L. 0. Taillon
Charles A. Terroux,
Juge de paix pour le District de Montréal.
Viennent ensuite Pagnuelo Beausoleil qui disent : Nous, soussignés,, Siméon Pagnuelo, avocat, de la Cité de Montréal, Cléophas Beausoleil, rédacteur en chef du Nouveau-Monde, aussi de la Cité de Montréal, après serment prêté sur les Saints Evangiles, déclarons :
Que les faits relatés dans Yaffidavit qui précède de F. X. A. Trudel, en autant que nous y sommes concernés spécialement, sont vrais, et nous avons signé.
Assermentés devant moi, à Montréal, ce cinq mars mil huit cent soixante-treize.
S. Pagnuelo, C. Beausoleil.
Charles A. Terroux,
Juge de paix pour le District de Montréal.
L'abbé Lamarche et Desjardins affirmèrent aussi ce qui suit :
Godefroy Lamarche, prêtre, chanoine de la Cathédrale de Montréal, et Alphonse Desjardins, avocat, Chevalier de Pie
IX, tous deux de la Cité et du District de Montréal, étant dûment assermentés, déposent et disent :
Qu'ils ont pris communication de la déclaration assermentée ci-annexée de F. X. A. Trudel, écr., avocat, et l'un des membres de la Législature de Québec, au sujet des pourparlers qui ont .donné lieu à la publication de l'écrit intitulé : « Le Programme catholique ».
Qu'ils sont les personnes mentionnées en la dite déclaration, et qu'en autant qu'ils y sont concernés personnellement et d'après ce qu'ils savent de l'ensemble des faits y relatés, cette déposition contient la vérité.
Et ils ont signé.
Assermenté devant moi à Montréal, ce sixième jour de mars de l'année de N.-S., mil huit cent soixante-treize.
G. Lamarche, prêtre; A. Desjardins.
Charles A. Terroux, Juge de paix pour le District de Montréal.
Enfin, Magloire McLeod, Ecuyer, avocat de la Cité et du District des Trois-Rivières, étant dûment assermenté — dépose et dit :
J'étais, en 1871, journaliste, rédacteur du Journal des Trois- Rivières depuis quelques années dans l'intérêt de la cause catholique.
J'avais remarqué, en 1867 et plus tard, l'énergie avec laquelle l'Ordre, alors rédigé, je crois, par Alphonse Desjardins, Ecuyer, aujourd'hui chevalier de Pie IX, affirmait les principes catholiques, dans ses polémiques avec le Pays, sur l'acceptation de la Confédération et sur le rôle du clergé dans les élections. Lé Pays était l'organe français le plus radical du libéralisme dans notre pays. J'observais dans les articles de cette feuille, Y Ordre, une droiture de pensée et une conviction
$e catholique qui me surprenaient d'autant plus que YOrdre était alors réputé journal libéral. Ayant toujours appartenu au parti conservateur, j'avais naturellement des préventions contre cette feuille libérale, mais les articles publiés contre le Pays me firent désirer la connaissance des écrivains qui rédigeaient alors YOrdre. J'eus le plaisir de connaître, dans le cours de la session de 1870, du parlement provincial de Québec, M. Alphonse Desjardins, alors correspondant parlementaire de YOrdre. Voisins dans la galerie des journalistes, nous eûmes ensemble quelques conversations sur des sujets religieux et politiques assez importants, dont la plupart sont aujourd'hui soumis à la décision infaillible du Saint-Siège.
Autant que je puis me le rappeler, nous parlâmes des idées libérales que propageait depuis quelque temps une partie de la presse conservatrice, idées que je combattais dans le journal que je rédigeais. Je crois avoir dit alors à M. Alphonse Desjardins qu'il serait utile et opportun de s'entendre avant les élections générales, alors prochaines, sur un programme unjforme ,basé sur la doctrine catholique. Au meilleur de ma connaissance, jM. Desjardins me répondit que, de retour à Montréal, il s'occuperait de la chose.
Je reçus une lettre de M. Alphonse Desjardins, en date du 7 avril 1871, dans laquelle il m'annonçait une réunion des 'directeurs ides journaux catholiques, avec une invitation personnelle à la réunion.
