IV. De la religion considérée au point de vne historique
Verbum erat lux vera quœ illuminât omnem ho~
mine 01 venientem in hune munclum.
Le Verbe est la vraie lumière qui éclaire tout
homme venant en ce monde, .loan. 1, 9.
Dans notre dernière instruction, nous vous avons parlé de la religion, et nous vous en avons ntîontré la nécessité pour l'individu, pour [a société domestique et pour la société civile ; nous allons continuer aujourd'hui à vous parler de la religion, mais en la considérant sous un autre point de vue, au point de vue historique.
La religion a-t-elle toujours existé depuis qu'il y a des hommes sur la terre? Oui, mes frères : on la trouve à l'origine même de la société. Remontez tous les âges du monde, vous trouverez toujours l'homme croyant en Dieu, lui rendant un culte extérieur, lui offrant des sacrifices pour reconnaître son souverain domaine sur toute chose.
L'histoire constate ce fait, mes frères; et ici je puis rendre témoignage personnellement, pour ce qui regarde certains peuples du nord de l'Amérique. J'ai été appelé à évangéliser des peuples qui n'avaient pas encore reçu les lumières de la civilisation ; ces peuples comptaient parmi les plus arriérés ; on les considérait comme descendus au niveau de la brute : eh bien I sous le rapport religieux, j'ai trouvé ces peuples sauvages bien supérieurs aux peuples de l'antiquité païenne, tels que l'histoire nous les fait connaître.
Vous savez qu'il y eut autrefois des peuples très avancés dans la civilisation ; les Grecs se sont distingués dans les beaux-arts et dans les lettres ; ils ont produit des chef-d'œuvres de poésie, d'éloquence et de philosophie qu'on étudie encore aujourd'hui et qu'on admirera toujours ; les Romains avaient étendu leur domination sur toute la terre connue alors, et ils ont produit dans tous les genres des hommes remarquables, que l'histoire propose à notre admiration. Les Egyptiens étaient très avancés dans les sciences, et comptaient parn)i les peuples les plus prospères, à cause de la sagesse de leur législation. Voilà (avec les Assyriens, les Mèdes et les Perses) les peuples les plus en vue de toute l'antiqnilé : or, tous ces peuples croyaient à la divinité : ils honoraient Dieu ou des dieux ; car il faut bien distinguer entre Terreur sur la nature de Dieu et l'erreur sur la nécessité de la religion. Et,
LA KELIGION DANS l.'llISTOIBE 255
pour terminer le tableau, le peuple Hébreu croyait au seul vrai Dieu^ créateur du ciel et de la terre.
Les peuples anciens ont eu des législateurs en différents temps, des hommes qui ont rédigé des codes de lois plus ou moins ])arfails : tous ces législateurs donnaient leurs lois au nom de la divinité.
Prenons le pins ancien de tous les législateurs, Moïse : il a fait pour ie peuple Hébreu des lois qui venaient directement de Dieu. Elles étaient inscrites sur deux tables de pierre, dont Tune contenait trois commandements et l'autre sept. Les trois premiers commandements regardaient uniquement les rapports de l'homme avec Dieu. Le premier était ainsi conçu : Je suù le Seigneur volve Dieu ; c''est moi qui vous ai tiré de la terre d*Egypte et de la maison de servitude. Vous 71 aurez pas d'autre dieu que moi. Vous 7ie ferez point d'idoles, ni d'images de ce qui est au ciel, sur la terre et dans la mer. Vous ne les adorerez point. Ou, selon la traduction donnée par nos ancêtres: Un senl Dieu tu adoreras Et aimeras parfaitement.
Moïse rend témoignage à la divinité dans sa première loi ; il reconnaît un seul Dieu, contre le polythéisme des Egyptiens ; il défend d'adorer les créatures, mais c'est pour réserver ce culte au Dieu créateur. Il faudra l'aimer et le servir ce Dieu unique, à qui le peuple devait sa protection et sa délivrance. Moïse montre donc en tète du Déc&logue la fin véritable de l'homme, qui est de connaître, d'aimer et de servir Dieu.
Dans le premier précepte il s'agit surtout du culte intérieur, que nous rendons au-dedans de nous-même ; dans le deuxième et le troisième il va s'agir principalement du culte extérieur et public, qui paraît aux yeux des hommes.
Le deuxième commandement se lit ainsi : Vous ne prono7icerez point en vain le nom de VEternely votre Dieu; ou, comme on a traduit dans notre langue :
Dieu en vain tu ne jureras Ni autre chose pareillement.
Par ce précepte il est défendu de prendre en vain le nom du Seigneur, c'est-à-dire pour des choses légères ou peu importantes, ou, ce qui serait encore bien pis, en faveur de l'injustice et du mensonge. Mais nous avons raison de l'employer dans des choses im portantes, pour appuyer la justice ou la vérité : c'est alors un hommage que nous rendons à la véracité de Dieu.
256 OEUVRES OKATOIRES DE iv/"" LAFLÈCHE
Quand on atteste une chose en prenant Dieu à témoin, on fait ce que l'on appelle un serinent ; or cet acte religieux est la véritable base de la société. Si cette base est enlevée, la société ne présente plus que le règne de la force brutale, c'est la société des loups et non celle des hommes créés à l'image de Dieu. C'est malheureusement la société que rêvent un certain nombre d'hommes qui ont perdu tout sentiment religieux. Vous avez vu par les journaux, qu'en Europe on travaille à remplacer ce serment où l'on prend la majesté de Dieu à témoin, par une formule nouvelle où l'on jouerait seulement sur l'honneur de l'homme. C'est bien la continuation de ce plan infernal qui consiste à ôter Dieu de la société. Mais, mes frères, si la société repose uniquement sur la parole de l'homme, quelles seront ses garanties de stabilité? Comme on voit bien en cela l'œuvre néfaste de l'incrédulité! A la place de celte pierre d'assise immuable que nos religieux ancêtres avaient donnée à la société, on veut mettre la parole de l'homme, a6n d'avoir une société exposée à toutes les variations, une société qui ne se maintienne que par la force brutale.
Je ferai remarquer ici une chose profondément triste : c'est que la notion de Dieu tend à se perdre au milieu des hommes de notre temps. Il y a actuellement beaucoup de philosophes, de politiques, d'orateurs et de savants qui n'ont plus la notion de Dieu. Demandez-leur, en effet, ce que c'est que Dieu : ils ne le savent pas. Les uns diront : il n'y a pas de Dieu ; ce sont les Athées. D'autres vous répondront : Tout ce qui existe est Dieu ; ce sont les Panthéistes. D'autres diront : Il y a un Dieu, mais il ne s'occupe pas de nous ; ce sont les Déistes. Puisque notre siècle est affligé d'une telle nuée de faux savants et de philosophes déraisonnables, on ne doit pas être trop étonné qu'ils essaient d'enlever de la société le serment et jusqu'à l'idée de Dieu.
Le troisième précepte de Moïse se lit ainsi : Souvenez-vous de sanctifier le Jour dn snhbat. Vous travaillerez six jours, mais vous vous reposerez le septième en Vhonneur ds V Eternel votre Dieu.
Les dimanches tu garderas En servant Dieu dévotement.
Par ces mots souvenez-vous de sanctifier le jour dxi sabbat, Moïse nous montre bien qu'il existait dès lors un culte en l'honneur de Dieu, et qu'on avait coutume de sanctifier un jour appelé le Sabbat. En elTet, si l'on consulte les plus anciennes annales de l'humanité, on trouve que ce culte existait, et qu'il remontait à Adam lui-même. Les fils
LA RELIGION DANS l'hiSTOIRE 257
d'Adam, Caïn et Abel, adoraient Dieu et lui offraient des sacrifices. La religion existait donc à l'origine nnême de la société.
Après avoir montré les rapports qui doivent exister entre Dieu et l'homme, le législateur hébreu fixe les rapports des hommes entre eux, dans la société domestique d'abord, dans la société civile ensuite. 11 dit donc dans son quatrième précepte : Honorez votre père et votre mère afin que vous viviez longtemjps.
Père et mère tu honoreras Afin de vivre longuement. 11 s'adresse aux enfants, pour leur inculquer le respect et la soumission qu'ils doivent à leur père et à leur mère. La société domestique sera heureuse quand on y suivra fidèlement cette loi ; l'ordre et la paix régneront dans les tabernacles des hommes, et avec cela tous les biens. Moïse veut protéger l'homme contre son semblable, lorsqu'il donne le cinquième commandement : Vous ne tuerez point. Homicide point ne seras De fait ni volontairement.
Dieu est le maître de la vie, et les hommes sont avertis par ce pré^ cepte de ne pas empiéter sur les droits de Dieu. Mais les hommes ne seront heureux que s'ils savent modérer leurs passions ; les familles ne seront l'image du ciel que si la sainteté du lien conjugal est respectée ; Moïse dit donc aux hommes, et c'est le sixième précepte : Vousne com-. inettrez pas d'adultère.
Impudique point ne seras De corps ni de consentement.
Alors le législateur des Hébreux s'occupe plus spécialement des rapports des hommes entre eux dans la société civile, et le septième commandement se lit ainsi : Vous ne déroberez point. Le bien d'autrui tu ne prendras Ni retiendras sciemment.
Il reconnaît le droit de propriété, et recommande aux hommes de respecter ce droit. 0 communistes, vous avez donc un juge qui vous condamne dans le plus ancien des législateurs.
Huitième précepte : Vous ne porterez point de faux témoignage.
Faux témoignaf<e ne diras
Ni mentiras aucunement.
Moïse défend surtout d'accuser injustement son prochain, de rendre
faux témoignage contre lui; mais il défend aussi toute parole contraire
à la vérité. L'ordre du monde serait bouleversé s'il était permis aux
hommes de tromper leurs semblables ; on ne pourrait se fier à personne et la société serait un leurre.
Enfin, dans le neuvième et le dixième commandement, Moïse va plus loin, et il défend jusqu'aux pensées et aux désirs qui seraient contraires aux; justes intérêts du prochain : Vous ne convoiterex point la 7naison de votre procham, ni sa femme, ni son serviteur, ni sa servante, ni aucune des choses quisotil à lui.
L'œuvre de chair ne désireras Qu'en maria^je seulement.
Bien d'autrui ne désireras Pour les avoir injustement.
Voilà la législation de Moïse : elle est véritablement admirable. C'est la plus parfaite des législations anciennes, aussi avait-elle été révélée par Dieu même à Moïse.
Les païens eurent aussi leurs lois : il s'est rencontré parmi eux des hommes de génie qui ont donné des codes pour le gouvernement des nations; mais, au milieu d'un certain nombre de bonnes choses, ces codes renfermaient bien des abominations. Par exemple, ils permettaient l'infanticide, que nous voyons pratiqué encore aujourd'hui dans la Chine. Ces mauvaises lois étaient dues aux erreurs dans lesquelles on était tombé touchant la nature de la divinité, mais ces législateurs avaient conservé l'idée de Dieu, ils se montraient même pieux à leur manière. Lycurgue chez les Spartiates, Solon chez lesAthéniens, Niima chez les Romains, tous imposaient leurs lois au nom de la Divinité, Je ne parle pas des Egyptiens, chez qui le dépôt des lois comme celui des sciences ee trouvait entre les mains des prêtres.
Sous le rapport religieux cependant, je l'ai dit, les Sauvages sont supérieurs aux païens de la Grèce, de Ronie et de l'Egypte : ils croient à l'existence d'un l*]tre supérieur qui a fait et qui conserve toute chose ; ils ont conservé une idée assez juste de l'Unité, de la Spiritualité et de la Providence de Dieu ; enfin ils croient qu'une récompense est accordée, après la mort, à ceux qui ont fait le bien, et qu'un châtiment sévère est infligé à ceux qui ont fait le mal.
C'est donc un fait bien constaté que chez tous les peuples, partout et toujours, on a cru à la divinité. H est constaté aussi que chez tous les peuples lu religion faisait la base de la société.
Oui, l'existence de Dieu est une chose admise par tous les peuples, mes frères ; tout au plus quelques individus, par la corruption de leurs mœurs, sonl-iU arrivés au point de nier Dieu. Mais ce ne sont là que
LA RELIGION DANS L'uISTOJHE 259
des exceptions, el on peut demander si ces individus ont bien le sens commun.
L'époque actuelle nous montre un plus grand nombre decesêtres qui pensent autrement que le genre humain : c'est que l'inlelligence humaine va s'a f faiblissant. Les hommes, avant le déluge, vivaient jusqu'à 800 el 900 ans, ils étaient peut-être plus nombreux que les hommes de notre temps, et pas un seul d'entre eux ne refusait de croire à la divioité. On ne trouve les premières traces de l'idolâtrie que 400 ans après le déluge : il me sembb? que cela prouve clairement que ces hommes avaient une intelligence supérieure à celle des hommes de l'âge actuel.
Ils voyaient et connaissaient bien la vérité, mais le cœur se laissait corrompre alors comme aujourd'hui, ils ne suivaient pas toujours les lumières que Dieu donnait à leurs âmes, et dans la pratique de leurs devoirs, ils tombèrent dans des désordres épouvantables. L'écriture leur reproche ces désordres, mais elle ne les accuse pas d'idolâtrie.
Plus tard, cependant, les hommes tombèrent dans des aberrations étonnantes ; ils divinisèrent les passions, ils divinisèrent les astres, ils divinisèrent jusqu'aux plantes des jardins et aux animaux des champs : tout fut adoré comme Dieu, excepté Dieu lui-même. Ils eurent un dieu Mars, terrible divinité qui ne demandait que le sang el le carnage ; une déesse Vénus, qui donnait l'exemple el se faisait la prolectrice de Timpudicité : une Junon, qui était la déesse de l'orgueil et delà vengeance ; un Jupiter, qui était un despote et un adultère. L'exemple de ces dieux «xcusait el encourageait tous les vices. Ils avaient ravalé la divinité, mes frères, en lui prêtant les vices de l'homme, mais s'ils se trompaient grossièrement sur les attributs de Dieu, il» ne se trompaient pas sur le fait de son existence. L'idée de Dieu étant ancrée dans l'âme de l'homme, et le démon lui suggéra la pensée détestable d'adorer plusieurs dieux, atin de se faire rendre un culte à lui-môme, car ces dieux des nations sont des démons, omnes dit genlium daemonia.
Chez le peuple le plus policé de l'univers, dans la ville d'Athènes, on ne se distinguait que par une plus grande superstition. Saint Paul se rendit dans celte grande et célèbre ville d'Athènes, et qu'y trouva l-il ? Un nombre extraordinaire de temples, et une foule de personnes qui y rendaient un culte aux idoles. Cependant il se mit à prêcher dans la ville, et on comprit qu'il annonçait une religion nouvelle: On voulut savoir ce qu'il prêchait, et pour cela on l'invita à se rendre à l'Aréopage. Celait un tribunal dont la renommée de science el de sagesse était universelle. Voilà donc saint Paul devant l'Aréopage ; il commence
260 œUVRES ORATOIRES DK M-"" LAFLÈCHE
par féliciter les Athéniens sur leur esprit religieux : « 11 me sembla « qu'en toutes choses, leur dit-il, vous êtes religieux jusqu'à l'excès: « car ayant regardé en passant les statues de vos dieux, j'ai trouvé (( même un autel sur lequel il est écrit : Au Dieu inconnu. C'est donc ce « Dieu que vous adorez sans le connaître, que je vous annonce : ce « Dieu qui a fait le monde, et tout ce qui est dans le monde, et qui <i étant le Seigneur du ciel et de la terre, n'habite point dans les tem^ « pies bâtis par la main des hommes : et il n'est point honoré par les> « ouvrages de la main des hommes, comme s'il avait besoin de quelque <( chose, lui qui donne à tous la respiration et la vie, Lui qui a fait « naître d'un seul homme toute la race des hommes ; et qui leur a « donné pour demeure toute l'étendue de la terre, ayant marqué l'ordre « des saisons, et les bornes de l'habitation de chaque peuple. Afin « qu'ils cherchassent Dieu et qu'ils tâchassent de le trouver, comme « avec la main et à tâtons, quoiqu'il ne soit pas loin de chacun de c nous. Car c'est en lui que nous avons la vie, le mouvement el l'être ; (( et connue quelques-uns de vos poètes ont dit : Nous sommes même u la race de Dieu.
« Etant donc de la race de Dieu, nous ne devons pas croire que ladivi- « nité soit semblable à de l'or et à de l'argent, ou à de la pierre, dont (( l'art et l'industrie des hommes ont fait des figures. »
Les Athéniens étaient frappés et étonnés de ce magnifique enseignement. Saint Paul continua: « Dieu étant en colère contre ces temps « d'ignorance, fait maintenant annoncer à tous les hommes et en tous « les lieux, qu'ils fassent pénitence. Parce qu'il a arrêté un jour au- « quel il doit juger le monde selon la justice, par celui qu'il a destiné « pour en être le juge ; dont il a donné à tous les hommes une preuve « certaine en le ressuscitant d'entre les morts ».
Quand ils Tentendirent parler de résurrection, les uns commencèrent à se moquer, et les autres lui dirent: Sur ce sujet nous vous entendrons une antre fois. Ils n'étaient pas prêts à recevoir la parole de vie. (Juehjues personnes cependant s'étaient converties à ce premier entretien, entr'autres saint Denys l'Aréopagite, qui devint le premier évoque de Paris, et une femme nommée Damaris.
Les autres étaient trop enténébrés pour comprendre la vérité que saint l*aul annonçait : lenehrx eum non corpioverunt, mais ceux qui n'avaient pas violé la loi naturelle recevaient cette vérité, et ils en étaient réjouis, tomme notre œil, quand il est sain, est réjoui par les rayonsd'un beau soleil levant.
