Lettre de l'honorable juge Mathieu
Joliette, 26 octobre 1881.
A Mgr Laflèche, évêque des Trois-Rivières,
Monseigneur,
M. Moreau m'a prié d'informer Votre Granleur si le pamphlet, publié par les amis des Pétitionnaires dans la contestation de l'élection de Berthier contenait exactement la preuve faite par les Pétitionnaires dans cotte cause. Je dois dire à Votre Grandeur crue ce pamphlet, quoique contenant la substance de la preuve faite, n'est cependant pas exact. Il y a bien des variantes que j'ai remarquées en le faisant comparer avec la plaidoirie dans cette cause, et lorsque la cause a été plaidôe devant la Cour de Revision, sur demande des juges s'ils pouvaient se servir de ce pamphlet pour l'examen de la preuve, il a été admis qu'ils n'en pouvaient faire usage.
J'ai l'honneur d'être,
de Votre Grandeur, le très humble et obéissant serviteur,
M. Mathieu.
» Dans le cours du plaidoyer plusieurs avocats et témoins » ont manifesté un mépris scandaleux pour les règles de l'E- » glise et la personne de ses ministres, au point que des pro- » testants présents en ont été scandalisés, et que l'un d'eux » a déclaré qu'il ne pouvait comprendre comment des catho- » liques traitaient ainsi leurs prêtres, et qu'eux, les protestants, » entendaient autrement le respect dû aux ministres de la » religion et qu'ils l'observaient mieux.
» En présence de ces principes erronés soutenus par des » catholiques instruits, de ces accusations des paroissiens » contre leurs curés, et de toute cette conduite scandaleuse, » nous devons déclarer à Vos Grandeurs que nous avons » suivi, dans nos instructions, aussi fidèlement qu'il nous » a été possible l'enseignement, la direction et les injonctions » qui nous ont été donnés dans les documents émanés du » Saint-Siège, les décrets de vos conciles provinciaux et » notamment du 4e concile sur les élections politiques, dans » les lettres collectives de Vos Grandeurs sur cet important )> sujet et spécialement celles du 22 septembre 1875 et du 11 » octobre 1877, ainsi que celle de notre évoque. En un mot » nous avons rempli au meilleur de notre conscience nos » devoirs de bons et fidèles pasteurs pour bien faire com- » prendre à nos paroissiens les devoirs que la loi de Dieu leur » impose comme électeurs, et les prémunir contre les dan- » gers et les séductions auxquels ils sont exposés en ces temps » d'excitation et de vertige. Voilà le témoignage que nous » rend notre conscience et ce que nous croyons pouvoir prou- » ver devant Vos Grandeurs quand Elles le désireront...
» Le but évident de ces poursuites est de fermer la bouche » du prêtre sur les désordres, et les erreurs de toutes sortes » que l'ignorance ou la haine de la religion font commettre » et débiter en ces jours mauvais....
» C'est pour avoir obéi à ces injonctions solennelles de nos » évêques que nous sommes aujourd'hui traînés devant les » tribunaux laïcs par quelques-uns de nos paroissiens éga-
» rés el infatués des erreurs courantes, pour y être forcés » juridiquement à rendre compte de nos paroles dans l'ac- » complissement de notre ministère sacré; et cela malgré » les défenses de l'Eglise, etc. » -
Les évêques, après avoir pris connaissance de cette requête et en avoir délibéré entre eux, n'ont point jugé nécessaire de faire l'enquête demandée par ces prêtres; c'était par là même accepter, au moins implicitement, leur justification, et la sincérité de la déclaration qu'ils y faisaient d'avoir rempli leur devoir de pasteurs au meilleur de leur conscience.
De leur côté, les paroissiens ont voulu aussi protester contre les accusations de prétendue influence spirituelle indue portées contre leurs. Curés par les libéraux, en votant en plus grand nombre qu'auparavant contre ces mêmes libéraux dans la nouvelle élection qui suivit cette contestation.
Voilà, Eminentissimes Seigneurs, à quelles minimes proportions se réduit l'accusation qui a été portée devant la Sacrée Congrégation de la Propagande, l'été dernier, contre certains membres du clergé de la province de Québec d'ingérence excessive dans les élections, tant pour le nombre des coupables que pour la gravité des fautes qu'on a voulu leur imputer.
On est même allé plus loin dans les Décrets on s'y est plaint de ce que le corps séculier continuait lui aussi à s'ingérer trop dans les élections politiques en se servant des journaux et autres publications.
J'avoue qu'il est difficile de comprendre cette accusation, et quel est le corps séculier sur qui elle doit retomber. Une telle accusation me paraît bien difficile à soutenir devint. la liberté pleine et entière que la Constitution d<> notre pays accorde à tous les citoyens sans distinction, de prendre part aux élections politiques par la presse ou par tout autre moyen que la loi ne réprouve point.