‹ Vers l'abîme (volume 4)Chapitre 34 sur 77 · JUBILÉ SACERDOTAL DE M^' CAZEAU 15Î · texte numérisé non relu

JUBILÉ SACERDOTAL DE M^' CAZEAU 15Î

se passait au milieu de nous dans ces dernières années sur les bords désolés de la Grosse-Ile, en bas de Québec, et sous les sheds empestés de la Pointe Saint-Charles, à Montréal, lors des terribles épidémies du choléra et du typhus. En volant au secours de leurs frères en proie à ces fléaux pestilentiels avec la perspective d'une mort presque certaine, les membres du Clergé canadien ont donné un spectacle qui a réjoui le ciel et édifié la terre ; il a donné la mesure de son amour pour Dieu et de sa fidélité à dispenser les mystères de Dieu pour le salut des âmes. Le vénérable prélat dont nous célébrons aujourd'hui le jubilé sacerdotal, était de cette génération de prêtres héroïques. En restant au poste où la volonté de Dieu l'avait placé par la voix de son Supérieur, il s'est fait le père de ces centaines d'orphelins que les infortunés, victimes de ces fléaux, avaient laissés sur le rivage désert sans aucune ressource. Son cœur de prôlre sut leur trouver des pères et des mères qui les reçurent sous leurs toits bénis et qui leur donnèrent la même affection,. les mômes soins, le même pain qu'aux autres enfants de la famille.

L'Eglise du Canada se réjouit aujourd'hui de voir revivre dans plusieurs de ces orphelins les digne? prêtres qui ont succombé en portant les secours de la religion à leurs infortunés parents. C'est ainsi que le Clergé canadien a compris et pratiqué cette doctrine du Sauveur : Majorem hâc dilectionem nemo hâhet, ut anùnam suant quis poyiat pro amicis suis. « Nul n'a un plus grand amour que celui qui donne sa vie pour ses amis (Joa. XV, II). »

Il est facile de comprendre quelle profonde et salutaire impression de pareils dévouements doivent produire sur les populations qui en sont les témoins, et quels sentiments ils leur inspirent pour les hommes de Dieu qui les accomplissent.

Quand ces populations ont été pendant une longue suite d'années les objets constants du zèle et de la charité véritablement paternels de ces fidèles dispensateurs des dons de Dieu, il n'y a rien d'étonnant de les voir saisir avec bonheur l'occasion de leur en témoigner leur plus sincère gratitude et d'en rendre au Seigneur les plus solennelles actions de grâces.

Tel est le touchant spectacle que nous avons sous les yeux en ce moment.

La multitude des fidèles qui encombre la vaste enceinte de cette basilique proclame éloquemment que le vénérable prêtre dont on célèbre, aujourd'hui le Jubilé sacerdotal, a été un fidèle ministre de J.-C. et, qu'à l'exemple de son divin maître, il a passé en faisant le bien : Per-

transiit henefaciendo. Lq^ orphelins, les pauvres, les incendiés, redisent avec amour et reconnaissance la charité, le zèle infatigable qu'il a déployés en maintes circonstances pour le soulagement de leurs misères, et l'adoucissement de leurs inlortunes.

Le nombreux Clergé qui remplit ce sanctuaire rend hommage à la prudence, à la douceur qui leur a toujours rendu faciles et agréables les rapports constants qu'ils ont eus avec lui dans l'administration de leurs paroisses. Les Evèques et les représentants de tous les diocèses de la Province de Québec ont voulu profiler de celte heureuse circonstance pour lui donner un témoignage public de leur reconnaissance pour les services signalés qu'il a rendus à ces diocèses dans leur fondation et leur organisation. Notre vénérable métropolitain en lui continuant la conûance qu'avaient reposée en lui ses illustres prédécesseurs depuis 50 an>^, et en le faisant son Vicaire Général dans l'administration de son vaste diocèse, a proclamé très solennellement que ce vénérable Prêtre a été constamment un ûdèle ministre de J.-C. et un prêtre selon le cœur de Dieu.

Enfin, le Chef de l'Eglise Catholique, notice Très-Saint-Père le Pape, Pie IX, de sainte et illustre mémoire, a daigné lui aussi reconnaître l«s nombreux services rendus à l'Eglise du Canada par ce digne prêtre, en lui donnant rang dans la famille pontificale, et en lui conférant le titre de Prélat romain !

Mais en dehors de cette enceinte, à quelques pas de cette basilique, sur les hauteurs de Québec, s'élève un monument qui redira aux générations à venir le zèle et la charité de deux prêtres véritablement dignes du nom de bons pasteurs. Leurs noms demeureront inscrits dans la fondation et le développement de celte belle institution en caractères plus précieux que l'or et plus durables que le granit, vous les avez nommés avant moi : le premier est le digne et regretté J.-B.-A. Ferland, trop tôt enlevé à la science et aux lettres, et le second est son intime ami et zélé collaborateur, Mgr C.-F. Cazeau dont nous célébrons en ce jour le jubilé sacerdotal. L'un a planté, l'autre a arrosé, et nous voyons avec bonheur quel accroissement merveilleux Dieu a donné à cette ceuvre destinée au soulagement de toutes les misères qui assiègent notre pauvre humanité, et dans laquelle les malheureuses brebis égarées, ramenées au bercail par le Bon-Pasteur, trouvent un asile sûr contre les dangers de ce monde pervers. C'est donc avec beaucoup de raison que l'on a donné à cette institution bénie le nom si consolant d'Asile du Bon-l'asteur.

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Mais assez sur ce sujet si délicat, et pardonnez, Monseigneur, ce coup d'oeil rétrospectif sur votre longue carrière sacerdotale. Je ne veux pas davantage faire violence à voire modestie, en ne redisant pourtant que des choses connues de tout le monde et qui entrent déjà dans le domaine de l'histoire religieuse de ce pays. D'ailleurs, je sais que votre humilité comprend dans quel sens je le dis.

Bien des fois vous avez répété : Non nobis, Domine, non nabis ; sed nomini tuo da gloriam. « Non, Seigneur, non, la gloire du bien que vous avez daigné opérer par notre ministère, ne nous revient pas ; mais elle revient tout entière à votre Saint Nom. » Par nous-mêmes, nous ne pouvons rien, mais nous pouvons tout en Celui qui nous fortifie, si nous sommes fidèles à sa grâce 1 II se plaît à choisir ce qu'il y a de plus faible aux yeux du monde pour confondre les sages et les forts de ce monde.

