L. U. A. Genest
Commissaire pour prendre et recevoir des Affidavits pour les Cours civiles dans le district des Trois-Rivières.
Ces documents ne paraîtront pas, à nos lecteurs, dénués d'intérêt. A la réflexion, ils seront certainement tentés de rapprocher encore ce qui se passait alors au Canada de ce qui a conduit'à sa perte le parti conservateur de la métropole. Celui-ci comme celui-là était incapable de refréner ses visées particularistes, généralement concentrées, pour n'envisager et ne servir que les grands intérêts de la conservation sociale qui sollicitent le dévouement parfois exclusif des nobles cœurs.
Les auteurs de ce programme catholique dont personne, aujourd'hui, n'oserait plus contester les principes ni repousser les conseils, auquel chacun adhérerait, s'il en était temps encore, avec le plus grand, empressement, furent rendus odieux par la calomnie, poursuivis par une haine tenace et jusqu'au bout inapaisée. L'hostilité contre ces hommes de bien, faut-il le dire, venait surtout des tenants de l'Université Laval et de ceux qui prenaient alors des; mots d'ordre soit au palais archiépiscopal de Québec, soit au séminaire dudit lieu. Et c'est une misère de plus qui leur reste à regretter, comme nous avons à la déplorer.
Les « programmistes », comme on les appelait avec un dédain qui voulait être outrageant, malgré leur dévouement constant, à toute épreuve; malgré leurs efforts incessants, avant comme après ces déclarations opportunes cependant; malgré leurs luttes chevaleresques pour l'honneur du drapeau, furent tenus opiniâtrement à l'écart, bafoués et persécutés sans trêve ni merci, comme si leur immolation impitoyable importait au salut du parti conservateur dont ils eussent fait cependant la force et, sans doute, assuré la durée. Or, les documents précités démontrent que les préventions conservatrices étaient pures injustices et que, dans toute l'affaire, il n'y avait de fondé que la bêtise des pharisiens calomniateurs.
Pour ceux qui seraient tentés de mettre en doute l'authenticité des documents assermentés produits pour expliquer la rédaction et l'inspiration du programme catholique, nous les. renvoyons aux archives de l'évêché de Montréal où les ori-
ginaux furent déposés en 1873. De tous ces documents, il découle évidemment que le programme catholique honni par les ennemis avoués ou secrets de l'Eglise, méconnus par les conservateurs et certaine coterie ecclésiastique agissant à Québec et à Montréal, au point tie vue religieux, avait été approuvé préalablement par l'évêque du diocèse où il fut rédigé, et par l'évêque de celui où il fut soumis à l'opinion. Ces évoques comptaient, nous le redisons, parmi les plus compétents et les plus intègres. Sous leur garantie, vu d'ailleurs sa forme et son fonds, on peut dire que ce programme, dédaigné bien à tort, était un acte de confiance envers les chefs du parti conservateur canadien qui s'en montrèrent indignes, et, de plus, un acte formel d'adhésion à leur politique qui, mieux inspirée et honnêtement affirmée, eût épargné à la patrie canadienne l'épreuve du libéralisme triomphant.
Les auteurs du programme catholique ont eu le tort et celui-là seul, que Mgr Deramécourt, évêque de Soissons, parlant à nous-mêmes, reprochait spirituellement à notre collaborateur toujours regretté, Mgr Fèvre, disant : « C'est fort ennuyeux cela : au moment où il parle, on l'écoute avec humeur ; on lui en veut de ses avertissements qui n'emportent aucun ménagement. Il apparaît comme une corneille triste qui nous, prédit la vérité qu'on redoute...; mais toujours deux ans d'avance! et c'est fâcheux, cette prévision, pour ceux qui attachent quelque prix à la sérénité de leur ignorance ». Les programmistes ont cru à l'infaillibilité du pape avant la définition du dogme; et ils ont cru au Syllabus : tout catholique y croit; mais ceux qui ont donné l'exemple de la soumission ont expié dans une disgrâce sans issue la violence honnête que leur loyalisme clairvoyant fit aux volontés rebelles et aux ambitions désordonnées.
Nous avons donné le programme catholique avec les réflexions qu'il comporte : cela importait à la clarté et à la compréhension des documents qui nous restent à produire.