Lettre de L'ARCHEyÊQUE de Québec, a Mgr Laflèche
Québec, 16 juillet 1882.
Mgr L. F. Laflèche, Evêqne des Tnois-Rivières.
Monseigneur.
Avec la présente j'adresse à Votre Grandeur la copie d'une lettre du Recteur de l'Université Laval concernant les accusations portées par Votre Grandeur aux Cardinaux de la Propagande, le l^r mars dernier, et dans l'appendice à ce mémoire.
Comme ces accusations attacpient spécialement l'enseignement théologique donné dans mon séminaire diocésain, j'ai aussi droit de savoir sur quelles preuves elles «sont basées.
Quoiqxie je doive présumer que Votre Grandexir ne les a pas formulées sans avoir tooites prêtes les preuves de ses allégués, je crois cependant devoir prévenir Votre Grandeur que cette cause sera portée, au mois de septembre prochain, devant le Conseil supérieur de haute surveillance de l'Université : et je pjie Votre Grandeur de vouloir bien alors apporter avec Elle tous les documents et faire venir les témoins qiii peuvent appuyer ces graves accusations.
Veuillez agréer. Monseigneur, l'assurance de mon dévouement.
(signé) t E. A. Arch. de Québec.
Garantie conforme à l'original par Mgr Laflèche.
2. Lettrk de M. LE Recteur de l'Université Laval, a Mgr l'Archevêque DE Québec.
Séminaire de Québec, 14 juillet 1882.
Sa Grâce Mgr E. A. Taschereau, Archevêque de Québec, Chancelier Apostolique de l'Université Laval.
Monseigneur,
Dans le Mémoire présenté aux Cardinaux par Mgr Laflèche et dans Vappendice à ce Mémoire daté du 1er niars 1882, Mgr des Troiis-Ri\aèreB ne se contente pas de dire que l'enseignement de l'Université Laval est confié uniquement à des libéraux, à des protestants ou des francs-maçons, et que de cette source il ne peut sortir qu'un enseignement rationaliste, mais il dit en outre, p. 27 de Y appendice :
« Dans la faculté de théologie il y a cinq chaires actuellement en pleine organisation... Trois de ces Messieurs (prêtres) sont considérés comme les coryphées du libéralisme. Ils marchent à la tète do cette petite fraction du clergé de Québec qui s'intitnle libérale... Tels sont les hommes qni osent demander aux catholiques de leur confier l'éducation de leurs enfants. »
Si ces mémoires étaient restés à Rome, nous n'en parlerions pas à
bunal, attendu que la cause était devant le tribunal de Rome \ je reçus, quelques jours après, une autre lettre de
Votre grandeur, car nous savons ce qu'on y pense de toutes ces accusations. Mais ces mémoires circulent confidentiellement avec d'autres dans le Canada; et Mgr des TroisiRivières ea parle comme de documents devant produire plus tard leur effet.
Bien sauvent nous avons demandé à être examinés en face et jugés devant nos juges naturels, mais nous n'avons jamais été mis en demeure de rencontrer franchement nos accusateurs devant le seul tribunal compétent désigné par le Saint-Siège.
Cela nous crée une position tout-à-fait anormale en présence des sentences formelles du Saint-Siège; et noxis ne pouvons nous y résigner plus longtemps sans protestation.
Nous croyons donc, Monseigneur, devoir prévenir V. G. que c'est notre intention de demander au Conseil Supérieur à sa prochaine réunion que Mgr Laflèche soit mis en demeure de prouver des accusations dont il a accepté la respoaisabilité, lorsqu'il a présenté à Rome des docmnents DiOn signés dont il approuvait la teneur et sur lesquels il appuyait ses raisonnements.
Mais comme Mgr Laflèche peut avoir besoin de quelques semaines pour préparer sa preuve et assigner ses témoins, et comme il importe que tout soit terminé pour l'ouverture des cours au commencement d'octobre procitain, nous supplions V. G. en sa qualité dio Président du Conseil Supérieur de vouloir bien intimer à Mgr des Trois-Rivières qu'il ait à se préparer pour la prochaine réunion (en septembre) dre NN. SS. les Evêques de la Province.
Votre Grandeur connaît parfaitement notre situation, et Elle appréciera, nous en sommes sûre, les raisons qui nous forcent à présenter cette demande, dont la fin pratique est d'éluder tout délai que Mgr Laflèche pourrait prétexter, s'il n'était pas prévenu avant la réunion des Evoques.
Agréez l'hommage du profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être. Monseigneur, de Votre Grandeur,
Le très humble et obéissant serviteur,
N. E. METHOT, Ptre, R. U. L., S. Q. . Gai-antie conforme à l'original par Mgr Laflèche.
L Lettre de Mgr Laflèche a Mgr l'Archevêque
Evèché des Troia-Rivières, 24 juillet 1882.
Mgr E. a. Taschereau, Archevêque de Québec.
Monsiedgnieiux,
Je suis surpris que Votre Gr;mdeur et les Messieurs de l'Université Laval veuillent amener devant le tribunal de haute surveillance do l'Université une cause qui a été portée et ({ui est actuellement ppn<tinle derant le
Mgr l'Archevêque déclarant qu'il s'attendait à cette réponse de ma part, qu'il se regardait toujours comme inculpé, et que j'aurais dû lui fournir l'occasion de se justifier avec les siens devant le tribunal de haute surveillance de l'Université^. Ainsi devant ce tribunal, l'Archevêque était à la fois
tribunal du Saint-Siège. Le Mémoire que j'ai présenté à est effet et les flocum'ents qui raccompagnent ont été référés directement au Souverain Pontife lui-même, et Sa Sainteté m'a dit qu'elle les ferait examiner. Elle avait déjà dit à Mgr l'Evêque d'Ottawa que 1 on domierait une sérieuse attention aux choses que je ferais connaître sur les difficultés religieuses de notre Province et qu'un Evêque était dans son droit lorsqu'il donnait au Saint-Siège les informations qu'il croyait utiles au bien de la religion dans sa Province. Elle m'a répété à moi-même qu'il est toujours permis, alors même qu'une chose avait été réglée par le Saiint-Sièg'e, de lui faire connaître encore ce que l'on croyait utile et avantageux au bien de l'Eglise.
C'est ce que j'ai fait au meilleur de ma connaissance et de ma conscience.
Si donc Votre Grandeur et les Messieurs de l'Université Laval ont des réclamati/oais à faire contre mon Mémoire et les documents qui l'accompagnent, c'est devant ce tribunal suprême qu'elles doivent être faites, et je serai toujours prêt à y répondre, car je n'ai rien avancé dans ces documeiLts sans avoir les preuves convenables pour les soutenir.
Ainsi, je ne puis me rendre à la sommation que me fait Votre Grandeur, de comparaître devant le tribunal de Haute surveillance de l'Université Laval en septembre prochain, parce que la cause dont il s'agit est aujourd'hui pendante devant Le tribunal suprême du Souverain Pontife.
Je demeure aviec la plus haute considération.
De Votre Gramjdeur, le tout dévoué serviteur,
(Signé) t E. A. Arch. de Québec.
Garantie conforme à l'original par Mgr Laflèche.