LA RELIGION DANS l'hISTOIRE 261
La vérité religieuse a donc existé chez tous les peuples. Très souvent ^lle était défigurée et voilée, mais elle existait. De plus il ne faut pas oublier que, même chez les peuples les plus dégradés et les plus dévoyés, Dieu a toujours eu les siens. Dieu a toujours eu ses témoins au milieu des nations, et il a toujours fourni à ceux qui (''talent bons le moyen de connaître la vérité et de se sauver.
Le fait que toutes les nations, dans tous les temps, ont reconnu la religion prouve sa vérité, car une chose reconnue comme une vérité par tout le genre humain, dans tous les temps, ne peut être fausse. Le témoignage des hommes, dans ces conditions, est un critère de certitude. Cette croyance universelle reposedonc nécessairement sur la vérité.
Mais on peut considérer la chose sous un autre point de vue.
En logique on mentionne deux moyens de prouver la vérité; on peut démontrer directement la chose elle-même, ou bien la prouver par les conséquences absurdes auxquelles on arrive en la niant. Ceux qui n'admettent pas la religion tombent immédiatement dans l'absurde, au point qu'on les prendrait pour des gens nouvellement sortis des salles d'un asile d'aliénés. Et, pour prendre les choses telles qu'elles sont, celui qui pense autrement que le genre humain sur une question de cette importance, est-il autre chose qu'un insensé? En eftet l'écrivain sacré dit de l'athée qu'il est un insensé : Dixit msipienx in corde suo non est Deus, l'insensé a dit dans son cœur : il n'y a pas de Dieu.
Ceux qui n'admettent pas de religion, comment expliquenl-ils l'origine de l'homme? Vous avez vu dernièrement un de nos compatriotes vouloir étudier la géologie sans tenir compte de la révélation ; il a donné une conférence sur cette matière, et vous savez à quelles conséquences il est arrivé. Ces savants qui n'ont pas la foi, mes frères, en arrivent à ceci : que l'homme est le petit-fils d'un singe. Ils admettent, en effet, la doctrine des évolutions : des êtres très inférieurs se sont transformés successivement, et au bout d'un certain nombre d'évolutions sont devenus des singes ; or le singe continuant à se perfectionner est venu à former l'homme. Oui, il y a de pauvres canadiens qui tombent dans ces absurdités. J'ai rencontré moi-même un de nos compatriotes qui avait lu le trop fameux Darwin, et qui osa me dire de cet impie : C'est un homme de génie. Oui, lui dis-je, c'est un homme de génie, mais c'est bien dommage qu'il n'ait pas le sens commun, et que ses écrits soient en contradiction avec la Bible. Je crois bien, dit-il, si vous invoquez la Bible !
Je le demande, mes frères, quel mal peut-il y avoir à invoquer la
parole de Dieu ! Eh bien ! alors, je dis franchement à cet homme toute ma façon de penser; on attache bien trop d'importance, lui dis-je, à ces prétendus savants; il faudrait les enfermer dans des asiles d'aliénés^ puisqu'ils n'ont pas le sens commun.
Voilà quelques-unes des idées saugrenues qui ont cours dans le monde. Des journaux colportent et défendent ensuite ces idées; mes frères, il ne faut pas lire ces feuilles, car les rapports avec des gens de celte espèce sont toujours dangereux. La religion nous dit clairement d'où nous venons et où nous allons ; elle nous dit que nous sommes faits par Dieu et pour Dieu, que pendant notre séjour sur la terre nous sommes dans un temps d'épreuve, avec la liberté de faire le bien ou le mal. Si nous persévérons dans le bien, nous aurons une récompense éternelle ; si nous faisons le mal, nous aurons un châtiment sans Cm.
Mais les savants qui mettent Dieu de côté, comment voulez-vous qu'ils expliquent l'homme ? Si vous leur demandez pourquoi nous sommes ici-bas, que voulez-vous qu'ils vous répondent?
Us croient donc que l'homme a été lancé au hasard sur la terre.
I/homme qui a accepté ces déplorables théories se dit : Puisqu'il n'y a rien au delà de la tombe, je serais bien fou de ne pas prendre ma part de bonheur pendant le petit nombre de jours qui me restent à vivre ! Et s'il a la force, il pillera, il égorgera pour avoir des trésors, pour avoir des jouissances. De là ces terribles révolutions qui ébranlent l'Europe.
Quel moyen prendre pour arrêter ces hommes, pour les décider à se contenler des biens qu'ils trouvent dans leur condition, pour les empêcher de porter envie aux hommes d'une condition supérieure? Il n'exi«te qu'un seul frein : la croyance en Dieu, l'espérance d'une vie future, d'une récompense éternelle, lin enlevant l'idée religieuse, on ne peut arriver qu'à la révolution.
En effet, si vous avez un peuple qui ne croie pas à la religion, l'autorité ne peut plus être digne de respect aux yeux de ce peuple : comment donc voulez-vous qu'on le gouverne ! C'est alors que vous verrez surgir des bas-fonds de la société ces assassins, ces révolutionnaires, ces dvnamitards que l'humanité peut à peine recoimaitre pour ses enfants.
Ainsi les conséquences absurdes et épouvantables auxquelles on arrive prouvent la vérité et la nécessité de la religion. En dehors de la religion l'homme est un mystère, on n'y comprend rien ; el nos aimables savants sont arrivés à le faire descendre du singe.
LA RELIGION DANS l'hISTOIBB 263
Formez la famille sans la religion : vous n'arriverez qu'à un hideux concubinage.
C'est pourtant ce qu'on a tenté de faire dans notre malheureuse mèrepatrie ; on a fait du mariage un acte purement civil d'où l'idée religieuse est absente, et on a ainsi ôté à la famille cette auréole de respect et de sainteté dont la religion l'avait entourée. On a avili la famille^ C'est ce qui est arrivé chez tous les peuples qui ont oublié la vraie religion : la femme a été dégradée, l'enfant négligé et méprisé. La reliligion catholique a relevé la femme, en a fait aon l'esclave mais la compagne de l'homme. En soustrayant la famille à l'influence de la religion, on replonge l'humanité dans le malheureux état d'où elle avait été tirée. S'il n'y a pas de religion, qu'est-ce qui astreindra l'époux à la fidélité? Et si l'époux n'est pas fidèle, où est la sainteté, la paix et le bonheur de la famille ?
Enfin on a tenté d'enlever la religion de la société civile, et voyez ; la société tremble comme sur la surface d'un volcan en activité.
Demandons à Dieu, mes frères, de nous gratifier du don ineffable de la foi, pour que nous puissions nous préserver des erreurs lanientablea dans lesquelles sont tombés tant d'hommes de notre temps; pour que nous puissions marcher d'un pas ferme vers la récompense éternelle,, dans les sentiers de la justice et de la vérité. Ainsi soit-il.
Angelifi suis mandavit de te, ut custodiant te in am-
nibus 'Viis tids. Il a commandé à ses augee de vous garder dans
toutes vos voies. Psalm. XC, 2.
Mes frèkes,
Pendant longtemps ^'homme a péché contre la religion en rendant les honneurs divins à des êtres qui ne les méritaient pas, en reconnaissant comme Dieu ce qui n'était que la créature de Dieu. Il prostituait alors ses hommages et son encens, il était tombé dans un excès d'adoration, son crime se nommait Idolâtrie.
Aujourd'hui l'homme est devenu avare d'encens et d'hommages; il n'adore pas les idoles, mais hélas I il n'adore plus personne : il manque à la religion en l'abandonnant, en n'ayant plus de religion : son crime se nomme Impiété, on pourrait jjresque l'appeler Athéisme.
26i ' ŒL'VRES ORATOIRES DE Vr'' LAFLÈCnB
Suivant donc la dirpclion donnée par le Souverain Ponlife LéonXTîT, nous réagirons selon nos forces contre celte tendance d'un trop grand nombre des hommes de notre temps, et, du haut de cette chaire, nous continuerons à vous parler de notre sainte religion, atin de vous faire comprendre de plus en plus clairement combien elle est raisonnable, combien elle est nécessaire et aussi combien elle est consolante.
Ce dernier point fera l'objet de l'instruction de ce jour. Nous vous parlerons de deux dogmes qui comptent parmi les plus consolants de la religion chrétienne, nous voulons dire la Providence etia Résurrection. Providence et Résurreclion, voilà les deux seules vérités capables de soutenir l'honuneau milieu des tristesses, des épreuves et des luttes de cette vie.
Par le premier de ces dogmes, on nous enseigne que Dieu a soin des hommes, et qu'il envoie même à chacun d'eux un ange pour les accompagner continuellement et les garder. Il y a plus, mes frères : la sollicitude de Dieu va si loin que tous les cheveux de nos têtes sont comptés, et qu'il n'en tombe pas un sans lu permission de notre Père céleste.
Pour exciter notre confiance, Notre Seigneur emploie diverses comparaisons. 11 commence par constater l'inquiétude dans laquelle vivent ceux qui ne croient pas: Que ferons-nous ?s'écrienl-ils, que mangeronsnous? où prendrons-nous des vêtements pour nous couvrir? Quant à vous, reprend Notre Seigneur, n'ayez pas de ces inquiétudes; cela est bon pour les païens, pour ceux qui n'ont pas la foi. Considérez les herbes des champs : elles ne travaillent point, elles ne filent point, et cependant Salomon dans toute sa gloire était vêtu moins maguiliquement que le lis de nos vallées. Considérez les oiseaux du ciel : ils ne sèment point, ils ne moissonnent point, ils n'amassent point dans les greniers, et cependant notre Père céleste les nourrit. Or si Dieu revêt ainsi le lis des chaui[)s, s'il nourrit les petits oiseaux, à plus forte raison aura-l-il soin de vous qui valez beaucoup mieux. Cherchez donc premièrement le royaume de Dieu et sh justice, et toutes ces choses vous seront données comme par surcroît. (Math. VI.)
Que l'homme suive bien les lois do sa nature, qu'il accomplisse ensuite les commandements de Dieu, et il aura en «bondance tout ce qui est nécessaire pour son vêtement et sa nourriture.
Et cependant on ressent du malaise, les homine» de foi eux-mêmes sont alarmés à la vue de ce qui se passe sur la terre : il s'y passe en effet des choses bien étranges. Kconlez, mes frères, je vais vous exposer
DE LA pnoviDErvcE 265
un dogme qui n'est pas assez compris, mais dont l'humanité a un extrême besoin.
Que voit-on dans le monde, dans les pays de l'Europe surtout? Des hommes qui ont des fortunes colossales, des richesses scandaleuses, à côté d'autres qui n'ont pas de quoi se couvrir, qui n'ont pas môme un morceau de pain adonner à leurs petits enfants.
Un petit nombre d'hommes ont en moin toutes les richesses, et ils vont se moquant de Dieu ; ils violent toutes les lois divines et humaines. Souvent ce sont de vrais scélérats, qui ne sont arrivés à la fortune que par la fraude et les injustices de toute sorte, et vous les voyez étaler aux yeux des chrétiens un bonheur insolent ; puis, à côté d'eux, il y a des justes, des hommes d'une honnêteté sans reproche, qui sont dans l'humiliation et les souffrances. La maladie les a éprouvés, ils ont été frappés par d'autres malheurs incontrôlables, et ils sont maintenant à la charité publique. Cependant, ce sont des âmes d'élite; ils servent Dieu fidèlement.
Comment expliquer ce mystère? La religion seule peut l'expliquer, et fournir à ces âmes de légitimes consolation;». L'homme sur la terre peut avoir à soutTrir pour trois causes différentes.
1° Il peut souffrir pour ses propres péchés. Quand on a péché, la justice demande que l'on expie sa faute en ce monde ou en l'autre par une pénitence j)roportionnée. Si nous sommes épargnés sur la terre ce n'est pas un avantage, nous recevrons dans l'autre vie des châtiments beaucoup plus considérables, car ce sera alors le temps de la justice où il faudra payer jusqu'à la dernière obole. L'homme qui a injurié Dieu ne doit pas être surpris de se voir injurier par ses semblables; mais il dira plutôt : Dieu me traite en père, i! me punit en ce monde, il me fait expier mon péché, et à la mort il me recevra dans sa miséricorde.
Souvenons-nous de l'histoire de Lazare. Ce pauvre avait bien des peines quand il était gisant à la porte du mauvais riche. H aurait bien voulu se nourrir des miettes qui tombaient de la table de ce riche, et il ne pouvait même pas se procurer un aussi faible soulagement à ses soutîrances. Cependant Lazare était aimé de Dieu, et à sa mort il fut reçu dans le sein d'Abraham. II y a encore des Lazares dans notre temps : Dieu les voit et saura bien les récompenser. Les souffrances servent d'abord à purifier l'âme, et elles la conduisent ensuite au bonheur suprême par le rude sentier de la vertu.
2" Une âme peut quelquefois souffrir à la place d'une autre. Pour une telle œuvre, Dieu ne s'adresse qu'aux âmes d'élite : c'est ainsi que
Notre Seigneur a souffert, bien qu'il fût le juste par excellence. Vous avez entendu pendant les offices de la Semaine Sainte ces gémissements du prophète: 0 vous tous qui passez par le chemin, arrêtez- vous, et voyez s'il est une douleur semblable à ma douleur. Thren. i, 12. Votre douleur, en effet, est grande comme la mer, magna eUtnim velutmare contritio hia. Thren. ii, 13. Comment se fait-il que le juste soit ainsi plongé dans une mer de douleur? 11 n'avait rien à expier, il n'était coupable d'aucun péché 1 Non, mais il s'était fait victime volontaire ; il ne souffrait pas pour lui-même, il souffrait pour les autres.
Et la Sainte Vierge, la Vierge Immaculée, n'a jias non plus détourné ses lèvres du calice d'amertume où buvait son divin fils. Elle a tant souffert, que l'Eglise a institué deux fêtes pour commémorer ses douleurs. Elle ne souffrait cependant pas en punition de ses fautes, puisqu'elle n'en a jamais commis, mais elle souffrait en faveur de ceux qu'elle a adoptés pour ses enfants. Voilà donc ce qui explique comment tous les saints ont tant souffert.
11 y a des ordres religieux où l'on fait continuellement des pénitences qui font frémir la nature, et de là est venu ce dicton des mondains, que les ordres religieux sont trop sévères : eh bien ! ceux qui sont enfermés dans ces asiles de |)rières ne commellent probablement jamais un seul péché grave. Quand ils auront expié les petites fautes qui échappent toujours à la fragilité humaine, le reste de leurs pénitences sera appliqué pour la conversion de ceux qui ne prient pas et ne savent pas se mortifier. Ces maisons religieuses sont donc comme des paratonnerres au milieu de la société. Avez-vous remarqué quelles sont les fonctions du paratonnerre ? Pourquoi cette barre de fer s'élève-t-elle sur les toits de nos édifices ? C'est pour empêcher la foudre de tomber, ou pour l'attirer sur elle-même, et préserver les bâtiments de l'incendie. Ces âmes d'élite s'élancent ainsi vers Dieu, et elles empêchent sa juste colère d'éclater; elles demandent que le chAtiment pèse sur elles, mais que les Ames des pauvres pécheurs soient épargnées.
Ah! si dans la malheureuse Sodome il s'était trouvé une vingtaine de ces âmes, le feu ne serait pas tombé sur la ville. Et si, de notre temps, le feu du ciel ne consume pas de grandes villes j)lus coupables que Sodome, cela dépend de ces âmes qui, comme des paratonnerres, arrêtent la foudre vengeresse. Et il y a des hommes assez méchants pour .s'élever contre ces communautés, pour les chasser et les détruire 1 Honle à eux !
3" On pput être appelé à souffrir pour une troisième raison : Dieu
quelquefois permet les souffrances pour montrer sa bonté et faire éclater sa gloire.
Quand Notre-Seigneur rencontra l'aveugle-né, les apôtres demandèrent si cet homme était aveugle par rapport à ses propres fautes ou par rapport aux fautes de ses parents ; Notre-Seignenr répondit que ce n'était pour aucune de ces raisons, mais que Dieu avait permis cette infirmité pour faire éclater sa gloire, quand l'aveugle serait guéri.
Il y a, mes frères, des familles qui sont affligées, ce sont de braves gens, et on ne voit pas pourquoi ce châtiment leur arrive; si ces familles sont réellement pieuses, il faut dire : Elles ne méritent pas ce chàtinienl pur leurs péchés, mais Dieu le permet dans les intérêts de sa gloire; il sera, en effet, grandement glorifié par leur soumission à sa volonté sainte. Que ceux qui souffrent et sont méprisés se résignent donc, ils procurent la gloire de Dieu sur la terre, et Dieu sera leur gloire pendant l'éternité.
Il y a un livre de la Sainte Bible écrit tout exprès pour montrer l'action de la Providence sur les événements de la vie; ce livre tout plein de consolations pour les âmes éprouvées, c'est l'histoire du saint homme Job. Il m'a été d'une grande utilité lorsque je prêchais dans les missions sauvages. Ces pauvres infidèles n'avaient pas une idée bien exacte de la Providence, et ils comprenaient difficilement que Dieu pût affliger les justes. Ils croyaient à l'existence de deux esprits supérieurs : l'Esprit Bon et l'Esprit Mauvais. Tout ce qu'il y a de beau, de bon et de favorable, ils l'attribuaient à l'Esprit Bon ; tout ce qu'il y a de laid, de nuisible et de désagréable, ils l'attribuaient à l'Esprit Mauvais : les souffrances étaient donc infailliblement regardées comme venant de ce dernier. Ils rendaient un culte à ces deux Esprits, car s'ils aimaient l'Esprit Bon, ils craignaient l'Esprit Mauvais et tâchaient de l'apaiser. Pour se rendre ainsi le Démon favorable, ils lui offraient en sacrifices tout ce qu'ils avaient de plus cher, quelquefois même la vie de leurs enfants. Le démon a toujours aimé pour ses autels le sang des victimes humaines.
