déchirant, qui fendait le cœur des fidèles, un frisson secoua les franco-canadiens et dans tout le bassin du Saint-Laurent retentit un cri d'enthousiasme qui souleva les foules : riches et pauvres voulaient s'enrôler, partir en guerre contre le Piémontais. Mais comment traverser les mers, s'équiper, s'armer, combattre et subsister, alors que, dépouillé et trahi, Pie IX se trouvait face à l'ennemi les mains vides !
11 ne fallait donc pas seulement olTrir sa Jeune ardeur et tout son courage, il fallait de plus faire les frais de son sacrifice, et, au Canada, malgré une abnégation touchante, peu de héros en avaient les moyens.
AUX ZOUAVES rONïlFJCAUX CANADIENS 69
Alors, à la voix de Mgr Ignace Bourget, des autres évoques et de tout le clergé, à l'appel de laïques distingués et dévoués à l'Eglise, un Comité se constitua pour coordonner toutes les énergies, tous les dévouements, et afin de réunir les moyens nécessaires pour les rendre efficaces.
11 y eut, à Montréal, une première assemblée du peuple dans l'Eglise de Notre-Dame, dont la nef, les bas-côtés et toutes les galeries ne suffirent pas à contenir la foule accourue de tous les centres habités de la province. En présence de 18.000 auditeurs des orateurs en renom clamèrent le dévouement du peuple canadien au Siège apostolique. A la suite de cette manifestation grandiose, une adresse au Saint-Père couverte de 100.000 signatures interpréta les sentiments nobles et touchants de cette jeune nation envers celui qui, à Rome, personnifiait les traditions et les immuables promesses sur lesquelles reposent les deslinées de la chrétienté.
Après Castelfidardo, nouvel élan, nouvelles manifestations qui préparèrent le pays, après l'appui de ses vœux et de ses subsides, à consentir le tribut du sang. C'est alors que la voix des évêques se fit entendre et que le Comité de la défense pontificale se mit à l'œuvre. 250 jeunes gens furent enrôlés et équipés, et les moyens de leur subsistance face à l'ennemi de Rome furent assurés. Ces nouveaux croisés attendaient impatiemment l'heure du départ : elle sonna le 18 février 1868 et cette heure fut poignante de solennité et de grandeur. Ce fut encore l'Eglise de Notre-Uame de Montréal qui vit le peuple assemblé autour des jeunes zouaves pontificaux au pied des autels, et cette manifestation n'en vit d'aussi belles que lors du Congrès Eucharistique de Montréal.
Mgr L -F. Lallèche était alors l'orateur le plus populaire du Canada et c'est à lui que revient l'honneur de prendre la parole en cette occasion. Voici le texte intégral de son discours préparé pour cette circonstance :
J. — l'église catholique est une sociéié militante, chaque chrétien
EST UN soldat
Monseigneur *, mes chers frères, La terre entière est un vaste champ de bataille, et la vie de l'homme y est une guerre continuelle. C'est là une vérité que le saint homme Job proclamait solennellement il y a déjà plus de trois mille ans. Or •s'il est vrai de dire de l'homme en général que son passage ici-bas n'est qu'une suite de combats, c'est surtout du chrétien qu'il faut affirmer celte vérité. La lutte est tellement essentielle à sa condition de membre de l'Eglise, que l'idée de lutte vient tout naturellement à îa pensée, quand on veut le définir. Un chétien, le chrétien complet,
* Monseigneur Bourget, évêque de Montréal.
le chrétien parfait, c'est un snidat. Tel est l'enseignement du catéchisme catholi^iue. Telle est la vérité que chaque pasteur s'efTorce de graver en caractères ineiïaçables dans l'àme du fidèle, lorsqu'il le prépare à la réception du grand sacrement qui développe et perfectionne la vie surnaturelle, par une communication plus abondante des dons de l'Espril-Saint. II lui enseigne avec soin que la confirmation, en le rendant parfait chrétien, le fait en même temps soldai de Jésus-Christ, et l'oblige, par conséquent, à coiifesser le nom et à soutsnir les intérêts sacrés de son divin Maître, même au prix de sa vie. Aussi le grand Apôtre des nations, arrivant à la fin de sa course, résume-t-il l'ensemble de sa vie par ce mot bien connu : Bonum certamen certavi. <f J'ai combattu le bon combat. » (2 Tim. 4-7.) Le même apôtre écrivant à son cher disciple Timothée, lui dit : Lahora sicut bonus miles Christi. « Soutiens le dur labeur d'un bon soldat de Jésus-Christ, n Il lui rappelle dans le même endroit qu'il n'y aura de couronné que celui qui aura légitimement combattu. Non coronatur nisi légitime certaverit (2 Tim. 2-G). Cette doctrine du grand apôtre n'est que le commeniaire des paroles du Sauveur. Nolite arbiirari quia pacem venerim mittere in tcrram : non veni pacem 7nittere, sed gladium. « Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la [)aix, mais l'épée. » (Math. 10, li).
Il n'est donc pas étonnant qu'une société dont tous les membres sont soldats, qui a reçu de son Fondateur le glaive pour combattre, soit essentiellement une société militante ; et te! est le nom de l'Eglise Catholique ici-bas, l'Eglise raililante.
Disons de suite comment elle fait la guerre, sur quels champs de bataille ses enfants sont appelés à combattre.
