ILS ONT JOUI
Depuis plus d'un demi-siècle nous avons été, sous le double rapport de la paix el de la liberté, le peuple le plus favorisé de la terre, je n'hésite pas un moment à le dire. Pendant que la guerre déchaînait ses fureurs chez les grands peuples, aux mains desquels la divine Providence semble avoir confié les destinées du genre humain, le petit
peuple du Canada, modestement assis sur les bords de son grand fleuve, a loiijours pu écouter, avec un cœur tranquille, gronder dans le lointain ces épouvantables engins de desiruclion, que le génie moderne s'est évertué à inventer pour aider la mort à moissonner plus efficacement sur les cbamps de balaille. Pendant que dans l'Extrême-Orient, la Cbine, le TonUin, la Corée et le Japon, le sang des martyrs coulait à flots ; pendant que le feu de la guerre embrasait les deux Amériques, et tour à tour presque toutes les provinces de l'ancien continent, toujours, nous avons joui de la liberté religieuse la plus parfaite, à un point qu'il nous semble, à nous, Canadiens, que l'élat de paix soit l'état normal de l'homme et surtout de l'homme chrétien ici-bas. Mais ne nous y trompons point, c'est le contraire qui est vrai. Le chrétien est avant tout soldat, et un soldat toujours prêt à l'action ; l'Eglise est une armée rangée en bataille et son état normal n'est pas, ne saurait être le repos ; c'est positivement, au contraire, l'état de guerre, nous l'avons déjà dit. La longue période de paix dont nous jouissons depuis plus de deux générations, est certainement ici une exception que la divine Providence a voulu faire en faveur du peuple canadien, pour le récompenser, sans doute, des luttes héroïques que ses pères ont «soutenues avec tant de dévouement, et peiit-élre pour lui donner le temps de prendre racine et de se développer sur le sol qu'ils ont arrosé de leur sang, et qu'ils lui ont légué avec l'héritage sacré de leur foi. C'est là, je le répète, une insigne faveur dont nous devons nous montrer, surtout en ce temps-ci, sincèrement reconnaissants.