Pour désabuser ces sauvages et les éloigner du culte impie qu'ils rendaient au démon, je leur expliquai le livre de Job, et je réussis à leur faire saisir et accepter notre dogme catholique de la Providence.
Mes frère», je vais vous analyser le livre de Job, ce sera un peu long, mais nous trouverons dans ces pages un exposé si clair et si précis de la doctrine catholique !
Job était de la terre de Hus en Idumée, sur les frontières de l'Arabie,
268 ŒUVRES ORATOIRES DE M^' LAFLÈCnE
et il comptait parmi les grands de son pays. Il avait sept fils et trois filles qui faisaient son bonheur, et qu'il formait au service du vrai Dieu. 11 possédait 7.000 moutons, 3.000 chameaux, 500 paires de bœufs et 500 ânesses ; car les troupeaux faisaient la richesse de ces Orientaux,
Or, un certain jour, les enfants de Dieu s'étaient réunis devant leur Maître, et ils lui rendaient compte de leur ministère. — Ces enfants de Dieu ce sont les Anges, et leur Maître n'est autre que le Très-Haut luimême ; mais n'est-ce pas un spectable sublime que de voir ainsi notre Dieu entouré de ses anges Hdèlps, qui lui rendent compte delà manière dont ils ont exécuté ses ordres? On demande comment il se fait que le soleil se lève chaque matin et se couche chaque soir avec une régularité si parfaite. Les savants ont bien calculé les lois d'après lesquelles il procède dans sa marche enflammée ; mais la cause de son mouvement, ils ne la trouveront pas. Cette cause, la religion seule nous la donne : c'est un des anges de Dieu qui le conduit.
Les anges étaient donc réunis en [)résence de Dieu, et rendaient compte de leur ministère ; et il arriva que Satan se trouvait aussi parmi eux.
D'où viens-tu, Satan, lui dit le Seigneur ? J'ai fait le lourde la terre, répondit-il, et je l'ai parcourue tout entière. — Ainsi, nous le voyons, des anges sont préposés au gouvernement de l'univers, et ils font que tout dans la nature marche dans un ordre parfait ; mais les démons viennent aussi au milieu de nous, ils parcourent tous les points de la terre, ils cherchent à troubler l'ordre et à enlever des âmes à Dieu. — >J'as-tu pas considéré, dit Dieu, mon serviteur Job? Certainement il n'a pas d'égal sur la terre ; c'est un homme simple et droit, qui craint Dieu et se retire du mal. — Satan est un psprit accusateur, parce que la charité n'est pas en lui ; il répond donc : Job vous aime, Seigneur, cela n'est pas surprenant ! N'est-il pas bien payé de ses services? Vous le comblez de biens, vous lui donnez des enfants qui font sa joie ; mais étendez un peu la main, louchez tout ce qu'il possède, et vous verrez s'il ne vous maudira pas en face. Alors Dieu veut humilier Satan l'accusateur; il sait que Job est sincère, il dit donc k son ennemi : va, tout ce qu'il a est en ton pouvoir, mais ne touche pas à sa personne.
Remarquez- vous celte permission donnée à Satan? Nos biens sont donc sous la garde de Dieu ! Voilà une vérité bien consolante, et qu'il importe de ne pas oublier. Salan ne peut étendre la main sur la personne de Job, c'est là encore une chose bien digne de remarque : il y a
DK LA PROVIDENCE 269
eu parle passé, il y a encore aujourd'hui des méchants qui entrent en rapport avec le démon, et font par son entremise ce que l'on appelle des nialéfices ; mes frères, il ne faut pas trembler devant ces impies, car Satan ne peut toucher à un cheveu de nos tètes, il lui faut la permission de Dieu pour cela.
A peine Satan a-t-il obtenu la permission de nuire à Job, qu'il sort de la présence de Dieu. Il s'en va dat)s le désert, il amasse les nuages, et faisant bientôt tomber la grêle, il détruit complètement les moissons de Job ; il fait tomber la foudre et consume ses moutons jusqu'au dernier. Il va chez les peuples voisins, et les excite à voler les troupeaux de Job : les Sabéens viennent et lui enlèvent ses bœufs et ses ânes ; les Chaldéens, divisés en trois bandes, emmènent tous ses chameaux. Ses enfants se trouvant réunis en un festin chez leur frère aîné, "Satan excite tout à coup un vent de tempête qui renverse la maison, et tons sont ensevelis sous les décombres.
De chacun de ces désastres, il s'échappe un seul serviteur qui s'en vient en toute hâte annoncer la terrible nouvelle; Satan prépare tout de manière que ces messages se succèdent sans interruption, et accablent l'âme de cet homme devenu en un instant pauvre et solitaire ici -bas.
Quand il eut appris la dernière et la plus déchirante de ces nouvelles, la mort prématurée et subite de tous ses enfants, il se leva : il déchira ses vêtements, et s'étant rasé la tête, il se jeta par terre, adora et dit : Le Seigneur m'avait donné tous ces biens, il me les a ôtés, il a été fait comme il lui a plu, que son saint nom soit béni.
Voilà un beau n)odèle de soumission.
Si vous êtes éprouvés, mes frères, et si votre conscience ne vous reproche aucun crime, ne vous effrayez pas. Dieu a ses raisons pour agir comme il fait, et ces raisons vous sont favorables.
Pourquoi Job perd-il tousses biens en un même jour? Il l'ignore lui -môme ; mais son âme est remplie de foi et son cœur d'amour ; il se dit donc : Dieu est bon et je sais qu'il m'aime ; c'est son bon plaisir de m'éprouver aujourd'hui, que son saint nom soit béni. Il ne prononce pas une parole de murmure. En dehors de la religion, je le demande, où Job aurait-il trouvé des consolations pour le soutenir au milieu de ses affreux malheurs?
Le démon, cependant, vint encore accuser Job.
Les anges s'étaient de nouveau réunis en présence de leur Maître, et Satan se présenta parmi eux. D'oii viens-tu, lui demanda le Maître des
anges? Je viens, répondit-il, de faire le tour du n>onde, et je l'ai parcouru tout entier. Et le Seigneur lui dit: n'as-tu point considéré mon serviteur Job, qui n'a point d'égal sur la terre, qui est un homme simple et droit, qui craint Dieu et se retire du mal, et qui se conserve encore dans l'innocence, quoique tu m'aies porté à m'élever contre lui, pour l'affliger sans qu'il l'ait mérité. Satan veut payer d'audace : OEil pour œil, dit-il, dent pour dent, l'homme abandonnera tout ce qu'il possède pour sauver sa vie. Mais étendez votre main, frappez ses os et sa chair, et vous verrez s'il ne vous maudira pas en face.
Dieu avait déjà confondu Satan, il voulut le confondre encore : Va, dit-il, je le livre en ton pouvoir, mais ne touche pas à sa vie.
Le démon a la volonté de faire tout le mal que l'on peut imaginer, mais Dieu limite et modère sa puissance à volonté, Satan étant donc sorti de devant le Seigneur, frappa Job d'un ulcère malin qui le couvrait depuis la plante des pieds jusqu'au sommet de la tête. Les vers se mirent dans ses plaies dont la puanteur devint tellement insupportable, qu'il ne pouvait plus demeurer dans sa maison. Il s'était assis sur un fumier, et ilôtait avec un morceau de pot déterre la pourriture qui sortait de ses ulcères. Alors le démon trouva une aide pour le favoriser dans son œuvre. La femme de Job, qui devait consoler son mari, n'avait pas trouvé la force nécessaire pour résister à l'épreuve ; elle s'avance auprès de lui et s'écrie : A quoi te sert tout ce que tu as fait pour le Seigneur? Resteras-tu donc toujours dans ta simplicité? Tu n'as qu'une chose à faire maintenant : maudire ton Dieu et mourir.
Femme chrétienne, si votre mari est dans l'affliction, ne faites pas comme la femme de Job : soutenez-le, consolez-le, rappelez-lui les espérances de la vie future.
Job répondit avec calme à son épouse : Tu as parlé comme une femme qui n'a pas de sens ; si nous avons reçu les biens de la main du Seigneur, |)Ourquoi n'en recevrions-nous pas aussi les maux ?
Cependant trois princes de ses amis entendirent parler de ses malheurs, et ils partirent tous trois pour le venir trouver : c'étaient Eliphaz de Théman, Baldad deSuhet Sophar de Naamalh. Lors donc que de loin ils eurent levé les yeux, ils ne le reconnurent point, et ayant jeté un grand cri, ils commencèrent à pleurer; ils déci irèrenl leurs vt'-toments, ils jetèrent de la poussière en l'air, pour la faire retomber sur leur lêle. Ils demeiirèrent avec lui assis sur la terre durant sept jours et sept nuits : nul d'eux ne lui dit aucune parole, parce que sa douleur était «xcessive.
El au bout de ce temps, Job parla le premier : périsse, dit-il, le jour dans lequel je suis né, et la nuit dans laquelle il a été dit : un homme est conçu. Que ce jour se change en ténèbres, que Dieu du haut ciel ne le regarde, non plus que s'il n'avait jamais été 1 Job déplora longuement sa misère, et alors Eliphaz ouvrit la bouche : il reprit Job de ce que, disait-il, il manquait de patience ; il soutint que Dieu le frappait à cause de ses péchés, et il l'exhorta à faire pénitence. Job répondit : Plût à Dieu que les péchés par lesquels j'ai mérité la colère du Seigneur et les mau.x que j'endure fussent mis les uns avec les autres dans une balance, ceux-ci surpasseraient les autres de toute la pesanteur du sable de la mer. C'est pourquoi mes paroles eont pleines de douleur. 11 se plaint de la dureté de son ami : Ma force, dit-il, n'est point la force des pierres, et ma chair n'est pas de bronze. Je ne trouve en moi aucun secours contre mes maux, et mes propres amis m'ont abandonné. Celui qui voyant soutîrir son ami n'en a pas compassion, abandonne la crainte de Dieu.
Baldad parla à son tour, mais avec moins de retenue qu'Eliphaz : Dieu est-il juste dans ses jugements? ou le Tout-Puissant renversera-til ce qui est juste? Si vos enfants ont été exterminés, c'est qu'ils ont péché contre lui, et il les a livrés à tous ces maux pour les punir de leurs passions injustes. Si vous marchez devant lui avec un cœur pur et droit, il se lèvera aussitôt pour vous secourir. Job prit encore sa propre défense, car il ne se sentait coui)able d'aucune faute.
Alors Sophar se fit entendre : Pensez-vous, dit-il, que tous les hommes doivent se taire pour vous laisser parler seul ? Car vous avez dit à Dieu : Mes paroles et mes actions sont pures, et je suis sans tache devant vos yeux. Il l'accuse donc de présomption et d'orgueil, et l'exhorte à se convertir.
Les amis de Job parlent ainsi tour à tour, et essaient de lui persuader qu'il n'a pu être frappé si sévèrement que pour de grands crimes dont il ne veut pas faire l'aveu. El Job répond toujours : Ma conscience ne me reproche rien ; je ne sais vraiment pas pourquoi Dieu me frappe ainsi.
Ses amis l'accusant d'hypocrisie et de blasphème : Ayez pitié de moi, s'écrie Job, ayez pitié de moi, vous du moins qui êtes mes amis, puisque la main du Seigneur m'a frappé. Pourquoi me persécutez- vous comme si vous aviez la lumière, la justice et l'autorité de Dieu même?
Qui m'accordera que mes paroles soient écrites ? Qui me donnera
21i ŒUVRES ORATOIRES DE M^''" LAFLÈCDE
qu'elles soient tracées dans un livre, qu'elles soient gravées sur une lame de plomb avec une plume de fer, ou sur la pierre avec le ciseau. Car je sais que mon Rédempteur est vivant, et que je ressusciterai au dernier jour. C'est là l'espérance que j'ai et qui reposera toujours dans mon sein.
S'il est vrai, ajoule-t-il, que Dieu répande toujours ses biens sur les justes et qu'il accable de maux les méchants, pourquoi donc plusieurs d'entre les impies vivent-ils si heureusement? Pourquoi sont-ils si élevés et si pleins de richesses. Leurs maisons jouissent d'une paix profonde et la verge de Dieu ne les touche poinl. Un autre au contraire qui est juste et innocent meurt après avoir passé sa vie dans l'amertume de son âme, sans jouir d'aucun bien. Et néanmoins ils dormiront tou* deux également dans la poussière, ils seront également mangés de» vers. Consultez le premier que vous rencontrerez dans votre chemin, et vous verrez qu'il connaît celte vérité comme moi ; vous verrez qu'il vous dira comme moi que le méchant est réservé pour le moment où il doit périr, et que Dieu le conduira dans la prospérité jusqu'au jour où il doit répandre sur lui sa fureur.
Voilà un enseignement bien important que Job donne à ses amis, et qui servira jusqu'à la fin des siècles pour empêcher les justes de se scandaliser de la prospérité des méchants.
Job ne s'éleva pas contre le Seigneur; il ne blasphéma pas le nom de Dieu et il conserva son âme sans péché.
Alors un jeune homme appelé Elin se trouva irrité de ce que les amis de Job n'avaient pas réussi à le confondre. 11 parla avec emphase, faisant étalage d'une humilité que son discours démentait. Il accusa Eliphaz, Baldad et Sophar de manquer de sagesse ; et il se mit à démontrer que Job ne pouvait être qu'un grand criminel. Il l'accusa de blasphème, et se mit à prendre la défense du Très-Haut à grand renfort d'&rgumenls et d'éloquence.
Satan était confondu, et Dieu trouvant que l'épreuve avait été assez longue, ne permit ))lus aux hommes d'outrager son serviteur. Il fil entendre sa voix redoutable du sein d'un tourbillon : a Qui est celui-là qui mêle des sentences judicieuses et véritables avec des discours inconsidérés et ignorants ? » C'est ainsi que d'un mot Dieu mil à la raison le jeune orgueilleux qui venait de parier.
Et Dieu dit à Job : tu as désiré disputer avec moi, ceins donc tes reins comme un homme de cœur : je l'interrogerai et tu me répondras.
Dieu lui montra alors par des considéralions magnifiques la distance qu'il y a de la créature au Créateur. Job s'humilia dans la poussière, et n'osa discuter avec Dieu.
Dieu dit ensuite à Eliphaz de Théman : ma colère s'est allumée contre toi et contre tes deux amis, parce que vous n'avez point parlé devant moi dans la droiture de la vérité comme Job mon serviteur. II leur dit d'offrir un sacrifice par les mains de Job, ce qui fut fait immédiatement, et il se laissa fléchir.
L'épreuve était terminée : la santé fut rendue à Job ; Dieu lui donna en peu de temps le double des biens qu'il possédait auparavant. Et après cela Job vécut 140 ans : il vit ses fils et les enfants de ses fils jusqu'à la quatrième génération, et il mourut fort âgé et pleins de jours.
Aies frères, bien des considérations importantes trouveraient ici leur place, mais la fatigue que j'éprouve et la longueur de cette instruction ne me permettent pas de vous les développer aujourd'hui, je les remets à dimanche prochain.
Apprenez aujourd'hui par l'exemple de Job, à accepter le» épreuves •quand elles vous arriveront, sachant bien qu'elles viennent de Dieu et -qu'elles tourneront à votre /avantage.
Dieu commencera peut-être à vous récompenser dès ici-bas, mais «'est sur la récompense du ciel qu'il faut compter avant tout.
Réjouissons-nous dans les paroles qui nous ont été dites : nous irons dans la maison de notre Maitre. Ps. 121. Ainsi soit-il.
{Suite).
Ordinatione tua persévérât dies : quoniam omnia
serviunt tibi.
C'est par votre ordre que le jour subsiste tel
qu'il est, car toutes choses vous obéissent.
Ps. cxvm, 91.
Mes frères.
Depuis quelque temps je vous ai entretenus, chaque dimanche, sur
ia nécessité de la religion. J'ai commencé par vous démontrer qu'elle
est nécessaire au bonheur de l'homme, au bonheur de la famille et à
-celui de la société. Vous avez compris les avantages de la religion à ce
triple poinl de vue, et vous avez conclu que ce qui est un besoin de la nature de l'homme, ce qui fait la base de la famille et de la société, ne peut être une erreur, une simple illusion. J'ai développé ensuite deux autres preuves : 1° j'ai démontré que la religion a existé chez tous le» peuples et dans tous les temps. Il est vrai, certains peuples sont tombés dans des erreurs très graves louchant la nature de Dieu, mais ils ont tous rendu un culte à la divinité; cet accord universel prouve qu'il est dans la nature de l'homme de reconnaître un Maître au-dessus de lui ; 2° j'ai montré la vérité et la nécessité de la religion en raisonnant ex absurdo : et vous avez vu alors dans quel abtme d'absurdités tombent les hommes qui veulent nier toute religion. Enfin, dans mon dernier entretien, j'ai rappelé deux dogmes consolateurs qui nous démontrent bien, eux aussi, que la religion est nécessaire : ce sont la Providence et la Résurrection. J'ai commencé à vous donner des développements sur le premier de ces dogmes, mais je crois nécessaire d'y revenir encore aujourd'hui : c'est une question si importante, surtout dans ses rapports avec les erreurs que nous avons actuellement à combattre. Nous voulons que vous aviez des idées bien nettes sur ce point, afin que, quand nous étudierons la franc-maçonnerie, vous compreniez bien dans quelles erreurs cette société perfide voudrait plonger les hommes.
