‹ Vers l'abîme (volume 5)Chapitre 10 sur 21 · Un vol. ia-8 : 2 fr. 50. Chez Savaète, Paris · texte numérisé non relu

Un vol. ia-8 : 2 fr. 50. Chez Savaète, Paris

» Bien plus, en signalant d'une manière discrète tout ce qui se passe d'important dans le monde des savants, des penseurs et des écrivains catholiques étrangers, nous avons conscience de rendre un véritable service à l'élite intellectuelle et même à l'Eglise de ce pays. Si ce qu'on publie en France sur notre histoire a de la valeur, on nous en saura gré ici; de même, si ces écrits sont mensongers i.. dangereux, nous fournissons le seul bon moyen d'en faire jsistice, en attirant sur eux l'attention des écrivains capables le les réfuter : C'est ainsi que nous expliquons notre crime..

» Sauf quelques pages de commentaires, la Hevue du Monde Catholique a reproduit des documents inédits et d'une importance extraordinaire pour l'histoire canadienne, signés par d'illustres défimts, ~Mgr Ig. Bourget, ^Mgr Laflèche, le sénateur Trudel et ]\I. Bellerose. Nous avons la charité de croire que ce ne sont pas ces pièces importantes de notre histoire religieuse, écrites par des hommes vénérables et véridiques, que la Presse dénonce comme des écrits mensongers, -malsains et inopportuns ?

» La rage de la Presse ne peut-elle pas aussi s'expliquer par le fait que, dans les pages de la Bévue du Monde Catholique, des chefs libéraux sont flagellés d'une impitoyable façon et que le libéralisme toujours choyé est douloureusement cloué au pilori ?

» Un incident qui couvre de ridicule notre malheureux adversaire, c'est que la Presse qui nous accuse, par moquerie, de lancer des excommunications majeures, excommunie bel et bien la Revue du Monde Catholique: Notre confrère de France ne s'en portera pas plus mal et continuera sans doute la publication des dociunents canadiens.

» Maintenant la Presse a-t-elle songé que si vraiment les écrits qu'elle dénonce sont mensongers et malsains, elle a causé un véritable scandale chez le peuple qui, lui, n'a pas le discernement nécessaire pour bien juger des documents aussi

importants, que même certains hommes réputés instruits ne savent pas apprécier à leur juste valeur ?

» Après un tel tapage on comprend que l'éveil est donné autour de la publication entreprise par la 'Revue du Monde Catholique; on peut être certain aussi que, grâce à l'énorme réclame faite par plusieurs journaux et en particulier par la Presse, si l'annonce de ces confrères a vraiment quelq;ue valeur, la 'Revue du Monde Catholique va susciter mi intérêt nouveau, immense, et sera avidement recherchée peut-être même par une classe de lecteurs qui ne peut en tirer rien de bon. Ce ne sera pas notre faute.

» Un mot, en terminant, pour rassurer sur notre compte nos bons et fidèles lecteurs : La violente et sensationnelle dénonciation de la Presse portée contre nous ne doit pas être considérée comme une condamnation; nous sommes encore dans le giron de l'Eglise et le prochain numéro de notre journal paraîtra comme à l'ordinaire.

» Signé: Paul Tardivel. »

N'est-il pas vrai que la chicane est digne d'un plumitif qui tire à la ligne dans un journal complaisant?

Nous remercions d'abord M. Tardivel du crédit qu'il nous fait en cette circonstance, et nous profitons de l'occasion fournie pour le rassurer sur l'état de notre santé que les attaques intempestives et manifestement burlesc^ues de la Presse n'ont point altérée. Il y a cent à parier que des récidives de cette espèce ne feraient que la conserver inaltérable : il y a des gens comme cela de par le monde, dont la bave, sécrétée abondamment, garde pour l'innnortalité tout ce qu'ils croyaient contaminer et perdre par leur propre corruption; c'est un alcool de laboratoire sui generis, et il est fort heureux que le patron de Ladébauche en ait tant en réserve, puisqu'il en a chez lui, mieux q;ue chez les autres, un emploi immédiat. N'insistons pas.

Mais, dans le même nimiéro de la Vérité {1^^ février 1908), nous lisons, sous la rubrique : la Presse, la Vérité et la Revue du Monde Catholique, ce qui suit :

« Je viens de lire dans le journal jaune le plus achalandé de notre métropole commerciale un article à l'emporte-pièce dirigé contre la Vérité; cet écrit ne manque assurément pcks d'un certain intérêt négatif assez appréciable dont je vais essayer de faire bénéficier ceux, en grand nombre sans doute, qui ne connaissent comme moi de la Presse que de rares échantillons.

