LES PROCHAINES ÉLECTIONS
« Notre pays, soumis au régime constitutionnel, aura dans peu de temps à choisir ses représentants. Ce simple fait soulève nécessairement une question que notre devoir de journalistes catholiques nous oblige de résoudre, et cette question doit se poser comme suit :
» Quelle doit être l'action des électeurs catholiques dans la
lutte qui se prépare et quelle doit être leur ligne de conduite 'dans le choix des candidats qui solliciteront leurs suffrages?
» Nous croyons pouvoir répondre à cette question d'une manière satisfaisante en donnant quelque développement aux idées exprimées par Sa Grandeur Mgr l'évêque des Trois- Rivières dans sa dernière Lettre Pastorale :
» Voici les lignes que nous y trouvons :
« Les hommes que vous envoyez vous représenter dans la » Législature sont chargés de protéger et de défendre vos inté- » rets religieux selon l'esprit de l'Eglise, autant que de pro- » mouvoir et sauvegarder vos intérêts temporels. Car les lois » civiles sont nécessairement en rapport, sur un grand nombre » de points, avec la religion. C'est ce que les Pères du Concile » disent clairement dans leur décret.
» Vous devez donc vous assurer prudemment que le candi- » dat à qui vous donnez vos suffrages est dûment qualifié sous » ce double rapport et qu'il offre, moralement parlant, toutes » les garanties convenables pour la protection de ces graves » intérêts.
» Nous devons sans doute rendre grâce à Dieu de la pleine » et entière liberté que la constitution de notre pays accorde, » en droit, au culte catholique de se régir et de se gouverner » conformément aux règles de l'Eglise. C'est par un choix » judicieux de vos législateurs que vous pourrez vous assurer » la conservation et la jouissance de cette liberté la plus pré- » cieuse de toutes, et qui donne à vos premiers pasteurs l'im- » mense avantage de pouvoir gouverner l'Eglise du Canada, » selon les prescriptions et directions immédiates du Saint- » Siège et de l'Eglise romaine, la mère et la maîtresse de » toutes les Eglises ».
» Ces conseils, dictés par la sagesse, seront compris, nous l'espérons, par tous les électeurs catholiques de la province de Québec. Il est impossible de le nier, la politique se relie étroitement à la religion et la séparation de l'Eglise et de l'Etat est une 'doctrine absurde et impie. Cela est particulièrement vrai
'du! régime constitutionnel qui, attribuant au parlement tout pouvoir de législation, met aux mains de ceux qui le composent une arme à double tranchant qui pourrait être terrible.
» C'est pourquoi il est nécessaire que ceux qui exercent ce pouvoir législatif, soient en parfait accord avec les enseignements de l'Eglise. C'est pourquoi il est du devoir des électeurs catholiques de choisir, pour leurs représentants, des hommes dont les principes soient parfaitement sains et sûrs.
» L'adhésion pleine et entière aux doctrines catholiques romaines en religion, en politique et en économie sociale, doit être la première et la principale qualification que les électeurs catholiques devront exiger du candidat catholique. C'est le critérium le plus sûr qui devra leur servir à juger les hommes et les choses.
» On comprend qu'il ne peut être ici question des protestants auxquels nous laissons la même liberté que nous réclamons pour nous-mêmes.
» Ces prémisses posées, il est facile d'en déduire des conséquences qui serviront de guide aux électeurs. Mais pour établir des règles pratiques, dont l'application soit facile, il faut tenir compte des circonstances particulières où notre pays est placé, des partis politiques qui s'y sont formés et de leurs antécédents.
» Nous appartenons en principe au parti conservateur, c'està-dire à celui qui s'est constitué le défenseur de l'autorité sociale. C'est assez dire que, par le parti conservateur, nous n'entendons pas toute réunion d'hommes n'ayant d'autre lien que celui de l'intérêt et de l'ambition personnelle, mais un groupe d'hommes professant sincèrement les mêmes principes de religion et de nationalité, conservant dans leur intégrité les traditions du vieux parti conservateur qui se résument dans un attachement inviolable aux doctrines catholiques et dans un dévouement absolu aux intérêts nationaux du Bas- Canada.
» Dans la situation politique de notre pays, le parti conser-
vateur étant le seul qui offre des garanties sérieuses aux intérêts religieux, nous regardons comme un devoir d'appuyer loyalement les hommes placés à sa tète.
».Mais ce loyal appui doit être subordonné aux intérêts religieux que nous ne devons jamais perdre de vue. Si donc il existe dans nos lois des lacunes, des ambiguïtés ou des dispositions qui mettent en péril les intérêts dos catholiques, nous devons .exiger de nos candidats un engagement formel de travailler à faire disparaître ces défauts de notre législation.
» Ainsi la presse religieuse se plaint avec raison que nos lois sur le mariage, sur l'éducation, sur l'érection des paroisses et sur les registres de l'état civil, sont défectueuses en ce qu'elles blessent les droits de l'Eglise, gênent sa, liberté, entravent son administration ou peuvent prêter à des interprétations hostiles. Cet état de choses impose aux députés catholiques le devoir de les changer et modifier selon que Nos Seigneurs les Evêques de la Province pourraient le demander afin de les mettre en harmonie avec los doctrines de l'Eglise catholique romaine. Or, pour que les députés s'acquittent plus diligemment de ce devoir, les électeurs doivent en faire une condition de leur appui. C'est le devoir des électeurs de n'accorder leurs suffrages qu'à ceux qui veulent se conformer entièrement aux enseignements de l'Eglise relativement à ces matières.
» Concluons donc en adoptant les règles générales suivantes dans certains cas donnés.
» 1° Si la lutte se fait entre deux conservateurs, il va sansi dire que nous appuierons celui qui acceptera le programme que nous venons de tracer.
» 2° Si, au contraire, elle se trouve engagée entre un conservateur d'une nuance quelconque et un adepte de l'école; libérale, nos sympathies actives seront pour le premier.
» 3° Si les seuls candidats qui s'offrent à noj suffrages dans un comité sont tous libéraux ou oppositionnistes, nous devons choisir celui qui souscrira à nos conditions.
» 4° Enfin, dans le cas où Ja contestation serait engagée entre un conservât, ar rejetant notre programme et un oppositionniste quand même l'acceptant, la position serait plus délicate.
» Voter pour le premier serait nous mettre en contradiction avec la doctrine que nous venons d'exposer. Voter pour le second serait mettre en péril ce parti conservateur que nous voudrions voir puissant. Quel parti prendre entre ces deux dangers ? Nous conseillerions alors l'abstention des électeurs catholiques.
» On comprend néanmoins que ces règles posées laissent encore aux électeurs une certaine liberté d'action qui dépendra des circonstances particulières de chaque comté et des antécédents de chaque candidat. Au reste, nous avons tenu à mettre surtout en évidence les convictions et les qualifications religieuses que les électeurs doivent exiger de ceux qui sollicitent leurs suffrages. Il est utile d'ajouter que, pour faire prévaloir leurs conviction religieuses, il faut, chez les députés, l'intelligence et l'instruction. Après s'être assuré des principes religieux des candidats, il faudra donc, en second lieu, s'efforcer de faire parvenir en Chambre la plus grande somme possible d'intelligence et d'instruction.
« Nous réprouverions donc toute action ministérielle qui tendrait à éliminer de l'arène parlementaire des hommes capables de rendre s :rvice à la cause catholique et nationale, sous le prétexte qu'ils gêneraient quelques ambitions. Composer la représentation de nullités dociles et impuissantes serait certainement un grand mal qu'il faut éviter.
