CONGRÈS DE QUÉBEC
pays (|u'arrose le St Laurent, autrefois ce pays était couvert de forêts immenses et habité par les tribus sauvages. On a essayé de les accoutumer au travail, mais on n'a pas réussi. Jamais il n'ont voulu se soumettre à cette loi du travail. J'ai longtemps cru que la paresse était un vice facile à corriger, mais mon expérience n)'a bientôt convaincu que le vice le plus difficile à déraciner dans le cœur de l'homme, c'est la paresse. Donc la première loi imposée par Dieu à l'homme, c'est celle du travail et si l'homme s'y soumet, Dieu bénira ses efforts et la terre produira en abondance le froment. Nos chers compatriotes des Etats, ont ici un sol magnifique dont la fertilité attire de tous côtés des colons étrangers. Et pendant que des pays étrangers nous arrivent des milliers de colons, les enfants de ce sol si beau, si fertile de notre cher Canada, s'en vont demander à l'étranger ce qu'un peu de travail leur donnerait ici. Pourquoi cela, parce qu'ils ne veulent pas se soumettre à l'obligation de défricher. Cette loi qui nous est faite de travailler, comment l'observons-nous? Je ne veux pas faire ici l'examen de conscience de chacun. Je laisse à chacun à le faire pour lui-même.
Il y a une quarantaine d'années, commença, comme l'a dit M.Mallet, la dernière grande émigration. Les paroisses de nos seigneuries commençaient à déborder. On se trouvait à l'étroit. Alors l'on jeta les yeux au loin et l'on aperçut deux grandes voies, l'une qui conduisait vers les Etals-Unis, qui tendaient les bras à nos pauvres enfants et les attiraient par des promesses aussi éclatantes que peu réalisables. L'autre s'enfonçait dans les bois et montrait au pauvre colon un travail constant et difficile, mais aussi après cela le bonheur et l'aisance, c'était la vie de la colonisation qni demandait du courage, mais qui aussi devait récompenser les éclats de ce courage si patriotique.
Un grand nombre de jeunes canadiens à l'âme courageuse se sont dit : notis demeurerons dans notre cher et beau pays, nous demanderons à ce sol qui nous a vu naître ce dont nous avons besoin. 11 se sont enfoncés dans la forêt, ils ont travaillé pendant de longues années, préférant se nourrir de l'herbe des champs de la patrie, que du pain de l'étranger. Et Dieu a récompen.sé leur courage. Toutes les années qui passent voient leurs champs se couvrir de riches moissons. Us ont de jolies petites maisons, de belles églises en pierre, dont la croix, à l'ombre de laquelle ils vivent dans le bonheur et l'aisance, rappelle toujours cette parole de Dieu a in hoc signo vinces». Maintenant ils sont la force de notre nation.
Mais voyons ce que sont devenus ceux qui ont préféré entrer dans la
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voie de l'émigration. Quel a été et quel sera leur sort? Leur sort dans l'avenir sera ce qu'il a été dans ie passé. Ils nous ont quittés, nos chers amis, dans l'espérance de trouver aux Etats-Unis, une vie plus facile et du pain qu'il ne leur serait pas nécessaire de gagner à la sueur de leur front. Tristes illusions, messieurs, comme vous allez le voir. Arrivés là, il leur a fallu se soumettre à la loi du travail, car, messieurs, ce n'est là une loi nécessaire, obligatoire seulement ici ; en quelqu'endroil de la terre que nous allions, nous la retrouvons et il faut s'y soumettre. 11 n'y a que les voleurs qui vivent sans se soumettre à cette loi. Et ceux>là» messieurs, la justice sait bientôt leur faire expier leurs crimes.
Notre brave colon travaille; oui, tous les jours il arrose de ses sueurs la terre qu'il cultive, mais le soir en arrivant dans sa maison il reçoit le sourire et le baiser de sa femme. Il voit se grouper autour de lui sa nombreuse famille, il est heureux et la bénédiction du ciel est sur lui, sur sa famille, sur ses champs.