La Providence, mes frères, c'est un dogme que les Catholique» de notre temps devraient étudier d'une manière toute particulière. Ou croit bien à une action générale de celle Providence, mais on n'étudie pas suffisamment la manière dont elle s'exerce dans le monde.
Etant admis le fait de la création, quiconque n'a pas perdu la foi ou la raison voit immédiatement la nécessité d'un conservateur; conserver, en eflet, c'est continuer la création ; et le symbole des Apôtres, aussitôt après avoir confessé l'existence de Dieu, reconnaît ce Dieu comme conservateur eu lui donnant le nom de Père : Je cyois en Dieu le Père toul-piiissanl .
Pourquoi donne-t-on à Dieu le nom de Père? Parce qu'il exerce à l'égard de la création tout entière les fonctions que le père exerce à l'égard de la famille. Que fait donc le père dans la famille ? 11 veille à la conservation de ses enfants; il leur donne la nourriture et les soins nécessaires pour que les membres de leur corps se développent, pour que les facultés de leur Ame se développent aussi, et qu'ils puissent arriver à leur fin. Le vrai père, c'est Dieu ; après avoir toul tiré du néant
par sa toule-puîssance, il a soin de lout avec une miséricordieuse tendresse. Elevez vos regards, voyez ces globes immenses : c'est Dieu qui les l'ail rouler majestueusement au-dessus de vos têtes. Regardez à vos pieds, voyez cette foule d'êtres moins grands mais non moins admirables : c'est Dieu qui les protège et les soutient.
Examinons l'un des êtres les moins apparents, l'humble brin d'herbe que nous foulons aux pieds : amenons les savants, faisons les étudier les mystères de la vie de ce brin d'herbe : leur science s'y trouvera confondue. Ils constateront peut-être ce qui se passe dans cette plante, mais ils ne comprendront jamais le principe qui fait qu'elle est animée, ils ne comprendront pas la vie de cette petite plante.
La vie, mes frères, Dieu l'a prodiguée partout ; on la trouve dans la profondeur des mers et sur la surface de la terre ; on la trouve sous tous les climats, sous les glaces du Nord et dans les sables brûlants de i'Afi'ique ; elle est répandue à profusion dans l'air qui nous environne. Qui est-ce qui conserve la vie à tous ces êtres ? C'est Dieu. Quelques-uns trouvent que le soin de ces êtres si faibles n'est pas digne de la majesté de Dieu : mes frères s'il n'était pas indigne de Dieu de les créer, il n'est pas indigne de lui de les conserver maintenant qu'ils ont reçu la vie. Dieu prend soin de tout ce qu'il a créé.
La science a découvert les lois du mouvement des astres : elle indique d'avance la route qu'ils suivront, et elle prédit le» différents phénomènes comme si elle tenait les astres dans sa main. Se voyant arrivée à ce point, elle a cru pouvoir se passer de Dieu. 0 folie de l'orgueil humain I
Au-dessus de cet ordre des astres, il y a un ordre supérieur d'où celui-ci dépend. Toute loi suppose un législateur : nous trouvons de* lois dans le mouvement des astres, donc il y a un législateur, qui a établi ces lois, et ce législateur c'est Dieu. Nous ajouterons que toute loisuppose des agents pour la faire exécuter. Si l'on donnait des lois à un peuple et qu'il n'y eût personne pour les interpréter, personne pour en presser l'exécution, ces lois ne deviendraient-elles pas inutiles? La nature est inanimée, et cependant elle suit des lois admirables, il y a donc des agents doués d'intelligence qui lui font suivre ces lois.
Il y a des hommes, hélas! qui méconnaissent ce législateur et ces agents : tel était le fameux Laplace qui a pénétré un si grand nombre des secrets de la science ; aussi un pape lui disait-il : Vous vous êtes élevé bien haut dans les merveilles de l'aHlronomie ; si vous étiez monté encore un peu plus haut, vous auriez trouvé le législateur.
Pour l'homme qui raisonne, mes frères, la nature est un grand livre où tout nous parle de la puissance, de la sagesse et de la bonté du Très- Haut. C'a toujours été un grand sujet d'élonnement pour moi, je l'avoue, de voir que les savants, ceux qui contemplent de plus près les merveilles de Dieu, qui les touchent du doigt, ne sont pas tous des hommes profondément religieux. Mais, dans les choses ordinaires, c'est avec une facilité extrême que l'on remonte de l'œuvre à l'ouvrier. Quand on voit un bel édifice, on dit : C'est un ouvrier habile qui a fait cela. Il serait absurde de prétendre que cet édifice est l'œuvre du hasard. Et dire qu'il s'est rencontré des philosophes qui ont osé prétendre que l'œuvre du monde tout entier était l'effet du hasard!
Que diriez-vous, mes frères, si quelqu'un montrant cette cathédrale des Trois-Rivières, vous disait sérieusement : Cette église n'a été bâtie par personne? Que diriez-vous d'un voyageur d'Europe qui, contemplant ces immenses cathédrales que l'on admire dans les grandes villes chrétiennes, dirait à qui voudrait l'entendre : Voyez ces cathédrale* magnifiques, elles se sont bâties toutes seules ? Et si quelqu'un en présence des immenses palais flottants qui vous transportent aujourd'hui sur les mers, osait vous dire : Ceci s'est fait tout seul ; cela fonctionne et se dirige par le hasard, hésiteriez-vous à dire quecelhommea perdu la raison ?
Mais comment ! voici l'astre du jour qui se lève chaque matin, qui «uit une route déterminée à travers l'espace, qui se couche chaque soir à une heure fixée d'avance, et il se rencontre des hommes pour dire que cela se fait sans que personne s'en môle !
Qu'est-ce donc que la religion nous enseigne sur ce point? Elle nous enseigne que c'est la providence de Dieu qui dispose toutes ces choses : ordinatione tua persévérât dies, c'est par votre ordre que le jour subsiste.
Mais le ])on Dieu agit-il directement lui-même ? N'emploie-l-il pas des intermédiaires ? Oui, mes frères ; Dieu gouverne tout par le ministère des anges. Dans la création il y a deux ordres distincts, l'ordre matériel et sensible et l'ordre spirituel ; or le premier de ces deux ordres est entièrement soumis au second.
On sait communément parmi les chrétiens que Dieu gouverne tout dans le monde, mais si nous parlons de l'action des anges, nous rencontrons souvent de l'ignorance ou de l'incrédulité. Il est bon que les catholiques soient instruits sur ce point, afin qu'ils ne se laissent pas tromper.
On attribue le mouvement des astres dans le ciel à l'attraction ; mais cette attraction d'où vient-elle, puisque la matière est inerte, et qu'un corps ne peut pas plus mouvoir un autre corps que se mouvoir luimême ? En parlant ainsi on ne remonte pas à la cause des phénomènes. Le mouvement en général prouve l'existence de l'ordre spirituel, car la matière étant inerte ne peut prendre de mouvement que sous l'action d'un être spirituel ; les astres du ciel sont en mouvement, cela prouve donc l'existence de certains esprits qui leur donnent l'impulsion et dirigent leurs mouvements. Ces esprits ce sont les anges ; et voici ce qu'on lit à ce sujet dans un livre que je voudrais voir dans toutes les familles chrétiennes, le Traité du Saint-Esprit par Mgr. Gaume.
« Princes et gouverneurs de la grande Cité du bien, à laquelle se « rapporte tout le système de la création, les anges, dans l'ordre ma- « tériel, président au mouvement des astres, à la conservation des élé- « ments et à l'accomplissement de tous les phénomènes naturels, qui « nous réjouissent ou qui nous eiïraient. Entre eux est partagée l'admic nistration de ce vaste empire. Les uns ont soin des corps célestes, les « autres de la terre et de ses éléments ; les autres, de ses productions, « les arbres, les plantes, les fleurs et les fruits. Aux autres est confié le « gouvernement des vents, des mers, des fleuves, des fontaines ; aux a autres, la conservation des animaux. Pas une créature visible, si « grande ou si petite qu'elle soit, qui n'ait une puissance angélique « chargée de veiller sur elle.
« L'homme animal, nous le savons, animalis homo, nie cette action « angélique ; mais sa négation ne prouve qu'une chose, c'est qu'il est « animal. Pour l'homme qui a l'intelligence, cette action est évidente. c Partout où la nature matérielle laisse apercevoir de l'ordre, de l'har- < monie, du mouv«ment, un but ; là, on reconnaît aussitôt une pen- (( sée, une intelligence, une cause motrice et directrice. Or, rien dans « la nature matérielle ne se fait sans ordre, sans harmonie, sans mouce vement, sans but.
« Quel est le principe de toutes ces choses ? Il n'est pas, il ne peut « pas être dans la matière, inerte et aveugle de sa nature. A coup sur, « le vent ne sait ni où ni quand il doit souffler ; ni avec quelle vio- « lence ; ni quelles tempêtes il doit soulever ; ni quels nuages il doit «amonceler. La pluie, la neige, la foudre elles-mêmes savent-elles où « elles doivent se former, où elles doivent tomber ; la direction qu'elles « doivent tenir, le but qu'elles doivent atteindre ; le jour et l'heure où « elles doivent accomplir leur mission ? Il en est de même des autres
« créatures matérielles, si improprement décorées du nom d'agents.
< Où donc est le principe de l'ordre, de l'harmonie et du mouvement? « A moins d'admettre des effets sans cause, il faut nécessairement « le chercher en dehors de la création matérielle, dans une nature in- « telligente, essentiellement active, supérieure et étrangère à la matière. « C'est là, en effet, et là seulement que la place la vraie philosophie. En « parlant du Créateur, principe de tout mouvement et de toute harmo- « nie, le prophète nous dit : Les créatures font sa parole, c'est-à-dire « exécutent ses volontés, faciunt Verbum ejus. Mais comment la pa- « rôle créatrice est-elle mise en contact universel et permanent avec le « monde inférieur, jusqu'au dernier des êtres dont il se compose? « De la même manière que la parole d'un monarque avec les parties les « plus éloignées et les plus obscures de son empire, par des intermé- « diaires.
« Les intermédiaires de Dieu sont les esprits célestes, qui fecitange- « las suos spiritus. Cette vérité est de foi universelle. Sous tous les « climats, à toutes les époques, le paganisme lui-même la proclame, et a la théologie la manifeste dans toute sa splendeur. Savoir que toutes « les parties de l'univers vivent sous la direction des anges : quelle « source inépuisable de lumières et d'admiration pour l'esprit, de res- « pect et d'adoration pour le cœur ! »
Voilà l'enseignement de la religion.
Maintenant, je vais vous prouver par l'Ecriture Sainte que l'ordre matériel est subordonné à l'ordre religieux ; vous comprenez que c'est Une question d'une souveraine importance. Quand une tempête s'esl abattue sur un pays, quand la grêle est venue détruire les moissons, quand les inondations viennent empêcher d'ensemencer les terres, beaucoup de personnes vous diront : C'est arrivé parce que c'est arrivé. Explication banale qui n'explique rien. Non, mes frères, cela n'est pas arrivé uniquement parce que c'est arrivé. Ce qui nous est donné par la Providence est ordinairement en rapport avec le» actions de l'homme. Quand l'homme fait un bon usage des biens de la terre. Dieu lui dôme des saisons favorables et l'homme recueille des fruils, des moissons en abondance ; mais s'il fait un mauvais usage des biens de ce monde, Dieu le frappe précisément dans ces biens dont il « abusé ; alors la terre refuse de donner ses fruits, le ciel est d'airain et la farnin» vient visiter les hommes coupables.
Vous ne pouvez réussir dans vos entreprises ? Prenez garde, ces maux vous arrivent probablement parce que la loi de Dieu a été violée.
DE LA PROYIOENCB 279
Consultez la Bible, et vous verrez partout celle concordance ealre la conduile morale de l'homme et les événements temporels.
Au commencement Dieu faitvenir tous les animaux devant l'homme, celui-ci leur donne à chacun leur nom el reçoit l'autorité sur eux ; Dieu lui donne tous les fruits du paradis terrestre, à l'exception d'un seul, le fruit de l'arbre de la science du bien et du mal : c'est un roi au milieu de son empire. Si l'homme eût toujours été fidèle, tout serait resté ainsi dans un ordre parfait ; il aurait été heureux, et, à un moment donné, il aurait été transporté au ciel sans mourir, car Dieu avait ajouté à sa nature le don de l'immortalité, et il l'avait élevé à l'ordre surnaturel. Qu'est-il arrivé ? L'homme a voulu satisfaire sa passion, il a mangé du fruit défendu ; il a voulu se faire l'égal de Dieu, il a été trompé par Satan, Quel moyen Dieu prendra-t-il pour le punir? Il a péché par l'usage d'un fruit, une malédiction s'attachera à la terre ; elle sera frappée de stérilité, elle produira des ronces et des épines ; et si l'homme veut lui faire produire le froment, il faudra qu'il arrose les sillons de ses sueurs.
Continuons à étudier l'Ecriture Sainte, et nous trouverons toujours l'ordre physique soumis à l'ordre spirituel et moral. Nous avons un exemple de cette vérité dans une circonstance bien solennelle de la vie de Salomon, Quand ce prince fit la dédicace du temple de Jérusalem, il s'adressa au Seigneur et lui demanda d'écouter toujours favorablement les prières qui lui seraient adressées dans ce temple par son peuple. « Et le Seigneur apparut à Salomon la nuit, el lui dit : J'ai a écoulé votre prière ; et j'ai choisi pour moi ce lieu, pour en faire une « maison de sacrifice. S'il arrive que je ferme le ciel et qu'il ne tombe « pas de pluie, ou que j'ordonne el que je commande aux sauterelles « de ravager la terre, et que j'envoie la peste parmi mon peuple ; et « que mon peuple, sur qui mon nom a été invoqué, se convertisse, a qu'il me prie, qu'il recherche mon visage, et qu'il fasse pénitence de « sa mauvaise vie, je l'exaucerai du ciel, et je lui pardonnerai ses pé- < chés, et je purifierai la terre où il fait sa demeure.
« Mais si vous et vos enfants vous vous détournez de moi, et que « vous abandonniez les lois el les ordonnances que je vous ai propo- « sées ; si vous courez après les dieux étrangers et que vous les serviez « et les adoriez, je vous exterminerai de la terre qui est à moi, et que « je vous ai donnée ». (II Paralip. vu, 12, 13, 14, 19, 20.)
Comprenez bien l'enseignement que vous donnent ici les Saintes Ecritures : pourquoi Dieu refubC-l-il quelquefois la rosée de la terre ?
Pourquoi envoie-t-il des sauterelles qui dévorent les moissons ? Parce que les hommes ont péché. Pourquoi envoie-t-il la peste 1 Parce que les iniquités des hommes attirent sa vengeance.
Si l'homme se livre à l'immoralité, aux iniquités de Sodome, i[ faudra le sang et la vie d'un grand nombre pour apaiser la colère du Tout-Puissant ; le typhus, le choléra viendront, et emporteront une partie de l'humanité. Dieu cependant se laissera fléchir, Dieu écoutera son peuple, mais à une condition : c'est qu'il s'humilie et qu'il prie.
Mais comment Dieu ferme-t-il le ciel ? Par le ministère de certains anges préposés à cette fin. Quand les hommes ne méritent plus la rosée du ciel, ces anges reçoivent un ordre de leur Maître, et ils vont fermer le ciel. Que les prêtres s'humilient alors et qu'ils prient pour leur peuple, et la calamité disparaîtra.
Dans l'Epllre de saint Jacques, nous trouvons une preuve de la grande efficacité de la prière, même pour les choses de l'ordre purement temporel : « Elie », y est-il dit, a était un homme sujet, comme nous, à toutes les misères de la vie ; et cependant, ayant prié Dieu avec ferveur qu'il ne plût point, il cessa de pleuvoir sur la terre durant trois ans et demi : et ayant prié de nouveau, le ciel donna de la pluie, et laterre produisit son fruit >> (Jac. v, 17, 18).
C'est sur cette croyance que vous vous appuyez pour demander à Dieu de féconder vos champs ; c'est encore en vertu de votre foi dans le dogme de la Providence, que vous adressez vos prières au ciel pour être protégés dans les calamités.
Mes frères, quand vous êtes ma'ades vous recourez promptement aux hommes de l'art, et je ne vous blême pas ; mais vous oubliez trop souvent une chose : c'est qu'en général le péché est la cause des maladies. Voyez Notre Seigneur : quand il a guéri cet homme qui était malade depuis trente-huit ans, et qui n'avait personne pour le jeter en temps opportun dans la piscine de Siloé, il lui dit : « Voilà que vous avez été guéri, ne péchez plus à l'avenir, de peur qu'il ne vous arrive quelque chose de pis » (Joan. v, 14).
Cependant il arrive que le juste est frappé, sans que le péché soit entré dans son âme ; et dans le même temps on voit des pécheurs qui ne font qu'outrager Dieu, et qui sont bénis, qui vivent dans une grande prospérité. Nous avons péché, disent-ils eux-mêmes, et quel mal nous en est-il arrivé ? peccavi et quid mihi accidit l7'is(e ?{Eccli. v, 4.) C'est à un sujet de scandale pour plusieurs : David lui-même, malgré sa foL
DB LA PHOVIDENCE 28t
robuste, était attristé et comme scandalisé à la vue de la prospérité des méchants.