« En deux mo's, nous voulons sauvegarder à la fois l'honneur de la Patrie et la liberté de l'Eglise, et tout notre programme peut se résumer dans ces mots : Religion et Patrie '. »
1. Du progran le catholique de jadis on peu! rapprocher utilement lo conseil judici x d'un - collaborateur de la Tribune de Saint Hyacinthe, Julien Brieux, ii Eit, en L908, ce chaleureux appel à bob Lecteurs:
Comment il tut voter
«Voter, dit-il c'est prononcer un jugement.. Devant l'électeur, vérita-
Le journal La Minerve et le Journal de Québec jugèrent ce programme hostile au parti conservateur et à ses chefs. Blâmant amèrement ses inspirateurs, ils les accusaient de vouloir, dans un intérêt purement personnel, bien qu'inavoué, former un nouveau parti dont ils seraient les guides. Pour réfuter ces insinuations et articulations tendancieuses des libéraux et des conservateurs ombrageux, l'honorable P. X. A. Trudel, l'un des auteurs du Programme, fit parvenir à La Minerve les déclarations crai suivent.
ble juge, les partis exposent leurs programmes, font valoir leurs causes; devant le tribunal du peuple, les avocats libéraux, nationalistes et conservateurs plaident, avec toute l'éloquence de leurs convictions et de leurs talents, pour ou contre le gouvernement, loué par les uns, accusé par les autres. Le jugement, pour être conforme à la justice, pour être un acte honnête, doit être déterminé uniquement par les preuves, par les convictions sincères formées sur ces preuves, sur ces allégations fournies par les avocats. »
Peut-on vendre son bulletin .'
« On méprise, continue M. Brieux, le juge, le magistrat qui, dans nos tribunaux, se laisse corrompre, se laisse acheter par l'une des parties et rend un jugement, fùt-il accidentellement conforme à la justice, qui lui a été payé par le corrupteur. Infâme est le juge qui prostitue ainsi ses fonctions sublimes de justicier. Toujours il est l'objet du mépris public et la honte marque à son front une tache indélébile. Tout aussi infâme est l'électeur qui vend son vote pour du whiskey, de l'argent, une position, ou une faveur quelconque: lui, aussi, prostitue sa dignité d'homme et se range parmi ceux que les honnêtes gens ont en horreur.
» Il n'est pas d'injure plus grande que d'offrir à un magistrat honnête de payer le jugement qu'il va rendre. Devant une pareille injure, il bondit d'indignation, il dénonce le corrupteur et le frappe comme un malfaiteur.
» L'électeur honnête, que l'on prétend acheter, ne devrait-il pas, lui aussi, sentir cette colère généreuse? Lui proposer de vendre son vote, n'est-ce pas lui dire qu'on ne le croit pas honnête, n'est-ce pas le dire sans convictions, ni honneur, mais seulement mû par des appétits grossiers? Le corrupteur électoral devrait être traité comme un bandit : il ne vole pas vos biens, vos richesses ; il fait plus : il vole votre honneur. »
Peut-on s'abstenir?
« On n'a pas le droit de s'abstenir, conclut le rédacteur de la Tribune de Saint-Hyacinthe.
» Ce qui a perdu la France, ce qui l'a jetée pieds et poings liés sous le talon de la franc-maçonnerie aujourd'hui triomphante, c'est l'abstention des bons, c'est l'apathie des honnêtes gens. Ils ont laissé élire quand ils pouvaient encore l'empêcher, les agitateurs audacieux, les prosélytes de l'athéisme. Ceux-ci, une fois au pouvoir, par l'armée immense d s
« A. M. le Rédacteur de La Miner ve.
» Monsieur, : — Malgré les injures que vous proférez, tout gratuitement à l'adresse de ceux que vous supposez avoir pris part à la rédaction du Programme Catholique, publié par quelques journaux, je n'hésite pas à déclarer, non seulement que j'y adhère complètement, mais de plus que j'ai antérieurement adhéré avec quelques amis, conservateurs comme moi, aux principes qui ont servi de base à sa rédaction et que j'ai même concouru, avec eux, à l'adoption de ces principes.
» Depuis quelques mois, les vérités les plus importantes ont
fonctionnaires qu'ils ont choisis à leur fantaisie, par la main mise sur l'école et sur la presse, fondées avec l'argent de la nation, ont formé les générations nouvelles à leur image. Aujourd'hui, ils sont les maîtres absolus.
» Pourquoi les conservateurs, royalistes, bonapartistes, républicains modérés ont-ils été évincés du pouvoir, du gouvernement, un peu plus chaque année, quand ils étaient si forts au lendemain de la guerre contre l'Allemagne et de la Commune? Parce que les bons citoyens se sont désintéressés des affaires de la nation, parce qu'ils n'ont pas voté, parce qu'ils ont abandonné le champ de bataille où devait se décider pourtant le sort de la patrie.
» Ne commettons pas la même erreur. Si les mêmes causes produisent les mêmes effets, les mêmes abstentions conduiront au même abîme. Le malheuT est/ voyez-vous, que les ambitieux ne reculent pas, eux, devant le travail, devant l'action. Chez nous, comme en France, ce ne sont pas toujours les meilleurs citoyens qui s'agitent davantage, qui se multiplient par la propagande incessante, par une activité inlassable. Si nous n'y faisons pas attention, nous aussi nous périrons, parce que nous n'aurons pas su combattre.
» Nul n'a le droit de se désintéresser des élections, parce que nul n'a le droit de s'abstenir de vouloir le bien public, le bien général, le bien de la patrie.
» Voter, c'est le seul moyen à la disposition du citoyen pour assurer un gouvernement honnête, et capable. S'il ne vote pas, il refuse par le f.it même ce qui dépend de lui pour assurer le bien commun.
» Voter, ce n'est pas un privilège dont on peut user à sa fantaisie, c'est un devoir que l'on doit remplir en conscience. Ce n'est pas un droit auquel on puisse renoncer, comme on peut renoncer à son propre bien, mais c'est une obligation dont on ne peut se décharger sans trahir les intérêts de la patrie.
» Il faut donc voter, c'est une nécessité de notre vie sociale. Il faut voter selon sa conscience, sans se laisser corrompre parce qu'il s'agit d'un jugement à prononcer qui p.-ul avoir le* conséquences les plus graves. »
été attaquées dans les Cours et dans les journaux; et l'on a pris l'habitude d'accuser, à tout propos, ceux qui considéraient comme de leur devoir de défendre, dans la presse et ailleurs, ces vérités qu'ils croyaient et croient encore se relier étroitement aux principes fondamentaux du catholicisme et du parti conservateur, de vouloir combattre ce parti ou ses chefs. Quelques-uns d'eux s 'étant rencontrés dernièrement à Montréal, ont cru, pour ôter à l'avenir tout prétexte à la malveillance et à l'espionnage de mal interpréter leurs intentions, devoir bien préciser et arrêter entre eux les principes qui devaient leur servir de guides, sans vouloir, comme vous le savez bien, se donner pour l'Eglise et presser son intervention directe.
» Ces principes sont ceux-ci :
» 1° Adhésion entière à l'enseignement de l'Eglise catho- » lique, lequel doit être en tout, pour un catholique, le crité- » rium jde la vérité.
» 2° Pour les protestants, liberté entière de leur culte, et » contrôle absolu de leurs affaires religieuses, tels que nous » les réclamons pour les catholiques.
» 3° Attachement dévoué et persévérant au parti conserva- » teur que nous reconnaissons comme le seul dont les prin- » cipes et les traditions puissent nous assurer la plénitude de » nos droits religieux et nationaux.