Regardez donc l'avenir avec confiance, et que le Seigneur exauce aujourd'hui les vœux sincères de vos nombreux amis et enfants spirituels; qu'il vous conserve encore pendant de nombreuses années à leur affec- 4ioD, et vous conserve la force de porter encore longtemps le poids du jour et de la chaleur. Quand approchera l'heure du départ, dites avec confiance ces paroles du grand Ap(Mre saint Paul : a J'ai combattu le bon combat ; je touche à la fin de ma carrière ; j'ai conservé la foi : il ne me reste plus qu'à attendre la couronne de justice que le juste Juge m'accordera, je l'espère, au jour où il m'appellera à lui » !

Et toi. Peuple canadien, puisses-tu comprendre toujours, comme tu le fais aujourd'hui, les bienfaits sans nombre que le Seigneur te procure par le ministère de ses prêtres ; puisses-tu les reconnaître toujours comme tes pères dans la foi, tes guides dans les sentiers, par temps si difficiles de la vie, et leur rendre constamment, l'amour, le respect et la soumission que le Seigneur a prescrits. Alors tu comprendras et tu goûteras avec bonheur la vérité de ces paroles d'un homme inspiré qui a été à la fois, un grand roi, un grand prophète et un grand saint : « Le peuple véritablement heureux est celui qui a le Seigneur pour Dieu w. Beatus populus, cujus Dominus Deus ejus (Ps. 143, V, 15).

C'est la grâce que je vous souhaite de tout mon cœur. Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soil-il.

DISCOURS DE MGR L.-F. LAFLECHE

ÉVÉQUE DBS TROIS-RIViÈRIfS, A l'unIVERSITÉ-LAVAL, LORS DU PREMIER CONGRÈS CATHOLIQUE

24 juin 1880.

En 1880, les 25, 26 et 27 juin, la célébration solennelle de la fête nationale des Canadiens-Français à Québec, fournit au Cercle Catbolique de cette ville l'occasion de réunir en Congrès sous la présidence d'honneur de l'archevêque E. Taschereau, les Sociétés sœurs et les Cercles affiliés de la Confédération du Canada et des Etats-Unis d'Amérique.

Ces associations, avec l'aide des évêques de la province, voulaient ainsr offrir aux œuvres catholiques l'occasion de s'affirmer davantage, de faire connaître leur situation et les moyens d'étendre leur action bienfaisante.

Mgr L.-F. Laflèche encouragea ce projet, aida à le .faire aboutir et prit enfin une part active à ces travaux.

Le 26 juin, 2* journée du Congrès, succédant àM. Gédéou Ouimet, qui avait traité de l'Eglise et de l'Etat dans l'Enseignement, Mgr L.-F. Laflèch» parla « de l'Eglise et de la Liberté » en ces termes :

Monseigneur (1), Mesdames, et Messieurs, I.En me rendant aujourd'hui àrinvilation qui m'a été faite de prendre la parole en celte circonstance solennelle, j'éprouve une émotion inac» coulumée, je me sens un peu comme le poisson hors de son élément. Habitué à l'autorité de la parole qui tombe du haut de la chaire chrétienne, je ne me sens point appuyé ici de la force de Celui qui a dit à ses envoyés : « Allez, enseignez toutes les nations... Qui vous écoule, m'écoute ».Ce n'est point comme évéque, ni en qualité de pasteur de

(1) Mgr Taschereau.

PREMIER CONGRÈS CATUOLIQUE 157

l'Eglise, que je parle en ce moment ; voilà pourquoi le sentiment de ma faiblesse m'intimide plus qu'à l'ordinaire.

Cependant, en jetant un coup d'oeil sur l'enceinte qui nous réunit, aur l'auditoire sympathique qui m'écoute, je m'aper(.rois que je ne suis point en pays tout à fait étranger à mes habitudes, je me retrouve un peu dans mon élément. En effet, si ma parole ne tombe point du haut de la chaire où s'enseigne la science divine, elle se fait entendre au moins dans le sanctuaire où s'enseigne la science humaine en harmonie avec la science divine : cartel est bien le caractère fondamental de toute université catholique, en particulier de l'Universilé-Laval, née sous l'inspiration de l'Eglise, confiée à la direction de ses prêtres, et protégée par la haute surveillance de ses évoques. C'est dans celte enceinte bénie que viennent se former les jeunes générations qui auront bientôt à prendre part aux luttes de la vie dans les diverses professions auxquelles les appelle la divine Providence. C'est ici qu'elles viennent apprendre à se servir des armes puissantes de la science et de la vertu pour s'enrôler dans la grande armée qui a pour mission de défendre la vérité contre l'erreur, le bien contre le mal, la liberté contre l'esclavage, en un mot de faire prévaloir ici-bas le règne de Dieu contre la tyrannie de Satan.

Tous les enfants de l'Eglise sont soldats de cette grande armée, et doivent nécessairement prendre part à la lutte, chacun au poste où l'a placé la Providence. Plus heureux que le soldat ordinaire, la victoire lui est assurée, s'il fait son devoir, la couronne étant promise à celui qui aura combattu légitimement.

Dans l'auditoire sympathique qui m'écoute, je vois d'abord les nobles représentants de la vieille France, telle qu'elle était au temps où elle «nvoyait ses hardis explorateurs à la découverte de nouveaux royaumes, pour y étendre le règne de Jésus-Christ, et où quelques-uns de ses plus courageux enfants vinrent arborer l'étendard de la croix et de la véritable civilisation dans la vallée du grand fleuve qu'ils ont si heureusement baptisé du beau nom de Saint-Laurent : nom prophétique de la victoire que la civilisation chrétienne devait y remporter sur la barbarie sauvage qui l'habitait alors.

Soyez les bienvenus. Messieurs, vous êtes nos frères, nous parlons •encore la belle langue de nos mères, et dans la grande épreuve que traverse l'Eglise dans votre illustre patrie, vous avez conservé la foi vive de nos pères. Visitez nos familles canadiennes, et vous y retrouverez, j'en ai la conviction, ces moeurs douces et polies que nous a léguées la

France chrétienne du siècle de Louis XIV.- La franche el cordiale hospitalité que vous recevrez dans ces familles patriarcales du Canada, vous fera connaître la religieuse fidélité avec laquelle notre petit peuple a conservé les saintes et chrétiennes traditions que lui avait léguées la fille atnée de l'Eglise.

Je vois également ici les membres du Cercle catholique de Québec, formé sous les auspices de l'autorité religieuse, et qui a déjà reçu avec la bénédiction du Vicaire de Jésus-Christ plusieurs faveurs insignes comme récompense de son zèle à propager et à défendre la vérité catholique.

