‹ Vers l'abîme (volume 4)Chapitre 33 sur 77 · JUBILÉ SACERDOTAL DE M^' CAZKAU · texte numérisé non relu

JUBILÉ SACERDOTAL DE M^' CAZKAU

prêlre doit purifier le creur et le sanctifier par le baptême et l'adrni»islration des autres sacrements et secours que le Sauveur à établis, pour la sanclificalion des âmes. Ici, Messeigneurs et mes Frères, nous entrons dans un autre ordre de choses, plus merveilleuses encore que la prédication évangélique. Les Juifs s'étonnaient avec raison de la doctrine de Jésus, et de ce qu'il les instruisait comme un homme ayant l'autorité, et non pas comme faisaient les scribes. Et shipebant stipetdoctvina ejus : evat e7iim docens eos, quasi poteslalein habens, et non sicut fcribaeQiX&Tc. 1.22.). Mais quand ilsl'entendent remettre les péchés au paralytique, ils s'en scandalisent; Quid hic sic îoqttilur? blasphémât. Quis potest dirnitlere peccata, nisl sohts Deiisl «Comment cet homme parle-t-il de la sorte ? il blasphème. Qui peut remettre les péchés sinon Dieu seul (Marc. Il, 7,) ? » Les Juifs savaient que Dieu avait parlé par Moïse et par les Prophètes, et c'étaient les écrits de ces hommes inspirés que leurs Scribes leur expliquaient; ils étaient sans doute étonnés d'entendre Jésus parler comme Moïse et les prophètes, comme ayant autorité d'enseigner par lui-même. Si ce fait les étonnait, ils le savaient pos.«ible. Mais Moïse et les prophètes, qui avaient parlé au nom de Dieu et par l'inspiration de l'Esprit-Saint, ne s'étaient point attribué le pouvoir de remettre les péchés et d'agir directement sur les âmes en les purifiant et les sanctifiant. La rémission des péchés paraissait à ces Juifs être tellement le pouvoir exclusif de Dieu, qu'ils se scandalisaient en voyant Jésus l'exercer : comment cet homme, disentils, peut-il parler ainsi ? il blasphème. Qui peut remettre les péchés, si ce n'est Dieu seul ? C'est précisément de celte objection que Jésus se sert pour leur prouver que le Fils de l'Homme est Dieu, et que, comme tel, il a le pouvoir de remettre les péchés, ce dont il leur donne une preuve irréfragable par la guérison subite et miraculeuse du paralytique auquel il vient de remettre les péchés.

Ce pouvoir divin que le Fils de l'homme exerce par droit de nature, puisqu'il est Dieu, il l'a délégué à ses Apôtres et dans leur personne à tous les Pasteurs de son Eglise quand il leur a dit au jour de sa résurrection : Accipile Spiritum Sanctum, quorum reyniseri lis peccata, remittuntur eis ; et quorum retinueri lis, retenta sxait. « Recevez le Saint- Esprit, les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez (Joa. XX. 22. 23.). »

Nos Frères séparés, les protestants et tous les incrédules, qui nient celle vérité si consolante do la réniission des péchés par le ministère du prêtre, peuvent en prendre leur parti, el ils n'empêcheront pas que ce

qui a été délié sur la terre par le ministère du prêtre ne soit aussi délié dans le ciel ; comme aussi ce qui aura élé lié sur la terre ne demeure lié dans le ciel. A nous donc de protiter de ce ministère si consolant et de nous faire absoudre à ce tribunal de la miséricorde, avant que de paraître au tribunal du Souverain Juge.