» 4° Appui loyal donné aux chefs actuels de ce parti, que » nous reconnaissons comme ceux de tous les hommes ppli- » tiques du jour, qui nous offrent le plus de garanties pour » la défense des intérêts ci-dessus mentionnés ».
» Il fut bien entendu et formellement exprimé que nous devions travailler à éviter toute division dans le parti conservateur, et repousser non seulement tout ce qui pourrait amener cette division, mais même tout ce qui pourrait donner quelque prétexte de croire que les parties, à cette entente, voulaient former un parti politique ou travailler à servir quelques ambitions personnelles.
» Si ces principes étaient justes, il ne pouvait y avoir d'objection à ce que des journalistes en fissent la base de leur programme. Les chefs conservateurs ne pouvaient que se réjouir fie cette adhésion à leur politique et de cette promesse d'appui, surtout si elle venait de la part de journaux dont ils avaient jusqu'alors redouté l'hostilité.
» On a trouvé mauvais qu'il n'ait rien été dit dans ce programme des questions politiques. La chose s'explique pourtant parfaitement, par la déclaration d'adhésion au parti conservateur et d'appui loyal à donner à ses chefs. C'était assez 'dire que nous adoptions leur programme politique, que nous repoussions tous les projets échevelés qu'ils répudient, tel que celui de l'annexion, par exemple.
» D'un autre côté, en prenant l'enseignement de l'Eglise comme critérium de vérité, et en prenant d'avance l'engagement de seconder et d'appuyer toute mesure venant de l'épiscopat, les auteurs de ce programme étaient loin de croire qu'ils réveilleraient des susceptibilités de la nature de celles exprimées dans votre numéro d'hier.
» Dans l'opinion de plusieurs des amis les plus dévoués du parti conservateur, c'était pourtant là un excellent moyen «d'amener une entente parfaite.
» Vous paraissez vouloir expulser à coups de bâton, du sein du parti conservateur, tous ceux qui ont eu quelque chose à faire avec le programme. Vous exprimez vos dédains pour les quelques travaux entrepris pour élucider les questions qui font le sujet des discussions religieuses. Ce sont des iîht-nrhics et. leurs écrits ne sont qu'un jeu d'enfant, que des sucres d'orge, etc., qui passent comme une épidémie, etc.
» Par là, vous travaillez, à votre insu, j'aime encore à le croire, à créer une division et à rendre impossible toute cordiale entente à la veille de la lutte.
» Si le programme en question est mauvais, signalez ce qu'il contient de mauvais; s'il est bon, pourquoi oui ragez-vous,
sans aucune provocation, ceux qui en font la base de leur conduite?
» J'ai cru devoir vous donner ces explications, afin de vous ôter tout prétexte de croire qu'un parti est à se former parmi ceux qui ont eu quelque chose à faire avec le programme en question. Votre assertion, à ce sujet, est absolument fausse.
» Quelques avanies que nous subissions, cela ne nous empêchera pas de demeurer inébranlablement attachés à nos principes religieux et politiques, et à rester, malgré vous, pour le moins aussi bons conservateurs que vous.
» Bien que je ne parle ici qu'en mon nom et sous ma seule responsabilité, je crois que les sentiments que j'exprime sont partagés par tous ceux qui ont donné leur adhésion aux principes sur lesquels repose le programme en question.
» Avec considération, votre, etc.
F. X. A. Trudel1 » Montréal, 28 avril 1871. »
1. Parmi les défenseurs contemporains de l'orthodoxie, nous devons citer le directeur de V Etendard de Montréal, Anselme Trudel.
François-Xavier-Anselme Trudel, né à Sainte-Anne de la Pérade, comté de Champlain, en 1838, était fils d'un simple cultivateur; il descendait, par sa mère, de l'écuyer Hamelin, seigneur des Grondines. Après ses études littéraires au collège de Nicolet, il fit son droit. Avocat en 1861, il fut nommé conseil de la Reine par le gouvernement de Québec en 1875 et par le gouvernement du Canada en 1878. En 1871, le comté de Champlain l'avait envoyé à la législature de Québec. Quelques années après, il était envoyé au Sénat fédéral par la division de Salaberry et devait, jusqu'à sa mort, occuper xin fauteuil dans cette assemblée. Au demeurant, les charges publiques n'empêchaient pas Trudel, cœur cbaud et âme vaillante, de se livrer aux fortes études, aux travaux de sa profession et aux luttes de la presse. Encore étudiant, il était entré à la direction de la Minerve, fonction vacante par le rappel de La Ponterie en France. Plus tard, il fonda l'Etendard, et, d'accord avec son évêque, fit de ce journal le porte-voix de la cause catholique. Dans sa pensée, l'action sociale de l'Eglise devait se soutenir par le journal, mais non pas s'y substituer. Les évêques devaient marcher les premiers au combat; les laïques devaient les suivre dans l'arène et, par un mode d'action qui leur est propre, seconder leurs efforts. A cette date, c'était une hardiesse. Au Canada, on était plutôt homme de parti, que patriote;
De leur côté, Mgr Laflèche, évêqrie des Trois-Rivières, et Mgr Ignace Bourget, évêque de Montréal, recommandaient 'dans leurs mandements la doctrine du 'programme catholique à leurs diocésains respectifs. Quelques hommes politiques avaient cependant nié que ces mandements comportassent une approbation de ce programme. Les deux prélats s'en expliquèrent dans des lettres explicites. Ils voulaient couper court
Trudel et son ami Tardivel voulurent rompre avec tous les partis; servir seulement l'Eglise, et, par l'Eglise, assurer le salut de la patrie, préparer de loin son avenir national, la vocation que lui assigne la Providence au troisième millénaire de son Eglise.
On connaît, de Trudel, un grand nombre d'écrits publiés dans les journaux et dans les revues. Il a fait plusieurs travaux importants, entre autres : Quelques réflexions snr les rapports de l'Eglise et de l'Etat; Mémoire sur la question de la fusion des sociétés littéraires et scientifiques de Montréal; Nos Chambres Hautes: Sénat et Conseil législatif et plusieurs autres, sous différents noms de plume. Il a contribué à la naissance de plusieurs publications périodiques et il était encore co-éditeur de la Revue canadienne, la plus ancienne revue de la province de Québec.
Comme avocat, Trudel a brillé dans beaucoup de procès célèbres où se soulevaient de grandes questions religieuses ou sociales. L'un des plus importants est la cause Guibord. Sa plaidoirie dans cette affaire lui a valu les félicitations de plusieurs évêques du Canada et l'approbation du P. Jean Perrone, préfet général des études au Collège Romain, théologien de la Daterie Apostolique, l'un des huit consulteurs de la Congrégation des évêques et des Ordres réguliers, examinateurs des évêques, etc., etc., qui, après avoir constaté que ce plaidoyer lui a paru d'une grande érudition, ajoute : « J'approuve et j'admets, sans aucune restriction possible, l'ensemble et le détail des preuves dont l'orateur catholique a appuyé sa thèse d'une manière si complète. »
Le Dr De Angelis, professeur de droit canon, à l'Université de Rome, dit entre autres choses de ce plaidoyer : « En lisant cette défense, j'ai vraiment admiré, dans un laïque de nos jours, une science profonde de l'histoire et de la jurisprudence ecclésiastique, et, ce qui est plus encore, une connaissance très exacte du droit, et une logique rigoureuse. »
« Lorsque, dans une nation, il se trouve un ou deux hommes qui osent ainsi parler et proclamer les droits de l'Eglise, dussent ces hommes, par le malheur des circonstances, perdre la cause qu'ils défendent, il n'est pas moins certain que, tôt ou tard, l'Eglise catholique remportera une glorieuse victoire, et que la vérité chrétienne, dissipant les ténèbres de l'erreur, brillera enfin du plus vif éclat »
On peut dire de Trudel la même chose relativement à toutes les grandes causes où il a figuré. En parcourant les pages de ses plaidoiries, dans la cause par exemple de Kerry et al vs des Sœurs de l'Asile do
ainsi à toute contestation comme à toute équivoque. C'est d'abord; Mgr Laf lèche, qui écrit à M. A. Trudel :
» La Pointe du Lac, 7 juin 1871.
