‹ Vers l'abîme (volume 4)Chapitre 71 sur 77 · ORAISON FUNÈBP.E DE M^' TACHÉ · texte numérisé non relu

ORAISON FUNÈBP.E DE M^' TACHÉ

■tables de la vie, et la direction à suivre pour arriver au bonheur éternel <jui est la fin dernière et suprême do l'homme, la connaissance de Dieu, de sa loi sainte, l'amour et la fidélité que nous lui devons ; c'est là le premier et le dernier mot du symbole catholique : « Je crois en Dieu... il la résurrection de la chair... à la vie éternelle... »

Le jeune enfant eut le bonheur de recevoir celte précieuse connaissance dès l'aurore de sa vie, de la graver profondément dans son esprit et son cœur, et d'y être fidèle jusqu'au dernier de ses jours.

Après une éducation de famille aussi soignée, il fut confié aux dignes prêtres du séminaire de Saint-Hyacinthe, de cette illustre maison : et c'est dans cette seconde période de sa vie que commencent à se développer les germes précieux de l'intelligence et du cœur dont le Seigneur l'avait doué.

Après un cours d'études brillant, il se trouva arrivé à cette période solennelle de la vie où le jeune homme, comme un fruit mûr doit se détacher de l'arbre qui l'a vu naître et prendre la direction que lui indique la Providence pour traverser la mer orageuse de la vie, si fertile «t si féconde en tristes naufrages pour la jeunesse dans les temps mauvais que nous avons à traverser.

Oh ! sans doute, il comprit que l'un de ses premiers devoirs était de consulter Dieu dans une affaire si importante, et comme le jeune homme de l'Evangile, il alla trouver Notre-Seigneur et lui demanda ce qu'il avait à faire pour arriver à la vie éternelle, et Notre-Seigneur «gréant cette demande, lui fit connaître, par son inspiration et la sage décision de ceux qu'il avait chargés de le diriger dans cet âge critique de la vie, ce qu'il devait faire. Il entendit donc Notre-Seigneur lui répondre : « Si vous voulez arriver à la vie éternelle, gardez les commandements de Dieu ». Et nous avons la confiance qu'il dut répondre sincèrement comme ce jeune homme de l'Evangile : « Seigneur, ces commandements je les ai observés dès ma jeunesse », et c'est en cela, nos Très Chers Frères, que consiste la vie commune dans le christianisme, c'est-à-dire l'observation fidèle des commandements sous peine àe damnation.

Notre-Seigneur, voyant dans cette jeune âme ces dispositions généreuses, le regarda sans doute avec un bienveillant intérêt et lui fit entendre au fond du cœur les paroles qu'il adressa au jeune homme de l'Evangile : « Si vous voulez être parfait, allez, vendez ce que vous avez, et donnez-en le prix aux pauvres, vous aurez un trésor dans le ciel, ensuite venez et suivez-moi ».

C'est là, Nos Très Chers Frères, un second état dans le Christianisme ; l'état de la vie parfaite qui consiste dans la pratique des Conseils évangéliques, mais cela librement, non pas sous peine de damnation, mais gous peine de ne pas arriver à l'état de perfection où la Providence les appelle. Plus heureux, sans doute, que le jeune homme des Saints Livres, il trouva dans sa généreuse nature l'énergie nécessaire pour répondre à l'appel de Dieu et faire généreusement tous les sacriGces qu'exige cet appel.

Il dut cependant éprouver dans son cœur une lutte alTreuse en entendant le Seigneur l'appeler à une vie de sacrifices d'autant plus grands que l'état sublime auquel il l'appelait, l'étal sacerdotal, était plus élevé, car c'est une loi de la Providence :que plus l'état auquel Dieu appelle est saint, plus les sacrifices que le Seigneur demande pour arriver à cet état de sainteté sont grands.

Mais plus heureux que le jeune homme de l'Evangile, il sortit triomphant de la lutte, et n'hésita pas à renoncer aux avantages que le monde pouvait lui promettre; car ses talents distingués lui assuraient une carrière honorable parmi ses concitoyens, avec les honneurs, les dignités et les plaisirs légitimes du monde. Mais une fois entré dans la carrière des sacrifices, il voulut aller aussi loin qu'il lui était possible en renonçant même aux avantages que pouvait lui promettre le sacerdoce régulier.

Il voulut donc pénétrer plus avant dans la voie de la perfection, et n'hésita pas à demander son entrée dans le noviciat des RR. PP. Oblats de Marie Immaculée qui venaient de fonder une maison de leur institut dans le diocèse de Montréal, institut qui a pour mission d'évangéliser les pauvres. Après les épreuves ordinaires, il fut admis à faire son oblation au Seigneur pour la vie, et s'y engagea par les vœux ordinaires de pauvreté, chasteté et obéissance.

J'aurais ici, Nohi Très Chers Frères, quelques rétlexions bien importantes à vous faire sur ces engagements si solennels et qui lient pour la vie. C'est que dans le monde, même chez de bons catholiques, on trouve les idées les j)lus fausses sur la nature de ces engagements et les avantages qui en résultent en faveur de ceux qui sont appelés à les prendre. Dans le temps où nous sommes, il y a un mot qui exerce sur les hommes une inlliience magique ; ce mol c^ est liberté. Or, il n'y a peut-être pas de mot plus mal compris en général que ce molde iibei'té. On s'imagine généralement que plus l'homme a de facilité à faire ce qu'il veut dans loiiles les directions, bonnes ou mauvaises, ]>lus il est

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libre, et c'est là une erreur foadamentale, car ce n'est en vérilé que la licence ou la négation de toute règle de conduite qui est directement l'opposé de la liberté.

