‹ Vers l'abîme (volume 5)Chapitre 2 sur 21 · GG · texte numérisé non relu

GG

Sophie, des écoles d'aventures, où les voltigeurs s'appliquent à se montrer pires encore qu'ils ne sont, quoiqu'ils valent peu. La France intellectuelle est à la débandade.

» L'Université Laval a-t-elle, mieux que les nôtres, répondu aux consignes de l'orthodoxie ? Nous ne connaissons pas assez la mesure de son histoire pour apprécier ad amussim son action publique. A nous tenir aux grands faits, elle nous paraît toutefois répréhensible sous plusieurs rapports. Premièrement, le fait d'admettre des protestants et des libéraux dans le professorat d'une université catholique, est une erreur profonde et un tort grave. En second lieu, nous ne voyons point sortir, de cette Université Laval, d'œuvres aux grandes proportions. Surtout, si cette Université est le miroir où se reflète la société canadienne, on se demande en quoi elle a pu remédier aux divisions des esprits, aux bassesses du parlementarisme et aux méfaits des divers gouvernements. Le Canada est, sous certains rapports en pleine dissolution : l'Université ne doit-elle pas être le contrefort, la forteresse, l'arsenal pour parer à toutes les divisions et opposer une digue à l'envahissement des sept péchés capitaux qu'il ne faut pas prendre pour des traits de civilisations?

» L'Université Laval, non contente de son établissement à Québec, a voulu créer une succursale à Montréal. La chose en soi est louable : les deux villes sont assez grandes, le Canada voit s'ouvrir devant lui d'assez vastes perspectives, pour créer deux et même trois ou quatre universités. L'évêque de Montréal voulait bien créer une Université, mais indépendante. L'Université Laval faisait sonner haut ses dépenses et prétendait bénéficier de la fondation nouvelle. Puisque le Saint-Siège est entré dans ses calculs, nous n'avons pas le droi^ d'y contrevenir; mais nous ne comprenons pas. Les comptes d'épicier ne sont rien ici; les produire, c'(;st un acte d'inintelligence. Qu'on nous dise : Opulenti madré filia pulchrior, à la bonne heure, c'est un plus noble langage; mais c'est la question. L'Universilô Laval a-telle cette puroté do

doctrine, cette puissance d'enseignement, cette richesse d'œavres, cette maîtrise souveraine, qui fasse d'elle la capitale incontestée de la science canadienne? A d'autres de répondre. Pour nous, une université condamnée à un rôle secondaire, cela n'a pas de sens; nous voulons, pour Montréal, au regard de Québec, une indépendance absolue; nous le croyons mémo nécessaire pour que, de part et d'autre, une émulation généreuse et une loyale critique accroissent, dans chaque université, les richesses de la science. Nous irons même plus loin : nouf' souhaitons au Canada, la fondation d'une troisième université, confiée, non plus au clergé séculier, mais aux ordres religieux, spécialement aux Jésuites, l'ordre le plus savant et le plus apte à former des hommes. Le plus urgent besoin du Canada, c'est d'avoir des hommes de foi, des hommes de cœur, des hommes d'honneur, incapables de céder aux sollicitations de la presse, de conniver à la corruption électorale et parlementaire : hommes pieux, dévoués à la patrie et qui peuvent seuls la sauver des incohérences d'à présent i. »

Mgr J. Fèvre fait ainsi à peine allusion à d'écœurantes intrigues qui agissaient par tout le Canada, passaient les mers et faisaient rage jusque dans Rome même. Les libéraux avaient, dans la Ville Eternelle, un icamp retranché et redoutabler ment fortifié, face à face du Vatican. Qui n'a entendu parler, naguère, du commandant de ce camp, du P. Brichet, de ce pape noir comme on me le désignait? La lettre que voici nous en entretient aussi :

Lettre de Vdbbé Léon Provancher, curé du diocèse de Québec, à Mgr L.-F. Laflèche, évêque des T rois-Rivières.