« Mon Cher Monsieur. — Vous me demandez si ma dernière Lettre circulaire renferme une approbation du Programme catholique. Comme j'ai parlé pour être compris, je crois que
la Providence de Montréal, en cour du banc de la Reine, et dans la discussion du projet de loi de l'Université Laval, devant le comité des Bills Privés, on remarque, outre une grande érudition, une logique serrée, et un jugement d'une extrême rectitude, servi par une mémoire exceptionnellement heureuse.
Les consultations écrites que nous avons de lui, dénotent aussi, chez leur auteur, un sens légal profond et une exposition claire des difficultés que fait surgir une question, avec une solution d'une sagesse remarquable. Et c'est ce que s'est complu à reconnaître sir Farrar Herschell, solliciteur général du Conseil Privé de Sa Majesté, à l'occasion d'un mémoire à lui soumis par Trudel in re.
M. Claudio Jannet, qui s'y connaît, rendant compte, dans la Bévue catholique des Institutions et du Droit (numéro de mai 1880), de la brochure « Nos Chambres Hautes », se complaît à reconnaître son auteur comme un homme éminent, s'élevant à de hautes considérations politiques, et il rend un très flatteur hommage au mérite de cette publication.
Aussi, Trudel mérita-t-il d'être appelé à faire partie du comité de cette importante Revue composé d'écrivains éminents de différents pays. La part qu'il a prise dans les questions politico-religieuses, les écrits remarquables qu'il a fait paraître pour soutenir le « Programme catholique », et combattre le libéralisme sous toutes ses formes; l'habileté avec laquelle il a soutenu les luttes qui ont été continuelles depuis son époque; son adhésion ferme et inébranlable aux doctrines catholiques, l'ont désigné depuis longtemps comme le chef de l'école ultramontaine en Canada.
Aussi, est-ce comme tel que, invité spécialement à assister au Congrès des jurisconsultes catholiques de l'Europe, réunis à Lyon, en août 1881, il en fut élu le vice-président.
Ses écrits et ses voyages à travers l'Europe en 1867 et surtout les sept à huit mois qu'il passa en Angleterre, en France et en Italie à l'occasion de la fameuse question universitaire, l'ont mis en relation avec nombre de sommités catholiques, littéraires, politiques et artistiques de l'Europe.
Trudel a été le président de presque toutes les associations de bienfaisance, littéraires et scientifiques de Montréal, et l'un des plus zélés coopérateurs de l'œuvre des zouaves pontificaux, comme membre du comité d'organisation.
Mais son œuvre par excellence et qui L'a révélé dans toute son importance, c'est, sans conteste, la création de V Etendard.
l'on ne s'y est pas mépris et que l'on y a vu cette approbation.
» Je l'ai approuvé parce que j'y ai trouvé le but légitime et bon et que les moyens proposés pour atteindre ce but sont justes et honnêtes.
» Sur ce, je demeure bien cordialement comme toujours,
» Votre dévoué serviteur,
f Li. F., Evêque des Trois-Rivières 1.
» F. X. A. Trudel, Avocat. »
Durant sa carrière parlementaire à Québec, il s'est tout spécialement appliqué, dans l'ordre des questions politico-religieuses, à faire prévaloir les droits soutenus par feu Mgr Bourget dont il était l'un des aviseurs légaux. Dans l'ordre des intérêts sociaux matériels, il a beaucoup fait pour assurer, dans la province de Québec, le développement des industries annexées à l'agriculture. C'est, dans une bonne mesure, à ses efforts que l'on doit le triomphe du système de confier les écoles de réformes, les prisons des femmes, les aliénés, etc., à des communautés religieuses.
Au Sénat du Canada, où il a siégé depuis 1873, il s'est fait avec son collègue, Bellerose, le champion des droits nationaux des Canadiens français et surtout du maintien de la langue française et de tous les intérêts français, dans la première Chambre du Canada.
A l'occasion de la passation du bill touchant la cour suprême, il a réussi à faire voter, par la majorité anglaise du Sénat, une déclaration impliquant la nécessité de la langue et de la jurisprudence françaises dans tout son système judiciaire contemporain.
Il s'est fait l'avocat du projet de Sir Geo. E. Cartier, à l'effet de réaliser le plan du grand chemin de fer du Pacifique Canadien, de l'Atlantique au Pacifique, surtout de la partie au nord du lac Supérieur, et amenant le commerce de l'Ouest jusque dans la province de Québec, projet qui, durant quelque temps, avait été abandonné et même combattu, par tous les hommes d'Etat d'Ontario, des deux partis de 1874 à 1878; Trudel n'en continua pas moins, la plupart du temps presque seul, à réclamer la réalisation de cette gigantesque entreprise. Les rapports officiels du Sénat témoignent des nombreuses discussions et des travaux persistants réalisés dans ce but
Parmi tous ses mérites, le titre de Trudel à l'illustration dans l'histoire, pour nous, c'est sa conception du journal catholique, mis exclusiviimnt au service de l'Eglise. Initiative glorieuse que vient d'honorer, en 1907, un bref de Pie X, mais qui alors fut combattue par la plupart des journaux canadiens. Trudel et Tardivel, morts au service de ce programme, voient sur leur tombe éclater la justice de l'Eglise. (Justin Fèvre; Darras, tome 44e, pp. 519-523.)
1. Mgr La Flèche, évoque des Trois-Rivières, est le plus important et le plus grand écrivain ecclésiastique contemporain d\i Canada. Louis-Fran-
C'est ensuite Mgr Ignace Bonrget, qui dit, en ternies excellents, la môme chose audit M. Trudel :
Montréal, 6 juin 1871.