Mais le plus merveilleux et le plus étonnant de tous les pouvoirs communiqués au prêtre, pour la sanctification des âmes, est celui de la consécration du corps f t du sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, c'està-dire le pouvoir de changer le pain et le vin au corps et au Sang du Fils de Dieu, dans l'auguste sacrifice de nos autels. Ce pouvoir surpasse tous les autres, puisqu'il met à la disposition du prêtre et des fidèles la personne même du Sauveur. Il élève l'homme qui en est revêtu à une dignité qui surpasse celle des auges et de tous les esprits bienheureux. Aussi est-il le couronnement de l'œuvre sacerdotale. Ce n'est que par la communication de ce pouvoir que l'Elu, l'Oint du Seigneur, devient véritablement prêtre, ou sacrificateur, et qu'il entre en participation du sacerdoce éternel du Christ lui-même, dont le Père éternel a dit: Tu es sacerdos in œternum secmidum ordinem Melchisedech. a Tu es prêtre éternel selon l'ordre de Melchisedech (Ps. 110). > Revêtu de ce pouvoir, il se présente comme médiateur entre Dieu et les hommes, et il exerce véritablement les fonctions du Sacerdoce même de Jésus-Christ ; il offre au Seigneur la même victime que celle qui a élé offerte sur le Calvaire ; il rend à Dieu le même hommage véritablement digne de la majesté divine, et il applique aux pécheurs le même sang qui les a rachetés de la damnation éternelle, qui lave leurs âmes de toutes les souillures du péché, les sanctifie, et les rend agréables à leur Créateur : I?iter vesiibulum et altare, phrabunt sacerdotes, ministri Domini, et dicent : Parce Domine, parce populo tuo. « Entre le vestibule et Tautel, les prêtres, ministres du Seigneur, pleureront et diront ; Pardonnez Seigneur, pardonnez à votre peuple (Joël 11, 17). » Si le prêtre est dans la chaire l'aie hassadeur de Dieu vers le peuple, [)0ur lui annoncer sa loi et ses volontés, à l'autel, il est le député du peuple vers Dieu, pour rendre au Seigneur les hommages et les adorations qui lui sont dus, et implorer sa miséricorde, le pardon et l'oubli des péchés qui ont attiré sa juste colère sur les hommes. Car tout Pontife pris d'entre les hommes, est établi pour les hommes dani les choses qui 07il rapport à Dieu, afin d'offrir des dons et des sacrifices pour les péc/iés (Heb.). »

Par le baptême, le prêtre donne à l'homme la vie surnaturelle qui le

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fail enfant de Dieu, en lui communiquant le Saint-Espril. Parle sacrement de pénitence, le j)rétre puride l'unie du chrétien des souillures du péché, et il le rétahlit dans ses droits à l'héritage du ciel en lui rendant sa sainteté antérieure. Dans le sacrement adorable de nos autels, i nourrit celte âme du pain vivant descendu du ciel, qui donne la vie à ceux qui le mangentet le gage de la résurrection glorieuse. Qui manducat meavi carnem et bihit meum sanguinem, habet vitam aeternam, et ego ressuscilabo eum innovissimo die. « Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang, a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour (Joa. VI, 55). »

Après avoir confié au prêtre l'enseignement et la sanctification des Ames, le Seigneur lui en a encore confié la conduite selon les règles qu'il a prescrites. Docentes eos servare otnnia quxcumque mandavi vobis. « Apprenez-leur à garder toutes les choses que je vous ai prescrites. «Ainsi la volonté, aussi bien que l'intelligence et le cœur du fidèle, sont soumis à la juridiction du prêtre. Dieu, qui nous a donné une intelligence pour le connaître, un cœur pour l'aimer et une volonté pour le servir, a voulu que ces trois facultés supérieures de l'homme fussent soumises dans leur tendance vers la fin dernière à la direction des Pasteurs de son Eglise.

