‹ Vers l'abîme (volume 4)Chapitre 30 sur 77 · JUBILÉ SACERDOTAL DE M^' CAZFAU · texte numérisé non relu

JUBILÉ SACERDOTAL DE M^' CAZFAU

la science, la sagesse et la force qui font les véritables chefs des peuples. A chaque individu dans la société, c'est-à-dire à chaque membre du corps social, le Seigneur assigne sa place et les fonctions qu'il aiira à remplir ; en conséquence la Sagesse divine, qui proportionne toujours les moyens à la fin, lui donne toutes les aptitudes et les capacités nécessaires pour les bien retnplir. C'est donc un devoir bien important pour chaque homme, an moment où il va choisir un état de vie, de consulter le Seigneur sur sa vocation, et de prendre les moyens de s'en bien assurer ; car de ce choix dépendra son avenir. S'il entre dans l'état où Dieu le veut, tout lui sera facile et même agréable. La grâce du Seigneur lui aplanira les difficultés qu'il pourrait y rencontrer, il y fera le bien, il contribuera largement au bonheur de ses semblables, et, après une vie heureuse, il arrivera aisément au bonheur éternel qui est sa fin dernière. Au contraire, les désappointements, les amertumes de la vie sans compensations, attendent celui qui a manqué sa vocation. 11 sera dans le corps social comme un membre démis, qui n'est propre qu'à causer de la douleur, et incapable de rendre aucun service. Le salut lui deviendra presque impossible. Sans une grâce extraordinaire de Dieu, il devra périr. Tel est l'enseignement de la foi, et aussi^ il faut en convenir, celui de la raison et du plus vulgaire bon sens.

Les parents doivent donc faire une grande attention à cette vérité : que la vocation vient de Dieu ; ils doivent éviter avec soin de s'opposer à celte vocation de leurs enfants, ou de chercher à les faire entrer dans un état auquel ils ne sont point appelés. Leur devoir, au contraire, dans une affaire aussi (délicate et aussi importante, est de les aider prudemment à reconnaître quelles sont les vues de Dieu sur eux, et de prier souvent à cette intention. Le plus grand service qu'ils puissent leur rendre^ c'est de les aider à parvenir à l'état auquel Dieu les appelle véritablement.

Le jeune homme qui entend au fond de son cœur la voix du Seigneur qui l'appelle, et qui lui dit : Si vis j^^rfeclus esse, vade, veticle qitod habes, et da pauperibus, et habebis thesaurum in cœîo : et vent, sequere nie. « Si vous voulez être parfait, allez, vendez ce que vous avez, et donnez-le aux pauvres, et vous aurez un trésor dans le ciel. Après cela, venez, et suivez-moi (Matlh. XIX, 21), » ce jeune homme doit faire généreusement tous les sacrifices qui lui sont demandés pour suivre cette voix qui l'appelle à la perfection chrétienne. S'il recule devant ces sacrifices, il mot son salut dans le plus grand danger, et il est alors vrai de dire de lui qu'il lui sera plus difficile d'entrer dans le royaume des