« Monsieur. — La présente est pour certifier à qui voudra l'entendre, que j'approuve en tout point le Programme catholique et qu'il n'y a rien dans ce programme qui soit dans mon
çois La Flèche naquit en 1818, à Sainte-Anne de la Pérade, comté de Champlain, d'une humble famille de cultivateurs, originaires de France. La famille était chrétienne; l'enfant fut comblé des bénédictions de Dieu. On peut dire qu'il les avait reçues toutes, mais avec un surcroît du côté de L'intelligence, et une vertu d'humilité qui 'devait assurer l'heureux développement de son àme. Dès l'école primaire, on put remarquer combien il était réfléchi. Au sortir de l'école primaire, il entra au collège-séminaire de Nicolet. Là, il fit ses études de grammaires, de lettres et de sciences élémentaires avec un progrès magnifique et un souci constant de perfection personnelle. Au milieu de ses succès littéraires, il songeait à l'avenir, et pour assurer son salut, il entra au grand séminaire et fut promu au sacerdoce. Le sacerdoce, dans l'humanité, est une condition d'élite; dans cette élite, il voulut se vouer à la carrière la plus difficile, les missions apostoliques. Après six ans de profession dans l'établissement qui l'avait formé, Louis La Flèche partit pour la mission de la Rivière Rouge et y resta douze ans. C'est la belle époque de sa vie, d'abord par les sacrifices qui en sont le pain quotidien, puis par ce trésor d'expérience, de recueillement et de réflexion dont il sut accumuler les richesses. Comme missionnaire, il était tellement élevé au-dessus de ses confrères, que l'évêque, Mgr Provencher, voulut le prendre pour coadjuteur. Par un trait d'humilité qui le caractérise et marque sa grandeur d'àme, il refusa l'épiscopat; il écrivit même, pour écarter de sa tète cette charge redoutable, un long mémoire où il déduit les preuves de son incapacité. De toutes ses preuves, Rome n'en agréa qu'une, une douleur de jambe, qui le rendait impropre aux longues marches, nécessaires dans cet immense territoire. La Flèche, qui . avait refusé l'épiscopat, ne put même pas rester missionnaire; en 1856, il revint au séminaire de Nicolet, où il fut d'abord professeur de mathématiques, puis de philosophie, puis préfet des études et enfin supérieur. C'est là que vint le prendre Mgr Cooke, le premier évêque des Trois-Rivières, pour lui confier la charge de vicaire général, puis le prendre pour coadjuteur, et l'avoir, en dernière analyse, comme successeur. En 1867, Mgr La Flèche est sacré évêque titulaire d'Anthédon; en 1870, pendant le Concile, il devint, par la morl ae Mgr Cooke, évêque des Trots-Rivières; il est mort en 1898.
Nous n'appuyons pas sur les mérites personnels de Mgr La Flèche; ils sont suffisamment accusés par le cours de sa vie. Nous n'avons à
Vers l'Abîme. a
opinfon digne de blâme, même au point de vue de l'opportunité.
» J'ajoute que je considère ce programme comme la plus forte protection du vrai parti conservateur et le plus ferme appui des bons principes qui doivent gouverner une société chrétienne,
» Je m'attache à ce principe parce que jTy vois le salut de ma chère patrie, qui ne sera véritablement libre qu'en autant que la liberté de l'Eglise y sera respectée avec tous les droits qui seront assurés et garantis.
l'apprécier que comme apologiste de la Sainte Eglise, de concert avec Mgr Bourget, archevêque de Montréal. Ces deux évêques ont été, l'un, le Basile, l'autre, l'Athanase de la nouvelle France. Tous deux défendirent l'Eglise romaine au Canada, contre les infatuations du libéralisme. A l'encontre, non pas tant dans l'opposition aux doctrines romaines que dans l'infatuation du libéralisme, se dressaient des esprits formas, non dans les rudes travaux de l'apostolat, mais dans la poussière des écoles et dans l'esprit quinteux des bureaux, là où l'orgueil s'exalte le plus et où la malice trouve le secret des mauvaises actions, avec l'art de les colorer de toutes les apparences de la justice. Nous devons rappeler brièvement les incidents de cet antagonisme, pour comprendre le rôle de Mgr La Flèche et en mesurer l'importance.
Quel était donc, au Canada, l'état des choses et l'état des esprits? La réponse se trouve dans les documents produits dans les Voix canadiennes.
L'évêque demandait à Rome une enquête; mais il n'énumérait pas, dans sa supplique au Saint-Siège, en les caractérisant, les faits nombreux qui la motivaient; il n'indiquait pas les remèdes qui devaient rasséréner les esprits et faire disparaître les causes de l'agitation. Les prêtres et le prélat qu'il désignait comme auteurs responsables lui écrivirent, les uns, pour lui demander les preuves de son accusation, l'autre, pour le citer devant le conseil de l'Université-Laval. Cette citation n'était pas recevable pour trois motifs : parce qu'un évèque ne ressort pas de ses inférieurs; parce que l'affaire, portée en cour de Rome, ne devait pas venir devant un autre tribunal ; et parce que, devant ce tribunal, présidé par l'archevêque, l'archevêque était juge et partie et paraissait plutôt enclin à frapper son suffragant pour se décharger lui-même d'une impossible justification. Quant aux intimes qui demandaient des preuves de libéralisme, ils ne s'apercevaient pas que l'accusateur, pour faire valoir ses griefs, n'avait pas besoin d'en produire. Une Université qui a des professeurs libéraux-, protestants et francs-maçons n'a pas b'soin d'être con\a:n<u<' de libéralisme; el'e est, par le fait une institution où la promiscuité des doctrines est prouvée par la liste des professeurs, dont la confession religieuse est comme, et elle ne peut s'en justifier qu'en les excluant de son sein... (Justin Fèvre; Darras, tome 44e, pp. 537 et suiv.)
» Veuillez bien me croire, Monsieur, votre très humble ei obéissant serviteur.
fie, Ev. de Montréal1.
» à F. X, A. Trudel, Avocat. »
1. Mgr Ignace Bourget, né à la Pointe-Lévis, le 30 octobre 1799, ordonné prêtre le 30 novembre 1822, élu évoque titulaire de Telmesse et coadjuteur de Montréal le 10 mars 1837, sacré le 25 juillet suivant; devint évêque de Montréal le 19 avril 1840, démissionnaire le 11 mai 1876; il est nommé, dans le mois de juillet suivant, archevêque titulaire de Martianopolis ; décédé au Sault-au-Récollet (près Montréal), le 8 juin 1885, déposé le 13 du même mois dans les voûtes de la cathédrale de Montréal. (Ordinaire; 39 ans 9 mois et 11 jours.)
Mgr Bourget a pris place dans les controverses de son temps; il les a soutenues avec une froide et énergique résolution. Ce prélat possédait, à un si haut degré, l'esprit de l'Eglise, qu'il n'y a pas dans ses écrits, un mot qui détonne, ni, dans sa conduite, un acte qui prête, je ne dis pas à censure, mais à regret. Ignace Bourget était d'ailleurs un saint homme; c'est le saint Basile du Canada. (Mgr Fèvre, Darras, tome 44, p. 535).
... Mgr Bourget, évêque de Montréal, dans un recours au Saint-Siège (Voir Voix canadiennes, lre partie), avait dénoncé le libéralisme canadien, ses tendances, ses méfaits. Nous pouvons suivre ces indications et agrandir encore le débat.
Le premier fait à noter, c'est la création de nouvelles paroisses à Montréal. Montréal, ville de cent quarante mille âmes, n'avait qu'une paroisse confiée, comme Saint-Sulpice de Paris, aux prêtres du séminaire. Ces prêtres étaient constitués en seigneurie féodale, principauté sans doute subordonnée de droit divin à l'évêque, mais fortement inclinée à l'indépendance. En fait, une paroisse de cent quarante mille âmes n'a pas de sens; elle doit être, pour l'efficacité du ministère pastoral, scindée en sept ou huit paroisses. Quelle que soit la bonne volonté d'un homme, son zèle a ses limites dans son impuissance. En pays catholiques, avec des paroisses de vingt mille âmes, toutes pratiquantes, un curé, assisté de deux vicaires, a des devoirs autant qu'il en peut accomplir. L'évêque, usant de son droit, avait donc créé, à Montréal, de nouvelles paroisses dépendantes du prélat, mais non du séminaire, tout à fait comme cela se voit à Paris. Les Sulpiciens, qui se disent si respectueux du pouvoir épiscopal, remuèrent ciel et terre pour empêcher la création de ces paroisses, et, lorsqu'elle fut irrévocable, pour les tenir en laisse. Le pouvoir civil était tout à fait disposé à reconnaître les droits de ces églises et à tenir les registres de l'Etat civil. L'archevêque de Québec y mit opposition; d'après lui, les nouvelles paroisses devaient rester des succursales, prétention mal venue, qui finit par succomber.
