JUBILÉ SACERDOTAL DE M^' CAZEAU
C'est ainsi que le comprenait le grand saint Martin, Evêque de Tours. Ayant un jour cédé aux instances de l'empereur Maxime qui l'avait invité à sa table, cet empereur en eut une joie extrême, et il convoqua à son repas, comme à une fête extraordinaire, les personnes les plus considérables de sa cour, Martin fut placé à côté de l'empereur et le prêtre qui l'accompagnait, entre le frère et l'oncle de l'empereur. Au milieu du repas, un ofGcier suivant la coutume, présenta la coupe à Maxime ; celui-ci la fit donner à Martin, s'attendant à la recevoir de sa main. Mais quand le Saint l'eût portée à ses lèvres, il la donna à son prêtre, ■comme au plus digne de la compagnie. L'empereur et tous les assistants en furent agréablement surpris, et l'on en parla dans tout le palais à la louange du saint Evêque.
Tel est aux yeux de la foi et en réalité la sublime dignité du prêtre ! Considéré dans ses rapporta avec Dieu, le prèlre est l'Elu et l'Oint du "Seigneur, il est le ministre de J.-G.
Nous allons maintenant considérer ce qu'il est dans ses rapports avec l'homme.'
11. Après avoir dit que le prêtre est le ministre de J.-C, saint Paul ajoute qu'il est de plus le « Dispensateur des mystères de Dieu ». Dispensatoy^es mysteriorum Dei. Le Seigneur aurait pu, sans doute, confier à ses anges la continuation de l'œuvre divine du salut de l'homme, et de la dispensation de ses dons célestes ; cependant il ne l'a point fait. Dans sa sagesse, le Sauveur a voulu confier à d'autres hommes la mission que lui-même, comme homme, avait reçue de Dieu son père, Sicut misit me Pater, et ego mitio vos. « Gomme mon Père m'a envoyé, je vous envoie (Joa. XX, 21.). » Ainsi voilà le prêtre élevé à une nouvelle dignité, à la dignité d'ambassadeur de Dieu vers les hommes. Comme on le voit, cette dignité le met en rapport avec les hommes, et le premier devoir qu'elle lui impose, c'est de produire ses lettres de créance ■et de constater, devant qui de droit, qu'il est bien véritablement l'envoyé de Dieu, revêtu de tous les pouvoirs nécessaires pour l'accomplissement de la mission qui lui est confiée, d'instruire, de sanctifier et de conduire au ciel les âmes. Celte condition est de la plus haule importance : elle demeurera toujours la pierre de touche avec laquelle les hommes de bonne volonté pourront facilement reconnaître les véritables envoyés de Dieu, et les distinguer d'avec ceux qui usurpent ce titre, et que Notre-Seigneur Jésus-Christ appelle des faux prophètes., revêtus de la peau de brebis, et qui au dedans font des loups ravissants (Matth. VII, 15). Oui ! la légitimité de la mission sera toujours la pierre
d'achoppement contre laqueUe viendront se briser les efforts du schisme et de l'hérésie pour tromper les âmes droites. Il suffira de leur demander leurs lettres de créance et d'établir la légitimité de leur mission pour s'assurer qu'ils sont des intrus, et qu'ils n'ont reçu aucun pouvoir, aucune autorité de Celui à qui a été confié le soin de tout le troupeau. Cette condition est tellement importante que Notre-Seigneur Jésus- Christ lui-même n'a pas voulu commencer l'exercice de son rainistère divin, sans recevoir publiquement et solennellement sa mission officielle de son Père céleste. C'était sur les bords du Jourdain, en présence d'un peuple nombreux accouru des divers points de la Judée pour recevoir le baptême de Jean, Jésus de Nazareth, qui avait mené jusque-là une vie cachée, avait déjà reçu de Jean le témoignage public qu'il était l'agneau de Dieu qui ôte les péchés du monde, qu'il était si grand que Jean lui-même n'était pas digne de dénouer les cordons de ses souliers. Il voulut cependant recevoir comme les autres Juifs le baptême de Jean, et au sortir desondes du Jourdain, il vit le ciel s'ouvrir, le Saint-Esprit descendre sur sa tête sous la forme d'une colombe, et l'on entendit la voix du Père Eternel qui dit : « Celui-ci est mon fils bien-aimé en qui j'ai mis toutes mes complaisances, » et an Thabor, la même voix se faisait entendre de nouveau, ordonne à tous les hommes de l'écouter. Hic est Filins mêiis dilectus, in quo mihi bene complacui , ipsum midite. « Celui ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve mes délices : écoutez-le (Matth. XVII, 5). » Cette mission merveilleuse, il l'a confirmée par l'accomplissement de toutes les proi)héties relatives à sa personne et parles miracles les plus étonnants qu'il n'a cessé d'opérer pendant le temps de sa vie publique.
Le Sauveur a voulu que les preuves de cette mission fussent d'une telle évidence, que les Juifs fussent complètement inexcusables dans leur résistance à son autorité divine.
Si non ve-iissem, et locutu^ fuissent eis,peccatum non haberetit nunc autem excnsatio7iem non habent de peccato siio. « Si je n'étais point venu, et que je ne leur eusse point parlé, ils ne seraient point coupables, mais maintenant ils sont inexcusables dans leur péché (Joa. XV, 22). »
Or c'est précisément cette mission que Jésus-Christ a transmise à ses Apôtres, et, dans leurs personnes, à tous les pasteurs de son Eglise jusqu'à la fin des siècles. Et ecce ego vobiscum sum omnibus diebus usqxie ad consummationem sseculi. « Et voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles ( Matth. XXVlll, 20), »