cieux qu'à un chameau de passer par le trou d'une aiguille ! Si, au contraire, à l'exemple du grand saint Antoine, le Patriarche de la vie cénobilique, il'acconiplit sans hésiter ce que lui demande le Seigneur, il pourra devenir un vaeo d'élection pour la gloire de Dieu et le saint des homme». C'est donc une grande faveur que le Sauveur accorde à celui qu'il appelle ainsi à marcher sur ses traces et à continuer l'œuvre divine de la Rédemption. Aussi l'Eglise le reçoit-elle avec la tendresse d'une mère, et le dirige-t-elle avec prudence dans ces voies difficiles. Elle prend le temps et les moyens de bien constater la réalité de sa vocation. Après lui avoir fait connaître les sacrifices qu'il lui faudra faire pour devenir un véritable ministre de J.-C, le renoncement aux choses de ce monde et à soi-même que ce divin Sauveur exige de ceux qu'il appelle à l'état sublime du Sacerdoce, elle le confie à de pieux et savants prêtres pour le former peu à peu dans un grand Séminaire à la pratique des vertus qui font les bons et saints prêtres, et l'initier aux connaissances nécessaires à la direction des fidèles et à la sanctification des âmes. Après trois ou quatre ans de ce régime préparatoire, si le lévite persévère dans son désir de se consacrer pour toute sa vie au service de Dieu, et sises Directeurs ont suffisamment constaté sa vocation, l'Eglise lui permet de se présenter à l'ordination, et d'y contracter solennellement les engagements définitifs qui vont le séjiarer pour toujours du monde et l'attacher irrévocablement au service royal du Seigneur. Ciii servire tegnare est (Pontif.). Elle lui redit les devoir? que vont lui imposer ces nouveaux engagements, et l'avertit d'y songer sérieusement taudis qu'il en est encore temps. Faisant alors un éternel adieu au monde, il s'avance au pied de l'autel, se prosterne en terre pour y consommer sou sacrifice.

Aussitôt le Pontife procède à la consécration du nouvel élu. Après avoir invoqué l'Eglise du Ciel, il se lève et adresse à Dieu cette triple invocation. Ut hune electum, benedicere, smiclificare et consecrare digneris. Te rogamus audi nos (Pontif.). « Seigneur, nous vous en prions, écoutez-nous : daignez bénir, sanctifier et consacrer cet Elu. » Après celte invocation solennelle à chaque ordre sacré qu'il lui conférera, il lui donne l'onction sainte qui le met au rang des oinis ou des Christs du Seigneur, et dont le Seigneur a dit lui-môme : J^oUte tnngere Chrislos meos. « Ne touchez point à me.- Christs (Ps. fOi, V, 15). » Qui enim tetigerit vos, tangit piipillam oculi niei. « Car celui qui vous louche, me louche à la prunelle de l'œil (Zac. 2, V, 8). » Combien ce choix fait avec tant de solennité par le Pontife, combien celle consé-

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cration de la personne du prêtre au service du Très-llanl doit inspirer de respect aux fidèles instruits de la sainteté de oes choses. Jugez-en par la sainteté que la consécration communique môme aux choses matérielles, telles que les vases sacrés destinés au service des autels. La consécration de ces objets, tout matériels qu'ils sont, leur communique une si grande eaintelé que l'Eglise défend aux fidèles de les toucher, afin de leur en inspirer un plus grand respect ! A bien plus iorte raison la personne du prêtre qui a reçu la consécration sacerdotale reçoit-elle une plus grande sainteté, et devieut-ello plus digne du respect des enfants de l'Eglise. Le Pontife procède ensuite à la communication des pouvoirs qui font le prêtre, et l'élèvent à la dignité de ministre de J.-C. Accipe potestatem offerre sacriflcium Deo, Missasque celehrare tam pro vivis, tam pro defimctis. « Recevez le pouvoir d'offrir le sacrifice à Dieu et de célébrer des messes, tant pour les vivants que pour les défunts (Pontif.) ». Accipe Spirihim-Sanctum : quorum remiseris peccata, remilluntur eis ! et quorum retinueris, retenta, sunt. « Recevez le Saint-Esprit : les péchés sont remis à ceux à qui vous les remettrez, ils sont retenus à ceux à qui vous les retiendrez (Pontif.). » Sicut misit me Pater, et egomitlo vos. « Gomme mon père m'a envoyé, je vous envoie (Joa. XX, 21). » Qui vos audit, me audit; qui vos spernit, me spernit. « (Jui vous écoute, m'écoute, qui vous méprise, nie méprise (Luc, X, 16). »

