ORAISON FUNÈBRE DE MGR A. -A. TACHÉ
ARCHEVÊQUR DE SAINT-BONIPACK, PHONONCBK DANS LA CATHEDRALE DE SAINT-BONIFACE, PAR MGR L.-F. LAFLÈCHB, ÉVÊQUE DE TROlS-RIVlàRBS-
le 27 juin 1894.
MSSSKIGNEIIHS (1), MESSIEURS ET MES TMKS CHBHS FRERES,
Hier soir, le vénérable J.-T. Duhamel, archevêque d'Oltawa, vous engageait à pleurer sur la tombe de voire Bien-Aimé Père en Dieu, Mgr A. -A. Taché, et cela était dans l'ordre, parce que la mort a toujours quelque chose de profondément triste. Notre-Seigneur lui-môme a pleuré sur la tombe de son ami Lazare, il a frémi en voyant le triste état dans lequel la mort l'avait déjà réduit.
Saint Augustin, l'un des plus grands docteurs de l'Eglise, a de même pleuré la mort de sa bonne et vertueuse mère, sainte Monique, et if prie ses lecteurs de ne pas le blâmer et de ne pas regarder comme un acte de faiblesse d'avoir pleuré pendant quelques quarts d'heure, celle qui avait pleuré tant d'années la mort spirituelle de son enfant, et qui,^ par ses conseils et ses prières, avait réussi à le faire revenir à la véritable vie : celle de l'union de l'âme avec Dieu par la grâce du baptême.
Mais aujourd'hui, je viens vous apporter quelques motifs de consolation dans celte grande douleur de la mort. H y a une voix assez puissante pour dire à l'homme en face de la mort : Ne pleurez point. Et cette voix, c'est celle de la religion, c'est celle de Dieu même, l'Auteur* de la vie; et saint Paul nous la fait entendre dans l'épître aux Relates que l'Eglise nous fait lire au jour des funérailles de ses enfants défunts.
Mes frères, je ne veux pas vous laisser ignorer le sort de ceux qui se sont endormis dans le Seigueur, afin que vous ne soyez pas affligés ni
(1) NN. SS. Duhamel, Grandir» et Pascal.
conlristés, comme ceux qui n'ont point d'espérance. Ainsi donc, po'ir le véritable chrétien, la morl n'est pas la fin de l'homme et encore moins son anéantissement. Elle n'est qu'un sommeil, ;un sommeil véritable qui sera suivi d'un réveil éternel, puisque le Grand Apôtre appelle dormants ceux que la mort nous a ravis.
Mais dans quel état les morts sortiront-ils de ce sommeil ?
Voici ce qu'il nous dit dans la première épître aux Corinthiens : a Je vous annonce un grand mystère. C'est que nous ressusciterons, niais que nous ne serons pas tous changés ».
En un moment, en un clin d'oeil, au son de la dernière trompette de l'Ange, tous les morts sortiront du totnbeau ; car il faut que ce corps mortel soit revêtu de l'immortalité, que ce corps corruptible soit revêtu de l'incorruptibilité. Cette vérité de la résurrection des morts a été connue dans tous les temps, et le saint patriarche Job, qui appartenait à la Gentilité, en fait la proclamation la plus solennelle et la plus précise, sous le coup des plus terribles épreuves, n'ayant plus rien à attendre en fait de consolations ni de la part de ses amis qu'il traite de consolateurs importuns, parce qu'ils veulent lui arracher le dernier témoignage qui lui reste de la suprême consolation, calui de sa bonne conscience; ni du côté de sa femme qui le pousse au désespoir en lui conseillant de maudire Dieu et de mettre fin à sa vie.
Alors, tournant ses yeux vers le ciel, il proclama celte vérité consolante : « Je sais que mon Rédempteur est vivant et que je sortirai du tombeau au dernier jour, que mes os seront de nouveau enveloppés de ma chair et de ma peau, et que je verrai mou Dieu dans ma chair, et avec mes yeux, et non point avec les yeux d'un autre ; telle est la douce espérance qui repose au fond do mon cœur ».
C'est la même vérité que proclame Marthe, sœur de Lazare, quand elle répond à Notre-Seigneur qui voulait la consoler en lui donnant l'assurance (jue son frère ressusciterait : « Ahl dit-elle, je sais bien que mon frère ressuscitera au dernier jour, mais je sais aussi que tout ce que vous demanderez à Dieu votre Père, Il vous l'accordera ». On voit par cette réponse que la foi et la croyance à la résurrection générale étaient celles du peuple de Dieu.
Je vous di.H de même : Ce Père si bon que vous perdez aujourd'hui, qui a travaillé avec tant de zèle et de dévouement au bien de vos âmes depuis plus de qnaranle-huit ans, vous le reverrez encore. Il va dormir du sommeil des justes dans le repos et la paix jus(|u'au grand jour de la résiirreclion ; nous irons le rejoindre les uns après les autres, car
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bienlôt il nous faudra aussi descendre dans la tombe et dormir du sommeil de> justes, il faut l'espérer. La mort, si terrible qu'elle soit ne peut détruire absolument le gorme de vie que le Créateur a déposé dans nos corps mortels, et c'est Jésus-Christ lui-même qui nous en donne l'assurance répétée dans son saint Evangile quand il nous dit : « Je suis le pain vivant descendu du ciel. Celui qui mange de ce pain aura eu lui la vie et je le ressusciterai au dernier jour a .