Rome, 29 mai 1881. Monseigneur, Je n'ai pas été peu surpris, en arrivant ici d'Orient il y a

1. Histoire générale de l'Eglise de l'abbé Darras, terminée par Mgr Justin FÈVRE. Le Pontificat de Léon XIII, tome 44e (Chez Savaète» éd. Paris).

quelques jours, d'apprendre que le Canada était de nouveaa tout en feu à propos de la question de l'Université, qui menace de s'éterniser.

Je crois, Monseigneur, que vous avez ici un homme qui nuit grandement au règlement de cette question : c'est le P. Brichet, du Séminaire français.

Vous le savez, le P. Brichet est consulteur de la Propagande; et j'ai tout lieu de croire que ses avis font autorité là. Or, je n'ai pas rencontré d'homme plus partial et si peu réseivc dans ses remarques.

Mgr Paquet, MM. Saxe et Bolduc sont les sources de ces renseignements; or, vous savez vous-même si ces sources sont sûres et dignes de foi. On m'a débité, au Séminaire français, des contes si absurdes sur la phase actuelle de la question universitaire que j'ai cru devoir, à titre de notre vieille amitié, vous en dire quelques mots, dans l'espoir qu'ils pourraient vous être utiles. Je n'ai jamais entendu prêtre juger plus lestement des évêques que ne le fait ce P. Brichet; et ce, dans des circonstances, comme je le lui ai observé, où il n'est qu'imparfaitement renseigné. Ainsi, il dit que la Propagande vous a envoyé un ordre^ par télégraphe, d'avoir à vous réunir aux autres évèc[ues pour demander à la législature le monopole, pour Laval, de l'éducation universitaire. — Mais, c'est impossible, ai-je dit; Rome ne peut commander aux évêques d'abdiquer leur libre arbitre et d'agir contre leur conscience. Et vous ajoutez que, même après cet ordre, Mgr Laflèche a fait connaître publiquement son refus. Or de deux choses l'une : ou Rome avait le droit de commander ainsi, ou elle ne l'avait pas ; dans le premier cas, Mgr Laflèche doit être interdit présentement, et vous savez qu'il n'eu, est rien; dans le second cas, la Propagande s'est tout simplement fourré un doigt dans l'œil.

C'est ma conviction que l'affaire ne se réglera pas tant que cet homme-là ne sera pas mis à sa place, parce qu'il abuse de sa position pour préjuger les questions avec une

partialité révoltante, ne voyant tout que par les lunettes de Mgr Paquet et de M. Bolduc Entendez-le parler : Bourget et Laflèche (sio) sont, dit-il, des hommes sans tête; oh! quelle quarantaine ils feront dans le purgatoire, etc..

J'ai eu la hardiesse de rectifier quelques-uns de ses re«iseignements, et je remarque que, depuis, il paraît beaucoijep plus froid à mon égard. Mon compagnon de route, M. Bolduc. l'a flatté et applaudi ; de suite, il l'a fait nommer Missionnaire apostolique. Heureusement que je n'ai rien à demander, ni à attendre des chancelleries, et que je puis, en tout temps, garder mor indépendance.

Le P. Brichet dit qu'il faudrait un commissaire de Québec à Rome. Sans doute, un M. Paquet qui viendrait héberger chez lui, en lui comptant de beaux écus, ferait fort bien son affaire; mais ce ne serait pas le moyen de voir régler cette question à la satisfaction des partis.

Il faut que je vous parle encore des rumeurs. On dit qiie ^Igr Fabre a fait un écart dans sa défense à la presse, la question étant du domaine public; mais on blâme Mgr Bourget d'intervenir dans la question. Quant à la lettre de l'Archevêque, on en fait de très grands éloges, mais on n'a pas voulu me la montrer, ce qui me fait croire qu'on lui trouve aussi «quelques points faibles.

Je ne suis point emiemi de Laval et je ne voudrais pas lui nuire; mais j'ai été indigné de voir qu'on voulait ainsi régler cette question sans égard pour la voie droite, pour la vérité toute simple.

Lo Pape s'use vite et ne durera pas longtemps. Il est si nei*veux que chaque audience qu'il donne lui cause un malaise considérable. Il travaille beaucoup et prétend tout régler par lui-même : ce gui n'indispose pas peu les cardinaux contre lui.

Vous connaissez l'affaire des reliq.ues : on dit que le Cardinal Vicaire, trop vivement chauffé à cet égard, a menacé de donner sa démission.