Avant de partir pour Montréal, j'allai voir Sa Grandeur Mgr La flèche et lui parlai de la démarche qui était en question. Sa Grandeur me répondit qu'elle ne voyait rien de mauvais dans le mouvement en question: qu'en se voyant et en s'entendant sur les questions alors agitées dans la presse, les écrivains catholiques pourraient plus efficacement et plus sûrement faire prévaloir la vérité, les principes catholiques.
Je me rendis en conséquence à Montréal, après avoir télégraphié ou écrit à M. Alphonse Desjardins de télégraphier à M. A. B. Routhier, écrivain ultramontain de l'archidiocèse de
Québec, pour qu'il fût présent à cette réunion. Je rencontrai à Montréal, A. B. Routhier, Ecuyer, avocat de Kamouraska; Alphonse Desjardins, Ecuyer, rédacteur de l'Ordre, qui m'avait offert une généreuse hospitalité ; F. X. A. Trudel, Ecuyer, avocat, considéré parmi nous comme le représentant par excellence de l'école ultramontaine, depuis élu membre du parlement de la province de Québec; C. Beausoleil, Ecuyer, rédacteur en chef du Nouveau-Monde, Edouard Desjardins, Ecuyer, M. D., B. A. T. de Montigny, Ecuyer, avocat, lexzouave pontifical, Sévère Rivard, Ecuyer, avocat, aujourd'hui chevalier (de Pie IX, S. Pagnuelo, Ecuyer, avocat, L. 0. Taillon, Ecuyer, Avocat.
L'objet /ie cette réunion était pour moi la rédaction d'un programme [qui fût une affirmation solennelle des principes catholiques, capable de produire un effet salutaire sur l'opinion publique de notre pays.
Depuis l'éclatant succès qu'avait remporté le parti conservateur en 1867, lors de l'établissement de la Confédération, certains organes conservateurs, dans mon opinion, donnaient dans le libéralisme, soutenaient des principes que je considérais et que je considère encore comme faux, spécialement sur la question des rapports de l'Eglise avec l'Etat. En publiant un programme franchement et ouvertement catholique, et en désirant qu'il ne fût pas lettre morte, j'avais l'ardente conviction de remplir, dans les circonstances, un devoir sérieux, important, comme publiciste, surtout après avoir reçu l'approbation de mon évêque diocésain.
Notre première réunion générale à Montréal, où il fut sérieusement question du programme, eut lieu chez M. Alphonse Desjardins. Tous les amis nommés ci-dessus y étaient présents ainsi que M. le chanoine Lamarche, censeur du Nouveau-Monde, qui ne consentit néanmoins à donner son opinion que sur de nombreuses et pressantes sollicitations. Nous eûmes ensuite une autre réunion chez F. X. A. Trudel, Ecuyer, une
Vers l'Abîme. q
autre chez S. Rivard, Ecuyer, et une dernière chez C. Beausoleil, Ecuyer.
C'est à notre première réunion, chez M. Alphonse Desjardins, crue tous les principes du programme furent à peu près amplement discutés. La réunion chez M. Trudel eut pour fin de mettre la dernière main au programme. Les deux autres réunions furent plutôt des invitations d'amis que des réunions politiques.
Tous ceux qui étaient présents à ces réunions, animés principalement de la pensée de faire triompher la doctrine de l'Eglise catholique, tombèrent d'accord sur le programme dont nous devions accepter publiquement la responsabilité.
Comme cette démarche n'était faite que pour le triomphe, non seulement théorique, mais pratique, des principes catholiques, .ultramontains ; mais que, pour les partis politiques régnant dans notre pays, elle pouvait avoir des effets assez sérieux, surtout à la veille d'élections générales : M. François- Xavier-Anselme Trudel, autant que ma mémoire peut me rappeler le fait, fit remarquer, dans le cours de nos conversations, que nous devions exprimer sans détour notre entière, confiance dans les chefs conservateurs, parce que, malgré certaines erreurs assez graves, prônées par une certaine partie fie la presse conservatrice, les chefs conservateurs étaient ceux qui offraient le plus de garantie pour le triomphe des principes catholiques, les chefs du parti libéral ayant professé systématiquement des principes entièrement faux sur des questions ,de première importance pour la religion et la société, principes auxquels ils n'avaient renoncé, ni par déclaration, nj par une ligue de conduite publique suffisante pour motiver à leur égard, im changement d'attitude de la part des catholiques.