Merci, Messieurs, de la bonne pensée que vous avez eue de donner à notre fête nationale son véritable caractère, par la convocation de ce Congrès catholique. Tout le monde sait que la foi catholique est l'un des éléments constitutifs de la nationalité des Canadiens français. 11 était très important de l'affirmer dans cette grande manifestation de notre vie nationale. Sans aucun doute, tous les citoyens distingués que vous avez invités à prendre part à cette réunion fraternelle, partagent vos sentiments d'amour pour la vérité, de dévouement à la cause sacrée de l'Eglise notre mère commune et d'attachement inébranlable à notre chère patrie.

Je puis donc dire avec vérité en m'identifiant avec cet auditoire distingué que nous n'avons tous qu'un cœur et qu'une âme : « Cor umim et anima una. «

II. La bienveillance et la sympathie de tous m'est assurée, quand je viens leur parler de ce qui a fait l'honneur de l'Eglise dans sa longue marche à travers les siècles, de ce qui a procuré la paix et la prospérité aux peuples dociles à ses enseignements ; je veux dire la liberté.

Oui, Messieurs, c'est de la liberté dans ses rapports avec l'Eglise que je viens vous entretenir quelques instants ce soir : de ce don par excellence que le Créateur a fait à ses anges dans le ciel, et à l'homme sur la terre. Ce privilège essentiel aux créatures douées d'intelligence et de volonté, leur donne le moyen d'atteindre leur fin el d'arriver au véritable bonheur, si elles en font un légitime usage, mais aussi leur laisse la terrible alternative de la souffrance et du malheur si elles en abusent.

Ce n'est pas seulement l'homme isolé et pris individuellement que Dieu a élevé à la dignité d'être libre ; c'est aussi l'homme pris collectivement et formant la personne moraleque l'on appelle la société, qu'il a doué de ce noble privilège. La liberté est la pierre fondamentale sur

laquelle repose nécessairement le bonheur de la famille, de l'état et de I l'Eglise.

En dehors de Fa liberté, je ne vois que l'esclavage, el avec l'esclavage, la dégradation et l'abrutissement. « Dépouillez l'homme de sa liberté, « a dit le grand philosophe San-Severino, c'est lui ravir sa famille, sa « patrie, sa religion, c'est l'égaler en tout à la brute. »

Il n'est donc pas étonnant que ce mot fasse vibrer dans toute \eur force les ressorts les plus puissants et les fibres les plus intimes du cœur humain, puisque la liberté tient à la nature même de son être. Le Docteur angélifjue dit en effet que« tout être doué d'intelligence el de vo- « lonté est nécessairement libre». Dieu a créé l'homme ici-bas pour être heureux, mais il a voulu qu'il le fût librement, la première loi de sa nature est le désir du bonheur.

Mais le Créateur a voulu que l'homme marchât librement ves la réalisation de ce désir, et qu'il arrivât à ce bonheur par le bon usage de sa liberté.

Il est donc bien important, en parlant de liberté, de donner avant tout, une notion exacte de cette puissance merveilleuse dont le seul nom soulève les masses populaires, comme le vent soulève les flots de la mer. Il est facile de comprendre quels désastres pourrait entraîner la moindre erreur sur ce point capital, puisque de celte connaissante exacte de la liberté, dépend la direction qu'il faut donner à cette puissance irrésistible pour conduire l'homme et la société au bonheur ou à l'abîme. Cette connaissance est d'autant plus nécessaire dans les jours mauvais que nous traversons, que des hommes égarés ou pervers font plus d'elïorls pour l'obscurcir et la fausser dans l'esprit des populations.

Qui peut dire aujourd'hui le nombre de ceux qui confondent la liberté avec la licence, et qui proclament bien haut que la liberté implique le droit de faire le mal, comme le droit de faire le bien, qui mettent sur un pied d'égalité la vérité et l'erreur?

Hélas! ces hommes aveugles confondent ainsi la lumière avec les ténèbres ; l'usage légitime d'une chose excellente, avec l'abus de cette même chose. La liberté véritable el bien comprise, c'est le vent favorable qui pousse sûrement le vaisseau vers le port sous la direction de la boussole. La licence, au contraire, c'est la tempête qui l'emporte sans boussole sur les récifs où un naufrage certain l'attend. La liberté et la licence sont les pôles opposés du monde moral, le premier conduit l'homme au Ciel, le second l'achemine vers l'enfer, L'Eglise en nous

donnant avec une certitude infaillible la véritable notion de la liberté, et en nous traçant de même la limite où s'arrête son domaine, et où commence le domaine de la licence, a rendu et rend encore tous les jours un insigne service à l'homme et à la société.

V^oici comment elle expose cetle doctrine par l'un de ses plus grands docteurs. « C'est la fin dernière d'un être raisonnable, individuel ou collectif, dit saint Thomas, qui détermine en fait de liberté, et l'usage légitime, et l'abus qui est toujours coupable. »

Ainsi la fin de l'homme, de la famille, de la société étant le bonheur auquel le créateur veut les conduire librement, il s'en suit que tout ce qui tend à cette fin et les en approche, est du domaine de la liberté : et que tout ce qui s'y oppose ou en détourne, est du domaine de la licence, et constitue l'abus de la liberté.

La liberté, la seule vraie liberté, est donc le pouvoir que possède un être raisonnable de marcher vers sa fin, de l'atteindre, et d'user sans obstacles de tous les moyens qui peuvent l'aider à y parvenir.

Saint Anselme la définit encore plus clairement en deux mots : « La « liberté, dit ce grand docteur de l'Eglise, la liberté, c'est le pouvoir de « faire le bien »,

Le pieux et savant Mgr de Ségur enseigne la môme doctrine en disant que : « La liberté est la puissance que possède un être d'ac- « complir pleinement et en toutes choses la très sainte volonté de Dieu ».

Cette notion de la liberté, si claire et si précise, donnée par les plus grands docteurs et les plus beaux génies dont s'honore l'humanité, nous montre clairement que le pouvoir de faire le mal n'appartient nullement à l'essence de la liberté, ce n'est au contraire qu'un défaut de liberté.

a Le pouvoir de faire le mal, dit saint Anselme, n'est ni la liberté, ni <( une partie de la liberté. »

« Il faut, dit saint Thomas, raisonner du libre arbitre comme de l'en- « tendement : le libre arbitre ou la liberté, choisit parmi les actes qui « se rapportent à la fin ; l'entendement tire les conclusions des principes. « Que si en tirant une conclusion, l'entendement se trompe, c'est une « imperfection, une faiblesse de sa part. De niéme, si le libre arbitre « se trompe en faisant un choix contraire à la fin dernière de l'homme, a ce n'est pas une perfection mais une faiblesse et un défaut. De là il « résulte que la liberté est plus grande dans les anges qui ne peuvent € pas pécher, qu'en nous qui pouvons pécher. »

l'RKMlER CONGRÈS CATUOLlQUE 16i

L'ange de l'école enseigne donc que la liberté est le pouvoir de faire le bien, comme l'entendement est la faculté de connaître le vrai.

