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VI. — Quelques faits tirés de notre histoire

A ces deux voies de preuves, savoir; la presse libérale et renseignement épiscopal, concluant si clairement à l'existence, au Canada, des erreurs anti-religieuses qui désolent l'ancien monde, je pourrais en ajouter une autre qui n'aurait pas moins de force, celle de faits tirés de notre histoire. Je me bornerai, Eminentissimes Seigneurs, à en signaler trois, bien propres, si je ne me trompe', à faire juger de l'intensité du mal : 1° celui de l'Institut Canadien; 2° celui du procès Guibord; 3° celui des poursuites judiciaires contre les Curés pour influence spirituelle indue.

1° Depuis plusieurs années existait à Montréal Une société littéraire, portant le nom d'Institut Canadien, qui comptait dans ses rangs un grand 'nombre de jeunes gens et d'hommes distingués, et à laquelle la jeunesse, au sortir des collèges, ambitionnait l'honneur d'appartenir. f

Les chefs et les principaux membres du parti rouge — nom sous lequel est plus communément désigné chez nous le parti libéral, — comprirent quelle force ils pourraient tirer de cette institution pour la diffusion de leurs doctrines; ils travaillèrent donc avec énergie à y faire pénétrer leurs adeptes, et bientôt en 1850, se trouvant en majorité, jls purent donner à l'Institut Canadien la direction qu'ils avaient en vue.

Cet Institut devint en peu d'années une véritable chaire de pestilence, par les discours et les Conférences prétendues scientifiques qui s'y débitaient, et par sa bibliothèque impie et voltairienne ouverte à tout le monde.

L'autorité diocésaine, après avoir essayé en vain de les

ramener dans le droit chemin et au but premier de l'institution, se vit forcée de censurer et de condamner cette société dévoyée et incorrigible, devenue une véritable école d'impiété et de démoralisation. Enfin un décret du Saint-Office (en date du 14 juillet 1869, (condamna l'Institut canadien et mit ses productions à l'index; il fut défendu à tout catholique de continuer à en faire partie sous peine d'excommunication. Cette sentence fut son coup de mort.

Pour se venger de ces condamnations portées par le Saint- Siège et par l'autorité diocésaine contre l'Institut Canadien, l'un de ses chefs les plus importants ot les plus avancés, écrivit un pamphlet aussi ignoble qu'impie qu'il intitula «L'a grande guerre ecclésiastique» dans lequel il déversa le mépris, le blasphème, la calomnie sur tout ce qu'il y a de plus saint e,t de plus auguste dans l'Eglise. En voici quelques extraits :

« La suprématie du prêtre signifie toujours et partout l'es- » clavage de la pensée : ©lie signifie par là même le ser- » vage politique. Qu'était devenue la nationalité italienne sous; » le régime papal ? Qu'est devenue l'intelligence humaine sous » la censure papale? Pourquoi le domaine de l'esprit était-il » devenu un désert comme la campagne de Rome? Stérilité » partout....

» L'infaillibilité d'un homme sur les questions de mœurs » est la plus grande aberration de l'histoire. C'est, a dit un » illustre prêtre mort dans le sein de l'Eglise, c'est la plus » grande insolence qui se soit encore autorisée du nom de » Jésus-Christ. » ,

Toutes les colères des libéraux ne purent empêcher ledit Institut de tomber dans le discrédit et de périr misera bloment.

2° Le procès de rexcommunic Guibord intenté à la fabrique de Notre-Dame de Montréal par les mêmes hommes, eut un retentissement ('nonne dans tout le pays. Un membre de l'Institut canadien avait refusé de se soumettre aux condamnations

portées contre cette société, et d'en sortir. Etaul mort dans cet état, et sans donner marque de repentir, la sépulture ecclésiastique lui fut refusée par l'autorité religieuse. Les littéraux- avancés saisirent celte occasion d'attaquer l'Eglise dans l'un de ses droits les plus sacrés, l'inviolabilité de la sépulture chrétienne, droit garanti par la constitution du pays, et dont Elle avait toujours joui sans contestation. Deux avocats, coryphée du parti libéral et adeptes zélés de l'Institut, MM. Rodolphe Laflamme et Joseph Doutre, se chargèrent de forcer la main à l'Eglise, et de l'obliger par l'autorité civile à laisser inhumer en terre sainte l'infortuné Guibord qui en avait perdu le droit par sa révolte. Ils intentèrent en conséquence à la fabrique de Montréal un procès scandaleux autant que dispendieux, et en profitèrent pour émettre dans leurs plaidoyers les doctrines les plus lanti-catholiques sur la constitution et les droits de l'Eglise, et les blasphèmes les plus impies. En voici quelques extraits :

« La France armée de ses libertés gallicanes est restée » catholique en dépit des Cardinaux et même des Papes et » des Conciles, et, couverte du bouclier qui a résisté à tant » d'épreuves, elle contemple avec indifférence la grande as- » semblée du Vatican qui va encore une fois essayer en vain » de déraciner l'Apennin, pour me servir de l'expression d'un » évêque français.