» L'auteur de cette élucubration n'a pas à chercher ailleurs que chez lui ce qu'il appelle une étrange mentalité; il doit savoir ce que c'est que d'avoir une araignée au plafond, à moins que l'exercice de ses facultés mentales ne soit troublé par quelque amas de bile dû à son animadversion pour les écrivains et les publications franchement catholiques.

» Rien de plus insensé en effet que de se ruer rageusement sur une feuille qui, outre qu'elle possède la confiance de son évêque, reçoit le plus grand encouragement de la plupart des prêtres de cette province, quand on n'a d'autre reproche à lui adresser que celui d'avoir publié, suivant sa louable habitude, le sommaire d'une revue catholique en règle avec ses supérieurs ecclésiastiques, revue courageusement militante dans notre mère-patrie, à Paris même où les sectaires font la vie si dure aux défenseurs de l'Eglise. Il est vrai que cette revue n'est ni libérale, ni moderniste, ni même opportuniste.

» La Presse manifeste ainsi très clairement les sentiments qui l'animent et la largeur d'esprit qui la distingue d;ins l'usage des moyens dont elle se sert pour infiltrer son venin dans les milieux, trop considérables, hélas ! où s'exerce sa pernicieuse influence. ,

» L'un des grands torts de la Vérité serait d'avoir présenté l'article en question à ses lecteurs en substituant dans la publication du sommaire le sous-titre an tilro. Or, cola est r-om-

plètement faux : L'article de la Revue du 'Monde Catholique est intitulé Joix Canadiennes, comme l'a publié la Yérité, et non Yers Vdbîme. Au reste ce détail n'a pas d'importance, il suffisait d'indiquer brièvement le sujet traité; la Vérité est très louable de ne pas faire dans ses colonnes de remplissage à la manière de bien des grands journaux, dont la Presse, qui ne tiennent guère q;u'a imprimer tant de pages, quelle qu'en soit la valeur, et à fournir beaucoup de papier à leurs fortunés abonnés.

» Je n'ai pas à défendre la Revue du Monde Catholique qui saura sans doute se justifier elle-même, mais je ne puis m'empêcher de dire que je trouve exorbitante la prétention de l'écrivain de la Presse qui fait à tout catholique un devoir strict de croire que jamais aucun évoque, aucun évêque du Canada surtout, qu'il ait ou non fini sa carrière terrestre, n'a pu commettre une faute, même matérielle, ni émis jamais une opinion qui puisse avoir des suites regrettables pour la société ecclésiastique ou civile. Aucun de nos vénérables prélats ne voudrait assurément souscrire à une telle proposition.

» La Presse aurait dû en tout cas laisser savoir à ses lecteurs que la Revue du Monde Catholique se propose avanl tout, dans l'étude dont elle se plaint, de livrer à la publicité des documents importants qui puissent nous aider, nous el ceux qui viendront après nous, à bien discerner les oouraniS d'idées favorables ou nuisibles au bien de la religion et au progrès moral, voire même matériel dans notre pays, ce dont devraient lui savoir gré tous les bons patriotes et catholiques canadiens-français, d'autant plus que ses rédacteurs et collaborateurs parmi lesquels se trouvent des écrivains de la valeur du Père At, se sont toujours recommandés par une sûreté de doctrine qui ne s'est jamais démentie, même à cette époque de libéralisme et de modernisme qui ont fait de si terribles et peut-être irréparables ravages, particulièrement en France,

mais aussi dans tous les pays du monde, le Canada non excepté.

» La Presse aurait dû également tenir compte du fait que le premier et principal docmnent cité par la Revue du Monde Catholique à l'appui de son œuvre est un mémoire de feu jMgr Bourget, qui fut l'Ordinaire des écrivains de la Presse ou du moins de leurs pères, cet évêque dont le règne fut si fécond et si glorieux pour l'Eglise du Canada, qui a laissé après lui une si haute réputation d'ortliodoxie et de sainteté.

» Les coups d'épingle de la Presse ne sauraient assurément altérer ce pur diamant qu'est la mémoire du grand archevêque Bourget, dont un si grand nombre de prêtres zélés et de fervents catholiques ressentent encore aujourd'hui la perte.

» Il nous reste à dire un mot de ce « vieil ecclésiastique ?n rupture de respect avec son Ordinaire ». La Presse devrait nous donner quelques renseignements plus précis sur son compte. Quels forfaits at-il commis pour que l'on ne puisse accorder aucun crédit à sa parole?

» En nous faisant connaître toute la méchanceté de ce misérable homme d'Eglise, la Presse apporterait à sa thèse un appui dont elle a grand besoin. Elle éviterait aussi de se rendre coupable des plus graves médisances ou plutôt des plus noires calomnies, sans prendre la peine de donner une preuve quelconque de ses accusations.

