XVII. ENTRAVES OPPOSEES A l'eGLISE PAR LB LIBERALISME
Un des premiers eiïets du libéralisme dans les lieux où il commande, c'est de porter l'Etat à s'emparer de l'enseignement, à ravir au père et à l'Eglise le droit sacré et inaliénable d'instruire et d'élever l'enfant. Il y a pour cela la grande machine appelée le ministère de l'instruction publique. Par celle puissante organisation, l'Etat, qui s'inspire des idées libérales, pourra apprendre à tous à vivre, à remplir leurs rùles de citoyen sans égard à la religion ; et le libéralisme mettra la main sur Ips générations naissantes ou futures, il saisira les hommes à leur -entrée dans la vie. On sait combien de lois louchant l'éducation ont
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été passées dans divers pays sous l'inspiration de res])rit libéral depuis un certain nombre d'années. Qu'il a fallu d'efforts et de |)ersévérance à l'Eglise pour conserver çà et là quelques lambeaux de ses droits d'instruire les générations ! Bien loin de rétrograder dans cette voie, l'esprit libéral avance sans cesse. Ne le voit-on pas, dans un j)ays qui nous est cher, essayer d'accaparer, au grand détriment de la morale, de la famille et de la société, l'éducation de la femme et detransformer celle-ci en npôtre de l'Etat ?
Si le libéralisme est si soucieux des générations futures, il ne néglige pas pour cela les générations présentes. 11 ne sait s'appliquer, au contraire, à paralyser l'action salutaire de l'Eglise, comme nous l'avons vu, que pour la remplacer dans sa fonction de modératrice des nations. Et c'est lui qui prétend désormais présider aux destinées des peuples et donner à la terre une ère nouvelle. Qne fait-il donc, quand il peut parler et agir avec autorité dans une société ? H commence par appliquer toutes les libertés que nous avons déjà énumérées, qui sont autant de portes ouvertes au déchaînement de toutes les passions ou mauvaises inclinations de la nature. Lorsqu'il a déchaîné les passions qui devraient être réprimées, il ne manque pas de lier l'Eglise en mille manières par des lois et des décrets injustes. Rabaisse cette fille du ciel au niveau, au-dessous même de toute autre société. Il lui enlève les prérogatives, les privilèges, les droits attachés à sa grande mission, et que les siècles lui avaient accordés. Il la gêne, il la contrecarre, il veut à tout prix l'empêcher de gouverner ses enfants ; il l'enferme dans un cercle tracé de sa main, en attendant un jour plus favorable pour s'en défaire. Heureuse encore, si l'on ne verse pas son sang et si on lui laisse la liberté de se plaindre 1 Puis il poursuit son œuvre, par l'inauguration d'un droit purement humain, d'une justice nouvelle, d'une charité absolument terrestre, qui doivent être la civilisation moderne, l'Evangile de tout citoyen. N'est-ce pas là, à la vérité, ce qui se passe dans les jours mêmes que nous traversons, où la législation des peuples et les édits des souverains libéraux sont la violation continuelle des saints canons et des droiis imprescriptibles de la sainte Eglise de Dieu, et l'affirmation solennelle d'une société sans espérance. Législateurs aveugles, vous voulez, en entravant ou détruisant l'Eglise, corriger l'œuvre du Saint-Esprit ! et vous n'apercevez pas la grandeur de l'iniquité que vous commettez. Jusqu'à quand serez-vons sans comprendre que nul ne peut imj)oser des lois aussi sages à des êtres que celui qui les a formés lui-même.
no ŒUVRES ORATOIRES DE M*"' LAFLÈCHE
XVin. — BIENS TEMPORKf S DE l'ÉGLISE USUBPÉS AU PROFIT DU LIHÉRALISME
Le libéralisme n'est pis satisfait d'arracher à l'épouse de Jésus- Christ les générations piésontes et futures, il voit encore quelque chose à faire. L'Eglise a des l)iens temporels qt'.e la piété des fidèles lui a consacrés. Ces biens sont un moyen d'existence et d'action. C'est une raison de les lui ravir. De là ces iniques lois d'appropriation, de sécularisation, ces spoliations, ces confiscations dont la nouvelle afflige à chaque instant le cœur des chrétiens. On voudrait à peine laisser k Dieu un pied sur la terre qu'il a tiré du néant et quelques parcelles des biens qu'il nous donne. Voilà la vérité.