La possibilité de faire le mal n'est donc pas |)liis de l'essence de la liberté, que la possibilité de se tromper, n'est de l'essence de l'entendement,, que la possibilité d'être malade, n'est de l'essence de la santé. Etre pecoable est donc un défaut dans la liberté, comme être faillible est un défaut dans l'entendeuient, et être maladif un défaut dans la santé.

Non, Messieurs, personne n'a le droit d'entrer dans les voies de l'erreur, et de faire le mal ; pas plus la société que l'individu. Celui qui le fait, entre dans le cbemin qui conduit à l'esclavage. La liberté, c'est la vérité, le bien, l'ordre, la paix et le bonheur. La licence, ou l'abus de la liberté, c'est l'erreur, le mal, le désordre, la ruine, l'esclavage et la mort.

111. La première condition nécessaire à l'exercice de la liberté, est la connaissance de la vérité. La liberté de l'homme est d'autant plus parfaite qu'il voit plus clairement la vérité : comme aussi elle diminue en proportion des ténèbres que l'erreur répand dans son intelligence. « Vous connaîtrez la vérité, dit le Libérateur du genre humain, et la vérité vous donnera la liberté. » L'essence de la liberté, dit le prince des philosophes, saint Thomas, dépend entièrement de la mesure de notre connaissance. » H s'en suit donc que les peuples qui auront le mieux connu et accepté la vérité, seront ceux qui auront joui de la plus grande et de la plus véritable liberté ; et par contre, que ceux où l'erreur aura été la plus profonde, auront aussi été les peuples que l'esclavage aura le plus dégradés et abrutis.

En conséquence, Dieu (jui veut conduire l'homme et la société au bonheur par la liberté, leur a donné un moyen facile et infaillible de reconnaître la vérité. Le Sauveur venu pour éclairer les hommes plongés dans les ténèbres et assis à l'ombre de la mort, et les délivrer du terrible esclavage dans lequel les avaient réduits les monstrueuses erreurs du paganisme, a institué son Eglise en la fondant sur le roc inébranlable de l'éternelle vérité et l'a chargée d'enseigner la science du sahit social aussi bien que celle du salut individuel, à toutes les nations, jusqu'aux extrémités de la terre, et jusqu'à la fin des temps. Pour cela, il l'a revêtue d'une autorité inconnue jusque-là dans le monde. La puissance qui lui avait clé donnée dans le ciel et sur la terre, il l'a déléguée à son Eglise, et il a enjoint à tous les hommes sans exception de se soumettre à celte autorité dans tout ce qui touche

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à l'enseignement de la vérité et à la direction des consciences. Rois et peuples sont obligés comme le plus humble des enfants d'Adam, d'accepter cet enseignement et de se soumettre à cette autorité.

Mais, dira-t on. que devient la liberté des sociétés humaines en présence de cette autorité ?

Ce que devient la liberté des sociétés humaines, messieurs, en présence de cette autorité divine incarnée dans l'Eglise?

Elle devient ce qu'elle doit être; elle devient la véritable liberté ; la liberté des enfants de Dieu qui les composent. Elles obéissent librement et avec bonheur au meilleur de tous les pères qui ne leur défend que ce qui peut les conduire à l'esclavage et les rendre malheureuses ; et qui ne leur prescrit que ce qui doit les conduire au bonheur dans la plénitude de la liberté, leur laissant le choix des moyens à prendre pour y parvenir.

Non, la société des enfants de Dieu obéissant fidèlement à cette suprême et -paternelle autorité n'aura plus à subir le despotisme des Césars et la tyrannie des Brutus, ou ce qui est pis, le despotisme de l'état athée, c'est-à-dire, sans Dieu, et la tyrannie de la démagogie révolutionnaire. Les Césars eux-mêmes et tous les potentats monarchiques ou républicains apprendront d'elle que l'autorité dont ils sont revêtus vient de Dieu et qu'ils n'auraient aucun pouvoir, s'il ne leur eût été donné d'en haut. L'Eglise leur enseignera que le glaive dont ils sont armés ne leur a été donné que pour la défense du bien, et la répression du mal, pour la protection des bons contre les méchants; maïs jamais pour opprimer ceux que la Providence a soumis à leur autorité.

i\on, le Créateur n'a point établi l'autorité dans le monde pour gêner la liberté, encore moins pour l'opprimer, mais bien pour la diriger sûrement et la protéger contre les mille dangers qui l'environnent de toutes parts et la menacent sans cesse.

Non, Messieurs, l'autorité du Pontife dans l'Eglise et celle du Souverain dans l'état, ne gêne nullement la liberté de l'homme et de la société ; pas [dus que l'autorité de la boussole et celle du pilote ne gène la liberté du navire qu'ils conduisent sûrement au port! L'enseignement du Pontife romain dans le monde est la boussole des sociétés humaines : les chefs des nations, empereurs, rois, ou piésidents en sont les pilotes. C'est en consultant au besoin cette boussole encore plus mystérieuse que celles qui dirigent les vaisseaux sur l'immensité des mers, et en suivant fidèlement sa direction, qu'ils réussiront à conduire les peuples, qui leur sont confiés, à la paix, à la prospérité et au bonheur.

PRIiMIER CONGRÈS CATHOLIQUE 163

C'est à celte condition qu'ils pourront éviter les écueils formidables sur lesquels les pousse la tempête révolutionnaire qui souflle partout en ce moment, et qui a déjà renversé tant de trônes, englouti tant de dynasties, répandu tant de sang-.

IV. Mais j'entends ici de nombreuses \ oix s'élever de toutes parts et faire de bruyantes réclamations en faveur de k liberté et de l'indépendance absolue de l'état et de son chef ! On va peut-être m'accuser de vouloir le rétablissement de la théocratie du Moyen Age, voire même le rétablissement du pouvoir papal, de déposer les rois el les empereurs 1 Rassurez-vous, Messieurs, la liberté de l'état et de son chef, n'a rien à craindre de celui qui a pour mission de faire connaître et respecter la loi de Dieu, et par conséquent de sauvegarder la liberté des peuples et de leurs souverains.

