Lettre de Mgr L. F. Laflèche, Evêque des Trois-Rivières
Séminaire des Trois-Rivières, 21 décembre 1880. Mgr. E. A. Taschereau, Archevêque de Québec.
Monseigneur, Le Journal des Trois-Rivières a mis en brochure les articles qu'il a publiés dernièrement sur l'Influence Spirituelle Indue, et je me fais un devoir d'en adresser un exemplaire à V. G., persuadé qu'elle le parcourra avec intérêt. Ces articles me paraissent propres à éclairer l'opinion publique sur ces matières si peu connues et à la préparer à bien recevoir l'amendement que nous avons demandé, il y a plus de deux ans, dans notre Déclaration, à la suite du jugement de la Cour Suprême, dans la contestation de Charlevoix.
Je tiens de bonne source qu'un des membres les plus influents du gouvernement de Québec, a déclaré qu'il était prêt à faire ce changement à la loi électorale si les Evêques en manifestaient le désir. Je crois le temps venu, et sans agir publiquement, mais en informant privément le ministère que nous désirons que cette loi soit amendée comme nous en avons déjà exprimé le désir, la chose se fera sans difficulté. C'est ce que, pour ma part, je prie Votre Grandeur de faire. Nous dégagerons ainsi notre responsabilité devant l'opinion publique, qui croit généralement que la chose dépend des Evêques, d'après ce qui s'est passé le printemps dernier, et nous n'aurions plus le triste spectacle des scènes de Berthier.
Dans cet espoir, de demeure, comme toujours, votre tout dévoué serviteur,
t L. F. Ev. des Trois-Rivièn s.
Lettre de Mgr J. Langevin, Evêque de Saint-Germain de Rimouski. Evêché de Saint-Germain de Rimouski, 21 janvier 1881.
Mgr l'Archevêque de Québec.
Monseigneur. — Je partage l'opinion de Mgr Laflèche sur l'opportunité de faire amender La lai électorale à propos de la prétendue « Influence indue spirituelle » : car, si la première bo charge de cette mesure, ou s'engage à l'appuyer, je suis persuadé qu'elle sera facilement adoptée.
Quant au danger que telle modification, ou plutôt explication, de la loi électorale, ne soit pas ratifiée par le Gouverneur Général ou par la Reine, je le crois imaginaire. D'ailleurs, s'il était réel, il existerait toujouu, et à ce compte là. nous aurions demandé une chose imposai-
il fut aussi très bien accueilli du public. J'en adressai privément quelques exemplaires au premier ministre du gouvernement et à quelques députés en les priant de régler aussitôt qu'il serait possible cette grave question conformément à la demande des évoques.
ble et inexécutable par notre déclaration collective, ce serait assez curieux.
Je prends note de la persuasion où est V. G. que, si cet amendement désiré et demandé par tout l'Episcopat de la Province éprouve de l'opposition, ce sera de la part de nos libéraux. J'en conclus, pour mon compte, que leur libéralisme n'est pas simplement pobtique, et qu'il est beaucoup plus dangereux que quelques-uns ne semblent penser.
Je suis, au reste, d'avis que, sur des questions si importantes, il n'est pas possible de nous entendre par lettres, sans avoir l'occasion d'en délibérer ensemble et d'échanger mutuellement nos sentiments et nos vues, bormis le cas où il y aurait unanimité ou quasi unanimité. Veuillez agréer, etc.,
(Signé) f JEAN, Ev. de S. -G. Rimouski.
Lettre de Mgr Moreau, Evêque de Saint-Hyacinthe.
Saint-Hyacinthe, 23 janvier 1881.
A Mgr L. F. Laflèche, Evêque des Trois-Rivières.
Monseigneur, J'ai reçu hier la lettre de Votre Grandeur du 21 courant et la brochure dont elle a bien voulu l'accompagner. Merci à Votre Grandeur de cette bienveillante attention.
