JUBILÉ SACERDOTAL DE M*'''" CAZEAU
Si le caractère des ambassadeurs, dans l'ordre de la souveraineté temporelle, a toujours été regardé comme sacré et inviolable chez tons les peuples, même les peuples barbares, à combien plus forte raison en est-il de même dans l'ordre divin. Toujours et partout, le sacerdoce a été regardé comme imprimant un caractère sacré au front de celui qui en est revêtu, et on lui a rendu l'honneur et le respect dus au Représentant de la divinité parmi les hommes.
Combien donc ce caractère sacré d'ambassadeur du vrai Dieu, que porte le prêtre catholique doit inspirer de vénération aux fidèles vers lesquels il est envoyé. Notre-Seigneura voulu qu'on le regardât comme un antre lui-même. Qui recipit vos, me recipit. « Qui vous reçoit me reçoit (Matth. X, 40). » De là cette expression d'un Saint-Père : Sacerdos aller Christus ; « le prêtre est un autre Christ ».
Mais de quels devoirs est chargé cet Envoyé de Dieu vers les hommes ? Nous l'avons déjà dit ; c'est de continuer l'œuvre môme de Jésus-Christ, Euntes ergo docete omnes geyxtes, baptizantes eos in nomme Patris et Filii et Spùnlus-Sancli, décentes eos servare otïinia quaecumque mandavi vohis. « Allez donc, enseignez toutes les nations, baptisez-les au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit. Apprenez-leur à garder toutes les choses que je vous ai prescrites (Matlh. XXVIII, 19). »
Les rapports du prêtre avec les fidèles peuvent donc se rattacher à ces trois fonctions principales : enseigner, sanctifier^ diriger. Enseigner les intelligences, les éclairer de la lumière véritable que le Verbe de Dieu est venu apporter à la terre, et qui éclaire tout homme venant en ce Monde. Erat lux vera qiiae illianinat omnem homine7n venientem in hune munduni (Joa. I, 9). « Sanctifier les cœurs par l'administration des Sacrements, dont le baptême est le premier et comme la porte qui conduit à tous les autres. Diriger et conduire les âmes dans l'accomplissement de tous les préceptes du Seigneur : tels sont les dons mystérieux que le Seigneur a chargé le prêtre de distribuer aux hommes : Dispensatores mysterioriim Dei. Les limites étroits d'un discours ne nous permettent pas de vous exposer longuement la grandeur et l'importance de chacune de ces fonctions admirables ; qu'il nous suffise de vous rappeler en peu de mots l'idée que nous devons avoir du prêtre dans l'exercice de ces fonctions, le respect et la soumission avec lesquels nous devons nous conduire à son égard.
Et d'abord le prêtre, en se présentant à l'homme j)our l'instruire des devoirs et des vérités de la foi, doit lui dire, comme le Divin Maître dont il tient la place : Mea doctrinn non est men, sed ejus qui misit me. « Ma
doctrine n'est pas ma doctrine, mais la doctrine de Celui qui m'a envoyé (Joa. VII, 16). » Aussi sa parole sera appelée la parole de Dieu. Notre- Seigneur Jésus-Christ lui-même parlera par sa bouche. Qui vos audit, me audit: « Qui vous «^coute, m'écoule. » 11 n'est donc pas étonnant que tous les hommes soient obligés de l'écouter, de croire et de pratiquer sous peine de damnation la doctrine qu'il a reçu ordre de prêcher et les règles de conduite qu'il doit également leur tracer. Pvaedicate evangelium omni creaturae. Qui creliderit et baptizatus fuerit salvus erit ; qui vero 7ion crediderit, coulemnabitur. << Prêchez l'évangile à toute créature. Ceiui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; mais celui qui ne croira pas, sera condamné (Marc. XVI, 15, 16). »
Ainsi le prêtre en chaire est véritablement l'ambassadeur de Dieu vers les hommes; sa parole est réellement la parole de Dieu. L'autorité de celle parole ne dépend point de celui qui l'annonce, la puissance et la vertu de la doctrine qu'elle proclame sont toujours les mêmes. Que la bouche qui l'annonce soit éloquente ou non, que le langage dont elle se sert soit revêtu de toute la beauté et de la magnificence que l'art peut lui donner, cela n'y fait rien. Quaeet loqimnur non in doctis liumanae sapientiae verbis, sed in doctrina Spiriius, spiritualibus spiritualia comparantes. « Nous annonçons les dons que nous avons reçus de Dieu, non avec le langage de la sagesse humaine, mais avec celui qu'enseigne l'esprit, communiquant les choses spirituelles aux hommes spirituels (1 Cor. II, 13). » Le Seigneur sans doute ne dédaigne pas de se servir des dons naturels qu'il accorde quelquefois à ceux qu'il charge d'annoncer sa parole, mais l'homme, quel qu'il soit, doit se souvenir qu'il n'est qu'un instrument dans la main de son maître et que Dieu choisit ce qui est insensé selon le monde pour confondre les sages et ce qui est faible selon le monde pour confondre ce qui est fort. Sed quae stulta mnt mundi elegit Deus, ut confundat sapientes : et infirma mundi elegit Deus, ut confundat fortia (Cor. 1, 27). Prêtres et Fidèles, rappelons-nous toujours cette doctrine qui doit nous inspirer un si profond respect pour la parole de Dieu, et gardons-nous avec soin de ne jamais critiquer et de censurer ceux que l'Eglise charge de nous l'annoncer. Si nous avons la foi comme nous devons l'avoir, celle parole sera toujours assez pénétrante pour faire arriver jusqu'à la moelle de nos os la crainte du Seigneur, lorsqu'elle nous annoncera la sévérité de ses jugements et la rigueur des châtiments qui attendent dans le fond des enfers, les contempteurs de cette parole.
Après avoir éclairé l'esprit par l'enseignement de la vérité, le