L'Histoire est là pour nous dire que la véritable liberté a touiours disparu du monde à l'avènement de l'omnipotence humaine, qui dans les temps anciens^a trouvé sa réalisation la plus complète dans le despotisme brutal el sanguinaire de l'empire romain. li y a eu dans ces temps comme aujourd'hui, des peuples arrivés à un haut degré de civilisation. Les arts, les lettres, les sciences étaient arrivés à leur apogée. La Grèce et Rome avaient des législateurs, des capitaines, des conquérants illuslres ; des artistes, des poètes, des orateurs, des philosophes devant lesquels de nombreux collégiens se pâment encore aujourd'hui d'admiration. A côté de ces brillantes civilisations, il y avait ce que l'on appelait les barbares qui avaient aussi leur organisation sociale plus ou moins avancée et qui n'avaient guère d'autre code de législation que celui du glaive ! Le despotisme monarchique de ces antiques civilisations avait son contre-poids dans le despotisme anarchique qui assassinait régulièrement les princes dont la tyrannie était devenue intolérable.

Dans ces heureux temps du règne de la force brutale, (rs neuf dixièmes des populations étaient détenues dans le plus cruel et le plus dégradant esclavage : il n'y avait pas de place au soleil pour les adorateurs du vrai Dieu, lequel était inconnu de ces sociétés despotiques. La liberté, la vraie liberté était descendue dans les catacombes avec les chrétiens.

La même Histoire nous apprend qu'après une lutte trois fois séculaire, et des torrents de sang chrétien versé, l'Eglise réussit enfin à briser ce joug de fer qui opprimait les nations, et sortit triomphante 4es catacombes avec la véritable liberté. Sous la paternelle direction

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des Papes, l'esclavage s'est adouci j>eii à peu ainsi que la barbarie des peuples du Nord,

Après avoir exécuté les jugements de Dieu sur l'ennpire romain et vengé le sang des martyrs, ces peuples ont été donnés en héritage à l'Eglise qui les a accueillis avec une tendresse véritablement maternelle. La Papauté avec ses évêques et ses moines les a civilisés graduellement et dotés de la liberté sociale en leur apprenant à respecter dans leurs souverains les représentants de Dieu et les dépositaires de son autorité. Ces souverains apprenaient en inénie temps que le pouvoir dont ils étaient investis leur était donné pour le bien de leurs peuples, et qu'ils devaient los gouverner conformément à la loi de Dieu. C'est ainsi que les Papes ont fait l'éducation sociale de ces peuples barbares qui sont devenus les nations modernes de l'Europe si supérieures â tous les peuples qui n'ont pas encore rej'senli le souffle vivifiant de l'Eglise, et qui sont demeurés dans les ténèbres et a*sis à l'ombre de la mort.

V. Voilà, Messieurs, ce qu'a produit la théocratie du Moyen Age, que les ennemis de l'Eglise et du Pape ont si injustement calomnié, et que tant de catholiijues, fort instruits d'ailleurs, connaissent si mal.

Je le répète sans craiwte ; la liberté de l'élat et de son chef n'a rien à craindre de la bienfaisante influence du Pontife romain sur la société civile. Là n'est point le danger. Tout homme sincère qui étudiera de bonne foi cette grave question s'en convaincra facilement.

Le pouvoir de déposer les souverains prévaricateurs, ou tyrans, ou oppresseurs de leurs peuples, a toujours existé et il existera toujours. Les despotes monarchiques ou républicains peuvent en prendre leur parti, il faudra bon gré malgré en subir les sentences, car ils seront toujours justiciables du tribunal où s'exercera ce pouvoir contre lequel il n'y a j)as de résistance possible. Ce pouvoir a sa source en Dieu luimême qui juge les rois et les peuples, les élève ou les abaisse selon qu'ils le méritent.

Dans sa miséricorde, il a confié l'exercice de ce pouvoir redoutable au tribunal paternel el miséricordienx de la Papauté; c'est là que les peuples chrétiens maltraités, quelquefois tyrannisés par des despotes qui avaient perdu toute crainte du Seigneur et de sa justice, «liaient porter leur plainte. Toujours le respect dû à l'autorité et les droit-^ de la souveraineté y étaient l'errnemi'nt maintenus. Mais les actes tyranniques, la spoliation el l'uppression des faibles et des petits par les j.otentats sans foi ni loi, y étaient appréciés et jugés impartialement, et la foi vive de ces peuples leur faisait exécuter la sentence dans laquelle

la justice était presque toujours tempérée par une grande miséricorde. Dans les cas extrêmes, et quand le mal ne comportait plus d'autre remède, la sentence de déposition était [)rononcée contre le souverain prévaricateur et incorrigible, au nom de Dieu, juge suprême des rois el des peuples, et en vertu du pouvoir régulièrement délégué au Père commun des chrétiens.

Voilà ce qu'était ce pouvoir papal de la déposition des rois et des empereurs, contre lequel l'ignorance, la mauvaise foi, el surtout la haine du Seigneur et de son Christ ont déversé tant de mensonges et amoncelé tant d« calomnies. Les peuples trompés par ces oppressetirs de l'humanité ont cessé de recourir k cet auguste tribunal, el les souverains eux-mêmes, séduits par l'espoir d'une indépendance absolue, et sans contrôle aucun, s'en sont applaudis comme d'une précieuse victoire ! Mais celui qui habile dans les cieux a ri de leur lolie el s'est moqué de leurs projets insensés. Au tribunal paternel de la papauté, il a substitué le tribunal sans entrailles de la révolution, qui, depuis plus d'un siècle, siège en permanence dans les ténèbres des loges maçonniques. C'est là que les souverains à tous les degrés et les hommes d'ordre de tous les pays qui ne gouvernent pas au gré de ces maçons démolisseurs et surtout qui ne travaillent pas avec assez d'ardeur au renversement de l'Eglise el de l'ordre social chrétien, sont accusés, jugés, condamnés sans être entendus et sans appel. La sentence portée par ce tribunal infernal doit être exécutée sans miséricorde, et sous peine de mort par (|uelques s^éïdes de ces sociétés ténébreuses qui aujourd'hui font trembler l'Europe, et ont mis l'assassinat des souverains à l'ordre du jour.

Et maintenant, peuples et rois, comprenez, el voyez de quel cùlé se trouve la liberté, le pouvoir de faire le bien sans obstacles et de conduire la société à la paix el au bonheur? Si c'est du côté de l'Eglise ou du côté de la révolution !