Je parcourrai cette brochure, dont j'ai déjà lu quelques extraits dans les journaux, avec d'autant de plaisir et d'intérêt, qu'elle traite d'une question actuelle très importante et que je la sais sortie de la plume facile de Votre Grandeur. Que le ciel vous récompense au centuple, vénéré Seigneur, de votre zèle si édifiant pour vos co -provinciaux et pour tous Les fidèles du Canada, à revendiquer avec une telle fermeté et sûreté de principes, les droits sacrés inaliénables de l'Eglise et les saintes immunités de ses ministres.
Je suis entièrement de l'avis de votre Grandeur, que le temps est arrivé pour l'Episcopat de cette Province de solliciter vivement un amendement à la loi des éludions sur l'article de l'influence indue, afin que des scandales comme ceux de Charlevoix et de Berthier ne se renouvellent plus. Les circonstances, à mon avis, ne peuvent être plus favorables pour obtenir de notre Législature Provinciale une déclaration de principes qui mettra fin aux menées de nos pauvres catholiques libéraux. Veuillez me croire, etc.
t L. Z. Ev. de Saint-Hyacinthe.
Lettre de Mgr Antoine Racine, Evêque de Sherbrooke.
Sherbrooke, 24 janvier 1881.
A Mgr L. F. Laflèche, Evêque des Trois-Rivières. Monseigneur, J'ai reçu un exemplaire de la brochure intitulée : « L'in-
J'avais la conviction qu'en faisant ce travail et en adressant ces demandes,; je remplissais le devoir d'un évêque, qui est obligé avant tout de combattre l'erreur en prêchant la vérité et de défendre la liberté de l'Eglise; de plus j'avais la certitude de l'assentiment de mes collègues dans l'épiscopat de la province, comme le prouvent les lettres en tête de mon opuscule sur Vinfluence spirituelle indue. Or c'est pour avoir
fluence indue (spirituelle) devant la liberté religieuse et civile »; je vous prie d'agréer mes remerciements et mes félicitations.
Vous avez magistralement démasqué les artifices au moyen d s quels plusieurs catholiques, sous le prétexte séduisant de mieux servir l'Eglise, sont entraînés hors de la voie de la vérité catholique. Vous leur avez démontré, dans des articles pleins de vigueur, qu'il faut remonter jusqu'à la source de la vérité, et qu'il faut chercher la vérité là seulement où elle peut se trouver, c'est-à-dire, dans l'enseignement de l'Eglise.
Ces articles sont propres à éclairer l'opinion publique sur cette grave question et à la préparer au changement demandé par les Evêques dans leur « Déclaration du 26 mars 1877 » à la suite du jugement de la Cour suprême, sur l'élection contestée de Charlevoix.
Dans mon humble opinion, si rien (d'ici là) n'y met obstacle, il faut profiter de la prochaine réunion des chambres pour obtenir l'amendement de la loi électorale, sur ce point important. Veuillez agréer, etc.
t ANTOINE, Ev. de Sherbrooke.
Lettre de Mgr Dominique Racine, Evêque de Chiooutimi. A Sa Grandeur Mgr Laflèche, Evêque des Trois Rivières.
Chicoutimi, 25 janvier 1881.
Monseigneur. — Veuillez agréer mes sincères remerciements pour l'envoi do la brochure « L'influence indue » et de la lettre qui l'accompagne.
J'ai lu avec le plus vif intérêt les belles pages de cette brochure et je félicite bien cordialement celui qui les a écrites. Elles porteront, j'en ai l'espoir, les heureux fruits que vous en attendez. Mais Nos Seigneurs doivent-ils par de nouvelles démarches préparer les ministres du gouvernement de Québec à faire voter, à la prochaine session du parlement provincial, un amendement à la loi électorale quant à la partie qui cm ceme l'influence spirituelle indue? Cette question a été posée le printemps dernier clans une réunion, des Evêques tenue à l'Archevêché et, si ma mémoire est fidèle, tous ont été unanimes à décider qu'il fallait s'en tenir à la « Séclaration des Evcqncs ». Or je ne vois aucune raison propre à nous faire revenir sur cette d'eision. Loin de là, les articles si clairs et si pleins de logique publiés dans un journal de votre ville, maintenant, réunis en pamphlet et que l'opinion publique vous attribue, font assez voir aux ministres, aux députés et au public en général que
rempli ce devoir que j'ai été dénoncé faussement à la Sacrée Congrégation de la Propagande, et censuré à la face du pays comme ayant manqué aux règles de la prudence et commis un acte répréhensible et digne de blâme.
