CONGRÈS DE QUÉBEC
chantes le sort Je nos pauvres compatriotes. Le sorl des Canadiens- Français aux Ktats-Unis, c'est celui de l'exilé. Ils éprouvent là les pénibles, les tristes et douloureu.K sentiments de l'exilé. Involontairement on se rappelle cette parole du roi prophète « super ftumina Babylonis illic seiimus et flevimus quum recordaremur Sion ». Nous nous sommes assis sur les bords des fleuves de Babylone et nous avons répandu des larmes. Combien de Canadiens se sont assis sur le bord des fleuves, non pas de la Babylone antique, mais de la grande république américaine, et là ont répandu des larmes amères au souvenir des joies de la patrie. Je me rappelle que quand j'étais dans l'Ouest, je chantais un jour un chant patriotique, composé par l'un de nos poètes, c'était :
Un Canadien errant, Au courant fugitif
Banni de ses foyers II adressait ces mots : Parcourait en jileurant
Des pays étranger». Si tu vois mon pays,
Mon pays mallieureux,
Un soir triste et pensif, Va dire à mes amis
Assis au bord des flots, Que je me souviens d'eux.
Et les quelques; canadiens à qui j'avais chanté ce chant de la patrie me prièrent, les yeux pleins de larmes, de leur répéter ce chant, qui, disaient-ils, leur faisait tant de bien. C'est donc un fait constaté, le sort des Canadiens des Etats-Unis, c'est le sort si triste et si douloureux de l'exilé. Nous ne pouvons pas être insensibles à leur sort. Us sont nos frères. Mais comme le mal se continue, comme la plaie de notre cher pays, ne fait qu'augmenter, notre attention doit se porter sur les causes véritables de cernai. Car ce mal doit avoir des causes, et ces causes ne doivent pas être autres que la violation de quelques grandes lois que Dieu a données aux nations pour les faire prospérer.
On a parlé ailleurs de l'économie politique, on en a dit des choses fort utiles et intéressantes. Eh bien n'est-ce pas dans quelques-unes de ces grandes lois de l'économie politique, tracées par Dieu, que se trouve la véritable cause, la source de ce mal si terrible dont soutire notre pays ? Je le crois. J'ai étudié cette question depuis plusieurs années. Et la cause véritable de rémigration, je l'ai trouvée dans k violation de ces trois lois, que l'on trouve formulées en quelques mots dans l'Evangile. Car, messieurs, l'Evangile renferme tout ce qu'il faut à l'homme pour lui procurer iiou-seulement le bonheur éternel, mais même le bonheur temporel. Or dans les premières pages de l'Es'angile, Notre-Seigneur expose en quelques mots le moyen d'arriver à ce double but : Il
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dit « Beati pnuperes » bienheureux les honimea qui savent se contenter de peu, car ils ont la véritable richesse, la richesse qui donne le bonheur véritable. Et après avoir po?é ces principes pour arriver au bonheur, il pose les règles qui doivent servir de guide à l'homme pour le conduire au ciel. Mais comme l'homme n'est pas seulement composé d'une ime, îiiais aussi d'un corps, il s'occupe de ce qui est nécessaire à son bonheur temporel, et alors que dit-il ? Ne vous inquiétez pas de ce que vous aurez à manger ni de ce que vous boirez demain. Votre père céleste sait mieux que vous ce qu'il vous faut, el il ne manquera pas de vous le donner, lui qui ne néglige rien de ce qu'il a fait. Voyez les petits oiseaux, ils ne ramassent pas, ils ne sèment pas, et cependant rien ne leur manque. Et vous, vous valez mieux que les petits oiseaux. Eh ! bien, ne vous inquiétez donc pas de ce bien de la terre, seulement cherchez avant tout le royaume de Dieu et de la juslice, et vous trouverez après cela tout ce dont vous avez besoin. Vous comprenez, mes frères, qu'en disant cela. Dieu n'a pas voulu dispenser l'homme du travail ; au contraire, il a dit que la paresse était la mère de tous les vices. Eh! bien, qu'est-ce donc que Notre-Seigneur a voulu dire par cela? Qu'est-ce donc qui doit procurer à l'homme le bonheur et l'ai^^ance temporels? Il y a trois lois qui doivent donner à l'homme l'ubondince. La première, c'est la loi du travail, la seconde, c'est la loi de l'économie, la troisième, c'est la loi deriionnételé. Ces trois lois renferment le secret de l'économie politique, le secret de la richesse des peuples.
Eh ! bien, s'esl-on soumis, comme le créateur l'a demandé, à celte loi du travail? Car il ne iaut pas l'oublier, l'homme doit travailler, Dieu ne l'a pas créé pour rien faire. Mais dans l'élat de l'innocence, ce travail était agréable. La terre avait été comblée de bénédictions par Dieu, et elle produisait en abondance tout ce qui était nécessaire à la vie et au bonheur de l'homme. Mais l'homme sfi révolte contre Dieu, il abuse de ces biens. Dieu maudil la tene, mais il ne maudit pas l'homme, car l'homme est créé à son image. Mais il maudil la terre qui a élé la cause de la chûle de l'homme. Il dit : maudil soit la terre. Elle ne produira désormais que des ronces et des épines, et l'homme mangera son pain à la sueur de son front. L'homme est donc condamné à un travail dur et pénible. Chacun de nous, quelque soit la position qu'il occupe, est condamné à travailler et doit se soumettre h cette loi du travail. Celte loi du travail l'accomplissons-nous bien ? Quel est le travail pour un canadien-français? Nos pères nous ont légué le grand