ORAISON FUNÈBRE DE M"' TACHÉ
les ténèbres et assises à l'oinhre de la mort ; ce généreux missionnaire, plus jeune el plus forlement constitué que je ne l'étais, se chargea voontiers de visiter le lac Alhabaska à \VtO lieues au nord de l'île à la Crosse et du lac Caribou, près de 100 lieues au nord de la mission centrale.
C'est la sans doute, dans ces voyages si pénibles sous tous les rapports, qu'il eut à faire pendant trois années consécutives, qu'il prit le genne des intirmités el de la m;iladie qui devaient plus tard terminer ses jours; c'est là aussi qu'il nous fallut nous mettre au travail si difficile de l'étude des langues crise et montagnaise qui étaient généralement parlées dans toute celte région.
Après trois années de ce rude ministère, je dus redescendre à Saint- Boniface parce que la rigueur de ces climats et la pauvreté de la nourriture que nous pouvions à peine nous procurer, avaient épuisé mes forces et fait contracter une infirmité dont je souffre encore, c'est là qu'il voulut bien se faire mon médecin et me soigner avec la plus grande charité dans l'infirmité qui me forçait à garder la maison.
Dans l'intervalle, d'autres Pères étaient venus nous rejoindre et continuer l'œuvre des missions que nous avions commencées à fonder. A mon retour à Saint-Boniface, Mgr Provencher, sentant ses forces décliner de jour en jour, comprit que le temps était venu de se choisir un coadjuteur pour la direction de ses missions, et après avoir bien prié Dieu de lui faire connaître quel devait être ce successeur, son choix tomba sur le Père Taché et malgré son jeune âge. Le résultat de ce choix a prouvé amplement que le vénérable prélat ne s'était pas trompé dans son appréciation, et que ce jeune religieux était véritablement l'homme que Dieu même avait préparé pour conduire l'évangélisation de ces immenses territoires.
Nous entrons ici. Nos Très Chers Frères, dans la deuxième phase de sa vie de missionnaire. A mesure que le jeune oblat gravissait les degrés de la hiérarchie ecclésiastique, il voyait s'agrandir l'horizon du champ que le Seigneur lui donnait à défricher ; devenu évoque coadjuteur avec future succession du vénérable apôtre fondateur de ces missions, Mgr Provencher, ce n'était plus les missions si pénibles et si vastes de l'île à la Crosse, de l'Athabaska et du Lac Caribou qu'il avait à visiter, mais toutes les régions qu'arrosent la Saskatchewan, la Rivière à la Paix et le fleuve Mckenzie, jusqu'aux régions polaires, el c'est dans les longues et pénibles courses qu'il eut à faire dans ces vastes régions, qu'il commença à s'apercevoir que l'ardeur de son zèle dépassait la
mesure de ses forces physiques. Et c'est alors qu'il comprit qu'il lui fallait appeler à son secours d'antres ouvriers animés du même zèle, et qu'il demanda au Saint-Siège de vouloir bien diviser en diocèse et vicariat apostolique les régions de la Saskatchewan, pour les confier au zèle apostolique de deux de ses frères, les RR. PP. Grandin et Faraud, avec les titres, le premier d'évôque de Saint-Albert, dans la région de la Saskatchewan, et le second avec le titre de vicaire apostolique de l'immense vallée du fleuve Mckenzie.
Revenu à Saint-Boniface, à la mort de son illustre prédécesseur, il «'appliqua à développer les institutions naissantes qu'y avait fondées Mgr Provent her en y appelant, en 1844, les Sœurs Grises de Montréal, pour y prendre soin des orphelins, des pauvres, des malades et de l'instruction de la jeunesse du pays, et l'on voit aujourd'hui quelles bénédictions la divine Provideuce s'est plu à répandre sur cette institution, et votre regretté Père a pu répéter les paroles de saint Paul : « Si mon prédécesseur a planté, j'ai fait, moi, le travail d'Apollon, j'ai arrosé; mais c'est Dieu qui a donné l'accroissement ». Plus lard, quand la colonie de la Rivière-Rouge est passée sous le gouvernement du Canada, il a vu s'abaisser les barrières qui empêchaient jusque-là l'arrivée des émigranls des pays civilisés, et comprit tout de suite qu'il fallait préparer les institutions nécessaires aux besoins spirituels et sociaux des nombreux émigrants qui allaient bientôt affluer de tous cotés par les voies si faciles, les chemins de fer.
El voilà pourquoi il fit appel aux RR. PP. Jésuites, leur demandant de prendre la direction d'un de ces collèges bénis qui forment si admirablement les jeunes gens qui les fréquentent, aux diverses positions nécessaires à l'Eglise et à l'Etat, dans le sacerdoce et les professions libérales. Il fonda de même dans la ville de VVinnipeg une communauté ensei^^nante, en s'adre.-sanl aux Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie, de Montréal. H développa l'action des missionnaires oblats en oro^anisantet dans la ville de Winnipeg et sur les divers points de son vaste diocèse des missions et des paroisses régulières, selon que le demandait 1h bf'soiniles nouveaux arrivants dans la nouvelle province de Manitoba. 11 fit en même temps appel aux généreux prêtres séculiers, tant du Canada que de l'ancienne France et de la Belgique c^ui se sentaient, eux aussi, animés de l'esprit apostoliciue, et il leur confia, selon que les circonstances le demandaient, les diverses paroissFs qui surgissaient comme par enchantement, et il voyait avec bonheur se développer rapidement ces divers groupes qui semblaient avoir devant eux
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le plus bel et le plus heureux avenir ; c'est ainsi que sous sa sage et vigoureuse administralioii, les choses prenaient les plus heureux développements jusqu'à ces dernières années.