Comment donc expliquer ces bénédictions accordées à l'impie? Eh bien ! voici : Dieu a l'éternité pour lui. Rien de ce que fait le juste ne restera sans récompense, mais cette récompense pourra bien n'être pas accordée sur la terre : elle n'en sera que plus belle dans les cieux. Les méchants ont certaines bonnes qualités, ils ont des vertus naturelles, par exemple leur cœur est sensible, ils font l'aumône, ils sont d'une humeur agréable au prochain. Leurs bonnes actions ne sont pas faites par un motif surnaturel, ils ne méritent pas la récompense éternelle pour ces actions, mais ils méritent une récompense dans le temps : ils ont donc les biens du lemps, ils ont les plaisirs de la vie. Ah ! ne leur portez pas envie, mes frères, puisqu'ils ont reçu leur récompense ici-bas, et qu'ils n'en auront pas d'autre.
Comme ils ont refusé de recevoir la vérité, comme ils n'ont pas voulu pratiquer les œuvres de la religion, comme ils ont commis en secret des fautes très graves sans prendre le moyen de les expier. Dieu les attend dans l'autre vie, et ils y seront punis d'une manière terrible.
Voilà donc comment il se fait que les méchants prospèrent ici-bas : cette prospérité même est la marque évidente que le bonheur éternel n'est pas pour eux.
Le mauvais riche de l'Evangile avait tout a souhait sur la terre. Cet homme aimait les plaisirs de la table, et il avait les richesses nécessaires pour se les procurer : Sa vie était un festin continuel. L'Ecriture ne l'accuse pas d'avoir ravi le bien d'autrui, ni de maltraiter ses serviteurs ; seulement, tout occupé de lui-même et de ses plaisirs, il n'avait pas un regard ni un sentiment de pitié pour Lazare «jui mourait de faim et de soulTrances au seuil de sa porte. Qui est plus à plaindre, ce riche qui se procure toutes les jouissances, ou Lazare dont les chiens viennent lécher les plaies, pendant qu'il gît sur la terre nue devant le palais du riche ? Le monde eût répondu que c'était Lazare. Cependant le riehe mourut, et il fut enseveli dans les enfers. Lazare mourut aussi, et son âme fut portée par les anges dans le sein d'Abraham.
0 justes, vous êtes privés des biens de la terre ; consolez-vous donc, ce ne sont pas ces biens passagers qui peuvent être la juste récompense de vos vertus et de vos bonnes œuvres. Vous êtes éprouvés et persécutés ; n'en soyez pas surpris. Vous avez commis des fautes légères, il fallait bien les expier, les etfacer de votre âme ; ensuite, n'est-il pa» nécessaire que les élus ressemblent à Jésus-Christ ? Réjouissez-vous,
282 CEUVRES ORATOIHES DE M''' LAFLÈCflE
Dieu va vous récompenser du ne manière digne de lui dans le ciel.
0 méchants, vous seriez trop fortunés de recevoir votre chàliment ici-bas : jouissez des faux biens de la lerre ; jouissez des plaisirs fades et passagers de ce monde ; Dieu vous trouvera dans l'autre vie, et il vous punira comme un Dieu sait punir. Vous ne voulez pas rendre gloire à sa miséricorde sur la terre, vous rendrez gloire à sa justice dans l'éternité.
Courage donc, mes frères : si nous souffrons et que nous ayions péché, nous sommes comme David quand il fut puni de son adultère, nous serons purifiés comme lui. Si nous souffrons et que noire conscience ne nous reproche rien, nous sommes comme le sainl homme Job : l'épreuve n'aura qu'un temps, et la récompense sera d'autant plus belle que la Iribuldition aura été plus amère. Si nous souffrons et que n'a}'ant pas de fautes à expier nous offrions nos mérites pour le salut de nos frères, nous ressemblons à Jésus-Christ expirant sur la croix pour le rachat des pécheurs : tâchons de rendre de plus en plus parfaite en nous cette ressemblance qui fera notre gloire pendant l'éternité. Ainsi soit-il.
Vil. De la résurrection.
Nolumus autem vos ignorare, fratres, de dormientibiis, ut non contristetnini sicut et çxteri qui spiim non habent. I Thess. IV', 13.
Or, nous ne voulons pas, mes frères, que voui ignoriez ce que vous devez savoir touchant ceux qui dorment du sommeil de la mort, afin que vous ne vous attristiez pas comme fout les autres hommes qui n'ont pas d'espérance.
Mes FRÈRKS,
Si V0U8 interrogez le philosophe sans foi sur l'homme et ses deelinées, vous en recevrez des réponses propres à soulever un cœur vraiment chrétien. Vous verrez comme il avilit et dégrade la plus noble des créatures de Dieu ici-bas.
Il prétendra raisonner en vous répondant : L'homme, dira-t-il, n'a qu'une chose à faire ici-bas : se livrer au plaisir ; la nature, en effet, lui ayant donné des sens, il est conforme aux lois de la nature tt, par conséquent, conforme à l'ordre de leur accorder toutes les satisfactions
DK LA HÉSUHRECTION 283
qu'ils réclamenl. Manger, boire, s'amuser, dorrnir, c'est toute la vie de l'homme ; et après cela, le néant!
Le philosophe met donc l'homme sur le même pied que la béte qui broute l'herbe des champs.
Interrogez maintenant la religion, et voyez comme ses réponses ont quelque chose de sitisfaisant et de rassurant pour notre âme. Le premier besoin de l'âme, c'est le besoin du bonheur : la religion nous faisant donc remonter jusqu'à nos premiers ancêtres, nous dit que l'homme a élé créé à l'image et à la ressemblance de Dieu, et qu'il est destiné à un bonheur éternel. C'est ainsi qu'elle ennoblit l'homme, qu'elle le montre digne de notre respect et de notre admiration. La religion a trois dogmes pour répondre à toutes les inquiétudes et à toutes les aspirations de l'àme : le dogme de la Création, qui nous donne l'origine de l'homme créé à l'image et à la ressemblance de Dieu, le dogme de la Providence, qui nous fait voir les soins paternels dont le Seigneur l'environne incessamment; et le dogme de la Résurrection qui nous montre quel est son avenir et quelles sont ses espérances. C'est de ce dernier dogme que nous nous proposons de vous parler aujourd'hui.
Qu'est-ce que l'homme devient quand il a élé déposé en terre? est-ce que tout est fini pour lui alors? Non, il ne fait que changer d'état ; il entre dans une espèce de sommeil. C'est bien, en effet, le terme dont se sert la Sainte Ecriture : Fratres, nolumus vos ignorare de dormientH bùs.
Pourquoi saint Paul veut-il apprendre aux chrétiens le sort de ceux qui se sont endormis .^ Pour consoler les chrétiens. En effet, nous avons un grand besoin de consolations en présence de ce terrible lait de la mort. Quand bien même un homme viendrait à n'avoir aucune autre cause de tristesse, cette jîerspective d'une mort certaine et qui doit arriver si tôt, ne suffirait-elle pas pour l'empêcher de jouir du bonheur?
Supposez quelqu'un jouissant de tous les biens de la fortune, ayant des enfants qui lui donnent mille consolations ; si vous faites accepter comme vraie à ce bienheureux de la terre la prédiction suivante : plus tard tous vos enfants vous seront enlevés, et cette fortune dont vous jouissez sera entièrement détruite : quand bien même le temps où ces malheurs doivent fondre sur lui serait éloigné, son cœur désormais serait abreuvé d'amertume.
La mort a toujours été et sera toujours le cauchemar de l'hoînme. Il n'est personne qui puisse entrer dans un cimetière, creuser le sol et
281 CEUVRES ORATOIRES DE M»"' LAFLÈCDE
voir l'étal où sont rédnils ceux que nous avons aimés, sans ressentir un douloureux serrement de cœur. Saint Paul constate quelle tristesse apporte la pensée de la mort dans l'âme de ceux qui manquent de foi : ut non contrisiemini sicut et cœteri qxii spem non habent ; quand la terrible mort, en effet, leur apparaît avec ses horreurs, ils ne peuvent supporter cette vue, et ils tombent dans un abattement qui fait frémir.
Quel est donc le sort des chrétiens qui dorment du sommeil de la mort? La religion nous l'apprend : l'homme est dtstiné à l'immortalité quant à son âme et quant à son corps. Saint Paul appelle cela un mystère : Ecce mysterium dico vobis : omnes quidem resurgemiis ; je vous annonce un mystère : toiis à la vérité nous ressusciterons. C'est là un mystère : demandez en effet à celui qui n'a pas la foi ce que devient l'homme après la mort : il ne peut vous répondre. L'homme estil donc anéanti? H ne le sait pas. Ceux qui ont abjuré la foi pour s'abandonner à toutes leurs passions désirent être ainsi anéantis, mais il leur reste un doute qui leur enlève tout repos. Heureux ceux qui connaissent ce mystère de la résurrection, ils trouvent dans leur foi une consolation ineffable.
Quand nous demandons à la religion ce que nous devenons tous après la mort, elle nous répond donc que le corps sonimeille au fond du tombeau, mais que l'âme vit, et qu'il viendra un jour où le corps lui-même sera revêtu de l'immortalité. Nous ressusciterons tous, mes frères : les méchants comme les bons; depuis Abel jusqu'au dernier qui mourra sur la terre, tous les hommes reviendront à la vie ; mais tous, dit saint Paul, ne seront pas changés, ted non omnes immutahimnr \ c'est-àdire que tous n'auront pas ces corps glorieux qui sont donnés aux élus. Que cette résurrection est consolante ! Qu'elle est bien propre à nous faire envisager la mort sans frayeur, et à nous faire endurer toutes les peines avec un courage invincible! Nous allons étudier un peu cette vérité aujourd'hui.
Qu'est-ce que le genre humain a pensé de la résurrection? La résurrection fut révélée aux premiers hommes, et la connaissarice de celte vérité s'est perpétuée ensuite sans interruption jusqu'à nous.
Nous avons un exemple de la pleine connaissance de cette vérité dans Job, qui vivait il y a plus de 3.000 ans. Vous savez comment il fut éprouvé ; Dieu voulait faire éclater .sa patience et sa soumission : Job fut donc livré aux malheurs et aux chagrins de loute sorte ; assis sur son fumier, il ne trouvait aucune consolation autour de lui.
Que font les hommes sans foi, quand ils sont ainsi dans la désola-
DE LA Rl':SUtlRECTION 285
tion ? Ne trouvant pas la force nécessaire pour supporter l'affliction, ils se suicident. La vie m'est à charge, disent-ils, je m'en débarrasse. C'est directement laque mène l'incrédulité; aussi les suicides ont-ils augmenté d'une manière effrayante dans notre temps.
La femme de Job n'ayant pas su résister à l'épreuve, était dans las senliments des hommes qui n'ont pas la foi : ton Dieu que tu sers si fidèlement, disait-elle à son époux, vois comment il le traite : maudisle donc et meurs. Les impies se trouvent sans force au milieu des épreuves ; leur consolation est dans la mort.
Qu'est-ce donc qui consolera Job au milieu de cette mer de douleur où il est plongé? Quand il a tout perdu, quand il a été frappé au cœur par les paroles de sa femme, quand il s'est vu accusé et maltraité par ses amis et qu'il a repoussé ces consolateurs importuns, il lui reste pourtant une suprême consolation : « Je sais, » dit-il, «que mon Rédempteur est vivant et que je ressusciterai au dernier jour ; je sortirai de la terre et je serai revêtu de nouveau de ma peau, et je verrai mon Dieu dans ma chair. Je le verrai moi-môme et non un autre; et je le contemplerai de mes propres yeux. C'est là l'espérance que j'ai et qui reposera toujours dans mou sein » (Job xix, 25-27).
Oui, c'est là ce qui le consolait sur son fumier, sur ce lit infect qui était pire pour lui que la mort elle-même ; car la mort il la désirait, il l'appelait, mais elle ne venait pas. Si vous êtes étendus sur un lit de douleur, mes frères, prenez bien garde de vous livrer au désespoir ; dans ces épreuves suprêmes, élevez vos yeux vers le ciel et dites : je sais que mon Rédempteur est vivant et que je ressusciterai au dernier jour, c'est là mon espérance et ma consolation.
Cette croyance à la résurrection, c'était la croyance du genre humain : Job, en effet, était un patriarche de la gentilité, et il avait appris cette vérité par la tradition de ses pères. Il faut conclure qu'elle avait été révélée à Adam, et que du temps de Job elle était parfaitement conservée parmi les peuples.
Les paroles de Job sont peut-être la confession la plus explicite que nous ayions de la foi à la résurrection des morts. Chez les païens, où des erreurs si graves sur la nature de Dieu avaient altéré les anciennes traditions, un grand nombre ne croyaient plus à la résurrection des morts. C'est ce que nous voyons bien dans l'Aréopage, quand saint Paul annonce le mystère de la résurrection : plusieurs se moquent de lui i d'autres disent : Sur ce sujet nous vous entendrons une autre fois. Ainsi cette vérité avait fait naufrage dans bien des âmes, surtout parmi
286 ŒUVRES OBATOIRES DE M^'' LAFLÈCBE
les poètes, les philosophes et les autres prétendus savants. Tous croyaient pourtant à une autre vie; ils avaient un lieu où les bons devaient être récompensés, un autre où les méchants devaient être punis ; mais leurs croyances manquaient de précision. Les ténèbres avaient envahi la terre.
Chez les Juifs, c'était un dogme admis dans toute sa pureté, absolument comme sous l'Evangile. V^oyez, par exemple, la célèbre vision d'Ezéchiel, et diles-nous si ce n'est jjas la résurrection telle que l'enseigne notre foi. « La main du Seigneur fut sur moi, » dit le prophète ; « et m'ayant mené dehors par l'esprit du Seigneur, elle me laissa au « milieu d'une campagne qui était toute pleine d'ossements. Elle me (( mena tout autour de ces os ; il y en avait une très grande quantité « qui étaient sur la face de la terre, et extrêmement becs. Alors le Sei- « gneur me dit : Fils de l'homme, croyez-vous que ces os puissent re- « vivre? Je lui répondis : Seigneur Dieu, vous le savez. Et il me dit : « Prophétise sur ces os, et dis-leur : Os secs, écoutez la parole du Seia gneur. Voici ce que le Seigneur Dieu dit à ces os : Je vais envoyer un « esprit en vous, et vous vivrez. Je ferai naître les nerfs sur vous ; j'y « formerai des chairs ; j'élendrai de la peau par-dessus ; et je vous « donnerai un esprit, et vous vivrez : et vous saurez que c'est moi qui « suis le Seigneur. Je prophétisai doDC comme le Seigneur me l'avait « commandé ; et lorsque je prophétisais on entendit un bruit, et aussi- « tôt il se fit un grand remuement parmi ces os : ils s'approchèrent l'un « de l'autre ; et chacun se plaça dans sa jointure. Je vis tout d'un coup « que des nerfs se formèrent sur ces os, des chairs les environnèrent, « et de la peau s'étendit par-dessus ; mais l'esprit qui devait les animer a n'y était pas encore. Alors le Seigneur me dit : Prophétise h l'esprit : « prophétise, fils de l'homme, et dis à l'esprit : Voici ce que dit le Sei- (( gneur Dieu : Esprit, venez des quatre vents, et soufflez sur ces morts, (I afin qu'ils revivent. Je prophétisai donc comme le Seigneur me l'avait d commandé; et en même temps l'esprit entra dans ces os : ils de- « vinrent vivants et animés ; ils se tinrent tout droit sur leurs pieds ; « et il s'en forma une grande armée » (Ezech. xxxvii, 1-10). Telle était la croyance des Juifs : ils pensaient comme nous que les os et la chair se reconstituent, que l'âme y entre de nouveau et leur donne la vie.
L'Evangile nous montre bien clairement que les juifs croyaient à la résurrection : Lazare meurt eu l'absence de Jésus ; Noire-Seigneur vient quatre jours après, et Marthe s'écrie en le voyant : Si vous eussiez été
ici, Seigneur, mon frère ne serait pas mort. Votre frère ressuscitera, dit Jésus ; je sais, reprend Marthe, qu'il ressuscitera au dernier jour. C'était donc la croyance générale dans cette nation, que les hommes ressusciteront en corps et en àme ; il n'y avait que la secte des Saducéens qui avait brisé avec la foi commune, et qui était haïe à cause de cela de la masse du peuple juif.
Pour nous, chrétiens, celte croyance est dans toutes nos traditions, car c'est un dogme fondamental de notre foi: je crois, dit l'Eglise Catholique dans le Symbole des Apàlves, Je crois la résurrgction de lachair. Saint Paul peut être appelé le docteur de la Résurrection, c'est lui qui l'enseigne et la défend avec plus de persistance dans ses admirables Epttrea : « Nous ne voulons pas », écrit-il aux Thessaloniciens, « que « vous ignoriez ce que vous devez savoir touchant ceux qui dorment du « sommeil de la mort, afin que vous ne vous attristiez pas comme font « les autres hommes qui n'ont pas d'espérance. Car si nous croyons « que Jésus notre chef est mort et ressuscité, nous devons croire aussi « que Dieu amènera avec Jésus ceux qui se seront endormis en lui. Car 9 nous vous déclarons, comme l'ayant appris du Seigneur même, que « nous, qui vivons, et qui sommes réservés pour son avènement, nous « ne préviendrons pas ceux qui sont dans le sommeil de la mort. Car « aussitôt que le signal aura été donné par la voix de l'archange, et par (( le son de la trompette de Dieu, le Seigneur même descendra du ciel, « et ceux qui seront morts en Jésus-Christ ressusciteront les premiers ; « puis nous autres, qui sommes vivants, et qui serons demeurés au « monde jusqu'alors, nous serons emportés avec eux dans les nues, « pour aller au-devant du Seigneur au milieu de l'air. Et ainsi nous « serons tous pour jamais avec le Seigneur » (1 Thess. iv, 13-17).