II. — Faux renseignement donné à la S. C. de la Propagande sur la question de l'influence indue.
Voici comment s'exprime à ce sujet Son Eminence le Cardinal Préfet de la Propagande dans sa lettre à Mgr l'Archevêque de Québec en date du 13 septembre 1881 :
« Il est également connu de la susdite Congrégation que » certain suffragant de Votre Seigneurie cherche actuellement » à recourir au Parlement pour faire modifier la loi des élec- » tions relativement à l'influence dite indue. »
Le suffragant en question ne peut être que l'évêque des Trois-Rivières, car il est le seul qui ait écrit dans ce sens
les Evêques de la Province désirent plus que jamais voir amendée notre loi électorale.
Toutefois, si nos Seigneurs croient dans leur sagesse que le tempus loquendi est arrivé, je ne me séparerai pas d'eux. J'ai l'honneur d'être, etc.
■f DOMINIQUE, Ev. de Chicoutimi.
Lettre de Mgr J. T. Duhamel, Evêque d'Ottawa.
A Sa Grandeur Mgr Laflèche, Evêque des Trois-Rivières.
Evêché d'Ottawa, le 25 janvier 1881.
Monseigneur, J'ai reçu et lu avec plaisir le pamphlet intitulé: « L'influence Spirituelle Indue » que V. G. m'a envoyé en même temps que votre lettre du 21 courant. Ce petit livre devra nécessairement éclair: r l'opinion publique et j'espère que, s'il est lu par ceux qui sont tentés de donner à l'Etat un pouvoir qu'il n'a pas et qui devrait tourner au détriment de l'Eglise, les vrais principes que doivent admettre les catholiques sur la matière dont il traite seront mieux connus, plus appréciés et mieux suivis.
Je partage pleinement l'opinion de V, G. sur l'opportunité évidente de demander au ministère de Québec de faire les changements nécessaires à la loi électorale. V. G. en parlera sans doute aux Evêques à '.a prochaine assemblée : je me ferai un devoir d'appuyer une résolution en confurmité de cette opinion. Agréez, etc.
t Jean Thomas, Ev. d'Ottawa.
au premier ministre du gouvernement tt à quelques députés, en leur adressant un exemplaire de la brochure qu'il venait de publier sous le voile de l'anonyme, sur l'influence indue. Or ces lettres n'avaient rien ^.'officiel ni de 'public, c'était une affaire toute privée et d'une nature confidentielle.
De plus cette demande privée avait été retirée, dès Je 6 mai, alors qu'il vint à sa connaissance que quelques évoques, sur les remontrances de Mgr l'Archevêque, avaient changé d'opinion K
1. Lettre de Mgr E. A. Taschereaii, Archevêque de Québec. A Mgr L. F. Laflèche, Evêque des Trois -Rivières.
Archevêché de Québec, 2 février 1881.
Monseigneur, Je m'empresse de communiquer à Votre Grandeur le résumé des réponses faites à ma lettre du 23 janvier dernier, sur l'opportunité de demander au gouvernement provincial l'amenrlement de la loi électorale qui concerne l'influence spirituelle indue.
Mgr l'Evêque des Trois-Rivières, 21 janvier : « Je crois le temps venu ».
Mgr de Rimouski, 26 janvier : « Je partage l'opinion de Mgr I.aflèche ».
Mgr d'Ottawa, 26 janvier : « Je partage pleinement l'opinion de Mgr des Trois-Rivières. »
Mgr de Saint-Hyacinthe, 29 janvier : « Il me semble que le temps est » arrivé de presser nos députés de se mettre en mesure de faire droit » à ce que nous leur avons demandé dans notre protestation contre » le jugement de la Cour Suprême ».
Voilà donc quatre voix pour l'affirmative, les quatre autres sont pour la négative.
Mgr de Montréal, 26 janvier, répond à l'Archevêque : « J'adhère pleine- » ment à l'opinion que V. G. exprime dans sa lettre du 23 janvier ».