Or, quand on aurait arraché à l'Eglise catholique le cœur des générations présentes, quand on aurait banni de la terre l'obéissance à ses célestes doctrines, et qu'on lui aurait enlevé ses moyens matériels d'existence, que lui resterait-il, je vous le demande? Si Dieu, par impossible, accordait aux libéraux le succès d'une pareille entreprise, ils pourraient, eux, se glorifier d'avoir été plus heureux que leurs devanciers dans le combat, et fouler avec bonheur à leurs pieds dans leur orgneil, le corps meurtri et inanimé de l'épouse du Christ.
Tel est, mes frères, le caractère de cette guerre fourbe, impie, sacrilège et mortelle que le libéralisme, de si bienveillant aspect, fait de nos jours et partout à notre Mère, la Sainte Eglise. Je dis partout ; car il n'est presque pas de coin dans l'univers où elle ne se fasse à quelque degré, et en général avec tant de persévérance, de hardiesse et de succès, qu'on en vient parfois à douter si -les nations, rois et peuples, sont encore chrétiennes.
Mais il est un lieu, surtout, oîi la lutte devient furieuse et présente tous les traits d'un assaut désespéré. Ce lieu, tous nos regards s'y portent, c'est l'Italie, c'est Rome.
Et pourquoi.
Le libéralisme est un être progressiste. Une guerre de détail dans l'univers a ses avantages, mais elle n'est pas assez expéditive à ses désirs. Il a reconnu que le Souverain Pontife est la tête, Rome le cœur de la chrétienté et que c'est là qu'il faut frapper. Il n'attaqnera pas cependant l'ordre purement spirituel, on se récrierait, on jjrendreit l'alarme ; d'ailleurs le protestantisme et le philosophisme y ont déjà succombé. Fidèle à sa mission d'hypocrisie, c'est l'ordre temporel qu'ij
choisira, cet ordre qui semble étranger nu caractère de l'Eglise, et qui éveille si peu de soujicons. C'est donc sur le principat civil qu'il portera ses coups. La guerre au pouvoir temporel du Sainl-Siègo aura le double avantage, d'un côté, de surprendre les simples qui n'y verront rien qui entame leurs croyances, de l'autre, d'amener plus sûrement le triomphe tant désiré des doctrines modernes. N'est-ce point là, en effet, le point capital, se dit Satan. « Le monde égaré par mes erreurs « n'a jamais été depuis le paganisme, dans un plus grand péril.L'atmos- « phère est si chargée d'obscurités que le commun des mortels n'y voit « rien ; les princes si entêtés de leur sagesse, qu'ils ne suivent que <( leurs propres conseils. Voilà bientôt que je vais dominer. Mais d'où « vient donc la lumièie importune qui chasse les ténèbres quejeré- « pands ; d'où viennent donc les avertissements, les ordres qui contrefit carrent mes desseins et qui retardent mon heure ? Du Pontife Ro- « main qui crie sans cesse, de ce vieillard caduc qui ne finit jamais. Et « lui, où prend-il celte étrange faculté de tout dire, de parler en tout « temps et en tout lieu ? Evidemment de sa souveraineté ; sans elle sa « taille ne dépasserait pas celle d'un préfet ou d'un chef nominal. « Honnie soit donc celte souveraineté que m'a ravie le pêcheur gali- « léeu I Honni ce trône où je siégeais jadis à côté des Césars ; honnie et « brisée soit celte tiare qui rappelle constamment au monde ma hon- « leuse défaite, et l'éclatante puissance de mon ennemi. Otii ! que cette « souveraineté qui renverse incessamment mes projets et m'empêche de « régner, périsse, dut le monde en être ébranlé jusque dans ses confins 1 < Je verrai si le Pontife jouira de la même liberté de me nuire, quand « il sera l'humble vassal d'un roi d'Italie. » Tel a dû être le langage infernal à l'heure de l'attaque. Il est bien propre à nous révéler l'importance du combat. En réalité, toute la lutte du libéralisme contre l'Eglise se résume dans cette (juestion du pouvoir temporel du Pape. Le Pape étant un autre Jésus-Christ sur la terre, hérite de tous les droits de son maître, il est, par conséquent, le chef de l'Egiise. le docteur des nations, le pasteur des rois et des peuples. Comme chef de l'Egiise, il doit subsister d'une manière conforme à son rang et avec les moyens de remplir ses devoirs, rien de plus juste ; et comme il ne vit pas en dehors des lois de la nature, il a droit dans s". position sublime à une noble part des biens temporels. Comme docteur, il doit pouvoir enseigner et avoir la liberté de parler ; comme pasteur universel, il doit gouverner et avoir la faculté de donner des ordres aux grands et aux petits. Or toutes ces choses nécessaires à l'exercice légitime de sa