Mais dans quel étal nos corps ressusciteront-ils?
Comme nous venons de le dire, ils seront tous revêtus de l'immortalité, et de l'incorruptibilité, mais ils ne seront pas tous changés ; les uns ressusciteront pour la gloire et le bonheur éternel ; les autres pour l'ignominie et la douleur éternelle eelon que l'aurant mérité leurs ceuvres bonnes ou mauvaises, car nous, dit l'apôtre saint Jean dans V Apocalypse : les hommes en entrant dans le repos de la tombe y seront accoui pagnes de leurs oeuvres.
Mais que devient l'âme au moment où le dernier fil qui la retenait unie au corps se rompt ?
Elle apparaît tout de suite devant Dieu pour y être jugée selon le bien ou selon le mal qu'elle aura l'ail. Si elle sort de ce monde sans aucune souillure et enlièrement purifiée de toutes les fautes qu'elle aurait pu commettre, elle est tout de suite admise en présence de son Dieu, et mise fiu rang des Anges et des Saints pour jouir là d'un bonheur éternel : mais si, en laissant cette vie, elle emporte avec elle quelques légères souillures, elle est aussi jugée digne du bonheur éternel, mais sera retenue pendant un temps plus ou moiiis long, ?elon le mérite de ses eeuvres, dans un lieu de souffrances et de ténèbres.
Voilà pourquoi l'Eglise engage ses enfants à prier pour ces âmes infortunées et à demandera Dieu pour elles un lieu de rafraîchissements, de lumière et de paix ; mais si l'âme laisse celte vie dans la haine de Dieu et dans l'état du péché mortel, elle est immédiatemeul lepoussée de son Créateur et de son Rédempteur et précipitée dans les flammes éternelles sans aucun espoir d'en sortir jamais.
Voilà donc, Mes Très Chers Frètes, les fins dernières de l'homme, la mort, le jugement, le paradis et l'enfer.
C'est un triste fait, que les hommes n'aiment pas à se rappeler ces terribles vérités ; la mort les effraie, ils la redoutent souverainement, et voilà pourquoi ils en repoussent la pensée, renvoyant h j)Ius tard le soin de s'y préparer. Vi cependant le moyen le plus sûr pour vous conduire au bonheur éternel est la méditation fréquente de ces terribles
vérités, car l'Esprit-Sainl nous dit : « Rappelez-vous vos fins dernières^ et vous ne pécherez jamais ».
C'est donc pour nous le sujet d'une grande consolation dans les douleurs que nous éprouvons à la mort de ceux qui nous ont été les plus chers, et qui nous sont les plus utiles, lorsque, en examinant la carrière qu'ils ont fournie, nous pouvons nous rendre le témoignage qu'ils ont été de bons et fidèles serviteurs, ayant travaillé constamment, avec courage et dévouement, à procurer la gloire de leur Dieu et le salut de leur prochain.
Aussi esl-ce là, dans cette longue et douloureuse carrière qu'a parcourue votre bien -aimé Père, pendant un demi-siècle, en faisant le bien et travaillant constamment à procurer la gloire de Dieu, que nous devons tous trouver le plus puissant motif de consolation dans ce jour de deuil, et l'espoir bien fondé qu'en laissant celte vallée de larmes où il a tant lutté et souffert, il est sorti de la terre de l'exil pour arriver au bonheur de l'éternelle patrie.
Nous allons donc maintenant jeter un coup d'oeil sur cette longuecarrière pour bien nous convaincre que, depuis Tâge le plus tendre, il a toujours été un bon et fidèle serviteur de son maître, aimant Dieu de tout son cœur, et s'efforçant de se conformer constamment à sa Sainte- Volonté, quelque sacrifice qu'il dût lui en coûter.
Oh ! sans doute, à l'exemple du Divin Sauveur, il a pu parfois trouver le calice amer et prier son père qui est dans le ciel de l'éloigner de lui ; mais toujours avec celle parfaile soumission qui lui faisait dire : € Seigneur, que votre volonté soil faite et non la mienne p.
L'Illustrissime et Révérendissime Père en Dieu, Mgr A. -A. Tachéest issu de ces familles canadiennes également remarquables par la noblesse de leurs sentiments que par la vivacité de leur foi et de leur attachement sincère aux enseignements de l'Eglise Catholique. Devenu orphelin, avant d'avoir connu le doux nom de père, il eut le bonheur de trouver en sa vertueuse mère ce qui pouvait mieux suppléer à celte grande perte, par le dévouement de son cœur et la fermeté de son caractère; cette jeune veuve, comprit la grande œuvre que lui confiait la Divine Providence dans l'éducation profondément chrétienne de sespetits enfants ; elle fut heureuse de trouver dans le dévouement d'un frère bien-aimé un puissant secours dans celle œuvre de l'éducation qui prime toutes les autres. Heureux les enfants qui reçoivent ainsi de la bouche d'une mère bien-aimée la connaissance des vérités fondamentales qui doivent assurer leur bonheur au milieu des luttes inévi-