Les deux évêques de Montréal et de Trois-Rivières, usant de leur droit,
Ces témoignages de sympathies de dignitaires de l'Eglise, dont la science, le zèle et la haute vertu étaient universellement connus, appréciés ou redoutés, pouvaient bien ne pas suffire à des gens qui, à Québec alors, comme en France, dès longtemps, étaient férus de la suprématie du laïque en matières politiques et quelques autres en plus. Aussi prit-on soin de consigner par écrit la preuve assermentée des circonstances qui accompagnèrent la fixation du Programme et des motifs qui déterminèrent son adoption :
Voici le premier témoignage :
avaient dressé un directoire moral pour les consciences et tracé le devoir électoral. L'archevêque s'éleva contre et soutint la thèse libérale que l'accomplissement du devoir électoral est purement politique et n'intéresse nullement la conscience, ce qui' est une erreur. Il est interdit, en conscience, de voter pour des ennemis de l'Eglise et il est prescrit de voter pour d'honnêtes hommes tout dévoués au bien de leur pays.
Un professeur de Laval avait énoncé la thèse de Vinfluence indue qui défend absolument aux pirètres toute ingérence dans les élections et casse toute élection où leur parole a pu influencer les électeurs. Thèse entièrement fausse, car, en matière électorale, le prêtre, comme citoyen, a les droits de tout le monde, et comme prêtre, il a des devoirs à remplir envers la conscience des électeurs. Le nier, c'est nier^ virtuellement l'autorité de l'Eglise.
L'évêque Ignace Bourget de Montréal avait voulu doter sa ville d'une Université; il avait établi une Faculté de droit et une Faculté de médecine : c'était une pierre d'attente. L'Université-Laval, fondée depuis peu à Québec, prétendit qu'elle devait être, pour le Canada, la seule et unique Université de province et que toutes les autres Facultés établies, peu importe où, devaient lui appartenir. Une Université-annexe, une Université qui est le déversoir d'une autre, nous ne comprenons pas bien cette prétention. Une Université doit subsister par elle-même et jouir d'une complète indépendance. Refuser ces prérogatives à Montréal, c'est confisquer ses droits. Et puisque Québec, ville très inférieure en population, en comparaison de Montréal, avait, vu son séminaire se transformer en Université, pourquoi le séminaire de Montréal, sous l'autorité de l'évêque par l$on initiative, avec l'autorisation de Rome n<% pouvait il pas devenir aussi une Université? On ne voit pas possibilité de réponse négative, ni pour le présent, ni surtout pour l'avenir.
Le diocèse de Trois-Rivières, placé sur la frontière de la province, n'était pas très important; il ne dépassait pas la capacité d'un évoque, comme Mpr La Flèche : il n'y avait aucune raison de 1«* couper en deux. Pour faire pièce à l'évêque, fut introduite l'idée de scinder ce diocèse. Le Saint-Siège demandait l'opinion de l'épiscopat; les évê-
François-Xavier-Anselme Trudel, EcUyer, Avocat de la cité et du district de Montréal, l'un des membres de la Législature Provinciale de Québec, étant dûment assermenté — dépose et dit :
Au commencement d'avril 1871, dans une conversation que j'eus avec Alphonse Desjardins, Avocat, chevalier de Pie IX, alors Rédacteur de Y Ordre, il fut question des divisions qui existaient parmi les catholiques et agitaient en ce moment la presse canadienne-française, sur des matières religieuses dont plusieurs ont été, ou sont actuellement soumises au S;iiut-Siège, ainsi que de l'attitude hostile aux légitimes récla-
ques consultés se prononcèrent en majorité contre ce dessein. L'archevêque, sans en référer à ses suffragants, fit, de ce projet, son affaire exclusive et du vivant de Mgr La Flèche, obtint que son diocèse serait amputé de la contenance d'un nouveau diocèse.
A la demande du Saint-Siège, le quatrième Concile provincial de Québec avait demandé la réforme de certains articles du Code civil, qui contenaient des dispositions contraires au droit canon sur l'importante matière du mariage. Le gouvernement était prêt à accepter cette réforme; l'archevêque refusa de mettre à profit ces dispositions du gouvernement.
Le point sur lequel choppa le plus tristement l'archevêque de Québec fut la question du libéralisme. Lui-même, de sa propre plume, avait rédigé une pastorale où était condamnée cette grande hérésie des temps modernes; cette pastorale avait été souscrite par tous les évêques de la province, ratifiée par le Saint-Siège et devait faire loi pour tout le Bas-Canada. Pendant que tous, évêques, prêtres et laïques bien intentionnés bénissaient la divine Providence de cet heureux résultat, l'archevêque modifia ses idées et proposa à ses suffragants d'adoucir cette pastorale, qui avait atterré les libéraux. Les évêques furent unanimes à proclamer que leur acte contre le libéralisme était trop orthodoxe, trop avantageux pour le pays, trop honorable pour eux-mêmes; et qu'ainsi ils voulaient le maintenir ferme contre les préjugés funestes et les illusions ridicules du libéralisme. L'archevêque se sépara de ses suffragants et publia, le 25 mai 1876, seul, un mandement où il édictait les accrocs qu'il avait prémédités contre sa propre déclaration. Les évêques s'unirent et témoignèrent, à l'archevêque, de leur profonde affliction. Sur ces entrefaites arrivait à Québec une lettre du cardinal Franchi, préfet de la Propagande, sur l'intervention du clergé dans les affaires politique: Cette lettre montrait le danger de cette intervention, appuyait sur ; péril d'irriter les protestants et demandait, là-dessus, quelques infonr ^ tions. Le cardinal avait été mal informé; sa lettre tombait on ne r li plus à propos. Les journaux libéraux, qui reçurent cette lettre des m- ns de l'archevêque, publièrent bien haut la victoire qu'ils venaient de m-
mations de l'Eglise, qu'avaient cru devoir prendre un certain nombre d'hommes politiques.
Nous nous accordâmes à penser qu'il serait opportun, pour tous ceux des écrivains ou journalistes qui faisaient profession de soumission entière à la doctrine de l'Eglise et qui appartenaient 'de cœur et d'âme à l'Ecole Ultramontaine, de s'entendre sur la ligne de conduite à tenir pour le plus grand intérêt de la cause, dans la position qui leur était faite.
M. Desjardins me dit alors ou qu'il songeait à inviter ou qu'il avait déjà invité deux de ses confrères, M. Renault, rédacteur du Courrier du Canada, journal publié à Québec, et M. Magloire McLeod, rédacteur du Journal des T rois-Rivières,
porter sur le parti catholique et exaltèrent avec enthousiasme la sagesse du malheureux prélat, aux manigances de qui ils devaient ce triomphe contre le droit et la vérité.