Vl. Quant à l'indépendance absolue de l'Etat et de son souverain, elle n'a jamais existé et elle n'existera jamais, c'est un leurre dont se servent les démagogues et les despotes pour tromper les peuples qu'ils veulent opprimer en substituant leurs caprices el leur tyrannie aux éternelles lois de la justice el de l'équité. Seules ces lois peuvent donner la paix et la prospérité aux nations en leur assurant la liberté. C'est ce que proclamait le Roi Prophète, il y a trois mille ans : « La justice et

« la paix se sont embrassées c'est la justice qui élève les nations et

« c'est le péché qui rend les peuples misérables » ! Non, jamais les na-

tiens, ni leur chef ne pourront se soustraire au souverain domaine du Dieu qui les a créées, et sortir de sa dépendance. C'est par lui que le» rois régnent et que les législateurs font dps lois justes. C'est par lui que les princes commandent et que ceux qui ont la puissance en main rendent la justice. C'est lui qui juge les souverains prévaricateurs et condamne les peuples coupables ! Que sont devenus les immondes Chananéens et les Juifs déicides qui leur avaient été substitués dans la Terre Promise? Que sont devenus les Grecs orgueilleux pour qui le» autres nations n'étaient que des barbares? Et les fiers Romains qui avaient étendu leur joug de fer sur le monde d'alors? Demandez-le à l'histoire et elle vous dira comment le Seigneur les a jugées, punies et dispersées aux quatre vents du cjel.

C'est aussi le Seigneur qui écrit la sentence de l'impie Balthazar à Babylone, et rejette le prévaricateur Saiil, en Judée. L'apostat Julien tombé sous la flèche d'un soldat persan confesse en blasphémant cette puissance suprême du Christ sur les rois : a Tu as vaincu, Galiléen » ! Le plus puissant monarque des temps modernes. Napoléon \", n'est-il pas aussi, lui, un exemple frappant de la puissance que Dieu exene sur ces souverains prévaricateurs condamnés et rejelés de Dieu ? Il en éfait venu à croire qu'un potentat qui avait à son service une nrmée de cinq cent mille hommes commandés par un gf'nie comme le sien, pouvait impunément taire la guerre à l'Eglise, et se moquer de l'excommunication du Souverain Pontife. Il avait dit dans son orgueil en apprenant l'excommunication dont il était frappé : « Que prétend le pape avec son excommunication ? pense-t-il/"où'e tomber les armes des mains de mes soldats » ? Le Dieu qui jugf> les ])otentats se chargea lui-même de la réponse à ce blasphème et la lui donna dans la désastreuse campagne de Russie. La voici, telle que l'ont rapportée des témoins oculaires : « Ces vaillants soldats de la grande armée ne jetèrent point leurs armes, mais le froid et la faim les leur arrachèrent des mains ! » Le grand capitaine de son côté avait été véritablement fra])pé d'un esprit de verlige.

C'est donc on vain que les nations frémissent et que les peuples forme.Mt des projets insensés; c'est en vainque les rois forment des complots, et le^ princes des alliances contre le Seigneur et contre son Christ ; c'est en vain qu'ils veulent briser les liens qui les rattachent à Dieu et secouer le joug de sn loi sainte, c'est en vain qu'ils veulent chasser Dieu do la société, constituer des états sans Dieu, ou ce qui est la même chosn, séparer l'Fglise de l'Etat! Celui qui habite dans le*

cieux se rira et se moquera d'eux : il leur parlera dans sa colère, et les confondra dans sa fureur, en renversant tous leurs projets impies et en les faisant disparaître Hu milieu des nations. Tel est renseignement des Livres saints, de la véridique histoire et de la saine raison.

Les partisans de l'Etat sans Dieu, ou ce qui est tout un, de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, peuvent en prendre leur parti, (/est le Soigneur qui est le maître des peuples et des rois, et il continuera de l'être malgré leurs révoltes insensées.

VIL H est un fait universel et constant, qtie Ton retrouve chez tous les peuples et dans tous les temps, c'est que les sociétés naissent, vivent et meurent sous l'action de trois forces. La force morale, la force physique et la force révolutionnaire. Ces trois forces s'incarnent dans trois hommes, le prêtre, le soldat et le communard, et ces trois hommes reçoivent l'investiture, l'exercice et la direction de ces forces de trois souverains : le Pape, le Roi et le Chef occulte de quelque société secrète. Ce fait universel et constant ne dépend pas de la volonté de l'homme, mais il tient à la nature môme de la société humaine et par conséquent il faut en chercher la cause et l'explication dans l'auteur même de la société, dans la volonté du Créateur qui a voulu que l'homme créé à son image et à sa ressemblance vécut en société pour atteindre plus facilement sa fin.

Or, si l'on remonte à l'origine, et .«i l'on recherche le fondement de toute société, on y trouvera toujours un acte religieux, sans lequel la société ne peut exister. Les païens eux-mêmes reconnaissaient cette vérité et l'un de leurs philosophes disait que fonder tm Etat sans l'intervention de la religion, c était bâtir une ville dans les airs.

Quel est donc cet acte religieux que l'on retrouve à la base de toute société? Cet acte religieux, messieurs, c'est le sbrment ! Sans le serment, il n'y a pas plrs de société parmi les hommes que parmi les loups. Les révolutionnaires eux-mêmes sont forcés de rendre hommage à celte vérité. Pourquoi les serments horribles qu'ils imposent à leurs sectaires? Tout pacte social, toute constitution préparée pour régler les rapports d'hommes voulant vivre en société n'est et ne sera qu'une lettre morte, tant que le Nom de Dieu ne sera pas intervenu pour lui communiquer ce souftle de vie, cette force mystérieuse qui liera ces hommes entre eux jusque dans le plus intime de leur être et dans les plus secrets replis de leur conscience.

Comme on le voit, c'est la force morale qui crée la société, qui lui donne un point d'appui et une base inébranlable dans la conscience

168 ŒUVIIES ORATOIRES DE M^'' L\YlkCUE

humaine, c'est aussi celle force qui sera toujours son plus solide appui ; et c'est l'Eglise qui la lui fournil !

Mais Id société ainsi créée et organisée a besoin d'une direction qui la conduise sûrement vers la fin qu'elle doit atteindre. Qui va la lui donner ? C'est encore l'Eglite, Elle a reçu de Dieu mission de la conduire infailliblement en tout ce qui touche à l'ordre religieux et moral auquel tout le reste est subordonné.

La force physique vient alors en aide à l'Eglise pour mainlenir la société sur cette base et la faire progresser dans cette direction, elle écarte les obstacles qui s'opposent à sa marche et combat les ennemis qu'elle rencontre et l'aide ainsi à atteindre sa fin, et Dieu a remis celte force aux mains de l'Eiat.

De là l'union intime el nécessaire de rp]glise et de l'Etat. Du fonctionnement régulier el harmonieux de cette union résulte nécessairement la liberté et la marche progressive de la société, la paix, la prospérité et le bonheur de tous les citoyens. D'un autre côté cette union ne gêne en rien la liberté de l'Eglise, ni celle de l'Etat, mais au contraire, en assure à l'une el à l'antre la pleine jouissance et le libre exercice. En effet, l'Eglise protégée par la puiss-ance séculière peut se livrer sans obstacle au ministère sublime qui lui est confié d'enseigner les peuples et de leur apprendre leurs devoirs envers Dieu, envers leurs souverains et envers eux-mêmes. Il est facile de comprendre quel bien en résulte pour le respect et la soumission dus à l'autorité, et combien devient honorable el facile l'obéissance chez les populations qui savent que ceux qui les commandent sont les ministres de Dieu pour leur bien, et que le pouvoir dont ils sont revêtus vient de Dieu lui-même.