Tels sont en peu de mots, mes Frères, ces mystères de Dieu que le prêtre est chargé de dispenser aux hommes « Dispensatores mystèriorum Dei ». Dans l'ordre surnaturel, le prêtre est véritablement le père du fidèle qu'il a engendré au Seigneur dans les eaux du baptême. Cet enfant spirituel, il est chargé de le nourrir de la parole de Dieu qui éclaire l'esprit et fortifie le cœur; « car l'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu », et il doit le diriger dans la voie des préceptes divins, et le conduire sûrement à sa fin dernière, au bonheur éternel! Aussi les fidèles se font-ils un devoir de lui donner le doux nom de Père. Ils en ont même fait le nom propre du prêtre par excellence, le Souverain Pontife en le désignant sous le nom auguste de Pa;9e, ou de Nolre-Très-Saint-Père le Pape; parce qu'ils aiment à voir en lui l'image et le représentant de Celui de qui découle toute paternité dans le ciel et sur la terre.

Sic nos existimet homo ut ministfos Chrtsti et dispensatores mi/s~ ieriorum Dei.

111. Or, continue le môme Apôtre, ce que l'on demande des Dispensateurs, c'est qu'ils soient trouvés fidèles. H ic jnm quxritur inter dispensatores, ut fîdelis quis inveniatur.

Dans la vie du prêtre, comme dans celle du fidèle, il y a des choses qui sont de précepte, et il y en a qui sont de conseil. L'accomplissement fidèle des précejites peut à la vérité conduire le prêtre, comme le fidèle, à la vie éternelle. Si autem vis ad vitani ingredi sera mandata « Si vous voulez arriver à la vie, observez les commandements (Malth. XIX, 17) : » mais le Seigneur avertit le prêtre de ne point s'en tenir là, s'il ne veut pas être mis au rang des serviteurs inutiles : Quum feceretis omnia quœ praecepta S'.'.nt vobis ; dicite : Servi inutiles sumus. « Quand vous aurez fait ce qui vous a été commandé, dites : nous sommes des serviteurs inutiles (Luc XVI, 10). »

L'esclave se contente d'accomplir les ordres de son maître ; mais le fils au cœur généreux s'applique avec zèle à prévenir même les désirs de son père. De môme le bon et vertueux prêtre sait qu'il n'est point un esclave au service de son maître, mais qu'il est l'ami de son Dieu. Jamnon vos dicam servos sed amicos (Pontif.). Voilà pourquoi il s'applique à le servir comme le meilleur des pères. Il étudie avec soin le modèle qui lui a été montré sur la montagne sainte, dans le Fils de ce Dieu bon, et il s'elTorce de l'imiter. Il sait que ce divin modèle a dit à ses Apôtres : «Je vous ai donné l'exemple, afin que vous fassiez vousmêmes comme j'ai fait ». S'inspirant de l'exemple et de l'amour de son divin modèle, le prêtre véritablement digne de ce nom ne recule devant aucun sacrifice. Il porte courageusement le poids du jour et de la chaleur, et, quand il le faut, il boit le calice jusqu''à la lie et il donne sa vie pour la gloire de son Dieu et le salut de ses frères !

Bien que la chaire chrétienne se prête difficilement à la louange des vivants et que la modestie de celui à qui elle s'adresse en soulîre, il est cependant des circonstances où il est permis d'élargir la réserve qu'elle prescrit sur ce point délicat : Etenim sacrametitian régis abscondere bonum est ; opéra autem Dei revelare et confiteri honori/îcutn est. * Car il est bon de tenir caché le .secret du roi ; mais il y a de l'honneur à découvrir les œuvres de Dieu (Tob. XV, 7). » Or, les œuvres de Dieu s'accomplissent surtout i)ar le ministère des bons et saints prêtres. Qu'il me soit donc permis d'en dire quelque chose en cette circonstance solennelle.

Pour avoir le spectacle consolant de ces prêtres généreux, fidèles à leur ministère jusqu'au sacrifice de leur propre vie, il n'est pas nécessaire de remonter aux époques sanglantes des martyrs, ni de se transporter dans ces régions barbares où la persécution et regorgement des prêtres du Christ est à l'ordre du jour : il suffit de se reporter à ce qui

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