charge redoutable, il les trouve dans les ressources de son petit état temporel. Mais si le libéralisme arrache au Pape sa souveraineté, ne voyez-vous pas qu'il lui enlève du même coup le naoyen de subsister,^ le moyen d'enseigner, le moyen de gouverner, c'est-à-dire les moyens matériels et moraux d'exister dans les conditions ordinaires des choses naturelles. Or, comme le Pape est la lète de l'Eglise, et que le corps ne peut vivre sans elle, l'atteindre ainsi, c'est frapper l'Eglise d'un coup mortel. Et le libéralisme serait une chose innocente I Nous savons bien que l'Eglise ne périra pas, parce que son divin Fondateur Ta faite indestructible ; mais il n'en est pas moins vrai de dire que celui qui lui porte un coup naturellement mortel, l'assassine autant qu'il le peut. Or l'Eglise est une société essentiellement enseignante, Eimtes docete, « allez, enseignez » ; essentiellement gouvernante, Ô^/iuos audit, nie audit « qui vous écoute, m'écoule » ; et terrestre, puisqu'elle est sur la terre. L'empêcher d'enseigner, de gouverner, d'avoir la nourriture et le vêtement, c'est l'atteindre dans ses conditions essentielles d'existence, c'est la frapper à mort, si elle pouvait mourir. Voilà votre ouvrage, à libéraux, vous fidèles et dévoués enfants de l'Eglise catholique !
Non, elle ne périra pas, puisque Dieu l'a dit, mais elle soufTrira de votre fait. On ne lui a volé qu'une partie de ses domaines, et déjà il a fallu à nous, membres de l'Eglise, nous imposer des sacrifices pécuniaires considérables. Aujourd'hui il faut lui donner le plus pur de notre sang. Nous ne soutirons pas à regret, nous souffrons généreusement, amoureusement même, parce que c'est pour une mère ; mais réellement nous souiTrons ; et c'est vous, libéraux, qui en êtes la cause, par vos innocentes doctrines. Ah ! combien plus soutfririons-nous s'il fallait qu'elle tombât dans un état complet de mendicité et d'esclavage, qu'elle ne put ni nous instruire, ni nous gouverner.
Oui, s'il a été un temps où le pouvoir temporel a été nécessaire, c'est assurément de nos jours. Le libéralisme a envahi les nations catholiques, c'est un fait. Il a fait leur éducation par des écoles libérales et les cent voix de la presse. Les peuples sont imbus de ses doctrines. Il fait des lois aux parlements, il règne môme sur les trônes, presque tous les souverains, ainsi que les gouvernements, sont atteints de ce mal. Avec les formes constitutionnelles modernes, rois et ministres étant les créatures ou les protégés des peuples, ils croient faire un acte de bonne politique eu marchant aveuglément dans le sens des idées libérales. On peut le dire, à la honte de la raison et de la foi, la force publique est déjà au service du libéralisme chez les nations catholiques. S'il
-n'en était ainsi, verrait-on depuis huit ans l'auguste chef de l'Eglise, au milieu d'elles (spectacle à faire frémir), seul aux prises avec une horde de brigands ? Le souffle d'une de ces nations suftirail pour les exterminer. Le catholique fidèle reste ébahi de cet état de choses. Qu'il n'en cherche pas la raison ailleurs que dans l'action du libéralisme, qui maintenant gronde dans les bas fonds et se pavane au milieu des sociétés. Et, c'est quand rois et peuples se donnent mutuellement ■la main pour se précipiter dans l'abîme, qu'il faut ôter à l'Eglise sa souveraineté, c'est-à-dire la possibilité de les arrêter ; c'est alors qu'il faut étouiïer la seule voix capable d'annoncer le danger et repousser le seul bras capable de l'éloigner. C'est quand le libéralisme, son ennemi mortel, triomphe, qu'il faut que l'Eglise abditjue et se livre pieds et mains liés à ses bonnes grâces ? Car n'est-il pas vrai que si aujourd'hui le pouvoir temporel tombait, si le Pape cessait d'être souverain, il deviendrait immédiatement le vassal ou l'esclave d'un pouvoir libéral.