Je dois laisser Rome demain, pour être de retour à Québec vers la mi -juillet.

Si inconvenance il y a, veuillez excuser le tout en vue du motif.

Avec les sentiments du plus profond respect.

(Signé) L. Provancher, Pire.

(Lettre transcrite fidèlement sur l'original. — J. G.)

Nous aussi, nous avons connu le P. Brichet, ou tOut au mr^iiis correspondu avec lui. Ce digne homme avait un neveu auquel il portait grand intérêt- Il lui passait force commandes en librairie dont profitait la maison Palmé, aidant ainsi, très naturellement, un père de famille à vivre modestement. Mais ce neveu, malgré cela, avait plus de besoins que de biens, et volontiers, pour un supplément nécessaire, il se prévalait de sa parenté avec le P. Brichet. Celui-ci ne le contredisait pas; au contraire, il le patronnait, le recommandait chaleureusement, et fit tant que, personnellement, je fis crédit de 20.000 francs environ iau neveu qui négligea de les rendre et disparut. Cependant, de la façon la plus inattendue, sans avoir rien sollicité, rien espéré, il m'arriva un bienfait de ce côté, bienfait que je sus apprécier à sa valeur intrinsèque, mais dont l'octroi gracieux était fait, néanmoins, pour me surprendre : M. Brichet, neveu, m'apporta, au nom de son oncle, pape noir à Rome, une bénédiction pontificale et une relique de la sainte patronne de mon épouse. Le P. Brichet semblait bien commanditer son neveu ; pour le moins lui valait-il, par ses interventions pressantes, im crédit imaginaire ; en tous cas, il ne fit rien pour dissiper la légende, ni pour me remettre sur la trace de mon débiteur : tout en me remerciant du bien que j'avais fait aux siens, il me déclara ne rien devoir pour eux ; il jne fit faire cette déclaration confidentielle par un confrère du Petit Séminaire de Paris, qui trouva la chose pénible, niais fort naturelle.

Avant de mettre sons les yeux du lecteur un document d'une gravité exceptionnelle, qui confirme et précise tout ce que Mgr Ig. Bourget écrivait sur le même sujet, nous croyons ulile de présenter Mgr Laf lèche, évêque des Trois-Rivières, à qui' nous donnerons ensuite la parole.

C'était en 1670 que Pierre Richer, premier de ce nom au Canada, quittait La Flèche, sa ville natale, et la France, sans esprit de retour, pour demander au sol vierge de la nouvelle France fortune et liberté. Pierre Richer fit honneur à sa race et devint la souche d'une famille, nombreuse et estimée, que nous n'avons pas à suivre autrement que pour constater qpie Mgr Laflèche, son descendant, qui devint le doyen de l'épiscopat canadien, naquit à Sainte-Anne-de-la-Perade le 4 septembre 1818. Ses ancêtres, de père en fils, comme la plupart des émigrés français, rivés à cette terre aimée, s'étaient adonnés à l'agriculture, et le Jeune Louis-François vivait et grandissait sous les yeux de son aïeul et de son père, de sa vertueuse mère aussi, à l'ombre vénérée du clocher, voisin de la terre patrimoniale acquise par Pierre Richer de Laflèche lui-même.

On vit l'enfant assidu à l'église, heureux d'y chanter les louanges de Dieu et de servir le prêtre à l'autel. A la vue de nobles exemples, s'accusa une vocation sacerdotale qu'on ne songea, autour de lui, qu'à encourager. Du reste, le petit Laflèche était gai, enjoué, d'un esprit éveillé et d'une intelligence si exceptionnelle, qu'elle paraissait, à son pieux entourage, ne pouvoir être dignement employée qu'au service de Dieu, au salut des âmes.

Pour entrer dans les vues manifestes de la Providence, on' dirigea le jeune Louis-François sur le collège Nicolet, où il

fit l'admiration et rédification de ses maîtres aussi bien que de ses condisciples.

Dans la suite, d'abord professeur, son zèle pour le bien du peuple, pour le salut des âmes, le fit bientôt aspirer à l'apostolat : il voulait être missionnaire. Mgr Provencher, évoque de la Rivière-Rouge, faisait appel à son dévouement.

