‹ Vers l'abîme (volume 4)Chapitre 68 sur 77 · SERVICES. SACERDOCE ET ORDRES RELIGIEUX · texte numérisé non relu

SERVICES. SACERDOCE ET ORDRES RELIGIEUX

Dès le début de la prédication évangélique. Nous voyons le Sauveur lui-même recevoir les dons el les offrandes des fidèles pour subvenir à ses propres besoin», ainsi qu'à ceux de ses apôtres et de ses disciples, et au soulagement des pauvres. Il en confie l'administralion à l'un de ses apôtres. 11 déclare solennellement que lui-même et ses minisires sont exempts de l'impôt et qu'ils ne sont point obligés de payer le tribut à César.

Ces vérités étaient si bien comprises des premiers chrétiens qu'ils apportaient spontanément le prix de leurs terres aux pieds des apôtres pour subvenir aux besoins de la société chrétienne. Dès lors on voit apparaître l'organisation ecclésiastique du service public de la grande famille chrétienne. Saint Pierre, en sa qualité de Chef, réserve aux apôtres et aux prêtres le ministère de la prédicatio7i et de la prière (Act. Ap. c. VI V. 4) et il confie aux ministres inférieurs qu'il élève à la dignité de diacres, l'administration des œuvres de charité, le soin des pauvres et des veuves.

C'est là, pour ainsi dire, le premier germe des ordres religieux qui ont surgi plus tard, suivant les besoins des temps et des lieux, pour compléter l'organisation delà grande armée du Christ ici-bas.

L'initiative de la fondation des divers ordres religieux a toujours été prise par des hommes visiblement suscités de Dieu et d'une grande sainteté. Toujours ils ont soumis leurs vues et leurs règles au Saint Siège, et se sont mis à l'œuvre avec son approbation et sous sa direction.

Or les divers ordres religieux dans l'Eglise Catholique sont comme les bataillons d'une grande armée, ayant chacun leurs armes propres et la discipline convenable pour bien remplir la tâche qui leur est confiée. Il y a les ordres hospitaliers chargés du soin des orphelins et des veuves, des pauvres et des malades ; les ordres enseignants chargés de

l'éducation de l'enfance et de la jeunesse; les ordres pénitents et contemplatifs qui ont pour mission de satisfaire à la justice de Dieu par la pratique de la mortification chrétienne, et d'attirer sa miséricorde sur le peuple chrétien parla prière et la méditation.

Comme il est facile de le voir, tous ces divers ordres n'ont d'autre mission que de procurer le bien de la société, le bien public ; de le procurer par les moyens les plus efficaces et dans l'ordre voulu par la Providence elle-même.

En effet, toutes les personn»'s qui entrent dans ces divers instituts religieux tant d'hommes que de femmes, n'y entrent que par une vocation spéciale de Dieu, et font, en y entrant, les vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, afin que rien ne les empêche de se livrer entièrement à l'accomplissement de leurs devoirs sous la direction de leurs supérieurs.

Ainsi donc chaque religieux dans sa communauté ne possède rien personnellement. Ils se consacrent tous par dévouement à travailler toute leur vie au bien de leurs semblables, sans autre récompense icibas que la nourriture, le vêtement et le logement ; et quand ils meurent, ils ne laissent rien à leurs héritiers, ayant placé tout leur trésor dans le mérite de leurs bonnes œuvres dont ils attendent avec confiance la récompense du juste Juge, qui a promis la béatitude éternelle à ceux et à celles qui auront accompli ces œuvres de miséricorde : Venez, enfants bénis de mon Père, prendre possession du royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde ; parce que j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger, etc.

X. BFPlCACné ET ÉCONOMIE DB CBTTK ORGANISATION RELIGIEUSE POUR LE SKHVICK DE LA SOCIÉTÉ

Est-il surprenant qu'avec un tel dévouement les diverses institutions religieuses de l'Eglise Catholiciue aient cette force, cette vitalité, et arrivent à cette prospérité que les hommes du monde admirent sans trop s'en rendre compte, et contre lesquelles ses ennemis ne peuvent lutter sans faire des sacrifices énormes d'argent, «ans réussir cependant à les remplacer sous le rapport de l'efficacité et du succès. C'est ce qui a été constaté dans tous les pays, et nommément en France, où l'on a voulu se passer des ordres religieux pour le service des pauvres et des malades, pour les soins de l'enfance et l'éducation de la jeunesse. Non, Nos Très Chers Frères, jamais l'argent ne fera faire à l'homme ce que l'amourde

406 CEUVRES ORATOIHES DE M*^' LAFLÈCHE

Dieu el le dévouemenl pour le prochain souffrant et nécessiteux ont fait, et font encore accomplir tous les jours à nos communautés religieuses.

Jugez-en par vous-mêmes en considérant ce que ces institutions bénies de Dieu et des hommes ont fait et font encore tous les jours pour le bien de notre pays, pour le soulagement des classes souffrantes, pour l'éducation des enfants du peuple. 11 faut mettre au même rang nos collèges et séminaires pour la formation des classes dirigeantes de la société et les élèves du sanctuaire. Nous vous le demandons : où toutes ces institutions ont-elles trouvé les fonds nécessairps pour la construction de ces vastes et magnifiques édifices qui font la gloire et la force de notre pays, et leur fonctionnement si prospère? N'est-ce pas dans la générosité et la charité inépuisables du clergé et de tant de bona catholiques qui comprennent si bien la supériorité de ces institutions ;. mais surtout dans le dévouemenl sans bornes des personnes, Prêtres, Religieux, Religieuses qui les font fonctionner en se contentant de la nourriture et du vêlement? Où en seraient ces œuvres s'il avait fallu donner à ces personnes des honoraires de mille à douze cents piastres par année comme on le voit dans les institutions analogues fondées el soutenues aux frais de l'Elat.

Il est donc évident que les biens de l'Eglise appliqués soit aux diver» besoins du culte, soit à la fondation et au soutien de ces diverses institutions rendent à la société les plus insignes services, et qu'on ne peut les taxer, ni leur imposer aucune charge, sans violer les droits sacre'-s de la société religieuse, et tans nuire aux véritables intérêts de la société civile : car s'il lui fallait se charger elle-niême des dépenses que nécessitent ces diverses œuvres, elle se priverait par le fait même, de deux sources les plus précieuses de revenus : celle des dons et offrandes spontanés faits aux institutions religieuses, et qui tariraient infailliblement par la suppression de ces admirables institutions ; el cette non moins précieuse du dévouement personnel de ceux et celles qui dirigent ces institutions ; il faudrait mettre le tout à la charge de l'Elat qui aurait à payer trois fois plus cher, comme le prouve l'expérience qu eu a faite la France, et cela pour avoir uniésultat inférieur. Il est démontré en effet par les statistiques que l'enseignement des écoles de l'Etat coûte deux et trois fois plus que celui des congrégations religieuses enseignantes/et la supériorité scientifique et Jiiorale de ces écoles tenues par les communautés enseignantes est mise hors de toute contestation par les résultais des examens, et par l'obtention des diplômes et des bourses accordés à la capacité des élèves.

IMJiUNlTÉ DES BIENS ECCLÉSIASTIQUES 407

C'est pour nous un mystère que celte haine aveugle d'un gouvernement comme celui de la France actuelle contre les institutions religieuses de son pays, poussée jusqu'au point d'en sacrifier les intérêts pécuniaires à un degré ruineux ; et de compromet Ire l'avenir moral et religieux de ses enfants. Que le Ciel préserve à jamais notre peuple encore si religieux d'un tel aveuglement!

Page 1