Mais voici qu'un nuage formidable apparaît soudain à Thorizon et semble menacer la prospérité et l'avenir de la colonie : cependant, la prudence et les sages conseils du Pasteur vigilant et ferme surent maintenir dans l'ordre et la soumission aux autorités légitimes les populations qui lui étaient confiées, en leur indiquant les moyens réguliers qu'ils devaient prendre pour obtenir des autorités constituées le redressement des griefs dont elles avaient à se plaindre.
Et déjà un nouveau nuage s'est élevé à l'horizon, plus formidable que le premier, car il menace dans sa base même l'oeuvre de toute sa vie, en s'atlaquant aux principes sur lesquels doivent reposer l'avenir, la paix et la prospérité de toute une nation, je veux dire l'éducation morale et religieuse de la jeunesse par l'enseignement des principes chrétiens qui forment les hommes honnêtes et les bons citoyens.
J'aborde ici la troisième période de la carrière apostolique de notre regretté Père, celle de la lutte glorieuse et cependant si douloureuse qu'il a dû soutenir contre des adversaires formidables par leur nombre et leur puissance pour assurer à la jeunesse qui lui est confiée la conservation et le maintien des écoles catholiques telles quelles avaient toujours existé depuis le commencement de la colonie. Malgré son grand âge et ses graves infirmités, sa conscience ne lui a j)as permis de reculer devant cette formidable lutte dont l'enjeu n'était rien moins que l'avenir religieux et social de son peuple. Je dois donc ici exposer les principes sur lesquels doit reposer l'éducation de l'homme pour assurer son avenir religieux et moral, tels que le Créateur lui-même les a établis. En elTet, l'homme est ce que l'éducation le fait ; le sauvage est l'homme sans éducation ; le barbare est l'homme dont l'éducation perverse a faussé les plus généreux instincts de la nature humaine, et l'homme civilisé est celui dont l'éducation lui a donné les véritables notions sur les devoirs qu'il doit remplir envers Dieu son Créateur, envers la société à laquelle il appartient, et envers les autorités civiles et religieuses constituées pour le diriger dans les voies de la vérité et de la justice qui protègent et garantissent tous les droits des membres qui la composent : car c'est un oracle de nos livres sacrés que la justice et la paix se sont embrassées et c'est par l'observation fidèle des règles de la justice que les sociétés grandiront, prospéreront, et atteindront leur fin! Le prophète a dit : « 11 est bon pour l'homme d'avoir porté le joug de
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l'obéissance dès son bas âge », el lo prophète Jérémie proclamait celte vérité en face des ruines que la mauvaise éducation des enfants de son peuple avait attirées sur sa malheureuse patrie.
Il est donc hors de doute aux yeux de la raison et de l'enseignement chrétien que l'éducation de l'enfance el du jeune âge est l'une des questions les plus importantes dont les peuples doivent s'occuper. Mais qur est chargé de donner cette éducation à Tenfance et à la jeunesse des peuples? Ici je dois vous signaler une erreur fondamentale sur cette question qui doit primer toutes les autres, erreur qui a été proclamée à l'époque de la grande Révolution Française du dernier siècle parles révolutionnaires (jui avaient entrepris de détruire l'ordre social et chrétien dans noire ancienne mère-pairie, la France. Celte erreur découle de la proclamation des prétendus droits de l'homme qui n'allait à rien moins qu'à chasser Dieu de la société et à constituer pour l'avenir l'ordre social exclusivement sur l'autorité humaine. Et c'est de là que l'un des plus fomeux révolutionnaires, abordant la question de l'éducation, a formulé cette erreur fondamentale en proclamant que l'enfant appartient à l'Etat avant que d'appartenir à la famille ; et ce qu'il y a de plus étonnant, c'est que cette erreur qui attaque à la fois la loi chrétienne et la loi naturelle, ait été acceptée par un peuple aussi intelligent et aussi profondément pénétré dans toute sa législation de l'esprit chrétien, que le peuple français.
Ce qui n'est pas moins étonnant, c'est qu'à l'heure où je vous parle il y a encore un grand nombre d'hommes qui se disent chrétiens et même catholiques, qui regardent comme un dogme inattaquable que l'éducation de l'enfance appartient à l'Etal el non à la famille et à l'Eglise. Or, celte erreur est une violation évidente de la loi naturelle.
Non, Messieurs, l'enfant n'appartient pas à l'Etat, il appartient à ceux à qui Dieu l'a donné, c'est-à-dire aux parents dans Tordre naturel et à l'Eglise dans l'ordre surnaturel ; elle en est devenue la mère par le sacrement de la régénération baptismale. C'est la loi môme de la nature reconnue, proclamée el pratiquée chez tous les peuples et dans tous les temps, même chez les peuj)les tombés dans les plus graves égarements sur leurs devoirs envers Dieu. Toujours et partout on a regardé comme un devoir sacré pour les parents d'élever leurs enfants dans la religion qu'ils croyaient sincèrement être la meilleure, et Dieu lui-même n toujours ordonné aux parents d'élever leurs enfants dans la soumission à sa sainte loi. Il n'existe dans le monde aucune autorité iiumaiue