C'est aussi ce que comprend fort bien l'astucieux Serpent. Non, jamais la principauté civile du Saint-Siège n'a été plus nécessaire, et c'est là, en réalité, que se résume toute la lutte, comme nous le disions il n'y a qu'un instant. Le Pape croit à l'immortalité de l'àme et il veut une souveraineté pour être libre de chanter son Credo jusqu'à la fin, «l d'annoncer aux générations la résurrection et la vie éternelle, afin •de les sauver, suivant sa mission divine. Le libéralisme, lui, ne croit pas [)olitiquement à la vie éternelle, il veut empêcher, par l'esclavage, le Saint-Père de l'apprendre aux nations, afin de conduire temporairement les hommes, comme s'ils n'avaient pas d'âme, et de leur laisser toute la facilité possible de se damner, suivant sa mission diabolique. Voilà le combat d'aujourd'hui dans toute sa nudité. Est-il possible au vrai chrétien de l'envisager sans sentir son sang régénéré par le baptême bouillonner dans ses veines ?
A ce sujet, une chose uous a toujours frappé et nous étonne encore singulièrement. C'est la naïve et flagrante contradiction des princes et des législateurs libéraux chrétiens, qui se conduisent politiquement comme s'il n'y avait pas de Dieu, et qui confessent croire encore à l'éternité des peines, d'après leur foi.
Ils font à grand soin des lois pour empêcher et réprimer des maux temporels dont les conséquences sont bornées et finies, et ils ne sauraient empêcher des maux infinis dans leur malice et dont les consé- -quences certaines sont éternelles. En vérité, ej*t-ce là aiu)er ses frères
et les conduire avec sagesse ? De deiix choses l'une : ou ces hommes ne croient plus réellement, ils ont perdu la foi ; ou ils agissent dans les choses les plus graves, avec la légèreté et l'imbécilité des enfants. Telle est la nature de leur progrès. Ne doivent-ils p^s regarder au delà de la tombe, pour eux et pour leurs frères, et songer au compte terrible qu'il faudra rendre à Dieu, eux de leur autorité, et ces derniers de leurs actes. Dieu, dit saint Paul, n'a donné l'autorité sur la lerre que pour la protection du bien et de la vérité, et la répression, le châtiment du mal, du vrai mal, qui est le péché.