« A leurs yeux, dit Mgr Bourget, tout ce que le Saint-Père a dit pour stigmatiser le libéralisme, tout ce qui a été décrété par les conciles de Québec, enseigné par les évêques, prêché par les prêtres, se réduira au mandement de l'archevêque, qui 'va "être le grand cheval de bataille, et dont cependant on ne prendra que ce qui pourra favoriser les libéraux, savoir : le silence imposé aux prêtres pour qu'ils ne parlent pas d'élection ou qu'ils n'en parlent que d'une manière inefficace, tandis que les libéraux, aux approches des élections, se feront entendre, les dimanches et fêtes, aux portes des églises et passeront la semaine à parcourir les maisons, pour vanter leurs partisans et faire élire des hommes opposés, comme eux, aux doctrines et aux libertés de l'Eglise. — Si l'on veut les confondre, en leur citant la lettre collective des évêques du Canada, ils ne manqueront pas de crier partout que cette lettre a été révoquée par l'archevêque, de la part du Saint-Siège; qu'elle n'est en vigueur mille part, pas même dans les diocèses où l'évêque tient à ce qu'elle soit en pleine vigueur. — Si l'archevêque lui-même cherchait à réclamer contre ces fausses interprétations, sa voix ne serait pas entendue ; et on lui répliquerait qu'il n'y a pour personne obligation de s'attacher à cette lettre collective de l'épiscopat canadien, puisqu'il a été lui-même, archevêque, le premier à s'en écarter. — Les laïques qui verront régner une telle confusion outre les prêtres qui ne s'entendront plus, parce qu'ils n'auront plus de point de ralliement, s'abandonneront à la licence qui est le principe il'- ceux qui n'ont plus, pour les minier, la rode de la conscience. — C'est alors que les élections, qui, déjà, malgré toutes les ] récautions prises pour les bien régler, seront une cause malheureuse de crimes et d'excès, finimni par démoraliser complètement le bon peuple du Canada. Ce sera alors aussi crae le libéralisme, qui aujourd'hui bouleverse de fond en comble les sociétés européennes, bouleversera de même unes sociétés du Canada. > (Justin Fèvre ; Darras. tome 44e, pp. 635 el 5 12 et suhO
à venir à Montréal, afin que, partageant avec eux les mêmes principes religieux, il fût possible de s'entendre sur les moyens les plus efficaces à prendre pour les faire prévaloir.
J'approuvai cette démarche.
Quelques jours après, M. Desjardins m'informa que M. McLeod et M. A. B. Routhier, avocat de Kamouraska et intimement lié à la collaboration du Courrier du Canada, étaient à Montréal et logeaient chez lui, et qu'ils seraient très heureux de rencontrer les amis de la cause à Montréal. Je me rendis au domicile de M. Desjardins et je trouvai ces Messieurs en compagnie de M. le chanoine Lamarche, censeur du journal le Nouveau Monde, et de M. C. Beausoleil, rédacteur en chef du même journal.
Nous fîmes part à ces Messieurs du projet que nous avions formé de les réunir, pour aviser ensemble aux moyens de faire cesser, s'il était possible, la division regrettable qui existait parmi les journaux et les hommes politiques de la Province de Québec, sur les questions religieuses alors débattues, et prévenir, s'il en était temps encore, les causes qui devaient ultérieurement rendre toute entente et toute union impossibles et ruiner définitivement le parti conservateur. Nous insistâmes sur le fait qu'une portion de la presse soi-disant conservatrice commençait à professer ouvertement le libéralisme et travaillait à paralyser les efforts que faisaient les écrivains ultramontains pour assurer le triomphe de certaines vérités et de certains droits de l'Eglise déniés ou méconnus, en travestissant leurs intentions et en cherchant à faire croire qu'ils n'étaient inspirés que par ambition personnelle et par hostilité pour le parti au pouvoir.
La conversation étant engagée sur ce sujet, je constatai que toutes les personnes présentes partageaient complètement cette manière 'de voir.
Nous nous demandâmes alors, obligés que nous étions par notre position, de prendre une attitude déterminée, soit dans les débats publics, soit dans la presse, sur ces questions dont
la politique s'était emparée, quelle était la ligne de conduite la plus sage à suivre, afin d'arriver, avec plus d'efficacité, à faire reconnaître, dans toute son intégrité, la doctrine de l'Eglise, à empêcher l'immixtion indue de l'Etat dans le domaine de l'autorité ecclésiastique, à prévenir, par là même, la division et la ruine du parti conservateur, à faire taire enfin les préjugés qui avaient été soulevés contre la presse catholique et répondre à l'accusation portée contre elle de vouloir, par l'attitude qu'elle avait déjà prise, ruiner ce parti politique.
Nous nous accordâmes à penser que, pour enlever tout prétexte à ces fausses interprétations, il convenait tout d'abord que les écrivains ultramontains fissent, tous ensemble, ft'une manière bien précise et bien catégorique, une déclaration de leurs principes et de leurs opinions ainsi que du but qu'ils voulaient atteindre, en les étayant sur des propositions si claires, qu'elles ne pussent donner aucune prise au préjugé ou à la malveillance, mais ramener, au contraire, l'entente entre tous tes vrais catholiques et les bons conservateurs.
Ce que nous désirions étant le triomphe des Droits de l'Eglise, et, d'un autre côté, n'étant pas mus par des sentiments d'hostilité contre le parti conservateur, mais au contraire voulant le soutenir, le considérant comme celui qui offrait le plus de garanties au point de vue des principes religieux et sociaux, il s'agissait, dans notre opinion, de déclarer tout simplement :
1° Que en tout, nous prenions pour règle de notre conduite et de nos écrits, non pas tel ou tel système, non pas telle ou telle théorie, mais la doctrine de l'Eglise, purement et simplement ;
2° Que nous appartenions au parti conservateur, et que, dans le but d'assurer son triomphe, nous donnerions le support le plus dévoué à tous les conservateurs honnêtes et de principes.
Cette attitude nous paraissait tellement raisonnable et telle-
ment inattaquable au point de vue catholique et conservateur, que nous ne pouvions concevoir que quelques conservateurs catholiques refusassent de l'approuver. Nous croyons donc sincèrement que notre déclaration allait servir de base à une union intime de tous les catholiques conservateurs, dans Un même esprit et dans un même but, et faire cesser les malheureuses divisions existant parmi nous.
Je puis résumer toute cette conversation par la proposition suivante avec ses corollaires : La doctrine de l'Eglise qui est infaillible, doit être en tout le critérium de la vérité.
Or, les principes et les droits que nous défendons sont conformes à la doctrine de l'Eglise.
Donc, ils sont vrais.
Conséquemment, il est de notre devoir de nous efforcer d/établir cette proposition d'une manière tellement claire, que tout enfant soumis de l'Eglise ne puisse faire autrement que (d'en admettre l'évidence.
• Conséquemment, encore, il est de notre devoir d'appuyer le paiti politique dont les idées et les principes se rapprochent le plus de cette doctrine.
Or, malgré certaines erreurs déplorables admises dans un groupe assez important du parti conservateur, les chefs de ce parti sont encore ceux de nos hommes politiques qui offrent le plus de garantie pour la défense de ces droits ; et la masse de ce parti lui-même est disposée à les accepter. Il est. donc de notre devoir de travailler à faire disparaître tout ce qui tendrait à faire répandre les préjugés déjà soulevés à l'occasion de la défense des principes religieux, à démontrer que, loin que ceux qui les défendent soient les ennemis des conservateurs, ils sont au contraire leurs plus sûrs alliés, puisqu'ils professent la seule doctrine qui soit une base solide pour ce parti; et que ce dernier ne trouvera de salut que dans le triomphe de ces doctrines.
Le résultat de cette première entrevue fut l'adoption, pour
programme 'de notre conduite, de plusieurs propositions dont voici la substance :
1° Adhésion entière à l'enseignement de l'Eglise catholique, lequel doit être, en tout, pour Un catholique, le critérium de la vérité.
2° Pour les protestants, liberté entière de leur culte et contrôle absolu de leurs affaires religieuses, tels que nous les réclamons pour les catholiques.