» L)a division (en partie bénie et non bénie), des cime- » tières, en vue de manifester l'approbation ou l'improbation » religieuse de la conduite d'un défunt, est un acte pure- » ment matériel et un abus des fonctions curiales qui tombe » sous le contrôle de l'autorité civile. L'autorité civile n'a » jamais reconnu à l'autorité religieuse le droit de flétrir des » citoyens honorables et en pleine possession de leur état » civil au moment de leur mort, par cette division arbitraire » des cimetières.

» L'autorité civile doit méconnaître la consécration des cime-

» tières quand il s'agit d'assurer aux morts le respect qui » leur est dû. >

» Si l'autorité religieuse veut bien consacrer sans nécessité » les cimetières, elle s'expose de son propre gré à ce qu'elle » appellera peut-être une profanation de la terre sainte; mais :> elle seule est responsable de cet inconvénient.

» Lie Curé ne devient Curé que parce qu'il devient membre » de la corporation appelée fabrique, et, de ce moment, al » entre sous le contrôle absolu du pouvoir civil. Le prêtre-curé, » c'est l'officier principal d'une corporation qui veut posséder » et administrer des biens matériels, des immeubles, dos meu- » blés pour des besoins matériels, des choses absolument » inutiles au prêtre.

» Les prétentions de la défense sont l'expression, la repré- » sentation d'un système. Ce système est celui qui agite le » monde catholique en ce Imoment; c'est celui qui tend à faire » restituer à l'ordre religieux la prédominance que le paga- » nisme, le boudhisme et le Christianisme du moyen-âge » avaient obtenue sur la société, et dont toutes les formes de » culte ont si douloureusement abusé; oui, cette prédomi- » nance, rêvée par des esprits dont l'existence dans notre » siècle fait croire à la métempsycose.

» Les clients de nos adversaires n'apparaissent pas au dos- » sier, quoiqu'ils soient l'âme, le nerf, la moelle et les os de » toute la défense.

» Il y a dans le monde un cercle d'hommes en conspira- » tion permanente contre tout ce qui fait le bonheur maté- » riel et moral de l'humanité; un cercle d'hommes qui pe » disent catholiques cl qui trente-sept fois ont été proscrits » par les Papes et les Princes de tous les pays catholiques. l» Dans ces perturbations, le génie du mal est passé du serpent

> dans ce cercle d'hommes. Vous le proscrivez, vous le mor-

> celez, vous le tranchez en, cent morceaux, pour le livrer aux

> vents destructeurs, et lentement, sourdement, silencicuse-

> ment, ces morceaux se cherchent dans l'ombre, de l'Afrique

» à l'Europe, de l'Asie à l'Amérique et le serpent se recom- » pose avec une recrudescence de venin et de haine contre » La société chrétienne, et lorsque vous le croyez disparu »pour toujours, enfoncé dans les couches séculaires de l'exé- » cration des hommes, vous voyez reparaître sa tête hideuse, » vous le voyez étendre autour du tronc et des membres de » la société ses replis tortueux et visqueux, pour étouffer » le corps et l'âme de la vie lime qui est le monde civilisé.

» Les clients de nos adversaires, ce sont les Jésuites 1

» Ce sont eux qui, par leur art infernal, plaident ici sous » les noms des curés et marguilliers de Montréal, et qui en » ce moment rient sous cape du bon tour qu'ils jouent à toute » La population de la mettre ainsi en émoi, sans que le bout » de leurs doigts y paraisse !

» Déjà, notre société, étreinte dans les replis du serpent, » allait, expirer sans jeter le cri d'alarme. C'est la main d'un » mort qui la rappelle à la vie; c'est Guibord encore gisant sur » le sol qui arrachera le masque de la défense!

» Honneur soit rendu aux sauvages de ce continent, qui » avaient commencé à supprimer du sol canadien la première » semence de la sainte Société de Jésus ! Honneur soit rendu » au ministère anglais qui les en fit disparaître 1

» Honneur à l'Archevêque de Québec qui a entouré son » diocèse d'un cordon saniiaire contre cette peste ! »

Ces quelques extraits suffisent pour donner une idée des doctrines perverses et de l'impiété de ces chefs libéraux, vengeurs de l'Institut canadien. Ils eurent finalement gain de cause au tribunal civil de la Reine; Guibord fut enterré sous la protection des baïonnettes dans le cimetière réservé aux catholiques, morts en paix avec l'Eglise, et la fabrique de Notre-Dame de Montréal condamnée à payer les frais énormes de ce procès.

3° Le troisième fait est celui de la persécution organisé© contre le Clergé en traduisant devant les tribunaux civils lès prêtres de quelques comtés sous prétexte d'influence spiri-

tuelle indue. Forcer les prêtres à rendre compte devant le tribunal civil de l'exercice de leur saint ministère, des instructions données en chaire à leurs ouailles, et les poursuivre jusque dans le secret, inviolable du tribunal de la pénitence en interrogeant les pénitents sur ce que leur avait dit le confesseur, était chose inouïe dans les annales de notre histoire. Aussi en résulta-t-il un scandale immense, contre lequel les évêques durent s'élever; et ces procès intentés en violation des saints canons etauîmépris de la défense formelle et précise de l'autorité religieuse dans la pastorale, et la circulaire du 22 septembre 1875, constituaient en même temps une violation flagrante des droits les plus sacrés de l'Eglise, et de la liberté du culte catholique, garantis par les traités et par la constitution du pays.