Mgr de Sherbrooke, 28 janvier : « Je suis d'opinion qu'il ne serait pas prudent de presser l'amendement demandé par les Evêques dans leur déclaration « du 26 mars 1877, » avec la chambre telle que composée aujourd'hui ».
Mur de Chicoutimi, 28 janvier : « J'ai répondu à Mgr des Trois Rivières que je m'en tenais à la décision unanime des Evêques prise le printemps dernier (1 juin 1880), a l'Archevêché : mais que si NN. SS. croyaient devoir revenir sur cette décision, je ne me séparerais pas d'eux ».
Pour ma part, plus j'y pense, plus je me confirme dans l'opinion que le temps le plus opportun n'est pas venu. Je doute fort que le ministère apprenant que l'Episcopat est également divisé sur l'opportunité de la mesure, veuille se charger de la faire passer. Un ministre a dit à quel qu'un qui me l'a répété : « Si les Evêques demandent unanimement
Après avoir ainsi retiré, le 6 mai, sa demande au sujet de la
la mesure, elle passera probablement, mais nous leur en laisserons la responsabilité pour l'avenir ». Cette parole doit nous donner à réfléchi, sur les conséquences que cet domine d'Etat prévoit Pesons bien ces conséquences de peur que nous et nos successeurs n'ayons un jour à regretler d'avoir empiré le mal en voulant le guérir.
Depuis notre déclaration collective du 2G mars 1877, trois faits me paraissent avoir considérablement modifié notre position.
1° Les instructions du Saint-Siège transmises par Mgr Conroy, recommandaient au clergé de se tenir en dehors des partis politiques. A cela se rapporte la consultation que j'avais faite à la suite du procès de Cbarlevoix sur la conduite à tenir envers ceux qui avaient suscité ce procès. Sans nous donner de réponse directe, la Propagande nous recommande de veiller à ce que de semblables plaintes ne puissent se répéter.
2° Notre circulaire du 11 octobre 1877, fidèle écho des instructions du Saint-Siège, tend à rendre impossibles les plaintes pour influence indue spirituelle, et par conséquent, inutile la modification d'une loi bonne d'ailleurs. En venant aujourd'hui demander cet amendement, nous confessons implicitement que nous ne voulons ou ne pouvons pas mettre à exécution les instructions du Saint-Siège et notre circulaire. Nous nous exposons à donner occasion aux protestants, aux libéraux et à plus d'un conservateur de lire et d'écrire bien des injures à l'Episcopat et à l'Eglise catholique, de faire bien des récriminations, de concevoir des jalousies qui tôt ou tard porteront des fruits empoisonnés, et tout cela pour arriver à un état de eboses qui existerait de fait, sinon de droit, si les instructions du Saint-Siège et les nôtres étaient fidèlement observées dans toute la province. Ne serait-ce pas payer trop cher pour avoir ce qui est déjà à notre portée?
3° L'élection de Bertbier est le troisième fait qui a modifié notre position. « Les curés, dit Mgr de Sherbrooke, dans sa lettre du 28 jan- » vrier, ont désobéi publiquement et scandaleusement aux ordonnances » des Conciles et des Evoques. Je demande si en présence de tels actes » de désobéissance non punis, s'il n'y a point une peine grave à infliger » à tous ceux qui à l'avenir au mépris des ordonnances épiscopales ju- » gent ex cathedra inconsulto episcopo, que les hommes de tel parti » politique ne peuvent recevoir les sacrements? »
Je suis bien pour cette mesure de rigueur, mais nous serons dans un curieux dilemme si nous demandons l'amendement de la loi : si nous punissons, pourquoi demander la révocation d'une loi qui défend ces a^tes? Si nous ne punissons pas, c'est que nous ne voulons pas arrêter ces désordres. /
Mgr de Sherbrooke est d'avis que nous demandions au Cardinal Préfet une direction qui nous mette d'accord. Je souscris volontiers à cette préposition. Je prie V. G. d'agréer l'assurance de mon dévouement.
t E. A. Arch. de Québec.