L'abbé Laflèche fut ordonné prêtre à Québec, le 7 janvier 1844, par Mgr Turgeon, et, presque aussitôt, disant à sa terre natale,, à ses nombreux amis, à son père, à sa mère en larmes un touchant adieu, avec résolution, avec enthousiasme, il porta ses pas vers les solitudes du Nord, où il y avait tant d'obstacles à franchir, tant d'àmes à sauver au milieu d'inénarrables souffrances.

Douze années de son ardente jeunesse furent consacrées en courses apostoliques, périlleuses mais fécondes, aux cours desquelles, s'il ne fit point de miracles, il réalisa de tels prodiges, que Mgr Provencher, ne sachant comment bénir Dieu de lui avoir suscité un si précieux auxiliaire, crut devoir passer la houlette pastorale de sa main affaiblie par les ans dans la mani vigoureuse de l'abbé Laflèche. Rome ratifia le choix, mais l'humble missionnaire déclina non pas la charge lourde, mais l'honneur, qu'il croyait dépasser son mérite. Il prétexta ses infirmités pour s'y soustraire, et s'en revint à Nicolet en 1856. On l'y retrouve professeur de philosophie, bientôt supérieur de Grand Séminaire. C'est dans cette charge que la voix du peuple enthousiaste et le choix éclairé de Rome rélevèrent de nouveau et malgré lui à l'épiscopat, sous le titre de : évoque d'Anthédon; il devenait ainsi coadjuteur de l'évoque des Trois-Rivières. Telles furent cependant les angoisses de cette âme humble et délicate, en face de ses obligations non velles, qu'il tomba gravement malade, à tel point que, dans son entourage, on crut ses jours menacés. La Providence vint à l'aide do son serviteur et lui rendit, avec la confiance en luiniénie, la sanié nécessaire pour l'accomplissement de sa charge à la parfaite satisfaction de tous.

Mgr Laflèche, outre son angélique piété et sa vive intelligence, était doué d'une volonté de fer, atténuée par une affabilité captivante. Il était orateur entraînant, théologien profond ; et personne, en admirant la perpétuelle sérénité de son âme, n'aurait soupçonné les angoisses de son cœur d'apôtre.

Les sectes, ennemies de Dieu et de l'Eglise, faisaient au. Canada de rapides progrès et le libéralisme y causait des ravages.

Il redoutait des calamités pour son peuple. Afin de les conjurer, il n'est rien dont il ne se sentait capable; aussi le voyait-on combattre avec entrain, frapper d'estoc et de taille, provoquant, avec la stupéfaction de l'ennemi, des oppositions redoutables, des haines toujours inassouvies. La contradiction qui fait le mérite des saints ne lui fut jamais ménagée et jamais aussi il ne demanda, devant l'épreuve, que l'accomplissement de la volonté de Dieu, s'inspirant de l'exemple du divin Maître en agonie au jardin des Olives.

L'adversaire redoutait son énergie, son intrépidité tenace; mais unanimement on rendait hommage à sa franchise, à sa loyauté. Les épreuves, qui ne lui furent pas ménagées, le grandissaient et rarement, au Canada, la mitre fut portée avec plus d'humilité majestueuse que par ce digne prélat.

Mgr Laflèche figura au concile du Vatican, où il noua des relations précieuses auxquelles il resta toujours fidèle. Mgr Pie, notamment, le tenait en graftde estime, et le P. Monsabré, après un long entretien avec lui, ayant reçu, au sujet de ses conférences à Notre-Dame, des observations judicieuses, s'écriait : « Je ne puis croire ni mes yeux, ni mes oreilles : tant de science nous arrive du Canada! » Et l'éminent conférencier resta on relations assez suivies avec Mgr des Trois-Rivières.

D'ailleurs, Mgr Papi, secrétaire de Mgr Satolli, faisait, à Ptome, de Mgr Laflèche cet éloge : « Vieillard aux allures patriarcales, juste et frnnc, pieux et simple, savant comme un Père de l'Eglise et modeste comme un catéchumène. »

Voilà le témoin que nous allons produire et dont on entendra la voix vibrante avec respect et foi.