Mais aux Etats, tant que le commerce fut florissant, c'est bien, on a de l'argent en quantité. L'on s'amuse. Mais un jour l'on a dit à ces canadiens : nous n'avons plus de travail à vous donner, et alors dans leur stupeur ils se soûl regardés, ils se sont dit que faire, nous n'avons pas un sou ? Il vous reste, leur a-t-on dit alors, une ressource. Faites-vous soldats, allez combattre des combats qui ne sont pas les vôtres. Ces fortunes que nous avons faites avec les sueurs de vos front.*, allez maintenant les défendre avec voire sang. Et si, messieurs, les renseignements que j'ai eus sont exacts, le nombre de nos pauvres canadiens qui se sont fait égorger dans cette guerre fratricide du Sud et du Nord pour une cause qui n'était pas la leur est de 45,000. Je comprends le noble métier du soldat. Qu'un jeune homme plein de force, se lève pour défendre le toit paternel, p"Dur protéger son vieux père et sa vieille mère, sa femme et ses enfants, je conipiendscela. C'est un sacrifice héroïque, et ce jeune homme combat pour le devoir, et en tombant, il tombe martyr du devoir, mais quel nom donner à celui qui combat pour une causequi n'est pas la sienne, el des hommes qui ne sont pas ses ennemis?
Deux courants se sont donc établis, l'un vers la colonisation, l'autre vers l'émigration. Ceux qui se sont laissés emporter par le premier, jouissent maintenant d'une aisance qui suffit à leur bonheur. Ceux que le second courant a entraînés môme aux Etats-Unis, éprouvent un sort digne de lamentations. Et en songeant à eux, l'on ne peut s'empêcher de répéter cette parole du roi prophète : « super flumina Babylonis illic sedimus et flevimus quum recordaremur Sioîi ».
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Si j'avais le temps de m'étendre plus longtemps, je vous ferais encore mieux comprendre combien Iriste est le sort de nos pauvres compatriotes volontairement exilés pour n'avoir pas voulu se soumettre à la loi du travail, qui est la première cause de l'émigration.
« Mais ne l'oublions pas, il n'y a pas que l'homme qui soit condamné au travail, il faut dire la vérité à tout le monde. Ecoutez bien, mesdames. La femme aussi bien que l'homme est condamnée au travail. Et nous trouvons cet enseignement dansle livre de la sagesse. A la fin de ce livre, Salomon fait l'tloge de la femme; forte. Et comme les paroles que je vais dire sont du Saint-Esprit, j'espère que vous les admettrez. Il dit donc de la femme : « Qui trouvera une femme forte ? » il ajoute, cette femme forte est plus rare que les pierres les plus précieuses. Ainsi donc, mesdames, dans les desseins de la Providence et d'après lui vous êtes des trésors. Vous valez mieux que l'or, que les pierreries que l'on va chercher aux extrémités des deux-mondes. Ehl bien, cette femme forte, que fait-elle donc ? Eh ! bien écoutez : le premier souci qu'elle a, c'est de « ramasser de la laine et du lait ». Elle prend la quenouille et file le lin. Et elle fait des habillements propres et chauds pour tout le monde. Ainsi on ne dépense pas un seul sou dans la maison de la femme forte pour les vêtements de la famille, de même que dans la maison de l'homme laborieux, on ne dépense pas un seul sou pour le pain. Quand une famille a tout ce qu'il lui faut pour se nourrir et se vêtir, que lui manque-t-il ? La femme forte fait aussi des rideaux et bien d'autres choses qui servent à orner une maison et que vous connaissez mieux que moi, vous, mesdames. Elle en fait plus que pour le besoin de la famille et les livre au commerce. Comme l'homme, la femme forte doit se soumettre à la loi du travail. Maintenant je me permettrai de demander à nos canadiennes : avez-vous été des femmes fortes ? Je laisse à vous le soin de répondre. Mais je n'exige pas une réponse publique.
Je connais un pays qui vous est bien cher, auquel vous avez donné bien des protestations patriotiques et qui est bien riche : la France, notre ancienne mère-pairie. Pourquoi la France est-elle si riche? c'est parce que là tout le monde se soumet à la loi du travail. Le peuple Français est peut-être le peuple le plus laborieux du monde entier. Sachons nous soumettre nous aussi à celte grande loi imposée par Dieu, et nous verrons bientôt la richesse, la prospérité régner dans notre beau ))ay8, et nous verrons ceux qui ont pu être tenté de suivre nos malheureux compatriotes aux Etats-Unis, bénir Dieu qui, pour ré-
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compense de leur travail, leur donnera la prospérité et le bonheur.