Lorsque M. Trudel fit cette remarque, j'observai que celles des personnes présentes qui n'avaient jamais eu de bien chaudes sympathies pour ces chefs, y eurent d'assez sérieuses objections, objections qu'ils retirèrent cependant après une courte
discussion. JVL A. B. Routhier, conservateur éprouvé, appuya fortement M. Trudel sur le point débattu.
Quelqu'un fit remarquer ensuite que les protestants pourraient peut-être prendre ombrage de notre programme, et qu'il serait prudent de faire une déclaration à ce sujet. Alors, tous furent .d'accord à déclarer que, comme fait social particulier à notre pays, nous reconnaissons, aux protestants comme aux catholiques, la même liberté civile de pratiquer leur culte, sous la protection de l'Etat.
Après avoir lu la déposition de François-Xavier-Anselmé Trudel, Ecuyer, Avocat, de la cité et du district de Montréal, je n'hésite pas à déclarer que tous les faits qui y sont mentionnés sont vrais et en tous points exacts, en autant que j'y suis personnellement concerné.
Il ne sera peut-être pas inutile de faire remarquer ici qu'en compagnie de Messieurs A. B. Routhier et C. Beausoleil j'eus la faveur d'une visite, sur la demande de M. le chanoine Lamarche, à Sa Grandeur Mgr de Montréal. Sa Grandeur, avec une éloquence abondante et onctueuse, insista fortement sur la nécessité pour la presse religieuse de combattre les mauvaises doctrines, nous disant que c'était un des moyens les plus efficaces de sauver le monde moderne et d'obtenir le triomphe de l'Eglise.
Je fus chargé de publier en premier, sur le Journal des Trois Rivières, l'écrit depuis connu dans le presse canadienne sous le nom de « Le Programme Catholique ». Mais avant de lui donner publicité, j'allai soumettre l'écrit à Sa Grandeur Mgr Laflèche. Sa Grandeur me conseilla d'ajouter dans le programme que les modifications demandées au sujet de notrç législation seraient celles arrêtées par Nosseigneurs les Ev& ques de la Province de Québec, et me fit changer quelques] expressions pour plus de précision dans leur propriété. Je télégraphiai immédiatement ces changements à Montréal, à Vf. C. Beausoleil, rédacteur en chef du Nouveau-Monde; ils furent acceptés avec le plus grand plaisir.
Je m'occupai ensuite d'obtenir des lettres d'adhésion à notre déclaration de principes de la part des législateurs qui représentaient en notre département provincial le district des Trois- Rivières. Le défunt et regretté C. B. Genest, Ecuyer, avocat, alors .député de la ville des Trois-Rivières ; l'Hon. John Jones Ross, conseiller législatif pour la division Shawenigan, dans le dit district des Trois - Rivières ; J. Gaudet, Ecuyer, représentant du comté Nicolet; A. L. Desaulniers, Ecuyer, avocat, représentant du comté Maskinongé, m'envoyèrent des lettres d'adhésion, que je publiai sur le Journal des Trois- Rivières, après en avoir demandé avis à Mgr L. F. Laflèche. Le même jour que je publiais ces lettres d'adhésion au programme catholique », les journaux de Québec nous apportaient aux Trois-Rivières une circulaire de Sa Grandeur l'archevêque de Québec désavouant notre programme et déclarant qu'il avait été fait en dehors de toute participation de l'épiscopat. Quelques jours après, Nosseigneurs les Evêques de St-Hyacinthe et de Rimouski émanaient des circulaires de même teneur.
Voilà les faits relatifs au programme catholique qui me sont personnels.
J'oubliais de dire que c'est en effet moi qui donnai le nom de « programme catholique » à l'écrit rédigé par M. A. B. Routhier en la publiant, je crois, dans le Journal des Trois-Rivières.
La présente déposition étant lue au soussigné, il y persiste, déclarant qu'elle contient la vérité et a signé.
Assermenté devant moi aux Trois-Rivières, ce septième jour de mars de l'an mil huit cent soixante-treize.
Magloire McLeod.