Donc, en suivant l'ordre chronologique des documents que nous jugeons utile de mettre sous les yeux du public pour l'établissement de faits incontestables, dans toute la lumière historique qui leur revient et dans le seul but de rendre un hommage, si tardif soit-il, à la vérité qui nous tient uniquement à cœur, nous arrivons à celte lettre de Mgr Laf lèche, datée du 8 septembre 1882, adressée à Son Eminence le Cardinal N. N. Par cette lettre, le digne évêque établit péremptoirement la nécessité d'une enquête sur les affaires religieuses du Canada. Voici :

Eminence,

Je suis allé l'automne dernier à Rome, comme vous le savez, pour y exposer les graves dangers que court l'Eglise du Canada.

En cela je ne fis que remplir un des plus graves devoirs de ma charge d'Evêque, et répondre à une impulsion impérieuse de ma conscience.

Déjà depuis longtemps, il était évident que le Saint-Siège était mal renseigné sur la situation réelle de notre pays, sur la cause et la gravité des maux dont nous souffrons. Déjà, la direction que prenaient les affaires ecclésiastiques de la province de Québec troublait les fidèles, et inquiétait si fort le clergé qu'à plusieurs reprises il se leva pour faire des observations. Les Evêques, en 1876, députèrent votre serviteur auprès de la S. C. de la Propagande pour connaître les raisons de cette direction étrange et nouvelle. Le Préfet d'alors, le Cardinal Franchi, éluda la question, prit des subterfuges et ne voulut pas répondre : rien ne fut changé, cependant, dans ce qui nous regardait.

Enfin, les décrets de septembre de l'an dernier, livrés a la publicité, rendirent la fausse impression sous laquelle était le Saint-Siège, relativement à la Province de Québec, si manifeste aux yeux de tous, produisirent dans tout le pays un! effet si malheureux, par les renseignements notoirement faux sur lesquels ils reposaient, et par les conséquences injustes et déplorables qui s'en suivaient pour le clergé et le peuple tout entier, qu'il devint nécessaire d'éclairer la Cour de Rome d'une manière toute particulière, et sans aucun retard.

Je quittai mon diocèse à l'instant. Rendu à Rome, je fus autorisé par le Saint-Père à mettre par écrit les principaux sujets de plaintes que j'avais à formuler.

Je fis donc un Mémoire, dans lequel j'exposai le sommaire ou l'abrégé de nos difficultés religieuses. Je le fis consciencieusement et devant Dieu : je restai même en deçà des bornes de la vérité et de la prudence, évitant autant qu'il était possible, de mettre les personnes en cause pour ne laisser voir que les faits, afin de rendre la solution des difficultés plus facile. Ce que j'affirmais, j'offrais d'en donner la preuve.

Cette esquisse, toute courte qu'elle était, pouvait néanmoins donner une idée générale des griefs dont les catholiques avaient à se plaindre, faisait pressentir ceux dont ils évitaient de parler,, et me paraissait indiquer les remèdes à employer pour secourir efficacement l'Eglise du Canada.

Je dois pourtant avouer, pour dire toute la vérité, que des personnes distinguées par leurs Imnières et leur amour de l'Eglise trouvaient que j'avais été trop réservée dans mon exposition, et que je n'avais pas fait connaître assez, par trop de bienveillance pour les adversaires, toute l'étendu© des périls qui nous environnent. Il n'est pas impossible qu'ils aient eu raison.

Ce Mém.oire fut déposé aux pieds de Saint-Père qui me promit de le faire examiner avec soin. J'en passai aussi quelques copies à Son Eminence le Préfet de la Propagande. Mgr

d'Ottawa, qui arriva à Rome quelque temps après moi, approuva ce Mémoire.

Puis je revins au Canada, attendant avec confiance l'examen et les décisions du Saint-Siège qui doit tenir grand compte, me semblait-il, des avertissements d'un Evêque que le devoir seul force à parler.

Les difficultés qui avaient eu lieu antérieurement ne me paraissaient plus devoir se répéter; car la cause de l'Eglise canadienne, étant portée à Rome, devait en justice se traiter à Rome.

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