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PROGRAMME CATHOLIQUE

On aime généralement à comparer la situation actuelle 'du .Canada à ce que subissaient les catholiques belges sous le Régime peu regretté, et pour longtemps disparu, que faisait fleurir Frère Orban sur les bords de l'Escaut et de la Meuse, à la grande satisfaction des libéraux et des francs-maçons, frant wallons que flamingants.

Les ultramon tains belges, selon la formule Orban, dénoncés par les libéraux et les Loges, qui se faisaient gallicanes à leurs heures de recueillement, étaient mis dans le même sac que les castors de la formule \V. Laurier et, du même pas bien entendu, portés à la rivière ou à la lanterne. Les Castors-Ultramontés avaient le tort irrémissible, aux yeux des arrivistes de ce temps, de suivre aussi fidèlement que possible les directions pontificales dans la furieuse mêlée où le Mensonge est toujours aux prises avec la Vérité, la Licence du mal avec la Liberté du bien, les sectes rebelles à toute autorité avec le christianisme indivisible et intégral. Et il fallait déjà regretter des défaillances qui faisaient dire au curé colonisateur et politicien, Mgr Labelle : que, dans le pays de Québec, tout le monde, lui compris, était libéral dans la bonne acception du mot, et que le clergé lui-même n'y trouvait rien à redire ou si peul Ce bon colosse, assez mal informé en dehors de sa spécialité agricole, ne voyait guère dans les contadicteurs des libéraux à triangles et à tabliers symboliques, que des cerceaux brûlés qui allaient tout gâter. C'était avec une certaine jnitation, bon enfant après tout, qu'il empoignait ces Ultra-

mon tains de malheur, ces Castors enragés, ces pelés, ces galeux qu'il accusait d'être ou de paraître plus royalistes que le roi et plus catholiques que le Pape, pourtant assez jaloux de son caractère et de ses prérogatives.

On pouvait beaucoup pardonner à Mgr Labelle parce qu'il aimait beaucoup le pauvre peuple et qu'il lui faisait réellement du bien. Mais, pour mieux savoir où allait son pays, il eût bien fait, de voir d'où revenait l'Allemagne après le Kulturkampf, et la Belgique après la tourmente libérale qui dura de 1878 à 1884. Il eût vu, et, par la même étude, ses compatriotes auraient appris que la franc-maçonnerie internationale, de tendance et d'origine anglo-saxonne, par ses règlements et ses intérêts permanents, voulait déchristianiser le monde d'après un programme bien arrêté et connu; qu'elle visait tout d'abord à l'accaparement de l'enseignement public au profit jde l'Etat neutre, dont les guides et maîtres seraient les délégués brevetés et éprouvés des Orients, grands et petits, et, ie préférence, clandestins. Les droits de l'Etat neutre et axeligieux solidement établis et affirmés, on ferait avancer l'affranchissement des esprits, le déniaisement des catholiques, selon l'expression de M. Herbette, dans tous les domaines de l'activité intellectuelle et sur tous les terrains où évolue, de plein droit, ou arbitrairement, le pouvoir civil. On ferait, en un mot, la guerre à la morale étroite et aux scrupules débilitants.

Les Belges sentirent le joug de ces penseurs libertins et le secouèrent avec vivacité ; les Français, actuellement, y succombent, faute 'd'union, de conviction et aussi d'énergie; tandis que les Canadiens ne semblent encore s'aventurer qu'à l'entrée de l'impasse libérale où les attend une fin morale qu'on ftoit prévoir lamentable si... Mais, comme les Ultramontains, c'est-à-dire les patriotes et les vrais chrétiens, se levèrent un jour en Belgique, ils se presseront demain au Canada; les jeunes, qui se montrèrent au pied du monument Laval, entreront en lice, et ces Castors ultramontés ultramonteront à leur

tour jusqu'à la victoire; ils donneront même envie aux chloroformés de France d'imiter leur exemple.

Ce n'est pas à dire, cependant, que déjà et dès longtemps, les catholiques franco-canadiens n'aient pas songé à se défendre. Les plaintes qui retentirent hypocritement et bruyamment jusque dans Rome disent assez qu'ils opérèrent avec fermeté, sinon avec bonheur. Peut-être même n'eût-il fallu qu'un peu plus d'entente, quelques encouragements opportuns, pour assurer leur victoire, pour la fixer définitivement sous les plis du drapeau carillon Sacré-Cœur. Ils marchaient avec fierté sous les ordres de leurs vaillants évêques Laflèche et Bourget; mais trouvant (aux premiers rangs, en tête de l'ennemi, l'Université Laval et l'archevêque Taschereau, ils avaient les bras paralysés, et l'esprit troublé! Comme il était lors du conflit des évêques, question surtout d'élections, d'iwfluencc indue, de libéralisme, mais aucunement, comme on aurait pu le supposer, du péril protestant, que nul, au Canada, n'avait la tentation de dénoncer parce qu'il était, au fond, inexistant, parce que les dissidents sincères éprouvaient les mêmes alarmes que les catholiques sans épithète, il importe, avant de poursuivre, que nous disions quelle était l'attitude des Ultramontains canadiens, quels furent leurs efforts et leurs tribulations.

Il faut se reporter en avril 1871. Le « Journal des Trois- Rjvières » publiait alors le « Programme Catholique : les prochaines élections », ainsi formulé :

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