C'est en ces termes admirables que Jésus-Christ élève le prêtre à la sublime dignité de ministre de Dieu. 11 se l'incorpore en quelque sorte, il en lait un autre lui-même. Sacerdos alter Christus. « Le prêtre est un autre Christ. » Quand le prêtre parlera en sa qualité d'envoyé de Dieu, c'est le Verbe de Dieu qui sera sur ses lèvres sous la forme de la parole humaine, comme dans la consécration eucharistique, ce sera le même Verbe de Dieu qui sera dans ses mains sous la forme du pain et du vin. Qui vos audit, me audit. Sa parole sera la parole de Dieu ; sa doctrine sera la doctrine de Celui qui l'a envoyé. Jugeons de là avec quel respect nous devons écouter cette parole ; avec quelle soumission de l'esprit et du cœur, nous devons recevoir cette doctrine et y conformer notre conduite. Celui qui ne croit pas son enseignement est déjà jugé et condamné. Qui non crédit, jam judicatus est (Joa. III, 18). Qui non crediderit, cotidemtiabittir.

11 en sera de même pour tous les autres pouvoirs conférés au prêtre. Toujours, Jésus-Christ sera avec son minisire, baptisant, pardonnant les péchés, donnant le Saint-Esprit, sanctifiant les âmes et les condui-

sanl au bonheur éternel. Sacerdotem, etenim oporiet offerre, benedicere, pracesse, praedicare et haptizare. « Car il faut que le prêtFd offre le sacrifice, bénisse, préside, prêche et baptise (Pontif.). »

Oh ! qu'elle est donc admirable la dignité sacerdotale et digne de notre respect le plus profond. Oui, Messeigneurs et mes Frères, la dignité du prêtre surpasse autant toutes les dignités terrestres, que l'ordre spirituel surpasse l'ordre temporel, que le bonheur du Ciel surpasse le bonheur de la terre ! !

Les Souverains temporels, sans doute, sont aussi les ministres de Dieu pour le bien des peuples, mais les pouvoirs qui leur sont donnés à celle fin sont d'un ordre bien inférieur, et ils ne regardent que les choses du temps. Leur dignité par conséquent le cède autant à celle des prêtres que le bonheur du temps le cède au bonheur de l'éternité I

Dans Tordre temporel la dignité de ministre est celle qui rapproche le plus le sujet du Souverain. L'homme qui en est revêtu est mis en participation de la Souveraineté elle-même, il est en quelque sorte incorporé au Souverain dont il devient comme la main pour agir et gouverner le royaume tout entier. De là, la célèbre formule de nos gouvernements modernes entendue dans un sens acceptable : « Le roi règne et ne gouverne pas ». Et qui donc gouverne? C'est le ministre que le roi a revêtu de son autorité ! Aussi voyez quel prestige s'attache à cette haute dignité ; voyez avec quel soin le Souverain choisit l'homme qu'il va ainsi honorer de sa confiance, et s'associer dans le gouvernement de son peuple en le faisant dépositaire de son autorité souveraine ellemême. Voyez quel respect tous les sujets du royaume ont pour ce premier dignitaire de l'État, avec quelle soumission on se conduit à son égard.

A plus forte raison, en est-il de même dans l'ordre religieux. L'homme élevé à la dignité sacerdotale devionl le ministre du Souverain Roi et le coopérateur de Dieu dans le gouvernement et la sanctification des âmes. Il est le continuateur de N.-S. J.-C. dans l'œuvre de la rédemption des hommes; il a reçu par délégiition la même mission. Comme

mon père m'a envoyé, je vous envoie eyiseignez, baptisez Qui

vous écoute, m'écoule... Qui vous reçoit, me reçoit... Je sîcis avec vous jusqu'à la consommation des siècles !...

Rien d'étonnant donc que les Saints et les Docteurs de l'Eglise aient constamment reconnu et enseigné que la dignité du prêtre est supérieure à toutes les dignités de la terre, même à celle des rois et des empereurs.

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