Ecrivant aux Corinthiens, il répond aux esprits forts qui ne peuvent comprendre comment il se fait que les corps ressuscitent : « Mais, nie «dira quelqu'un, comment les morts ressuscitent-ils! Quel sera le « corps dans lequel ils reviendront? Insensé que vous êtes I ne voyez- « vous pas tous les jours que ce que vous semez ne reprend point de
« vie, s'il ne meurt auparavant Il en arrivera de même dans la
« résurrection des morts. Le corps maintenant, comme une semence, « est mis en terre plein de corruption, et il ressuscitera incorruptible. 11
< est mis en terre tout difforme, et il ressuscitera tout glorieux. Il est
< mis en terre privé de mouvement, et il ressuscitera plein de vigueur; « Il est mis en terre comme un corps animal, et il ressuscitera comme a un corps spirituel ».
288 ŒUVRES ORATOl' ES DE M=' LAFLÉCHE
Le grand Apôlre ne veut pas que nous doutions plus de la résurrection des morts que de celle de Jésus-Christ lui-même ; « Si les morts ne ressuscitent point », s'écrie-t-il, « Jésus-Christ n'est donc point res- « suscité. Et si Jésus-Christ n'est point ressuscité notre prédication est (( vaine, et votre foi aussi » (1 Cor. xv, 13, M). « Mais consolons-nous, « Jésus-Christ est certainement ressuscité d'entre les morts; il est de- « venu les prémices de ceux qui dorment o (4 Cor. xv, 20). Après tout cela ne dédaignons pas, cependant, de donner quelques arguments do la raison, en faveur de ce dogme consolateur.
1° La nature humaine désire de vivre, et elle a une horreur instinctive et terrible de la mort. C'est Dieu, mes frères, qui l'a faite ainsi : or, le Dieu véridique et bon ne l'aurait pas ainsi faite, si elle marchait inévitablement vers un anéantissement plus ou moins prochain. L'enseignement de la religion est ici, comme toujours, en pleine conformité avec la nature de l'homme.
2° Le corps est une partie de nous-môme ; il a participé au bien et au mal que nous avons fait : eh bien ! il doit aller devant le Juge suprême, et recevoir aussi sa récompense ou son châtiment pour l'éternité.
3° L'àme humaine étant faite pour animer un corps, notre être serait éternellement incomplet si notre âme ne reprenait pas son corps. Or, rien ne sera incomplet dans le ciel : tout y sera remis dans l'ordre, tout y arrivera à sa dernière perfection.
« Si l'on revient à l'origine, > dit Bossuet, « Dieu, avant que de créer « l'âme, lui a préparé un corps. Il n'a répandu sur nous ce souffle de « vie, c'est-à-dire l'âme faite à son image, qu'après qu'il a donné à la « boue, qu'il maniait si arlistement avec ses doigts tout-puissants, la « forme du corps humain. Si donc il a fait l'âme pour la mettre dans d un corps, il ne veut pas qu'elle en soit éternellement séparée. Aussi « voulut-il d'abord qu'elle y fût unie élernellement, puisqu'il avait fait « l'homme immortel, et que c'est par le péché que la mort a été intro- « duite sur la terre. Mais le péché ne peut pas détruire à jamais l'œuvre € de Dieu : car le péché et son règne doit être lui-même détruit. Alors « donc l'homme sera rétabli dans son premier état : la mort mourra; « et l'âme sera réunie à son corps, pour ne le perdre jamais, car le « péché qui en a causé la désunion ne sera plus. » Bossuet Médit, sur l'Evangile.
Toutes les infirmités, toutes les difformités disparaîtront du corps des justes, car ces accidents sont aussi les conséquences du péché.
DE LA BÉSURKECTION 289
Qu'ils seront boaux, qu'ils seront admirables les corps des bienheureux ! Ils seronl lumineux, et brilleronl comme des astres. Etant parfaitement soumis à l'ùme, lui étant unis d'une manière si étroite, ils participeront en quelque fa (.-on à ses facultés : ils auront V impassibilité^ ils ne pourront ni être blessés ni soulïrir ; ils auront Vagilité pour se transporter comme la pensée et selon les désirs de l'âme ; ils auront la sub/ilité pour passer à travers les ohjels sans les diviser, comme la lumière à travers le cristal ; ce seronl de vrais corps, mais ils seront spiritualisés. L'âme sera heureuse d'entrer dans ce corps, avec lequel elle louera Dieu pendant rélernité. Mais les corps des réprouvés se ressentiront des désordres et de la triste condition de l'âme ()ui l^s animera. « Au lieu (l'être agiles, ils seront lourds, pesants et insupportables à « l'âme; au lieu d'être lumineux, ils seront horriblement opaques, « ténébreux et obscurs ; au lieu d'être impassibles, ils seront sujets à « toutes sortes de tourments et de soufïrances ; au lieu d'être glorieux, « immortels, ils seront abjects, difîormes, sujets à ce que l'Ecriture « appelle la seconde mort ; nouvelle et horrible sorte de mort, dit « saint Augustin, qui, à la différence de la première où l'âme fut, contre <( son ^vë, séparée du corp^, retiendra l'âme attachée au corps contre « son gré. Puisqu'il n'y a de vraie vie que là où l'on vit heureusement, « l'infortuné qui invoque la mort, sans pouvoir mourir, meurt donc « incessamment d'une mort immortelle.
« 0 vous donc qui flattez si fort votre corps, qui l'entourez de tant de «mollesse, qui le nourrissez de tant de délices, qui le conteniez a:\ns • ses plus honteuses concupiscences, qui ne lui refusez les plaisirs an- <( ciens que pour lui en procurer de nouveaux, qui l'avez mis à la place « de l'âme et ([ui l'idolâtrez comme une divinité, oh ! que vous êtes in- « considérés, stupides et insensés ! Quels ne seront pas vos tourments « votre confusion, votre douleur, en vous voyant entourés de ce même « corps parfumé d'essences et chargé d'ornements futiles ; mais, comme « ut« tison d'enfer, infect, difTornie, horrible. Oh I comme vous vous en « sentirez non seulement humiliés, mais encore opprimés et brûlés (' parce qu'il vous sera imposé comme un vêlement de malédiction, de « tourments et de feu. R. P. Ventura. Ecole des miracles ».
Mes frères, nous ressusciterons doru- tous ; heureux ou malheureux nous serons revêtus de l'immortalité.
Mais à quel âge ressusciterons- nous ? Saint Thomas pense que nous ressusciterons tous à l'âge de l'homme parfait, c'est-à-dire vers 33 ans, et un grand nombre de théologiens sont de son avis. D'autres croient
290 flEUVRFS ORATOIRES DE M»'" LAFLÈCHE
cependant, que nous ressusciterons à l'âge où nous serons naorts : si nous sommes morts vieux, nous ressusciterons vieillards ; si nous sommes morts jeunes, nous ressusciterons enfants, moins toutefois les inBrmités de ces différents âges. Mes frères, ce sont là, il me semble, des questions inutiles : le corps des justes aura la faculté de prendre i'âge qu'il voudra. Une foule de passages de l'Ecriture paraissent établir qu'il en sera ainsi. Quand Notre-Seigneur fut ressuscité, il apparut un grand nombre de fois, et presque toujours sous une forme difîérente : h Madeleine il paraît sous la forme d'un jardinier ; aux disciples d'Emmaiis, sous l'apparence dun voyageur. Quand on lit les ouvrages des Extatiques, on voit que Notre-Seigneur se montrait à elles à tous les âges de la vie. Nous pouvons donc croire que nos corps, une fois ressuscites, auront la forme et la taille qu'il leur plaira de prendre.
Lorsque vous n'aviez que quatre vn cinq ans, votre corps n'avait pas la même apparence qu'il a aujourd'hui, c'était bien le même corps, cependant ; il a seulement grandi, il s'est développé avec les années. Vous vieillirez, vous sentirez les infirmités de la vieillesse; mais quand même vous verriez votre 90^ ou même votre 100' année, ce sera toujours votre même corps. Les corps ressuscites étant beaucoup plus parfaits, se transformeront bien plus facilement encore.
Nous devons ajouter que les corps ressuscites se reconwaî Iront. Les damnés reconnaîtront les justes pour leur malheur et leur humiliation. Ces orgueilleux, qui se sont tant moqués des chrétiens, qui les ont sans cesse tournés en ridicule, parce qu'ils servaient Dieu, nous les verrons sous les regards du juge éternel. « Alors les justes », dit le livre de la Sagesse, « s'élèveront avec une grande hardiesse contre ceux qui les < auront accablés d'affliction, et qui leur auront ravi le fruit de leurs « travaux. Les méchants à celte vue seront saisis de trouble et d'une « horrible frayeur ; ils seront étonnés en voyant tout d'un coup, contre « leur attente, les justes sauvés. Ils diront en eux-mêmes, étant touchés « de regret, et jetant des soupirs dans le serrement de leurs cœurs : Ce « sont là ceux qui ont été autrefois l'objet de nos railltM'ies, et que nous « donnions pour exemple de personnes dignes de toutes sortes d'op- « probres. Insensés que nous étions, leur vie nous paraissait une lolie, « et leur mort honteuse ; cependant les voilà élevés au rang des enfants « de Dieu, et leur partage est d'être avec les saints. Nous nous sommes « donc égarés des voies de la vérité ; la lumière de la justice n'a point « lui pour nous, et le soleil de l'intelligence ne s'est point levé sur « nous. Nous nous sommes lassés dans la voie de l'iniquité et de la per-
« dition : nou8 avons marché dans des chemins âpres, el nous avons € ignoré la voie du Seigneur. De quoi nous a servi notre orgueil? « qu'avons-nous tiré de la vaine oslenlation de nos richesses? Toute» « ces choses sont passée» comme l'omhre, et comme un courrier qui « court, ou comme un vaisseau qui fend les Ilots agités, dont on ne « trouve point de trace après qu'il est passé, et qui n'imprime sur les a flots nulle marque de sa route ; ou comme un oiseau qui vole au tra- « vers de l'air, sans qu'on puisse remarquer par où il passe ; on n'en- « tend que le bruit de ses ailes qui frappent l'air el qui le divisent avec « effort ; et après qu'en les remuant, il a achevé son vol, on ne trouve « plus aucune trace de son passage : ou comme une flèche lancée vers < son but ; l'air qu'elle divise se rejoint aussitôt, sans qu'on reconnaisse « par où elle est passée. Ainsi nous ne sommes pas plutôt nés que nous « avons cessé d'être ; nous n'avons pu montrer en nous aucune trace de « vertu, et nous avons été consommés par notre malice.
a Voilà ce que les pécheurs diront dans l'enfer. Parce que l'espérance « des méchants est comme ces petites pailles que le vent emporte, ou « comme l'écume légère qui est dispersée par la tempête, ou comme la « fumée que le vent dissipe ; ou comme le souvenir d'un hôte qui passe, « et qui n'est qu'un jour en un même lieu.
« Mais les justes vivront éternellement; le Seigneur leur réserve leur <( récompense, el le Très-Haut a soin d'eux. Ils recevront de la main du « Seigneur un royaume admirable, et un diadème éclatant de gloire. Il « les protégera de sa droite, et les défendra par la force de son bras « saint (Sap. v, 1-16).
C'est donc l'enseignement de l'Ecriture que les justes se trouveront en présence des méchants, des persécuteurs, des voleurs qui les auront mis à l'étroit, qui les auront dépouillés de leurs biens : ils se tiendront alors devant eux avec fermeté : les voilà, Seigneur, diront-ils, ceux qui nous ont dépouillés, qui nous oui foulés aux pieds injustement ; faitesnous justice, Seigneur, punissez-les de leurs forfaits.
Dieu fera slricte justice : les bourreaux seront précipités corps et âme dans l'enfer ; mais leurs victimes seront emmenées dans le ciel.
Tous comprendront, cependant, la justice de la conduite de Dieu, et les méchants eux-mêmes seront obligés d'avouer qu'ils ont absolument ce qu'ils méritent : vous êtes juste Seigneur, diront-ils, et votre jugement est fZrot/ (Psalm. cxvni, 137). Souvenons-nous donc de ce dogme de la Résurrection, c'est la plus grande consolation que l'on puisse offrir aux -malheureux qui passent en souffrant et en pleurantsur notre pauvre terre.
292 ŒUVRES OP.ATOIHES DE M^' LAFLÈCU;:
Job dit : je ressusciterai dans ma chair, mes yeux verront mon Rédempteur, jH le verrai moi-même et non un autre ; ce qui semble marquer que Dieu aura la bonté de se montrer à notre corps sous des formes sensibles.
Quand nous jouissons du spectacle d'une belle nature, nous sommes dans l'admiration : nous avons aperçu quelques pâles rayons de la beauté de Dieu. Maisque sera-ce quand, selon l'expression de Job, nous le verrons lui-même face à face ! Tout ce qu'il y a de beau dans la nature, dans les anges et dans les hommes, se trouvera réuni sous nos yeux, et tout cela dans un degré de splendeur el de perfection qui dépasse infiniment tout ce que nous pouvons imaginer.
Mes frères, quelle ne sera pas alors votre joie, votre bonheur ! Sainte Thérèse vit saint Pierred'Alcantara montant au ciel environné de splendeur et disant : « Bienheureuses mes rigueurs, heureuse ma pénitence, qui viennent de me procurer une si grande gloire, une si admirable félicité ! » C'est ainsi qu'à votre tour vous bénirez vos peines, vos tribulations, l'austérité de votre pénitence, la fuite des divertissements, la vigilance continuelle sur vos sens, parce que la pratique de ces mortifications vous permettra de reprendre un corps heureux, beau, glorieux, modelé sur la gloire, sur la beauté du corps de Jésus-Christ. Ainsi 8orr-iL.
MuUifariain multisque modis olim Deiis loqiiens patribiis in Prophetis : novissime diebus istis locutus est nobis in Filio.
Dieu qui autrefois parlait à nos pères par les prophètes, eu diverses occasions et en différentes manières, nous a parlé en ces derniers temps par son Fils. Héb. I, 1, 2.
Mks fkèkes,
La foi, en général, est une conviction appuyée sur le témoi|2nage. Aluis il y a deux sortes de témoignages : le témoignage divin el le témoignage humain.
Vous le savez, quand le témoigniige humain est revêtu des conditions nécessaires, il amène l'assetiliment de l'âme, et les juges s'y appuient sans crainte pour rendre les sentences les plus importantes, celles qui regardent la fortune et la renommée des familles, celles mêmes qui re-
niî LA RÉVÉLATION ^^3
gardent la vie des personnes. C'est que deux ou trois témoins probes, instruits et désintéressés peuvent produire la certitude.
Mais le témoignage de Dieu est celui qui produit la plus grande et la plus complète de toutes les certitudes. Si teslimonium hominum ncciptmtts, dit l'apôtre saint Jean, tesiimoniuni Lei niajus est (1 Joan v, 9). Si nous recevons le témoignage des hommes, celui de Dieu est encore plus grand. Eh bien! mes frères, l'enseignement de la religion repose sur le témoignage de Dieu, sur ce que nous apjielons la Recelation : c'est donc le plus sûr de tous les enseigueinenls. Aussi les catholiques répètent-ils tous les jours : Mon Dieu, je crois fermement tout ce que la sainte Eglise Catholique croit et enseigne, parce que c'est vous qui l'avez dit, et que vous êtes la vérité même. Tout ce que l'Eglise croit et enseigne, voilà l'objet de notre foi; et pourquoi y doi^nonsnous l'adhésion de notre esprit? parce que c'est Dieu qui nous a révélé ou dévoilé ces choses, et qu'il est la vérité même.
Mais quand et comment Dieu a-t-il parlé aux hommes pour leur dévoiler ainsi la vérité? C'est ce que je viens vous exposer aujourd'hui en vous rappelant le grand fait de la Révélation.
Dieu, mes frères, nous a donné deux livres dans lesquels il nous parle : le premier est le grand livre do la Nature, le second est lasainte Bible comprenant l'Ancien et le Nouveau Testament.
En contemplant l'œuvre admirable de la Nature, mes frères, nous pouvons arriver par notre raison jusqu'à la connaissance du Dieu qui -en est l'auteur. C'est celte vérité que saint Paul invoquait pour montrer que les Philosophes étaient inexcusables ; car, disait-il, ayant connu Dieu par ses œuvres, ils ne Vo7it ]ias glorifié comme Dieu. Si vous contem()lez un bel édifice, quand bien même vous n'auriez jamais entendu parler de son architecte, cette vue seule vous en donnera une certaine connaissance ; vous direz :. C'est un homme de génie qui a fait cela, H a conçu un plan original, })lein de majesté dans l'ensenjble, plein de grâce et d'harmonie dans les détails. Tous ceux donc qui jouissent du spectacle de la nature, qui contemplent la beauté du firmament, s'élèvent à la connaissance de Dieu, car ces choses parlent d'une manière admirable de la grandeur de Dieu, de sa puissance et de sa sagesse.
J'ai vu de près des enfants de la nature, des sauvages dont l'éducation n'avait pas développé l'intelligence : ils étaient ravis d'admiration €n présence des œuvres de Dieu. Un de ces Cris dont on parle tant en «e moment, se trouvant un soir avec des canadiens dans un des postes
do Nord-Ouest, disait en regardant \e ciel : Celui qui a fait toutes c«s choses est tout-puissanl et admirable. Le |)rophète a dit eu etîet : Les deux racoyitent la gloire de Dieu, et le firmament publie su puis- $anee, gui éclate dans les ouvrages de ses mains (Ps. xvm, 1). Voilà le premier livre qui nous parle de Dieu et nous élève jusqu'à lui.