Revenant à la violente attaque contre le pouvoir temporel du Saint- Siège, je dis, déplus, qu'en elle se résume non seulement la lutte entre le catholicisme et le libéralisme ; mais la lutte entre l'ordre et l'anarchie, l'autorité et la révolution, enfin le bien et le mal dans le monde, et qu'à ce titre le pouvoir temporel du Pape intéresse presqu'autant les non-calholiques que les catholiques eux-mêmes. Qu'est-ce, en effet, que cette lutte, sinon la lutte entre la religion et l'homme émancipé de toute idée religieuse, se faisant sur le terrain de la politique ou du pouvoir civil ? Il s'agit de savoir si l'homme se conduira socialement sans une religion quelle quelle soit, oui ou non. C'est à ce point de vue que le libéralisme, pour tout observateur judicieux, quand il n'aurait pas la foi, prend des proportions vraiment effrayantes. Car si le catholicisme, qui possède la vérité, qui est aux yeux de tous ceux qui le connaissent la religion la plus rationnelle, la plus juste et la plus sainte, n'a pas le droit de se mêler de la société, quelle religion aura ce droit ? Or, comme nous l'avons dit, il est impossible qu'un état existe sans une religion quelconque. 11 faut que le citoyen qui n'est pas toujours sous l'œil du magistrat, remplisse ses devoirs, souvent nombreux et difficiles, par un autre sentiment que celui de l'intérêt et de la crainte ; par le sentiment d'une responsabilité morale envers l'Etre Suprême. Ce sentiment, qui l'inspire? C'est la religion. L'homme qui le possède, se laisse conduire comme le candide enfant et l'agneau. C'est ainsi que le Canada, paya religieux, n'a coûté depuis un siècle, à l'Angleterre, pour le maintien de l'ordre, que quelques soldats. Mais l'homme qui ne connaît pas ce sentiment, est au;-si dangereux dans la iociélé que le tigre et la panthère, à cause de la brutalité des passions. C'est pourl.ii qu'ont été inventés les prisons, la potence et les canons. Figurez-vous donc une société entière composée de ces hommes. L'idée vous épouvante. C'est pourtant le paradis que le libéralisme prépare à la terre. L'Europe, sur qui pèsent aujourd'hui huit millions de soldats.
et qui augmente ses armées tous les jours, dans la proportion que le libéralisme s'élend et que le sentiment religieux diminue, devrait le comprendre. Les pouvoirs publics, cependant, semblent l'ignorer ; leur attenliou se porte spécialement sur la confection des instruments meurtriers. Ils veulent bien, à la vérité, jouir du bénéfice de la religion pour conduire les peuples, mais ils ne se soucient guère de sa libre action, encore moins de sa protection. L'arme au bras, ils la laisseraient chasser du vieux continent sans se douter des immenses périls quisuivraient son départ ; car c'est à peine si, cédant à la pression des populations catholiques, ils ont laissé quelques soldats à la garde d'une institution qui soutient, seule, en leur faveur, depuis nombre d'années, les assauts réitérés de la révolution.
Leur aveuglement et leur ingratitude n'empêche pas que l'ordre social tout entier résultant de l'obéissance au pouvoir, ne repose absolument sur la religion, que la religion elle-même ne repose sur la Papauté, et que la Papauté ne soit portée sur les épauhs d'un faible vieillard qu'on appelle le Vicaire de Jésus-Christ, et qu'on regarde à bon droit comme la clef de voûte de l'édifice social, spectacle vraiment fait pour commander l'admiration de l'univers !
C'est donc au sujet de ce vénérable vieillard et de sa triple couronne que se livre en ce moment à Rome le plus terrible combat qui se soit vu depuis des siècles ; combat du libéralisme contre l'action de la religion sur la société, combat d'une nature si étrange que le paganisme, lui-même n'en a jamais connu de semblable. Le paganisme, il est vrai, a bien fait la guerre au vrai Dieu, niais c'était en faveur de la religion de l'Etat, jamais contre l'action politique de la religion ellemême. Cette infamie, cette monstruosité était réservée à notre siècle de progrès. Quoiqu'il en soif, cette lutte gigantesque dans ses proportions et ses conséquences est bien digne de couronner toutes celles que l'Eglise a soutenues à travers les siècles pour le maintien de chacun des articles de son immortel symbole.
Maintenant qu'il est clairement établi que la lutte du libéralisme contre l'Eglise universelle se résume dans la guerre au pouvoir temporel du Saint-Siège, et que cette guerre comporte des conséquences terribles, il ne me reste plus qu'à vous dire, en quelques mots, comment Satan procède dans celte redoutable attaque dont les phases diverses se déroulent sous nos yeux, qu'elles sont les forces des deux camps en. présence, enfin quel sera le résultat final de la bataille, et j'aurai terminé mes réflexions sur les combats de l'Eglise contre le Serpent, et
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spécialement sur la grande hitle conlemporaine à laquelle, comme soldats du Christ, nous sommes appelas à prendre part.
