VII. — PREMIÈRE LUTTE UE l'kGLISE. — LE PAGANISME
La première et la jjIus terrible des luttes que l'Eglise ail jamais eu à soutenir fut, sans contredit, celle qui se livra autour de son berceau. Il s'agissait pour l'Eglise de proclamer en face du polythéisme ou de l'idolâtrie, le dogme fondamental de l'unité (Vun Dieu créateur et cofi-
servateur de toutes choses. Elle l'avait ainsi formulée eu lête de son Credo : Je crois en Dieu le Père toiU-puissanl, Créateur du ciel et de la terre.
S'il y a une vérilé qui s'impose à notre intelligence avec toute l'évidence du soleil en plein midi, c'est assurément celle de l'unité de Dieu. Mais ce dogme fondamental renversait de l'oad en comble tout le système du polythéisme païen, et faisait crouler sur leur base même tous ces dieux de métal, de pierre et de bois ; il faisait descendre des autels et renvoyait à la pâture tous ces animaux plus ou moins stupides, cruels ou immondes, devant lesquels Satan avait prosterné le genre humain. Et, honte à la nature humaine ! les nations frémirent à cette nouvelle, elles formèrent des complots insensés contre le Seigneur qui voulait, dans son inQiiie miséricorde, les arracher à cette épouvantable tyrannie. Voilà, mes frères, voilà qui nous paraît incroyable à nous, à nous enfants heureux de l'Eglise, qui avons appris, sur les genoux de nos bonnes et pieuses mères, cette vérité primordiale de l'unité de Dieu.
Mais l'ancien serpent l'avait compris. L'établissement du royaume de Dieu sur la terre, c'était la ruine de son tyrannique empire. L'Eglise, à son début, ne lui apparaissant que comme un faible enfant dans son berceau, il crut que la force brutale était le moyen le plus sûr de s'eu défaire. Il entreprit de l'étouffer, de la noyer dans son sang. Et voilà la persécution qui s'organise et la bataille qui s'engage. Il lance contre l'Eglise le plus puissant despotisme qui ait jamais fait gémir l'humanité sous un joug de fer. Les édits sanguinaires succèdent aux édits, la chasse aux lions fait place à lâchasse aux chrétiens; la persécution poursuit, elle atteint les infortunés chrétiens jusqu'aux extrémités du monde. Dans ces heureux tetnps de l'omnipotence /mmaine, plus de place à la lumière du soleil pour les adorateurs du vrai Dieu ; il leur faut quitter leurs demeures, abandonner la société de leurs frères, pour aller demander un asile aux sépulcres et aux ténèbres des Catacombes. C'est là que nos pères dans la foi purent trouver un refuge et se dérober au fer de leurs persécuteurs. Là, à la lumière tremblante de quelques flambeaux, ils vont offrir la Victime adorable qui doit bientôt arracher le monde à celte épouvantable tyrannie. Dans les théâtres, sur les places publiques, dans les cirques, partout des lions, partout des bûchers, partout des bourreaux ; le sang chrétien coule à grands flots. Mais, ô prodige étonnant! ce sang devient une semence féconde de nouveaux chrétiens ! plus on persécute les disciples du Christ, plus on
les torliire, plus ils ee mnlliplient! La mort perd pour eux ses horreurs, elle leur semble même avoir des charuies irrésistibles. Le ciel les encourage ; la nature, l'enfer même obéit à leur voix. Au nom du Dieu du Calvaire, à l'approche des chrétiens, les idoles tombent dans la poussière, les démons prennent la fnile ; les lions adoucis s'approchent timidement des martyrs, le feu change en rosée ses ardeurs. De tendres enfants, par leur courage surnaturel en présence des tourments, font trembler les juges et les préfets sur leurs sièges; et les puissants empereurs eux-mêmes en sont épouvantés. « Il est grand le Dieu des chrétiens, » dit l'un. « Tti as vaincu Galiléen, » dit l'autre. Enfin, aprè» une lutte et une boucherie de trois siècles, la victoire la plus complète demeure à l'Eglise. Le colosse romain, gorgé de sang, n'en peut plus ; il s'affaisse sur lui-môine et s'abal. Les chrétiens remplissent maintenant l'empire ; les Papes sortent enfin des Catacombes et la croix domine la couronne du prince. Les idoles et tous les dieux des nations ont disparu au souflle puissant du christianisme, comme le nuage chargé de foudre devant l'aquilon, pour laisser le soleil répandre ù flots, sans obstacles, sur la nature réjouie, les rayons vivifiants de sa lumière et de sa chaleur. C'est ainsi que l'humanité régénérée par l'Eglise n'a cessé depuis lors de chanter avec bonheur dans ses solennités et de répéter au sein de la famille : Je crois en Dieu le Père ioutpuissant. Créateur du ciel et de la terre.
Ici, rappelons le, mes frères, l'enseignement de celte vérité a coûté à l'Eglise son premier sang, le sang de ses plus illustres enfants, le sang de plus de douze millions de martyrs, de tout âge, de tout sexe, de tout rang, et de la plupart des Souverains Pontifes qui l'ont gouvernée pendant la sanglante période de ces trois siècles. Hajipelons aussi l'enseignement social important qui ressort di ce que nous avons déjà dit; o'esl que TEglise, en présence d'un pouvoir légitimement constitué, mais qui se fait persécuteur, ne fait généralement la guerre qu'en lui opj)osanL une résistance passive. C'est la grande leçon du respect dû à l'autorité, qu'elle n'a cessé de donner à l'univers pendant toute cette longue et douloureuse période. Jamais elle n'a fait appel à la révoUe qu'elle condamne absolument ; toujours elle a prêché à ses enfants le respect, la soumission aux personnes révolues de l'autorité, rappelant selon les paroles du grand Apùlre, quils sofil les ministres de Dieu.