Il y a cependant un autre livre que Dieu a bien voulu nous donn^, et par lequel il se fait connaître aux honames. La nature fait connaître l'existence de Dieu, mais elle ne dit pas quel culte il faut lui rendre ; elle fait connaître les choses qui sont absolument à la portée de l'horanae, mais elle ne peut nous faire connaître les choses de Tordre surnaturel auquel l'homme a été élevé \}&r une faveur particulière de Dieu ; oulre le livre de la nature, Dieu nous a donc donné la sainle Bible, contenant les vérités de l'ordre surnaturel qui nous sont connue» par la Révélation.
Dieu a parlé aux hommes en trois circonstances principales : primitivement, il a parlé à Adam et aux Patriarches ; plus tard, il a parlé à Moïse et aux Prophètes; enfin, dans la plénitude des lernps, il a parlé par Jésus-Christ. Il y a donc trois révélations : la Révélation Primitive, la Révélation Mosaïque et la Révélation Chrétienne. Ces trois révélations ne sont pas différentes, mais c'est plutôt la même révélation qui a été commencée dans le Paradis Terrestre, qui a été donnée d'une manière plus développée à Moïse, et qui a été complétée en Jésus- Chrisl. Il y aura une quatrième révélation, suite encore des trois précédentes : celle-là aura lieu au delà de la tombe, quand nous verrons Dieu face à face. Les justes jouiront alors d'un bonheur parfait, car ils auront atteint leur fin dernière.
Examinons sommairement les trois révélations qui ont été faites aux hommes.
La Révélation Primitive est donc celle qui a été faite aux Patriarche» et spécialement à nos premier parents.
a Dieu, dit l'auteur de l'Ecclésiastiqtie, a créé l'homme de terre et l'a « fait à son image... Il lui a créé, de sa substanoe, un être semblable h € lui. Il leur a donné le discernement, une langue, des yeux, des oreilles, « un esprit pour penser, et il les a remplis de la lumière de l'intelli- « gence.
« Il a créé en eux la science de l'esprit ; il a rempli leur cœur de sens, « il leur a montré le bien et le mal. Il a fait luire son œil sur leurs «cœurs, pour leur faire voir la grandeur de ses ouvrages, afin qu'il» « relevassent par leurs louanges la sainteté de son nom, qu'ils le glori-
Dl>: LA RÉVÉLATION 295
« fiassent de ses ouvrages. Il leur a prescrit encore l'ordre de leur con- « duite, il les a rendus dépositaires de la loi de vie. H a fait avec eux « une alliance éternelle, et leur a appris les ordonnances de sa justice. « Ils ont vu de leurs yeux les merveilles de sa gloire, et il les a honorés « jusqu'à leur faire entendre sa voix. Ayez soin, leur a-t-il dit, de fuir « toute sorte d'iniquités. Et il a ordonné à chacun d'eux d'avoir soin de « son prochain (Eccl. xvn, i) etc. »
Ces révélations communiquées d'abord à nos premiers parente, se sont transmises ensuite de génération en génération, et de là tant de connaissances que l'on trouve répandues dans l'humanité dès les premiers temps, et auxquelles l'homme ne pouvait atteindre par ses propres forces.
C'est surtout Moïse qui s'est fait l'historien de la Révélation Primitive dans le livre de la Genèse. « Au commencement », est-il dit dans le premier verset de ce livre, « Dieu créa le ciel et la terre. * Gomment Adam a-t-il pu connaître cette vérilé? Il faut que Dieu la lui ait enseignée, car cela est au-dessus de l'homme. Cela est au-dessus de l'homme, mes frères : et voilà pourquoi ceux qui ont voulu traiter de ce sujet sans tenir compte de la Révélation sont tombés dans l'absurde ; ils ont dit, par exemple, que la matière est éternelle ! Mais ce qui est faible, changeant, périssable, serait-il donc en même temps Vétre nécessaire^ Cette proposition est absurde, car changeant ei nécessaire, 'périssable et nécessaire sont des idées qui se repoussent. Dieu seul est l'être nécessaire ; tout en dehors de lui a été créé par un mot de sa bouche, par un acte de sa toute-puissance.
Nous savons comment Dieu s'y est pris j)Our faire le grand ouvrage de la création du monde, parce que le Créateur lui-même l'a fait connaître au premier homme.
Moïse nous dit que la terre fut créée en six jours, et il nous donne les détails de l'œuvre accomplie dans chacun de ces jours. Nous avons en cela une magnifique preuve de la vérité de l'enseignement religieux.
Il s'est formé dans le xviii* siècle une école de philosophes qui avaient entrepris de contredire Moïse, et de détruire la confiance que les chrétiens reposent dans sa véracité d'historien. Ils ont dit : Nous creuserons la terre, et là nous trouverons la preuve que Moïse est un imposteur ou un ignorant. Ils ont donc étudié les entrailles de la terre, ils ont fait des découvertes importantes ; et quand ils ont voulu réunir leurs observations et leurs découvertes pour en faire une science, ils sont arri-
29o CKUYMES OIÎATOIKES DE x''" LAi"L:-:>:nE
vés juste à ce que Moïse avait dit; el par celte science nouvelle de la géologie, ils se sont vus obligés de confirruer en tout point le récit du législateur hébreu.
C'est une leçon donnée aux savants, qui devraient se montrer plus modestes dans leurs affirmations. I! ne peut y avoir de contradiction entre la véritable science el la révélation ; si d'abord la science paraît contredire la parole de Dieu, c'est que la science est encore trop jeune; que les savanis attendent, qu'ils continuent à étudier, fit ils verront bientôt que la contradiction n'était qu'apparente.
Moïse s'exprime ainsi quand il parle de la création de l'homme : «Faisons l'homme à notre image et à notre lessemblauce ; et qu'il commande aux poissons de la mer, aux oiseaux du ciel, aux bétes, à toute la terre et à tous les reptiles qui se meuvent sur la terre » (Gen. 1, 26). On voit que Dieu se recueille et que les trois personnes de la sainte Trinité tiennent conseil, au moment d'accomplir leur œuvre la plus importante, la création du roi de l'univers. Comment l'homme auraitil pu connaître ce qui s'est passé dans le ciel, s'il ne l'avait appris par la Révélation divine ?
El Moïse continue : « Le Seigneur Dieu forma donc l'homme du limon de la terre, et il répandit sur son visage un souffle de vie, et l'homme devint vivant et animé « (Gen. n, 7). On discerne bien ici la double origine de l'homme : son origine matérielle : la boue ; son origine spirituelle : le souffle de Dieu. Par la première origine, il est semblable à la brute ; par la seconde, il a la faculté de connaître, d'aimer, de vouloir et d'agir, el il peut arriver au bonheur éternel.
Celle dernière prérogative, cependant, a été surajoutée à la nature de l'homme. Dieu, tout-puissant qu'il est, ne peut faire un être égal à luimême ; tout être créé, quelque parfait qu'on le suppose, lui sera infiniment inférieur, et ne pourra naturellement ou |)ar ses propres forces s'élever jusqu'à lui ; c'est donc par une grâce spéciale, par un don surajouté, que Dieu nous élève au-dessus de notre nature, et nous rend capables de la vision béatifi(iue.
Le premier homme connut donc (ju'il avait une âme immortelle, destinée à jouir de la conteniplalion de son Créateur, et ce Dieu si bon lui indiqua les moyens qu'il faut prendre pour arriver à cette contemplation. Adam connut les lois morales ; il distingua le mal du bien, tt Dieu lui promit la récompense du ciel pour l'attirer vers le bien, et le menaça d'un châtiment éternel pour l'éloigner du mal.
Dieu révéla aussi au premier homme la forme du culte d'adoration
DE LA ItEVÉLATlO.N 297
qu'il voulait recevoir. Voyez Caïn et Aboi : ils oiFrent des sacrifice»; ils iinnioleiit les victimes pour reconnaître le souverain domaine de Dieu sur toute chose, et aussi pour con^e^ser humblement que l'homme lui- même mériterait d'être détruit à cause de ses péchés. Ces sacrifices étaient agréables à Dieu, parce qu'ils Hguiaieiit le sacrifice du Calvaire qui devait s'offrir quatre mille ans plus tard; et c'était par révélation que les hommes en connaissaient la valeur. Mais de plus, tous les animaux n'étaient pas propres aux sacrifices ; il y avait les animaux |)ur3 et les animaux impurs ; ce qui montre que Dieu n'avait pas seulement montré sa volonté d'une manière générale, mais qu'il avait même daigné descendre dans les détails.
Noé fit entrer dans l'Arciie sept couples des animaux purs et deux couples seulement des animaux impurs : c'est qu'il voulait offrir un sacrifice à Dieu au sortir de l'Arche, sans anéantir cependant aucune des espèces vivantes.
Les vérités révélées au premier homme forment le fond religieux de toutes les nations de la terre, et il est facile de reconnaître ces vérités partout, bien que, chez un grand nombre, elles aient été profondément altérées.
(Jiiand Dieu voulut se former un peuple qui fût à lui, qui accomplit ses ordonnances et préparât l'avènement du Rédempteur, il donna la Révélation Mosaïque. 11 parla à son serviteur Moïse, et celui-ci, sous l'inspiration divine, écrivit cinq livres que nous désignons sous le nom de Pentateuque.
Ces livres traitent do deux choses : de la Religion et de la Politique. Il serait à souhaiter que ceux qui sont chargés du gouvernement des sociétés modernes allassent étudier c^s livres inspirés : ils comprendraient peut-être quelle union doit exister entre la Politique et la Religion : ils verraient clairement que la Politique doit être subordonnée à la Religion, et ils viendraient à acquérir la juste notion du gouvernement.
Mais il y a une remarque importante à faire ici : c'est que la législation de Moïse était une législation particulière, qui obligeait les Juifs, mais qui n'obligeait pas les autres nations. Les autres peuples n'étaient pas obligés de se faire juifs : ils pouvaient continuer à vivre sous la loi naturelle, sous la révélation primitive. La nouvelle révélation, d'ailleurs, ne contredisait pas la première, elle n'en était que le développement; et le Décalogue, en particulier, n'est qu'un admirable abrégé des préceptes de la loi naturelle.
298 œuvREs oratoires de m^'' laflèche
Mais comment prouverla divinité de la révélai ion faite à Moïse? Dans les différents âges, beaucoup se sont dits inspirés de Dieu et ne l'étaient réellemeul pas.
La grande preuve de l'inspiration de Moïse, la preuve qui a con- A'aincu le peuple Hébreu, et qui convaincra tous les hommes jouissant du plein usage de leur raison, ce sont les miracles qu'il a opérés.
Le miracle est une dérogation réelle et sensible aux lois du monde physique. Dieu est le maître de la nature ; il y a établi des lois, et lui seul peut déroger aux lois qu'il a établies. Quand donc les lois de la nature sont suspendues à la voix d'un homme, cela montre que cet homme est l'interprète de la divinité ; Dieu est évidemment avec lui. Eh bien ! Dieu n'a épargné ni la grandeur ni le nombre des miracles, pour prouver que Moïse était réellement inspiré de lui.
Les Hébreux, depuis le temps de Joseph, se trouvaient dans la terre de Gessen, en Egypte; or Dieu voulait leur donner une autre patrie, où ils vécussent dans la j)ratique des lois qu'il allailieur donner par Moïse, et formassent ce grand peuple qui devait donner naissance au Messie. Mais Pharaon, le roi d'Egypte, ne voulait pas laisser partir les Hébreux. Alors Moïse frappa l'Egypte de dix plaies successives, dont la gravité allait cioissanle : par exemple, les eaux de toutes les rivières et de tous les puits furent subitement changées en sang ; et les Egyptiens ayant creusé la terre, pour avoir de l'eau potable, ne trouvèrent partout que du sang. Des ténèbres épaisses couvrirent le pays pendant trois jours ; et pour montrer que c'était bien un grand miracle de la main de Dieu, les Hébreux (jui habitaient l'Egypte jouissaient de la lumière du soleil comme dans les jours ordinaires. Mais la dernière plaie fut la plus sensible aux malheureux Egyptiens; Moïse qui était d'un caractère doux, n'en vint à cette douloureuse extrémité qu'à cause de l'endurcissement de Pharaon. Il dit doue au roi : « Voici ce que dit le Seigneur : Vers le milieu de la nuit, je parcourrai l'Egypte, et tout premier né mourra ». El en effet, le lendeuiain matin le deuil était dans toutes les familles égyptiennes sans en excepter uue, sans excepter la famille du roi luimême ; et dans toute la terre d'Egypte il s'éleva un cri de douleur comme il ne s'en était jauuiis entendu, et comme il ne s'en entendra jauiais dans l'avenir : tous les premiers-nés avaient été frappés de mort subite.
(( Pharaon appela Moïse et Aaron la nuit même, et leur dit : Levezvous, sortez du milieu de mon peuple, vous et lesenfants d'Israël : allez, sacrifiez au Seigneur selon votre parole. Prenez aussi vos brebis et vos
grands troupeaux, comme vous avez dit. Partez, mais en même temps bénissez-moi ».
Ils partirent donc, mes frères ; ils étaient plus de trois millions d'âmes. Quand ce peuple arriva près de la mer Rouge, Moïse étendit la main sur la mer; il souffla aussitôt un vent brûlant qui la dessécha, et les Hébreux la traversèrent à pied sec, les eaux s'élevanl comme une muraille de chaque côté de la foule.
Un peuple entier, avec toutes ses richesses, venait de quitter l'Egypte. Pharaon eut regret de l'avoir laissé partir, et il s'élança à sa poursuite avec une grande armée. Les cavaliers et ceux qui étaient montés sur des chars entrèrent dans la mer, marchant aussi à pied sec ; mais quand le peuple de Dieu fut passé, Moïse étendit la main sur la mer, et les eaux reprirent leur cours ; alors les chars de Pharaon avec leurs conducteurs, les chevaux et leurs cavaliers furent engloutis dans la mer. Est-ce assez évident que Dieu était avec Moïse? Donnons, cependant, quelques preuves encore.
Ce peuple passa 40 ans dans les déserts de l'Arabie. Les habits des Hébreux ne s'usèrent point pendant tout ce temps; il tombait chaque matin une espèce de nourriture appelée la manne, qui était blanche comme la neige et douce comme le miel, et dont chacun recueillait, avant le lever du soleil, la quantité qui lui était néces«aire pour se nourrir, lui et sa famille, pendant tout le jour.
Le soleil étant d'une ardeur extrême dans ces déserts, une nuée se tenait conlinuellemenl au-dessus du peuple, le préservant du soleil pendant le jour et l'éclairant pendant la nuit.
Un dernier trait, mes frères : Coré, Dalhan et Abiron se révoltèrent contre Tautoritède Moïse; or, le lendemain, le Seigneur dit à Moïse : « Parle à l'assemblée, et dis-lui : Eloignez-vous des tentes de Coré, de « Dathan etd'Abiron. Moïse se leva, et alla vers Dathan et Abiron ; et « les anciens d'Israël le suivirent. Et il dit à la multitude : Retirez- <i vous des tentes de ces hommes impies, et ne touchez à rien qui soit à « eux, de peur que vous ne soyez enveloppés dans leurs péchés. Ils se « retirèrent d'auprès des tentes de Coré, de Dathan et d'Abiron. Ces « deux derniers parurent à leurs portes avec leurs femmes, leurs fils et « toute leur troupe ; et Moïse dit : Voici à quoi vous reconnaîtrez que « c'est le Seigneur qui m'a envoyé pour faire toutes ces choses, et que « je ne les fais pas de moi-même. Si ceux-ci meurent comme tous les « hommes, ou qu'ils soient visités comme le sont tous les autres, le Sei- « gneur ne m'a pas envoyé. Mais si le Seigneur faii une chose nouvelle,
« si la terre, ouvrant sa bouche, les engloutit avec tout ce qui est à eux, « et qu'ils descendent vivants dans l'abîme, vous saurpz qu'ils ont blas- « phémé contre le Seigneur. Comme il achevait ces paroles, la lerre se « fendil sous leurs pieds, et, ouvrant sa bouche, elle les engloutit avec « leurs tentes et toutes leurs richesses, et ils descendirent vivants dans « l'abîme ; la terre les couvrit; et ils disparurent du milieu de l'assem- « blée. Tout Israël, qui était présent, s'enluit aux cris de ceux qui pé- (( rissaient. En même temps un feu, sorti de devant le Seigneur, dé- « vora leurs deux cent cinquante joaHïsans qui ofTraientalors l'encens». (Nu m. xvi).
Il s'opéra une multitude d'autres prodiges, et c'est Moïse lui-même qui en écrivait le récit dans un livre. Si ces prodiges n'avaient pas eu lieu, est-ce que le peuple eût cm en Moïse, lui eût obéi et l'eût suivi dans le désert? En lisant ses livres, on aurait dit : Ces prodiges, nous n'en avons pas eu connaissance ; vous n'êtes qu'un imposteur. C'est le contraire qui arriva, et après la mort de Moïse un ange cacha son corps de peur que le peuple ne voulût l'adorer.