Noi>, la liberté ne peut consister à faire le mal ; qui commet le péché est esclave du péché ; la vraie liberté consiste à faire ce qui est bon, ce qui est juste, ce qui est conforme à la volonté de Dieu, et plus un homme a de facilité à faire celte volonté, plus il est libre ; et l'être le plus libre que nous puissions concevoir, c'est Dieu lui-même et après, c'est !a sainte Vierge, ce sont les Anges et les saints dans le ciel et sur la terre, ce sont lefi meilleurs chrétiens et parmi les chrétiens, ceux qui s'y obligent d'une manière spéciale, volontaire, par promesses et par vœux. Car l'illustre Léon Xlll, dans son encyclique sur la liberté humaine, déclare que la liberté a besoin d'une protection et que cette protection consiste dans la loi ; ainsi les lois divines et humaines n'ont pas pour but de gêner et encore moins d'opprimer la liberté, mais bien de la protéger contre les entraînements des paissions, des scandales du monde et contie les influences diaboliques ; d'où nous pouvons conclure avec certitude que les personnes engagées dans l'état religieux jouissent réellement d'une liberté plus grande et plus parfaite que les personnes qui vivent dans le monde sans ses engagements, et qu'un religieux et une religieuse dans leur monastère et dans leur cloître sont réellement plus libres que les grands personnages du monde, même les rois et les potentats sur leur trône, et que ces personnes, ainsi engagées dans les voies de la perfection, ont bien plus de facilité que tout antre à faire toujours la sainte volonté de Dieu.

Et voilà pourquoi le Seigneur a voulu que les personnes qui s'engagent plus spécialement à son service commentassent par renoncer à tout ce qu'elles possèdent; et il va plus loin, il demande même l'immolation de leur propre personne en exigeant qu'elles prennent leur croix, qu'elles la portent tous les jours et qu'elle le si'ivent même jusqu'au sacrifice de leur propre vie, si cela devient nécessaire.

Au contraire, ceux qui n'ont pas le courage de taire ces généreux sacrifices auxquels les appelle Notre-Seigneur deviennent les tristes esclaves de leurs passions qui les entraînent dans toute espèce de désordre ; de là, Nos Très Chers Frères, ce langage populaire, si plein de vérité, de l'esclavage, où sont les hommes qui se laissent entraîner au gré de leurs passions, qui deviennent les esclaves du respect humain et subissent stupidement toutes les influences diaboliques qui ne cessent de s'exercer autour d'eux de mille et mille manières, surtout de nos

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jours par la voie des mauvais journaux et des mauvais livres ; ils en viennent jusqu'à nier les vérités évidentes, ef l'écrivain sacré dit qu'ils vont même jusqu'à nier l'existence de Dieu ; et, alors il les compare au cheval et au mulet qui n'ont point d'intelligence. Mais revenons au généreux sacrifice du jeune Obîal ; il ne se contenta point des sacrifices ordinaires que lui imposaient ses vœux, il voulut aller encore plus loin dans les voies de la perfection et fit connaître à ses supérieurs qu'il accepterait volontiers les missions lointaines chez les infidèles des vastes régions du Nord-Ouest. C'était pour lui un sacrifice héroïque de consentir à s'éloigner pour toujours de sa bonne et tendre mèie, dont il se savait si sincèrement aimé, de quitter pour toujours, dans sa pensée, sa patrie bien-aimée, car il m'a déclaré plusieurs fois dans l'intimité de la conversation qu'il avait laissé le Canada avec la sincère conviction qu'il ne le reverrait jamais.

Ses supérieurs connaissant la générosité de son cœur et toute l'énergie dont il était doué, n'hésitèrent pas, malgré son jeune âge, à accepter son généreux sacrifice et à le donner pour compagnon au regretté Père Aubert qu'ils chargèrent d'aller fonder une maison de leur institut sur les bords de la Rivière Rouge où l'illustre apôtre de ces régions, feu M^r J.-N. Provencher, était venu 26 ans auparavant planter l'étendard de la croix au milieu des peuplades sauvages qui habitaient ces immenses contrées?

C'était en l'année 1845, après un long voyage de 62 jours avec toutes les incommodités que l'on connaît qu'ils arrivèrent à leur destination, et l'on sait quelles bénédictions abondantes Dieu a répandues sur cette faible fondation et quel accroissement il a plu au Seigneur de donner à ce grain de sénevé qui étend aujourd'hui ses branches de l'Atlantique au Pacifique, et jusqu'aux régions glaciales et inhospitalières de la rivière Makenzie.

C'est quelques jours après son arrivée à Saint-Boniface que j'eus le plaisir et l'avantage de faire sa connaissance dans la maison même et en présence de l'apôtre fondateur de ces vastes missions; c'était au retour de ma première mission dans la rivière Saskatchewan. L'année suivante nous fûmes tous deux dirigés vers le Nord-Ouest jusqu'au Fort de l'île à la Crosse, éloignée de près de trois cents lieues de Saint- Boniface. Nous y arrivâmes après un voyage de deux nuis et c'est là que nous avons planté l'étendard de la Croix pour y travailler à répandre la lumière véritable qui éclaire tout homme venant en ce monde, au milieu des peuplades sauvages qui étaient là plongées dans

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