Mes chers frères, notre S' Père lui-même a caractérisée les modes d'action de Satan contre le pouvoir temporel du Sainl-Siége, en indiquant le caractère d'action du libéralisme contre l'Eglise universelle. C'est toujours, en premier lieu, Vimpedialur, la phase de l'hypocrile trahison ; secondement, Vamoveatur, ou l'époque de la violence ouverte.
Satan, qui a été tant de fois humilié dans ses luîtes contre l'Mglise, préfère vaincre par ruse et sans combat ; c'est pourquoi il s'est d'abord efTorcé de faire tomber le Pape dans ses filels, de le lier, de paralyser son action. Je n'entreprendrai pas, mes frères, de vous raconter tous les efforts perfides que l'on a fait depuis bien des années pour persuader au monde chrétien et au Pape lui-même, qu'il ne devait pas avoir de souveraineté temporelle, que celle souveraineté lui était un nuisible fardeau. Qui ne se souvient des calomnies, des invectives, des insinuations si dangereuses des écrivains et orateurs libéraux, des fameux conseils des diplomates ? A les en croire, la Papauté était une institution vieillie, usée, embarrassante dans le monde. L'unité catholique, qui a sauvé l'univers, devait être sacrifiée à l'unité italienne, grand modèle d'une nouvelle régénération sociale. On proclamait que le Pontife, ne connaissant point les principes vivifiants de la civilisation moderne, ne devait pas se mêler des afïaires politiques des peuples, qu'il devait se retirer dans les régions purement spirituelles, que d'ailleurs, s'il trouvait dans les dogmes de sa foi quelque chose de contraire aux idées nouvelles, il devait garder le silence, ou mieux encore, usant d'une sainte tolérance, se réconcilier avec elles, et donner au libéralisme le baiser fraternel. Ce fut ainsi que Satan débuta, et ce fut là, disons-le, le moment le plus périlleux du combat. H ne fallait peutêtre rien moins que le privilège de l'infaillibilité pour triompher de cette immense conspiration de l'erreur contre la vérité. Mais à toutes les séductions, le Vicaire de Jésus-Christ répondait par le non possumus, l'impossibilité qu'il y avait pour lui de transiger.
La fermeté inébranlable du non possumus mit l'enfer en fureur. C'est alors que le bizarre général de la révolution, qui attendait patiemment dans son Ile les succès de l'astuce, sortit en criant qu'il fallait arracher de l'Italie le chancre qui la dévorait, de la société le vampire sacerdotal ; qu'il fallait Rome ou la mort. De ce moment la lutte descendit du domaine des idées aux mains des soldats ; le sang coula sur les champs de bataille. Il y eut un moment de répit oh chaque com-
battant répara ses forces. Puis la lutte est de nouveau recommencée sur le terrain sanglant ; elle en est aujourd'hui à cette phase terrible, mais glorieuse, où les coups se donnent par l'épée et à la face de l'univers, et c'est pour porter à l'Eglise et à la vérité l'appui de vos bras que vous, ô soldats chrétiens, êtes en ce moment réunis sous ce noble drapeau.
Jetez avec moi un instant les yeux sur la mêlée, avant que d'engager la main. Voyez quels sont vos frères d'armes, quels sont vos adversaires et la force des deux camps, et vous entreverrez avec moi l'issue de la bataille.
Quels sont ceux qui combattent contre vous? Ce sont des fils ingrats, des hommes avides, des méchants, une plèbe immonde; leurs armes sont le mensonge, la trahison, la haine, le blasphème et le crime ; à ces hideux bataillons se réunissent la diplomatie matérialiste, la presse impie, les noires et sinistres sociétés secrètes. Vous avez là les hordes infernales du mal organisé. Les soldats de ce camp croient obéir à un général politique ou militaire qu'ils nomment Mazzini ou Garibaldi ; en réalité, c'est Satan lui-même qui les comniande.