Lettre de Mgr Langevin Ev. de Rimouski. '
A Monseigneur l'Archevêque de Québec.
Monseigneur. — Je m'empresse de répondre à la lettre circulaire que
loi électorale, le suffragant en question n'a fait aucune autre
V. G. m'a fait l'honneur de m'adresser le 2 de ce mois, mais que je n'ai reçue qu'hier soir.
Dans la question de l'amendement à notre loi électorale par rapport à l'influence indue spirituelle, je vois deux choses bien distinctes :
1° Notre devoir de défendre les droits de l'Eglis? à l'égard de la prédication et du confessionnal: — là-dessus nous ne pouvons être divisés, et de fait nous avons donné notre déclaration conjointe du 26 mars 1877 :
2° L'opportunité de réclamer une telle modification présentement: — sur ce dernier point, V. G. exprime une inquiétude et fait trois objections:
1° V. G. a peur « que nous et nos successeurs n'ayons un jour à regretter d'avoir empiré le mal en voulant le guérir ». — Je ne comprr nds réellement pas cette crainte. D'abord, si elle est fondée, nous aurions dû y penser avant de parler. Puis quelles sont donc ces conséquences si effrayantes?
Il serait simplement déclaré que, influence indue, la loi n'entend pas les menaces de l'ordre spirituel. Ceci empêcherait uniquement d'amener devant les tribunaux civils les actes du prédicateur ou du confessaur.
2° V. G. voit une objection à notre action dans les « Instructions du Saint-Siège à Mgr Conroy ». — Mais est-ce que, si nous avions eu ces Instructions sous les yeux, nous n'aurions pas fait notre Déclaration collective? D'ailleurs tout ce que disent ces Instructions, c'esl que 1' clergé ne doit pis se jeter imprudemment dans les luttes purement politiques : qu'il ne doit nommer personne en chaire en rapport avec ces luttes : que « l'influence du ministère ecclésiastique ne s'emploie jamais pour dis fins particulières » excepté quand il pourrait se présenter ds candidats nuisibles aux vrais intérêts de l'Eglise. « Les recommandations surtout d'empêcher autant que possible que les personnes ecclésiastiques ne soient forcées à comparaître devant le juge laïc ». — Ce serait donc nous conformer à ces instructions du Saint-Siège que d'insister sur l'amendement en question.
3° V. G. voit une autre objection dans notre circulaire du 11 octobre 1877. Nous y donnons à la vérité des règles de prudence et de modération à no s prêtres; mais cette circulaire n'empêchera pas les gens mal disposés de traîner devant les tribunaux civils pour prétendue influence indue les curés dont ils seront mécontents. Au reste comment les protestants pourraient-ils être jaloux, puisque l'amendement s'appliquerait à leurs ministres comme aux prêires catholiques? Et encore les curés qui observent à la lettre nos instructions, ne resteront, ils pas exposés à voir leur prônes et leurs sermons examinés, épilogues et censurés par un juge lac, et même leurs décisions et exhortations au confessional ? Nos propres Lettres Pastorales a' ont-elles pas été considérées pir certains juges coznme constituant un acte d'influence indue spirituelle? N'est-il pas temps de faire cesser un tel état de choses?
4° L'élection de Berthier est une dernière objection de V. G. Mais dans cette élection : — je vois, moi, autre chose que certaines imprudences, exagérations ou intempérances de langage de quelques curés: je vois le fait de juges laïcs et d'avocats qui forcent les témoins à répondre sur renseignement du prêtre en chaire et sur sa direction au confessionnal, et tandis que des hommes du monde, des députés et des journalistes se sep-
démarche à ce sujet. C'est donc à tort et à faux qu'on est venu
tent révoltés de pareils mépris des choses saintes et des droits de l'Eglise, des Evoques verraient tout cela froidement et ne profileraient pas des bonnes dispositions de nos législateurs pour mettre fin à de semblables abus !
JN 'avons-nous donc pas écrit notre Lettre Pastorale du 1er juin dernier sur le respect dû à la parole de Dieu et au sacrement de Pénitence? Voulonsnous revenir sur nos pas? Ce ne sont pas des faits isolés, quelque regrettables qu'ils puissent êtro, qui doivent nous faire hésiter à maintenir les principes.