3° Attachement dévoué et persévérant au parti conservateur, que nous reconnaissons comme le seul parti dont les principes et les traditions puissent nous assurer la plénitude de nos droits religieux et nationaux.
4° Appui loyal donné aux chefs actuels de ce parti que nous reconnaissons comme ceux, de tous les hommes politiques du jour, qui nous offrent le plus de garanties pour la défense des intérêts ci-dessus mentionnés.
Le soir du même jour, M. Desjardins nous ayant invités à dîner, et, avec nous, quelques autres messieurs, ses amis particuliers, les personnes suivantes, en sus des Messieurs déjà nommés, savoir : MM. B. A. T. de Montigny, ex-zouave pontifical, S. Pagnuelo, L. 0. Taillon, Sévère Rivard, chevalier de Pie IX, tous avocats de Montréal, et le docteur Edouard Desjardins, se trouvèrent réunis chez lui.
Nous reprîmes la conversation de l'après-midi.
Il fut en outre question des écrivains catholiques européens et notamment de M. L. Veuillot.
Les nouveaux venus parurent animés des mêmes intentions et adoptèrent nos vues. Tous s'accordèrent à dire que la publication d'articles de journaux, commentant les idées ci-dessus exprimées, devrait avoir pour effet d'assurer la reconnaissance des Droits de l'Eglise et de faire cesser de malheureuses divisions, en réunissant tous les vrais catholiques dans un même esprit sous le drapeau du parti conservateur.
Deux ou trois des Messieurs présents firent cependant valoir de très fortes objections à une profession de confiance et de
dévouement aux chefs conservateurs contre qui ils avaient des griefs politiques et à qui ils reprochaient une hostilité bien prononcée contre certains droits de l'Eglise.
Mais sur représentation qui leur fut faite que ceux de leurs adversaires qui profileraient immédiatement de leur chute étaient les ennemis systématiques de la constitution de l'Eglise, que le triomphe définitif des principes catholiques n'était possible, humainement parlant, que par l'entremise du parti conservateur et par l'union de tous les catholiques, ils adhérèrent cordialement aux idées exprimées dans les propositions ci-dessus.
De fait, tous ces pourparlers ne prirent jamais les proportions d'une délibération régulière et ne dépassèrent jamais celles d'une conversation entre amis. Quelqu'un ayant même proposé que nous nous formassions en organisation régulière par l'élection de président, secrétaire, etc., il fut de suite représenté que, travaillant à cimenter l'union de tous les vrais catholiques au sein du parti conservateur, il fallait éviter tout ce qui pouvait servir de prétexte à faire croire que nous voulions former un parti distinct.
AU sujet de la conduite à adopter immédiatement, en vue des élections alors prochaines, il s'agit de décider s'il serait laissé à chacun fde nous d'adopter, en temps et lieu, l'attitude qu'il jugerait opportune, ou bien de poser, pour nous guider dans la conduite à tenir, certaines règles communes à nous tous, afin de ne donner sûrement notre support qu'à ceux qui seraient les mieux disposés à soutenir les principes d<ent nous désirions le triomphe. Nous nous décidâmes pour cette dernière alternative.
J'invitai les messieurs présents à venir chez moi, le lendemain ; et nous nous y trouvâmes au nombre de cinq ou six. La conversation s'engagea sur les règles qu'il serait à propos (d'adopter pour nous guider le plus sûrement dans le choix des candidats auxquels nous accorderions notre support Nous tombâmes d'accord sur quelques règles, qui, depuis, furent
inclues dans l'écrit qui est connu sous le nom de « programme catholique ».
Dans une entrevue que MM. Routhier, McLeod et Beausoleil eurent avec Mgr l'évêque de Montréal, ainsi qu'ils m'en ont informé, ils lui soumirent notre projet et le consultèrent sur l'opportunité de notre démarche. Sa Grandeur l'approuva et en bénit l'idée, ainsi que je l'appris plus tard de Sa Grandeur elle-même. Enfin, M. A. B. Routhier voulut bien, à notre demande, se charger de développer, dans un article de journal, les idées sur lesquelles nous nous étions entendus et expliquer l'attitude que nous voulions prendre.
Il rédigea un écrit auquel nous donnâmes notre entière adhésion, et qui a, depuis, été connu dans la presse sous le nom de Programme catholique.
Comme ce document s'appuyait sur une lettre pastorale de Mgr l'évêque des Trois-Rivières, il fut convenu qu'après avoir reçu l'approbation de Sa Grandeur, il serait publié dans le Journal des Trois-Rivières, et livré à l'appréciation de la presse d'après son seul mérite, sans lui donner d'autre caractère que celui d'un article ordinaire de journal, afin d'éviter tout froissement et tout préjugé. Nous espérions que cette simple expression de nos principes suffirait pour indiquer à tous les vrais catholiques la base sur laquelle il serait possible de rétablir la paix et l'union.
Le programme fut donc publié, avec l'approbation de l'Evêque des Trois-Rivières, dans le Journal des Trois-Rivières. Le Nouveau-Monde, le Franc-Parleur et YOrdre de Montréal, le reproduisirent ensuite avec l'assentiment de l'Evêque de Montréal
C'est ce même article qui a été désavoué par Mgr l'Archevêque de Québec et par Nosseigneurs les Evêques de Saint- Hyacinthe et de Rimouski, comme ayant été fait « en dehors rde toute participation de l'Episcopat ».
Je suis positif à affirmer que les seules réunions où il ait été question de ces matières ont toujours été d'une nature intime
et amicale, et jamais des assemblées « montées à grands frais dans tel ou tel bureau », comme l'affirme Mgr l'archevêque de Québec.
Autant que je puis me le rappeler, le nom de programme catholique n'a pas été donné par nous à l'écrit rédigé par M. Routhier. C'est le rédacteur du Journal des Trois-Rivières qui lui donna ce titre, parce qu'il le considérait comme tout un programme.
Je suis positif à affirmer surtout que, au meilleur de ma connaissance, tous ceux qui ont pris part aux pourparlers et délibérations ci-dessus, l'ont fait dans le but de terminer les divisions existantes et d'amener le triomphe des droits de l'Eglise, sans chercher à servir par là des ambitions personnelles, ei surtout sans avoir la moindre pensée de nuire au parti conservateur.
Et le dit déposant a signé, lecture faite.
Assermenté devant moi, à Montréal, le troisième jour de mars, mil huit cent soixante-treize.
F. X. A. Trudel.
Charles A. Terroux,
Juge de paix pour le district de Montréal.
Trois autres témoins déposèrent ensuite en ces termes : Nous, Louis-Olivier Taillon, Benjamin A. T. de Montigny et Sévère Rivard, tous trois avocats de la Cité et du, District de Montréal, après serment dûment prêté sur les Saints Evangiles, 'déclarons :
Nous sommes les personnes mentionnées dans Yaffidavit cidessus, assermenté le trois mars courant, par F. X. A. Trudel, avocat de la Cité de Montréal, et membre de la Législature Provinciale de Québec, devant C. A. Terroux, juge de paix de Montréal, et donnant une relation détaillée des pourparlers qui ont amené la publication du « programme catholique ».
Nous avons lu attentivement le dit affidavit, et nous déclarons que tous les faits et circonstances y relatés, en autant que nous en avons eu connaissance personnellement et que nous y avons pris part, tel que relaté dans le dit affidavit, sont tous vrais, et nous avons signé.
Assermentés devant moi, à Montréal, le cinquième jour de mars mil huit cent soixante-treize.
S. Rivard, B. A. Testard de Montigny,