Aussi lorsque les prétentions crue nous pourrions appeler Sacrilèges de nos libéraux eurent été couronnées du succès par la sentence de la Cour Suprême, l'épiscopat protesta solennellement contre une telle interprétation de la loi, par une déclaration en date du 26 mars 1877.

« A la lecture de lia sentence rendue le 28 février dernier » par la Cour Suprême du Canada, dans la cause de l'élection » du comté de Charlevoix, les soussignés, Archevêque et évê- » que de la Province ecclésiastique de Québec ont éprouvé » une douleur profonde, crac tous les vrais catholiques ne ;> manqueront point de partager avec eux.

» Nous n'avons pas à juger la valeur légale des arguments » sur lesquels se sont appuyés les honorables membres du » plus haut tribunal judiciaire de notre pays, pour interpr t er » avec tant de sévérité une loi d'ailleurs rccommandable. » Mais aussi il ne peut nous être défendu de déplorer le con- » flit que ce jugement constate entre la loi ainsi interprétée » et les droits imprescriptibles de l'Eglise catholique, expo- » ses dans notre pastorale commune du 22 septembre 1875.

/> L'interprétation si rigoureuse et si absolue donnée à la » loi électorale, si elle est poussée jusque dans ses dernières

» conséquences, irait, jusqu'à priver l'Eglise catholique d'un » droit sacré, d'un (droit que la nature elle-même confère » à toute société et même à tout individu, d'un droit enfin » que les codes de toutes les nations regardent comme indis- » cutable : ce droit, c'est celui de légitime défense....

» Quand donc nous voyons la liberté de l'Eglise et sa » dignité méconnues, il ne peut être permis à ses enfants et » encore moins à ses pasteurs de garder un silence qui équi- » vaudrait à une trahison. »

Tout le monde sait que jamais pareilles plaintes n'ont été portées contre notre clergé par les protestants, qui comprennent en cela, mieux que ces catholiques fourvoyés par les principes gallicans et libéraux, ce que doit être la liberté du culte religieux. Pourquoi faut-il avoir à ajouter qu'il s'est trouvé des prêtres assez infatués de ces erreurs, pour approuver de tels procès, et encourager ceux qui les suscitaient?

Il est à remarquer que si la -perversion de l'Institut canadien, et la 'profanation du cimetière catholique par l'inhumation forcée de l'excommunié Guibord ont été l'œuvre des libéraux avancés de l'école de Y Avenir et du Pays, la persécution légale exercée contre le Clergé, sous prétexte d'influence spirituelle indue, a été surtout l'œuvre des libéraux catholiques modérés, de l'école de l'Evénement et de l'Electeur de Québec.

Donc, en résumé, les programmes et la presse de l'école libérale, les faits et gestes de ses chefs, les documents épdscopaux pour les combattre et préserver les fidèles de leurs séductions, s'unissent également pour constater que « les prin- » ripes pervers qui troublent l'Europe ont réellement traversé » l'Océan, et depuis trente ans environ les erreurs contem- » poraines ont réellement commencé à faire sentir leurs fu- » nestes effets dans les élections populaires, ett à leur don- » ner un caractère bien prononcé d'hostilité contre l'Eglise, » de la part de certains catholiques influents de la Province.; » qu'ils ont formé un parti et fondé des journaux qui se sont

» donné la triste mission de faire prévaloir en Canada les » idées subversives de la France, de battre en brèche les doc- » trines de l'Eglise sur les rapports des deux puissances » et d'attaquer ouvertement le clergé. »

Ce fait douloureux s'explique facilement, Eminentissimes Seigneurs, pour ceux qui connaissent les rapports intimes du Canada français et catholique, avec son ancienne mère Patrie.

Les hommes vivant de la plume étant encore très rares chez nous, et notre littérature nationale n'étant encore qu'à son berceau, toutes les classes de la société s'alimentent aux productions liit'raires, scientifiques et philosophiques de la France; chaque courrier transatlantique nous apporte les productions de la presse quotidienne française de toutes les couleurs et de tous les principes politiques, religieux et sociaux. Rien d'étonnant, par conséquent, de retrouver exactement au Canada les courants d'idées les plus malsaines et les plus révolutionnaires de la France et de la Belgique, tout aussi bien que les principes véritablement chrétiens et catholiques.

Nous devons dépendant à La vérité de dire que ces erreurs importées de l'étranger n'ont pu que difficilement, jusqu'à ce jour, prendre racine sur le sol canadien; mais nul doute que si un œil vigilant !ne les surveille et si une main ferme ne s'applique à les arracher à mesure qu'elles semblent prendre consistance chez nos populations encore si religieuses, elles ne finissent, par produire ici les désastres et les ruines qu'elles produisent ailleurs.

VII. — Inexactitudes et erreurs dans les faits mentionnés dans les instructions du St Office

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