Quant à l'opposition que l'on peut redouter de la part de certains libéraux, n'avons-nous pas tous dit à la suite de V. G. le 22 septembre lg75 : — Tel qui crie aujourd'hui très fort que le prêtre n'a rien à voir dans la politique, trouvait naguère cette influence salutaire, tel qui nie aujourd'hui la compétence du clergé dans ces questions, exaltait jadis la sûreté de principes que donne à un homme V étude de la morale chrétienne ! D'où vieid ce changement sinon de ce que Von sent agir contre soi cette influence que l'on a conscience de ne plus mériter f
Au nom du ciel, ne faisons donc point un pas en avant dans la défense des droits de l'Eglise pour en faire toujours deux en arrière? Cessons dono de réclamer en faveur des principes, si nous n'osons jamais en appuyer l'application.
J'en viens maintenant à la pratique :
1° Pour tout au monde, qu'on ne sache pas dans le public que les Evêques sont divisés d'opinion là-dessus.
2° Vu cette division, si elle doit persister, aucun de nous, suivant moi, ne doit prendre l'initiative de presser l'introduction de cette mesura dans nos Chambres Législatives.
3° Si avant qu'elle ne soit présentée, on nous consulte, je suis d'opinion que nous ne devons favoriser, ou plutôt provoquer cette démarche, qu'à la condition expresse que le ministère s'engage à proposer lui-même la mesure ou au moins à l'appuyer chaudement. Sans cela, je ne crois pas qu'elle aurait beaucoup de chance de succès.
4° Si l'on fait cette proposition en Chambre, sans nous en parler, et en s'appuyant seulement sur notre Déclaration conjointe, je ne vois pas comment nous pourrions ne pas seconder le mouvement, sans manquer grièvement à un devoir rigoureux, et sans paraître nous déjuger nous-même. Malgré cela, je regarderais comme bien imprudente cette action d'un député qui présenterait une telle mesure, sans s'assurer auparavant si les Evêques croient le moment opportun; il semblerait vouloir nous forcer la main. Pourrions-nous cependant tirer de l'arrière?
Dans tous les cas, c'est une question d'opportunité que nous pouvons certainement régler entre nous, sans en fatiguer encore la Propagande. Si nous ne pouvons nous mettre d'accord, restons tranquilles, et attendons les événements. Veuillez agréer, Monseigneur, etc.
(Signé) f Jean Ev. de Rimouski.
P. -S. — Permettez-moi d'exprimer ici ma Terme persuasion que, si V. G. le veut, cet amendement sera adopté.
l'accuser devant la Sacrée Congrégation de la Propagande
Lettre de Mgr L. F. Laflèehe, Ev. des Trois-Rivières. (Privée). Séminaire des Trois-Rivières, 1 avril 1881. A l'Honorable J. A. Chapleau, Premier Ministre de la Prov. de Québec.
Honorable Monsieur. — J'ai l'honneur de vous adresser, en même temps que la présente, un exemplaire de la brochure sur l'influence indue, dont Xe Journal des Trois-Rivières, vient de donner une deuxième édition. L'auteur y a fait quelques corrections pour préciser davantage sa pensée sur certains points, et il y a ajouté deux articles, l'un intitulé : « Un dernier mot à M. L. 0. David », et l'autre : « Notre profession de foi sur l'infaillibilité Pontificale ». J'ai la confiance que vous voudrez jeter un coup d'œil sur cet écrit, qui a pour but de jeter un peu de lumière sur cette grave question qui touche à nos plus chers intérêts religieux, et que tous les véritables amis de la liberté religieuse et Ses droits de l'Eglise doivent désirer comme les Evêques de la province, voir régler au plus tôt dans le sens demandé par les Prélats dans leur déclaration du 26 mars 1877.
Dans mon humble opinion, il ne faudrait pas traiter cette question au point de vue des partis politiques, mais bien au point de vue religieux et constitutionnel : car tel est son véritable caractère.