L'Etat, en même temps, connaît avec lerlilude l'usage qu'il doit faire de la puissance qui lui est confiée et comment il doit se servir du glaive pour faire respecter l'Eglise et la Loi de Dieu qu'Elle enseigne, protéger les bons et réprimer les méchants, et assurer ainsi l'ordre el la paix dans la société. Une des plus merveilleuses inventions des temps modernes, et qui est en voie de changer la face du monde, nous présente une iiriage sensible de la nécessité el des avantages qui résultent de l'union de l'Eglise et de l'Etal. C'est l'invenlion des chemins de fer. Voyez celte lourde locomotive , avec quelle facilité elle se meut sur les rails qui la soutiennent, et la dirigent ; avec quelle rapidité elle; emporte dans son long cortège de chars les richesses du monde entier el les voyageurs qui lui onl confié leurs personnes! Voyez avec quelle sûreté elle traverse les torrents, franchit les abtmes, contourne ou perce

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les monlagnes ! Dites-moi, messieurs, qui donne à celle merveilleuse et puiiîSante iiMcliine le moyen de dévoter ainsi l'espace el de faire disparaître ainsi les dislnnces ? Qui assure la parfaite liberté de tous ses mouvements? Qui lui permet d'utiliser ainsi au bénélice de l'homme la force irrésistible de la vapeur qui se forme dans son sein? Ne sont-ce pas les rails qui la soutiennent dans tout son parcours et la dirigent infailliblement vers le terme de sa course? Que pourrait-elle faire sans l'appui de ces rails? Se plaiiidra-t-elle de leur immobilité qui assure la rapidité de sa marche, ou dira-l-elle que leur rigidité qui l'empéche d'aller s'ellondrer dans la profondeur des abîmes, gône sa liberté? Ces rails eux-mêmes ont la solidité et l'immobilité du roc, la rectitude qui conduit infailliblement au terme du voyage par la voie la plus sûre et la i)lus courte. Sans jamais fléchir sous le pied de la lourde locomotive, sans jamais céder aux violentes secousses qui la poussent à côlé de la voie, ils la soutiennent et la dirigent inrailliblemenl depuis le commencement jusqu'à la fin de sa course.

Cette locomotive armée de l'énergie de la vapeur, c'est l'Elat armé de la puissance du glaive, ces rails solides comme le roc, droit comme la juslice, c'est l'Eglise ajipuyée sur son fondement divin et douée du privilège de l'infaillibilité. Or, n'esl-il pas évident pour tout le monde que la locomotive ne peut se mouvoir sans s'ap|)uyer sur les rails et qu'elle ne peut s'en écarter dans sa marche sans tomber dans le précipice et rouler en éclats, jusqu'au fond de l'abîme? Tel a été et tel sera toujours le sort de l'Elat qui ne s'appuiera point sur le fondement divin que lui présente l'Eglise ou qui, dans un fol orgueil voudra s'en séparer, il tombera inévitablement de précipice en précipice el se brisera dans l'abime des révolutions.

Oui, messieurs, l'union de l'Eglise et de l'Etat est aussi nécessaire à la marche progressive et au salut des sociétés, que l'union de la locomotive aux rails, l'est à la sûreté et au progrès des convois. Les hommes d'Etrtt qui prêchent aujourd'hui avec tant de zèle la séparation de l'Eglise et de l'Etat, agissent aussi sagement que feraient des ingénieursqui prétendraient que désormais les locomotives n'ont plus besoin de rails et qu'abandonnées à elles-mêmes elles fonctionneront avec plus de liberté. Quant au rapport de subordination qui résulte nécessairement de l'union de l'Eglise et de l'Etat il découle clairement de la nature même de ces deux pouvoirs. En tout ce qui touche à l'ordre religieux et moral l'Etat est soumis à l'Eglise comme les individus qui le composent ; il doit obéir à ses décisions et suivre ses directions. La puissance spiri-

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tuelle dirige les esprits vers la fin pour laquelle Dieu a créé tout homme. La puissance temporelle veille sur les corps pour en conserver la santé et la sécurité afin que l'homme puisse plus librement poursuivre sa fin dernière. Comme la fin j)our laquelle est fait le corps est subordonnée à celle pour laquelle est fait l'esprit, les puissances qui dirigent vers l'une et l'autre fin sont naturellement subordonnées l'une à l'autre dans la même proportion.

VIII. Telle est la doctrine chrétienne sur la subordination entre les deux puissances, entre le sacerdoce et l'empire, l'Eglise et l'Etat. Ce que l'âme est au corps, l'Eglise l'est à la société. Sans la justice, la morale, la religion et la vérité, la société temporelle ne serait qu'un cadavre.

Aussi lorsque Dieu établit le peuple juif dans la terre promise et le constitue comme peuple, voyons-nous que Moïse, son fidèle serviteur et par son ordre, institue les deux pouvoirs dans la personne d'Aaron et de Josué. En même temps, il règle les rapports de subordination entre ces deux puissances, en ordonnant à Jo^ué, le chef temporel de gouverner le peuple selon la loi de Dieu, et pour cela d'étudier tous les jours cette loi dont il recevra un exemplaire de la main du Grand- Prétre. Dans les cas difficiles et douteux, Josué consultera le Grand- Prêtre, qui lui-même consultera le Seigneur. Et selon que le Seigneur aura répondu au Grand-Prêtre, Josué agira et conduira le peuple.

N'est- il pas évident, Messieurs, que cet enseignement de la religion, si claii', et si conforme aux lumières de la raison et du bon sens, est en même temps pour tous les peuples la j)lus forte et la plus sûre garantie de la véritable liberté. Non, le peuple qui obéit fidèlement à la loi de Dieu, n'aura point à subir le joug humiliant et cruel du despotisine et de la tyrannie monarchique ou démagogique. Voilà pourquoi le prophète proclame heureux le peuple qui a Dieu pour maître.

Mais il y a une troisième force qui agit sur la société et dont l'action incessante est de la dissoudre et de la détruire complètement, en la soustrayant à l'action des forces qui l'ont fait naître et progresser. Celte force, c'est la révolution. Elle n'a jamais été aussi savamment et aussi puissamment organisée qu'à notre époque. Jamais elle n'a exercé une séduction aussi générale et aussi irrésistible. Comme l'esprit qui l'inspire, elle aime hs ténèbres; elle a son siège dans la |irofoudeur des loges maçonniques et des sociétés secrètes. l"llle hait souverainement la lumière, parce (jue ses œuvres sont essentiellement mauvaises. Le but suprême de ses aspirations est le renversement de l'autel et du trône.