La seconde loi qui doit donner à l'homme l'abondance, c'est l'économie. Nous devons (aire de nos biens trois paris, l'une pour Dieu, l'autre pour les bonnes œuvres et les pauvres, et latroisièu)e pour nos propres besoins. Avez-vous jamais rélléchi à cela, vous, braves cultivateurs ? Sachons faire un bon usage des biens que Dieu nous donne et il nous bénira. Nous verrons la prospérité, le bonheur régner dans nos familles, nos enfanls s'élever dans la crainte de Dieu, et se soumettre à cette grande loi du travail. La loi deréconomie est-elle pratiquée parmi nous ?Ce que je vois c'est que notre pays ne produit pas les vêtements dont vous vous couvrez ?Tous les ans le pays consacre des sommes fabuleuses à faire venir de l'élranger des choses inutiles. 11 y a un abus étrange. Et ce qui frappe le plus c'est la quantité de boissons que tous les ans l'on importe de l'étranger. C'est dans la famille que devraient se faire les vêtements et non pas à l'étranger. Je ne crois pas qu'il soit un pays où l'on observe aussi mal qu'ici celle grande loi si nécessaire à la prospérité et au bonheur d'un peuple, l'économie.
Lalroisièine loi c'est celle de rhonnêleté.
C'est dans la violation de ces trois grandes lois que se trouve la cause principale de l'émigration. J'ai déjà parlé bien longtemps, je vous en demande pardon. Mais avantde terminer, laissez-moi vous indiquer quels remèdes l'on doit appliquera ce grand mal qui fait tant souffrir notre cher pays. Que nos Canadiens sachent se contenter de peu comme autrefois. Que dans nos familles l'on fabrique les vêtements nécessaires ? que l'on ne rougisse pas de se vêtir des lissus du pays. C'est à vous qui êtes placés au premier rang de la société à donner l'exemple de savoir se contenter de peu, et soyez-en sûrs, le peuple vous imitera. Le luxe dans notre pays a pris des proportions effrayantes. Et jusque dans nos paroisses les plus pauvres, on trouve des demoiselles magnidquement vêtues et des jeunes gens qui ont de belles voitures. Un premier remède, c'est donc de montrer de la modération dans le vêtement. Que l'on soit proprement mis, convenablement à sa position, et autant que po:«sible que ce soit avec des étoffes fabriquées dans notre pays. Et si l'on fait cela, sovons-en si\r8 avant longtemps ce malaise (jui nous gêne disparaîtra, et la prospérité reparaîtra. Si le bon Dieu nous a condamnés à travailler, il nous a aussi condamnés à ménager. Que de femmescoùtent cher à leur mari, elles forcent pour satisfaire leur amour de la parure à se jeter dans les dettes.
Mesdames, voulez-vous faire un marché avec moi? On vous per-
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meltrade porter de beaux chapeaux, de beaux rubans, de belles dentelles, à la condition que vous les fabriquiez vous-mêmes. Mais qu'on ne donne pas un sou dans la famille pour aller chercher cela dans les magasins. Que l'on se contente de ce que l'on a. El si l'on n'a pas assez, sachons souffrir, la soulfrance a son mérite. Ainsi donc je propose comme second remède que l'on ne s'endetle jamais pour les vêtements, le besoin sera un puissant aiguillon pour faire les choses nécessaires au vêtement. Sachons nous soumetire à ces trois lois du travail, de l'économie et de l'honnêteté. Que chacune de vos maison renferme une femme forte dont p trie l'Evangile et soyons-en sûrs, avant longtemps le bonheur, la prospérité reparaîtront au foyer de nos familles et cette grande plaie de l'émigration disparaîtra de noire cher Canada, que nous aimons tant.
L'ENCYCLIQUE a HUMANUM GENUS »
ET MANDEMENT DE m""" L.-F. LAFLÈCHK QUI LA PORTE A LA CONNAISSANCE