‹ Vers l'abîme (volume 4)Chapitre 23 sur 77 · XIV. — SECONDE PHASK DK LA REVOLUTION SOCIALE. — LE LIBÉRALISME · texte numérisé non relu

XIV. — SECONDE PHASK DK LA REVOLUTION SOCIALE. — LE LIBÉRALISME

Enfin nous touchons à la seconde phase de l'époque révolutionnaire, le libéralisme rationaliste de nos jours.

Le travail de la révolution dans le domaine de la religion et de la philosophie avait abouti à des excès, dont le philosophisme se sentait profondément humilié. La guillotine, la lanterne, les noyades, les massacres en niasse, ne lui parurent pas tout à lait en harmonie avec la sainte philantropie qu'il promettait d'établir. Sa défaite était déshonorante ; et le christianisme, l'Eglise restant debout, pouvail-il donc étouffer sa haine ? Aussi jura-t il de poursuivre sans relâche son œuvre diabolique et d'user de plus de prudence et de circonspection. Les cadets de la révolution, instruits aux dépens de leurs aînés, laissèrent à l'écart les formules impies d'un philosophisme athée, les mesures brutales de la révolution de 93; ils descendirent adroitement du terrain religieux et théologique sur un autre terrain qui y paraissait tout à fait étranger. C'était l'ordre social et politique. Satan, toujours l'ancien serpent, ne pouvait mieux les inspirer, ni choisir plus habilement le théâtre de la lutte. Ce terrain, encore inexploré pour la généralité de* hommes, lui offrait plus d'une chance de succès ; il y rencontrait plus d'un fruit défendu ; et il y trouvait, lui, des retraites assurées en cas de malheur. Les fils du libéralisme, en désavouant avec plus ou moins de sincérité les excès de leurs pères, en acceptèrent toutefois l'héritage dans toute sa plénitude. Et vous les entendez encore tous les jours, en effet, élever jusqu'aux nues les doctrines du rationalisme, du naturalisme, les principes de 89, les droits de l'homme tels que formulés dans le contrat social. Voltaire et Jean-Jacques Rousseau sont encore, dans le camp du libéralisme, les grands hommes de la régénération, les bienfaiteurs, les sauveurs de l'humanité, tout comme aux beaux jours du philosophisme.

Quand il arrive à ces bons libéraux de ne pas s'observer assez, ce qui n'a que troj) souvent lieu pour le succès de leurs calculs, et nienlita est ini'iuilas sihi, ils laissent instinctivement percer In même haine de Dieu, le même mépris des hommes que les impies voltairiens. N'a-t-on pas vu, de nos jours, de ces imprudents lever orgueilleusement la télé contre le ciel, contre le Christ et son Eglise? Ne les at-on pas vus injurier et blasphémer publiquement ce qu'il y a de plus sacré? Est-il

inouï de rencontrer l'ignorance ou la fanfaronnerie perverse, qui réclame sérieusement, au mé|)ris de la dignité humaine, l'insigne honneur de descendre directement des brutes, et de préférer une pareille origine au titre d'enfant de Dieu, d'héritier du royaume céleste et de iCohéritiers de Jésus-Christ. C'est ce qu'ils appellent, dans leur enthousiasme, avoir retrouvé les litres de noblesse de l'humanité.

Page 1