» Sans doute on ne juge pas toujours la valeur d'un écrit par le mérite de celui qui en est l'auteur. Les personnes ne sont pas des dogmes, si ce n'est peut-être pour la Presse et pour ceux qui lui ressemblent. Mais il y a une présomption favorable ou défavorable à la i)arolc d'un quelqu'un, suivant ce qu'il vaut, et ce vieil ecclésiastique pourrait bien valoir le perdreau qui le vilipende. La Presse termine sa pantalonnade par cette phrase :

« Espérons qu'on va écrire l'histoire do ces dernières an- » nées avec impartialité, vérité, afin ((uo soient éclairés ceux

» qui ne rêvent que batailles et leur esprit débarrassé, c'est » le cas de le dire, de ces illusions dangereuses. »

» Bien avisé qui trouvera dans ce Jargon un sens raisonnable ou même une forme grammaticale susceptible de faire honneur à- un élève d'école primaire.

;> Personne plus que moi ne désire que l'histoire, la véritable lijstoire de notre pays, et phis particulièrement notre histoire ecclésiastique, s'écrive un jour par des personnes consciencieuses et éclairées, non par des plumes serviles, saturée.? de libéralisme, de mercantilisme, de matérialisme et de toutes les erreurs et maladies sociales qui nous débordent aujourd'hui.

» C'est donc de tout cœur que j'approuverai toujours la publication des docoments propres à faire briller à nos yeux le plus pur rayonnement de la vérité historique. Je crois obéir en cela à la consigne de Léon XIII, citée par la Revue du Monde Catholique :

« Publiez Âes Archives du Vatican tout ce qui a quelque » val^i historique, que cela jette du crédit ou du discrédit » sur les autorités ecclésiastiques. Si les Evangiles étaient » écrits de aos jours, on justifierait le reniement de saint » Pierre et on passerait sous silence la trahison de Judas, » poiu' ne pas offenser la dignité des apôtres. »

» Il se peut que les écrivains de la Presse et leurs accointances n'aiment pas autant qu'ils le disent la vérité historique entière. De là ces fureurs qui heureusement ne font guère de tort qu'à eux-mêmes.

» Dans l'article dont je parle et dans tin autre prêche publie auparavant, la Presse recommande la paix, la paix parfaite, partout et toujours dans la vie sociale, politique et privée- elle n'a jamais compris sans doute qu'il ne peut y avoir de paix que dans l'ordre, dans la vérité et la justice; or nous ne jouirons de la plénitude de ces biens que dans le ciel; il faut donc qu'elle se résigne à faire partie, pendant quelque temps encore, de l'Eglise militante. » Z.

En dernière page, en effet, et toujours dans son même numéro, la Vérité signale cette autre chinoiserie de ses contradicteurs. Ds reprochent à notre excellent confrère d'avoir, dans les sommaires de la Revue du monde catholique, insérés dans son journal, indiqué nos articles sous la simple rubrique : Voix Canadiennes, et d'avoir intentionnellement omis le soustitre : vers V Abîme et les autres ! Cette omission est motivée par l'habitude constante de la Vérité de n'indiquer les travaux des Bévues que par leur titre principal, d'omettre le reste pour réduire d'autant les réclames vaines et pour affecter à meilleure chose la place limitée dont l'organe dispose. La raison est bonne, et c'est la seule vraie. Il est parfaitement exact, d'autre part, que nous avons voulu, au cours de notre travail, donner la parole aux Canadiens pour exposer, définir et qualifier les conflits qu'ils connaissaient mieux que tous autres et dans lesquels ils étaient directement en cause. Notre intention n'a pas été, un seul instant, en les conunentant, de nous substituer à eux; voilà pourquoi Voix Canadiennes est le titre principal de notre œuvre, et vers VAhîme, une sorte de qualificatif par lequel nous visions à fixer l'attention de quelques-uns.

Vous avez retenu que Z... a pris la parole pour affirmer qu'il trouvait excessif la prétention de . la Presse qui fait à tout cathohque un devoir strict de croire : que jamais aucun évêque, aucun cvêque du Canada surtout, qu'il ait ou non fini sa carrière terrestre, n'a pu commettre une faute, même matérielle, ni émettre jamais une opinion qui pût avoir des suites regrettables pour la société ecclésiastique ou civile...

Poiu prouver que Z... ne s'aventure guère en faisant des réserves; que, en effet, chacun gîirde le droit de croire qu'icibas le meilleur des hommes n'est pas totalement affranchi des infirmité-s humaines, morales aussi bien que physiques, nous prenons au liJtsard, parmi bien d'autres, i>our servir de conclusion typique, un document qui n'est pas, d'iiilleurs, étranger à la cause. Jugez-en plutôt :

Lettre du cardinal Patrizi à l'Ill. Mgr Taschereau, archevêque de Québec.

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