PREMIER CONGRl^S CAÏEOLIQUE 17Î

l'asservissement, la dégradation et l'abrutissement des populations. Rameoer l'homme à l'élat d'une sauvage indépendance et l'envoyer manger le gland des forêts avec le singe qu'elle aime à lui donner pour anciMre, ou lui imposer le joug d'une autorité brutale comme au bœuf stupide a(in de le mieux exploiter, voilà pour la révolution, l'idéal de la perfection humaine. Le bonheur suprême qu'elle rêve pour l'homme est celui du cheval et du mulet 1 Sicut equns et mnlus quibus non est intellecUis . Comme le cheval et le mulet qui n'ont point d'intelligence. Tel est l'homme que rêve la révolution. Le nombre de ses dupes est incalculable, et leur aveuglement est incroyable. Elle se recrute partout. Elle pénètre dans les conseils des souverains, et elle trouve des dupes et même des complices jusqu'au pied des trônes qu'elle veut renverser 1 Et faut-il le dire, elle pénètre quelquefois dans les rangs du sanctuaire et y réalise la prophétie de Daniel, en faisant entrer l'abomination de la désolation dans le lieu saint I

Oui, Messieurs, il est inutile de se le dissimuler, les sociétés secrètes et maçonniques à notre époque, toutes reliées entre elles par une organisation ténébreuse et infernale, forment une véritable église satanique répandue dans tous les pays. Elles ont l'unité dans la haine du Seigneur et de ?ou Christ et elles lui ont juré une guerre à mort dans la personne de ses deux représentants sur la terre, le souverain spirituel et le souverain temporel. Elles ont réussi à organiser la terreur par le poignard, et à imposer à leurs infortunées dupes, le joug le plus despotique qui ait jamais dégradé l'homme ! Liés par les serments les plus terribles, les adeptes sont obligés d'obéir sous peine de mort, à des chefs absolument inconnus, et d'exécuter sans examen ni discussion les ordres qui leur sont donnés, fallût-il pour cela commettre les crimes les plus atroces, l'incendie, l'assassinat, le régicide.

Cependant cette force révolutionnaire et destructive de tout ordre social, est en la puissance du Seigneur et de son Christ. Elle lui sert à châtier et punir les rois et les peuples coupables. Quand l'autorité légitime n'a plus de prise sur eux et est impuissante à les ramener dans le ckemin du devoir et de l'obéissance, le Seigneur les abandonne au pouvoir de la révolution pour les briser comme un vase d'argile I C'est ainsi que celui qui habite dans les cieux se rit et se moque des projets insensés et des complots que forment les peuples et les princes rebelles à sa loi sainte pour secouer le joug si suave de son Eglise, joug qu'il leur a imposé pour les conduire sûrement dans le chemin de la véritable liberté et les faire arriver heureusement au bonheur.

Voilà ce que nous enseigne l'histoire parfaitement d'accord avec la révélation sur ce sujet important.

En effet, voici l'enseignement des Livrts saints >ut la royauté du Christ ; nous le trouvons résumé dans le second psaume de David :

« Le Seigneur m'a dit : « lu es mon fils, je l'ai engendré anjour- « d'hui... je le donnerai les nations en héritage et les limites de ton « empire s'étendront jusqu'aux extrémités de la terre. » « Ainsi j'ai été « établi roi sur la montagne sainte de Sion, et je dois gouverner les « peuples par les préceptes du Seigneur. »

Voilà qui est clair ! Dieu le père a donné la royauté de ce monde à son fils (inique Notre-Seigneur Jésus-Christ, parce que ce fils l'a tacheté au prix de son sang, et le père l'a ainsi établi roi de ce monde pour y faire régner la loi suprême de la vérité, de la justice et de la paix. Or le pouvoir de faire connaître et observer la loi du Seigneur, Jésus-Christ l'a délégué à son Eglise. Ce pouvoir respecté et obéi, assure le règne de la véritable liberté !

iMais le Père ajoute : « Tu les gouverneras avec un sceptre de fer ». C'est-à-dire quand les hommes résisteront à la force morale, el qu'ils refuseront d'entendre la vérité, et de se soumettre à ma loi sainte, alors tu les soumettras à un régime plus sévère, tu les gouverneras avec une verge de fer, afin de les ramener à l'obéissance et à l'observation de ma loi sainte.

Cette puissance du glaive que Jésus-Christ a reçue de son père, il la déléguée au prince temporel qu'il a élevé à la dignité de son ministre, en lui enjoignant de s'en servir pour la protection du bien et la répression des méchants.

« Et tu les briseras comme un vase d'argile », continue le Seigneur parlant toujours à son fils. C'est-à-dire, quand les hommes en vienaront à ce degré de perversité, qu'ils ne voudront plus se soumettre ni au Pontife de l'Eglise que tu as établi ton vicaire et ton représentant, ni au souverain temporel que tuas constitué ton ministre avec le pouvoir du glaive; lu les livreras au bras destructeur de la révolution, et tu les briseras comme l'on brise un vase d'argile. » Voilà exprimée ici bien clairement la puissance révolutionnaire comme relevant de l'autorité de Jésus-Christ, et faisant les fonctions de bourreau à l'égard des peuples el des souverains criminels el incorrigibles, voués à la éestruclion et à une ruine complète.

Le prophète en terminant donne cet avertissement solennel aux rois et aux puissants (|ui règlent le sort des nations : « El maintenant, 6

« rois, soyez assez intelligents pour comprendre ces choses; et vous qui « jugez la terre, instrnisez-v«us. Servez le Seigneur dans la crainte... (( et sounneltez-vous à sa loi sainte, de peur que vous ne trouviez votre '( ruine en vous écartant du sentier de la justice ».

Concluons donc, Messieurs, et reconnaissons que l'Eglise est la véritable sauvegarde de la liberlé de l'homme et de la société ; que les peuples voient infailliblement diminuer leur liberté à mesure qu'ils se soustraient à sa douce influence et à son paternel contrôle ; enfin qu'il n'y a plus de liberté pour les nations qui tombent sons le joug de fer de la révolution et que tôt ou tard, elles doivent disparaître comme société, si elles ne peuvent réussir à briser et à secouer ce joug de mort pour revenir à la liberlé des enfants de Dieu.

CONVENTIONS ET CONGRÈS DE QUÉBEC (24 à 26 JUIN 1

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