Moïse était donc l'homme de Dieu ; le Seigneur lui parla réellement dans le Tabernacle, et ses livres sont des livres inspirés. Dieu parla aussi aux Prophètes, qui parurent de temps en temps pour maintenir le peuple Hébreu dans le devoir, ou pour l'y ramener quand il s'en était écarté. Car chez les Hébreux il n'y avait pas d'autorité enseignante infaillible ; quand donc on devait recevoir des ordres ou des enseignements, Dieu suscitait tout exprès un homme qui allait parler en son nom. De là ces prophètes que l'on voit surgir si souvent dans l'histoire du peuple de Dieu, et qui ont donné un caractère tout particulier à ce peuple. Les Prophètes prouvaient leur inspiration, eux aussi, par les miracles les plus éclatants.
Quand vint la plénitude des temps, Dieu cessa de parler dans le Tabernacle et par les Prophètes, il parla par la bouche de son propre Fils qui s'était incarné pour notre salut.
Celte révélation ne difTère des deux autres qu^en ce qu'elle est beaucoup plus parfaite ; elle ne les contredit pas, mais elle en est le complément et le couronnement. « Ne jiensez-pfis »,dit Notre-Seigneur luimême, « que je sois venu pour détruire la loi ou les prophètes; je ne suis pas venu les détruire, mais les accomj)lir. » Mais cette dernière révélation était pour loule la terre ; la Révélation Mosaïque ne s'adressait qu'aux Juifs, celle-ci s'adresse à tous les hommes, et tous sont strictement (jl)ligés de la suivre. « Comme mon Père m'a envoyé, « dit Jésus
à ses Apùlres, « ainsi je vous envoie » (Joan, xx, 21'>. « Allez par tout le monde; prêchez l'Evangile à tonte créature. Celui qui croira et qui sera baplisé sera sauvé ; et celui qui ne croira point sera condamné » (Marc. XVI, 15, 16). Si donc la Révélation Chrétienne est arrivée à la connaissance de quelqu'un, il est obligé de la suivre, et il sera jugé selon la loi de l'Evangile. Mais s'il y a des honrimes à qui cotte révélation ne soit pas encore arrivée, ceux-là sont obligés do suivre la Révélation Primitive, et ils seront jugés selon la loi naturelle. Car personne ne sera perdu que par sa faute.
lia révélation de Jésus-Christ devant être acceptée par tous les honimes, notre divin Sauveur a permis que sa mission divine fût prouvée d'une manière irréfutable ; que les preuves de sa divinité s'imposassent à l'esprit de tout homme qui a l'usage de la raison.
Le divin Rédempteur était attendu de tous les peuples de la terre, car il avait été promis et annoncé aussitôt après la chute du premier homme. Dieu avait dit au serpent : De la femme naîtra celui qui f écrasera la télé ; Satan était caché sous la forme du serpent, et cette parole terrible s'adressait à lui. Dieu annonçait donc par là que la puissance de Satan serait détruite par le Rédempteur qui naîtrait de la femme.
Cette foi au Rédempteur qui avait consolé le premier homme, consola aussi ses descendants. Ilestdefait que les nations païennes, malgré les aberrations dans lesquelles elles étaient tombées, n'avaient pourtant pas cessé daltendre le Rédempteur,
Au temps fixé par les décrets éternels, Dieu envoya l'archange Gabriel vers une vierge nommée xMarie, pour lui annoncer qu'elle allait donner naissance au Sauveur du monde. « Comment cela se fera-t-il », lui répondit-elle, « puisque je n'ai de rapports avec aucun homme. L'ange lui répondit : Le Saint-Esprit surviendra en vous^ et la vertudu Très-Haut vous couvrira de son ombre. C'est pourquoi le saint qui naîtra de vous sera appelé le Fils do Dieu » (Luc. i, 34, 35). « Alors Marie lui dit : Voici la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole, n (Luc, i, 38.)
Et immédiatement elle conçut le Verbe de Dieu, sans cesser pour cela d'être vierge. Or le prophète Isaïe avait dit : « Voilà que la Vierge concevra et enfantera un fi's, et il sera appelé Emmanuel, c'est-à-dire Dieu avec nous » (Luc, vin, \A).
La Vierge demeurait à Nazareth ; mais lorsqu'elle portait déjà l'enfanl-Dieu dans son sein depuis plus de huit mois, elle fut obligée, par
Tordre de l'empereur de Rome, d'aller avec Joseph son époux, se faire inscrire à Belhléem, lieu de naissance de leurs ancêtres. Cet ordre annonce bien que les juifs ne se gouvernaient plus eux-mêmes, qu'ils étaient sous le gouvernement des Romains ; or le patriarche Jacob, au moment de mourir, avait fait la prédiction suivante: « Le sceptre ne sera point ôlé de Juda, ni le prince de sa postérité, jusqu'à ce que celui qui doit être envoyé soit venu, et c'est lui qui sera l'attente des nations» (Gen. xux, 10).
Et pendant qi-e. la Vierge était à Belhléem, elle donna naissance à Jésus. Or, le prophète Michée avait prédit que le Messie naîtrait à Bethléem : « Et toi Bethléem d'Ephrata», dit-il, « tu es petite entre les villes de Juda ; mais de loi sortira le dominateur qui doit régner dans Israël, de qui la génération est dès le commencement, dès l'éterniié » (Mich. V, 2).
C'était vers l'an 4004 de la création ; et Daniel avait fixé celte date bien des années auparavant : « Soixante-dix semaines d'années », disait l'ange Gabriel à ce prophète, « ont été fixées à l'égard de votre peuple et de voire ville sainte, afin que les prévarications cessent, que l« péché prenne fin, que l'iniquité soit expiée, que la justice éternelle soit amenée ; que les visions et les prophéties soient accomplies, et que celui qui est le Saint des saints soit oint. Depuis l'ordre qui sera donné pour rebâtir Jérusalem, jusqu'au Christ chef, il y aura sept semaines et soixante-deux semaines d'années. Le.** places et les murs seront rebâtis dans des temps difficiles. Et après soixante-deux semaines d'années, le Christ sera mis à mort, elle peuple qui doit le renoncer ne sera plus son peuple. Un peuple conduit par le chef qui doit venir détruira la ville et le sanctuaire ; ainsi elle finira cette ville infidèle, par une ruine entière ; et la désolation à laquelle elle a été condamnée lui arrivera après la fia de la guerre que lui fera ce peuple puissant. Cependant le Christ se choisira un nouveau peuple ; il confirmera son alliance avec plusieurs d'entre ce peuple dans une semaine d'année : et à la moitié de la même semaine les sacrifices et les oblalions seront abolis : l'abomination de la désolation sera dans le temple de Jérusalem ; et la désolation durera jusqu'à la fin des sièles, et jusqu'à la fin du monde > (Dan. ix, 24, 27).
L'univers entier est témoin que cette prophétie s'est accomplie jusque dans ses moindres détails.
Lorsque la Vierge eut enfanté à Bethléem, des mages de l'Arabie ou de la Mésopotamie qui observaient les astres s'aperçurent qu'il y avait
dans le ciel un aslre nouveau, et ils en conclurent que le Rédempteur était né chez les juifs ; car Halaain amené pour maudire le peu|)le d'Israël, s'était vu obligé de le bénir, et il avait fait la prophétie suivante qui se conservait chez les peuples de l'Orient : « Je le verrai, mais non maintenant ; je le considérerai, mais non de près : une étoile sortira de Jacob, et un rejeton s'élèvera d'Israi'l » (Num. xxiv, 17). Les mages vinrent donc en Judée et demandèrent à Hérode, un étranger que les Romains avaient établi roi sur l'ancien |)euple de Dieu : Où est né le roi des Juifs ? Car nous avons vu son étoile en Orient^ et nous sommes venus l'adorer. Hérode fut étonné de cette demande ; il consulta les docteurs de la loi qui lui dirent que le Messie devait naître à Bethléem ; et l'on constata ainsi l'accomplissement des prophéties de Jacob, de Michée et do Balaam.
Plus tard, quand Jésus avait déjà commencé à prêcher, Jean-Bapliste «nvoya quelques-uns de ses disciples pour lui demander : Etes-vous celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? Jésus ayant fait un grand nombre de miracles sous les yeux de ces envoyés, leur dit : Allez, et dites à Jean ce que vous avez vu et entendu : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent. Or le prophète Isaïe, avait dit : « Dieu viendra luimême et il vous sauvera. Alors les yeux des aveugles verront la lumière, et les oreilles des sourds seront ouvertes, le boiteux bondira comme le cerf, et la langue des sourds prononcera des cantiques » (Is. XXXV, 4).
Noire-Seigneur a été livré à ses ennemis, souffleté, flagellé et mis cruellement à mort ; Isaïe l'avait vu dans cet état d'humiliation et de souffrances. « Il nous a paru comme un objet digne de mépris, le dernier des hommes, et un homme de douleurs qui sait ce que c'est que souflrir. Son visage était comme caché ; il paraissait méprisable, et nous ne l'avons point reconnu. H a pris véritablement nos langueurs, et il s'est chargé lui-même de nos douleurs ; nous l'avons considéré comme un lépreux, comme un homme frappé de Dieu, et humilié. Il a été couvert de plaies pour nos iniquités, et il a été brisé pour nos crimes ; le chùliment par lequel nous devions acheter la paix est tombé sur lui, et nous avons été guéris par ses blessures. Nous nous étions tous égarés comme des brebis sans pasteur ; chacun s'était détourné pour suivre sa propre voie, et Dieu l'a chargé lui seul de l'iniquité de nous tous. lia été immolé, parce que lui-même l'a voulu, et il n'a point ouvert la bouche pour se plaindre ; il s'est laissé
conduire à la mort comme une brebis qu'on va égorger ; il est demeuré muet comme un agneau devant celui qui le tond » (Is. L!U, 3, 7.)
Notre Seigneur fut crucifié ; et lorsqu'il agonisait sur la croix, « les passants le blasphémaient en branlant la tête, et lui disaient : Va ! toi qui détruis le temple et qui le rebâtis en trois jours, sauve-toi toimême ». (Math, xxvii, 39, 40). Quai:d il dit : j'ai soif, les soldats lui présentèrent une éponge imbibée de fiel et de vinaigre ; à sa mort ils se partagèrent ses vêlements, et comme sa robe était sans couture, ils la tirèrent au ?ort. Or David avait vu tout cela d'avance : « 0 Dieu ! à mon Dion ! » fait-il dire au Sauveur, « jetez sur moi vos regards ; pourquoi m'avez-vous abandonné ?... Je puis un ver de terre, et non un hommo ; je suis l'opprobre des hommes et le rebut du peuple. Ceux qui me voient se moquent de moi ; ils m'insultent par leurs discours et en secouant la tête. Il a mis, disent-ils, pon espérance au Seigneur ; que le Seigneur le délivre, qu'il le sauve, s'il esl vrai qu'il l'aime !... Ils ont percé mes mains et mes pieds, et ils ont compté tous mes os ; et ils ont pris plaisir à me considérer dans cet état. Ils ont partagé entre eux mes vêtements, et ils ont jeté ma robe au sort. Ils m'ont donné du fiel pour nourriture, et dans ma soif ils m'ont abreuvé de vinaigre. (Psalm. XX! et lxvhi).
Jésus-Christ est ressuscité du tombeau ; or Isaïe avait dit : « Son séjmlcre sera glorieux » (Is. xi, 10) ; et David : « Vous ne souffrirez point que votre saint soit sujet à la corruption » (Psalm. xv, 10).
Qui donc pourrait hésiter à renonnaître Jésus pour le Messie, après ces preuves si évidentes que les prophéties se sont accompliesen sa personne. Et nous pourrions citer bien d'autres prophéties encore.
Cela suffisait, à mon Dieu, et les hommes avec cela seraient inexcusable de ne pas écouter celui que vous avez envoyé ; mais vous avez voulu faire plus encore, vous avez voulu lui rendre directement témoignage. Jésus s'étant présenté pour recevoir le baptême de Jean, le Saint-Esprit descendit sur lui sous la forme d'une colombe, et la voix du Père éternel se fit entendre à tous ceux qui étaient présents, comme elle s'était fait entendre sur le sommet du mont Tliabor, disant : Celui-ci est mon fils hien-aimé en qui j'ai mis toutes mes corn- ]-)laisances.
Et cei)endanl Jésus pouvait s? passer de tous ces témoignages, car sa vie prouve sa divinité.
Jésus-Christ s'est dit lui-même le Fils de Dieu égal au Père et ne
'formant qu'un avec lui ; c'est même pour cela que les Juifs l'ont mis à mort, parce que n'étant qiCun hoinme, disaienl-ils, vous vous êtes fait Dieu ; si donc il n'était réellement pas le Fils de Dieu, c'était un atîreux imposteur, digne de la réprobation divine et humaine. Mais au contraire, la puissance de Dieu était aveclui, et il multiplia les miracles d'une manière étonnante. Les merveilles opérées par Jésus-Christ sont presque innombrables : C'est l'eau qui est changée en vin à Cuna, c'est un démon qui est chassé du corps d'un possédé à Gapharnaûm, c'est un lépreux qui est subitement guéri, e'est un paralytique à qui il remet les péchés, et qu'il guérit ensuite de son infirmité corporelle, c'est le serviteur du Centurion qu'il arrache à la mort, c'est le fils de la veuve de Naïrn qu'il ressuscite, c'est l'Hémorroïsse qui est guérie en touchant le bas de sa robe, c'est Lazare qui ressuscite après être resté quatre jours dans le tombeau, et quand le corps entrait déjà en putréfaction, etc., etc.
Mais la grande preuve de la divinité de Jésus-Christ, c'est sa Résurrection. Comme i! avait annoncé d'avance qu'il ressusciterait le troisième jour après sa mort, les Juifs firent sceller son tombeau, et le •firent entourer de gardes. Or un ange brillant comme le soleil aux vêtements plus blancs que la neige, parut tout à coup auprès du tombeau et renversa la grande pierre qui le recouvrait. Les gardes tombèrent à demi-morts de frayeur, et Jésus sortit vivant et glorieux du tombeau. Il se montra à sainte Madeleine, à saint Pierre et aux disciples d'Emmaiis, puis, un grand nombre de fois, aux apôtres réunis. Un jour il se lit voir à plus de cinq cents personnes. Enfin, après avoir donné la mission à ses apôtres, il les bénit, et s'éleva alors vers le ciel. Puisqu'il s'est ressuscité K.i-méme, comme il l'avait annoncé, il est donc Dieu, car il n'y a qu^un Dieu qui puisse se ressusciter lui-même. Quant au fait de sa résurrection, un grand nombre de personnes probes et sincères en ont été les témoins, et elles ont signé leur témoignage tle leur sang. Jésus-Christ était donc le Messie annoncé par les Prophètes, et il est véritablement le Fils de Dieu.
Eh bien 1 ce Dieu fait homme a enseigné pendant trois ans dans la Judée, la Galilée et les pays circonvoisins. Il a parlé aux hommes ; il a donné une dernière Révélation qui confirme et complète celles qui ont été faites à Adam et h Moïse : non veni solvere sed adimplere, je ne suis pas venu les détruire, mais les accomplir (Matth. v, 17).
L'enseignement de la Religion, c'est l'enseignement de Jésus-Christ transmis et continué dans le monde. Une grande partie de la révélation
faite par Jésus-Christ se trouve dans lo Nouveau Testament ; l'autre partie a été conservée par tradition dans l'Eglise Catholique.
Gomme cet enseignement est sûr, mes frères ! c'est Dieu qui a certainement parlé ; or Dieu ne peut ni se tromper, ni tromper personne. Quelle différence avec l'enseignement scientifique ! La science humaine est toujours faible et boiteuse par quelque côlé ; il reste au fond de tout des choees qu'elle ne peut pénétrer, et très souvent elle n'appuie ses arguments que sur de simples suppositions
Un véritable savant, l'abbé Moigno, qui a suivi tous les développements de la science moderne, et qui a contribué lui-même beaucoup à son avancement, a donné un résumé de la science dans un ouvrage intitulé Les splendeurs de la foi ». Or, savez-vous à quelle conclusion il arrive dans ce magnifique ouvrage? Après l'étude consciencieuse que j'ai faite, dit-il, j'arrive à cette conclusion : que la seule chose certaine ici-bas, c'est la vérité religieuse. Aussi voyez : la science d'aujourd'hui renverse ce qu'avait édifié la science d'hier, mais l'enseignement religieux est et restera le même ; c'est Dieu qui parle, et Dieu ne change pas.
Attachons-nous donc à cet enseignement, et bénissons Dieu de nous avoir fait ce don admirable et mille fois précieux de la révélation. Ainsi soit-il.
IX. Des doctrines fondamentales de la Franc-Maçonnerie comparées à celles de l'Eglise Catholique.
Omnis ergo, qui audit verba mea hœc, et facU ea, assimilabitiir viro sapienti, qui sedijxcavit domum suam supra petram : et descendit pluvia, et venerunt flumina, et Jlaverunt venti, et irruerunt in domum illam, et non cecidit : fundata cnim erat super petram. Et omnis qui audit verba mea haec, et non facit ea, similis erit viro stullo, qui œdificavit domun suam super arenam: et descendit pluvia, et venerunt flumina, et flaverunt venti, et irruerunt in domum illam, et cecidit et fuit ruina illius magna.
Quiconque entend ces paroles que je dis, et les pratique, sera comparé à un homme sage, qui a bâti sa maison sur la pierre. Et la pluie est tombée, et les fleuves se sont débordas, et les vents ont soufflé et sont venus fondre sur cette maison, et elle n'a point été renversée, parce qu'elle était fondée sur la pierre. Mais quiconque entend ces paroles que je dis, et ne les pratique point, sera semblable à un homme insensé, qui a bAti sa maison sur le sable. Et la pluie est tombée, et les fleuves se sont débordés, et les vents ont soufflé et