Quels sont ceux qui combattent avec vous? Ce sont des enfants fidèles, des cœurs reconnaissants et dévoués, des hommes pleins de mérites, des héros. Leurs armes sont la vérité, la sincérité, la force, la prière et l'amour. A cette glorieuse phalange viennent so joindre les sympathies de toutes les âmes honnêtes, le concours de tous les bons chrétiens, l'assistance de tous les régiments de la milice sacrée, les religieux, l'ordre sacerdotal, les évoques, et au-dessus d'eux le Souverain Pontife. C'est là l'arniée du bien, l'armée du ciel sur la terre, Actes ordinata. Vous croirez pendant le combat écouter la voix d'un général pontifical ; c'est la voix de Jésus-Christ que vous entendrez, de Jésus- Christ qui est le Seigneur des vertus, le Roi des Rois et le Dieu des véritables armées : Dominus virtutum, Rex regum, Deus Sabaoth.
Maintenant, il n'est pas difficile de pressentir de quel côté sera la victoire. Si Deus est pro nohis, guis contra nos. « Si Dieu est pour nous, qui réussira contre nous. »
Sans vouloir lever d'une main présomptueuse le voile qui nous dérobe l'avenir, à n'examiner que le passé, il est aisé de fortifier son espérance ; et en étudiant les événements de nos jours, on croit déjà apercevoir la fin de l'orage et voir poindre à l'horizon la clarté de plus beaux jours.
ËQ effet, que nous a enseigné la rapide esquisse que nous avons faite
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des luttes de l'Eglise, si ce n'est la puissance victorieuse de son divin Fondateur. A chaque combat le Serpent a été terrassé et écrasé. L'Eg'lise s'est relevée des coups qu'on lui portait, plus brillante et plus terrible : Et pwtx inferi non prœvalehunt. « Les portes de l'enfer ne prévaudront jamais. » Croit-on qu'après avoir triomphé pendant dix-huit siècles, en soutenant chaque article de son symbole, elle succombera avec les derniers? Cet ordre chronologique des luttes de l'Eglise en rapport avec l'ordre numéral des articles du symbole, est quelque chose d'immensément significatif. Elle ne faillira pas sur la résurrection de la chair et la vie éternelle, ses plus belles espérances, dont les aveugles sociétés de nos jours semblent ne plus vouloir entendre parler. Jamais, d'ailleurs, au milieu de ses plus grandes tribulations, elle n'a présenté un speclacle plus grandiose. 11 est vrai que ses ennemis, puissamment organisés et conjurés, lui font une guerre acharnée et terrible, mais aussi vit-on jamais dans l'univers catholique plus d'union, de force, de dévouement et de sacrifices. Le S' Père parle-t-il de Rome, sa voix pénètre jusqu'aux extrémités du monde, et tous les vrais fidèles s'empressent de lui obéir ; fail-il un signe à ses frères disséminés sur la surface du globe, et les évêquesde toute langue et de toute tribu accourent se ranger à ses côtés ; se plaint-il, tout ce qu'il y a de sensible et de bon souffre avec lui; s'il pousse le cri de détresse, l'or et l'argent affluent dans son trésor ; enfin, annonce-t-il le danger, une mullitudede défenseurs accourent pour le défendre. Con)biencompte-t-il aujourd'hui à son service de puissants écrivains, de brillants orateurs et de valeureux soldats ? Il n'y eut peut-être jamais, dansaucun âge de l'Eglise, un mouvenvent de la foi catholique plus spontané et plus universel. Et tout cela pourraitil être un symptôme de défaillance et de chute? Oh 1 non, jamais.
Salut ! 0 Sainte Eglise Catholique, ma Mère ! Gloire et bénédiction te soient rendues dans ta marche bienfaisante du temps à l'éternité ! Dans celte course dix-huit fois séculaire, tu n'as jamais cessé de combattre tes nombreux ennemis. Les immortelles victoires que tu as remportées dans chacune des grandes batailles qu'ils font livrées, sont demeurées dans les champs de l'histoire comme des monuu»ents gigajntesques et impérissables de ta force et de ton amour divins. Ils redisent éloquemment à toutes les générations que tu es bien la glorieuse et légitime épouse du Christ, chargée de conduire le genre humain ^'ers l'accomplissement de ses éternelles destinées. Voici encore arriver l'heure d'une bien cruelle épreuve, aujourd'hui tu dois soulTrir, gémir et pleurer; mais demain tu devras triompher! !