Tous les aniis de la liberté et des droits de l'Eglise, à quelque parti politique e't à quelque croyance religieuse qu'ils appartiennent, doivent désirer que cette loi soit modifiée de manière â ne pouvoir être étendue au domaine religieux ; et il n'y a que ceux qui veulent soumettre l'Eglise à l'Etat c'est-à-dire Dieu à César, qui peuvent en vouloir le maintien.
Par conséquent, cette question n'ayant point essentiellement le caractère politique, pourrait fort bien n'être pas une question ministérielle. Cependant si le ministère trouvait plus à propos de s'en charger, je ne doute pas qu'il réussirait à la faire passer à une grande majorité, surtout à la veille des élections. Bien peu de députés catholiques, quelles que soient leurs opinions libérales, oseraient ainsi se mettre en opposition directe avec l'Episcopat, qui a déclaré solennellement que cette loi, telle qu'interprétée, porte une atteinte grave à la liberté du culte catholique garantie par les traités et la constitution du pays, et viole les droits imprescriptibles de l'Eglise. Permettez-moi de vous le "dire, M. h- Ministre, vous pourriez, en cette circonstance, rendre un service signalé à la religion, en exposant avec votre talent ordinaire, la nature < t les droits de la société religieuse, sa liberté et son indépendance visà-vis la société civile, les rapports de ces deux sociétés, la subordinati"ii do l'Etat à l'Eglise ou de César à Dieu, dans les choses mixtes, et leur complète indépendance dans les choses de leur domaine propre. ('■ t exposé de principe, dans une telle circonstance, no manquerait pas de voua grandir dans l'opinion de tous les véritables catholique*, des honprotestants, et de tous les hommes bien pensants et éclairerait en temps un grand nombre de personnes qui n'ont jamais eu occasion de s'occuper de ces sortes de questions.
Si vous pensez qu'il est plus avantageux d'en faire une question ouct de la faire proposer par quelque député, je vous conseillerais
au mois de septembre suivant, de chercher actuellement à recourir au parlement pour faire modifier cette loi'.
de vous adresser à M. Mathieu de Sorel. Il est peut-être mieux préparé que tout autre, par les études qu'il a faites pour défendre les prêtres accusés dans la contestation de Berthier, et il a pu juger par lui-même des funestes conséquences qu'entraîne nécessairement cette ingérence de l'autorité civile dans le domaine religieux.
Si la question n'est pas réglée avant les prochaines élections, il pourrait arriver que les libéraux s'en serviraient comme d'une arme redoutable contre les conservateurs. Ils ne manqueront pas de dire, s'ils sont un peu habiles, que ce sont les conservateurs qui ont fait passer cette loi de i'influence indue, et que malgré les interprétations funestes qu'elle a reçues, et les réclamations des Evèques contre les jugements qui l'ont étendue au domaine religieux, en violation des droits de l'Eglise, ces mêmes conservateurs l'ont constamment maintenue, et ont ainsi refusé à l'Eglise la protection à laquelle elle a certainement droit.
Je pense bien que vous rencontrerez devant vous toute l'influence occulte de la franc-maçonnerie qui est déjà énorme dans notre pays, beaucoup plus qu'on ne le croit, et qu'il pourrait se former une alliance avec le fanatisme protestant et les libéraux radicaux I
Je ne doute pas cependant que vous ne triomphiez de cette opposition qui peut-être aussi ne surgira pas. Quand les principes auront été exposés bien clairement, les honnêtes protestants comprendront qu'ils y sont intéressés comme les catholiques; et il sera difficile pour les catholiques libéraux de s'opposer ainsi carrément à la liberté de l'Eglise demandée par les Evêques et la grande majorité de leurs coreligionnaires.
Enfin je prie le Seigneur de vous donner son Esprit de lumière et de force pour mener cette affaire à bonne fin, et de vous accorder selon votre demande les grâces d'état, à vous et à vos Honorables collègues, et surtout la grâce d'y être bien fidèle. Veuillez agréer l'assurance de ma plus haute considération, Monsieur le Ministre, et me croire Votre tout dévoué Serviteur.
t L. F. Ev. des Trois-Rivières.