II. — COMMENT l'église FAIT LA GUERRE ET gUEL EST LE CHAMP DE II ATAILLB
DU CURÉTIKN
Le chrétien, ce soldat de Jésus-Christ, doit, comme tout bon et fidèle soldat, combattre pour les intérêts de son roi ; et il y a surtout trois champs de bataille, où il doit s'avancer et combattre vaillamment.
Le premier est en lui-même, en son ûme. C'est là d'abord qu'il aura à soutenir la guerre, pour y établir le règne de Dieu, son Souverain Maître ; guerre pénible, guerre sans trêve, mais guerre nécessaire. En vain aurait il la prétention d'étendre le royaume de Dieu à l'extérieur,
et de le défendre contre les ennemis qui l'y attaquent, si son âme était captive, ou en la puissance de ses ennemis; cela va de soi.
Les deux autres champs de bataille sont à l'extérieur. Dans le second, le soldat doit combattre pour établir et étendre le royaume de Dieu, c'est-à-dire l'église catholique, à laquelle toutes les nations ont été données en héritage. C'est ce combat que livrèrent les Apôtres et que soutiennent encore les pasteurs régulièrement constitués chez les nations chrétiennes, et les missionnaires légitimement envoyés chez les peuples infidèles ; combat bien douloureux quelquefois, dans lequel le sang chrétien a coulé en abondance; mais aussi combat bien glorieux pour l'Eglise, par les éclatants triomphes qui l'ont couronné, et les millions de ses enfants qu'il a fait monter au ciel, la palme à la main et la tête ceinte de la couronne de l'immortalité.
Enfin le dernier champ de bataille est celui-ci — le royaume de Dieu, attaqué par un injsiste tgresseur, doit être défendu les armes à la main. C'est celui où viennert de s'immortaliser les glorieux vainqueurs de Mentana et de Monte-Uotondo ; c'est celui où les victimes du guet-apens de Castelfidardo ont f ueilli la gloire des héros et le mérite des martyrs. C'est celui où les valeureux croisés, nos ancêtres, allaient défendre la civilisation chrétienne de l'Europe, en refoulant vers l'Asie et l'Afrique la barbarie musulmane ; c'est celui enfin, Monseigneur et mes chers frères, vers lequel l'élite de !a jeunesse du Canada catholique ici présente, est poussée en ce moment, par une ardeur digne de tout éloge, par un dévouement admirable, à voler, les armes à la main, à la défense de la cause de Dieu personnifiée dans le chef vénérable de la catholicité, Notre Saint Père le Pape, le glorieux Pie IX. Etablir dans son âme le règne de Dieu, l'étendre et le propager avec zèle au dehors et dans le monde entier, le défendre avec un courage indomptable lorsqu'il est attaqué, voilà en trois mots et la tâche du soldat chrétien, et les champs où doit se faire la lutte,
La circonstance à jamais mémorable de ce jour me setnble bien propre à vous parler de cette remarquable vérité, à vous l'exposer sous ce dernier point de vue, surtout, sous lequel nous avons assez rarement l'occasion de l'envisager. Car ce n'est pas seulement dans l'ordre purement spirituel et invisible que le chrétien est soldat de Jésus- Christ ; que l'Eglise est comme une armée rangée en bataille: non, ceux qui l'entendraient ainsi, n'auraient de la vérité qu'une idée incomplète et seraient certainement dans une bien grande erreur.
L'Eglise catholique, qui est le royaume de Dieu ici-bas, est néces-
72 OEUVRES ORATOIRES DE M"' LAFlÈCEE
sairemenl une sociélé visible; Non 2)otest abscondi civitas supra moniem positttf et les chrétiens, membres de celte sociélé, doivent aussi, même dans l'ordre visible el temporel, souienii- ses intérêts au prix des plus grands sacrifices et de la vie même, et défendre son existence et son intégrité contre tout injuste agresseur. C'est ainsi que l'ont toujours compris nos pères dans la foi, depuis les temps apostoliques jusqu'à nos jours.
Etudiée à ce point de vuo, cette vérité jettera une grande lumière sur l'époque où nous sommes, et nous aidera à apprécier, à leur juste valeur, les événements du jour. Mais avant de commencer à développer ce sujet, j'aime à vous faire remarquer que l'Eglise n'attaque jamais; mais qu'elle peut se défendre quand elle est attaquée, qu'elle peut réclamer en effet ses droits, quand on les a usurpés. Dans la défense que l'Eglise est obligée de faire de ses droits, elle ne sait guère opposer en général qu'une résistance passive, si l'agression ou l'usurpation vient d'un pouvoir légitimement constitué ; mais elle ne craint pas d'opposer une résistance active, elle repousse la violence et l'usurpation par la force, si l'agression vient d'un pouvoir usurpateur et illégitimement constitué; à plus forte raison, si l'agression vient d'un pouvoir révolutionnaire et qui n'a aucune apparence de légitimité, comme dans le cas présent, en Italie. C'est ce qui sera démontré clairement dans la suite de ce discours.
J'aime encore à vous faire remarquer en passant, ce que je considère comme un devoir, mes chers frères ; c'est que nous devons rendre au Seigneur les plus vives et les plus sincères actions de grâces pour la longue paix qu'il a daigné accorder à notre chère patrie, et pour la liberté dont il a plu à sa divine miséricorde de nous faire jouir dans l'exercice de notre sainte religion. Laissez-moi vous le dire en quelques instants, puis nous continuerons notre étude.