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Lettre de Mgr Laflèche à M. Mathieu, Ecr., M. P. P

A. M. Mathieu, Ecr., M. P. P. Séminaire des Trois-Rivières, 6 mai 1881.

Mon cher Monsieur. — Ad impossibile nemo tenetur. — Merci de votre bonne volonté ; le bon Dieu vous en tiendra compte, j'en ai la confiance, et persévérez dans ces sentiments chrétiens qui vous font tenir fermement à la liberté du culte catholique et au respect des droits sacrés de l'Eglise. De mon côté j'ai fait ce que j'ai pu pour obtenir le redressement d'une loi, dont l'interprétation a été jugée par les Evêques de la province une violation de cette liberté et de ces droits garantis par la constitution; j'ai travaillé à démontrer la vérité et l'exactitude de ce jugement et à éclairer à ce sujet l'opinion publique; cinq évêques sur huit ont approuvé mes vues sur la convenance de faire régler au plus tôt cette grave question; la députation y était préparée et l'aurait réglée d'après ce que j'ai appris de bonne source; et vous êtes vous-même de cette

Vous comprendrez facilement, Eminentissimes Seigneurs, que la publicité regrettable donnée à cette accusation, a fait peser sur lui une censure imméritée à la face du pays tout entier, et a causé' un préjudice réel et dommageable à son autorité épiscopale. C'est donc avec raison qu'il vient aujourd'hui s'en plaindre devant votre auguste tribunal, et réclamer la protection et la justice à laquelle il croit avoir droit.

III. — Position de l'Eglise catholique dans la Province de Québec, en droit et en fait.

La grande raison de Mgr l'Archevêque de Québec pour ne pas faire amender la loi de l'influence indue, est surtout la crainte des protestants qui ne voudront point consentir à un

opinion. Et voilà que ceux qui ont demandé l'amendement de cette loi, s'y cefusent pour des raisons que j'ignore et des craintes que je ne crois pas fondées ; mais cependant, que je respecte, à cause de l'autorité dont ils sont revêtus.

En conséquence, je n'insisterai pas davantage à cause des inconvénients qui pourraient en surgir. Cependant il demeure constant que les Evêques de la Province n'ont pas changé d'opinion Sur la funeste interprétation de cette loi et qu'ils désirent encore la voir amendée. Voilà l'essentiel pour les députés. La question d'opportunité, ils peuvent la juger comme les évoques, et je pense qu'il aurait été mieux de ne pas les consulter à ce sujet le printemps dernier, et d'agir. C'est encore mon avis. La députation connaissant l'opinion des évèques sur la perversité de cette loi telle qu'interprétée et leur désir de la voir amendée, devra la faire amender aussitôt qu'elle croira la chose possible, sans leur en parler davantage.

Je regrette profondément que les chefs conservateurs n'aient pas compris cela, et n'aient pas réglé cette question avant les prochaines élections.

Fasse le ciel qu'ils n'aient pas alors à le regretter I

Sur ce, je prie Dieu de vous avoir en sa sainte garde et je demeure. Votre tout dévoué serviteur,

t L. F. Ev. des Trois-Rivièros.

Lettre de l'hon. M. Mathieu, Juge de la Cour supérieure.

Joliette. 26 octobre 1881.

A Mgr Laflèche Ev. des Trois Rivières.

Monseigneur. — J'ai reçu dans le temps, votre lettre datée du 6 mai dernier, dans laquelle vous me remerciez des efforts que j'avais faits

tel amendement. C'est aussi la même raison qui a été alléguée en 187G, contre l'ingérence du clergé dans les élections politiques. Or c'est un fait bien connu de tout le monde en Canada et surtout dans la province de Québec, que les protestants ont toujours vécu dans les meilleurs termes avec Jes catholiques, et que jamais ils ne se sont plaints de l'intervention des prêtres dans la politique.

C'est aussi un fait que l'amendement à la loi électorale en question n'a rien de blessant pour eux puisqu'ils en bénéficieront comme les catholiques, ainsi que le dit Mgr de Rimouski dans sa lettre du 5 février à Mgr l'Archevêque :

« Au reste comment les protestants pourraient-ils être ja- » loux puisque l'amendement s'appliquerait à leurs ministres comme aux prêtres catholiques? »

pour faire régler la question de l'influence indue cléricale et pour faire amender l'acte électoral de Québec conformément aux principes catholiques tels que définis par le Saint-Père Pie IX dans le Syllabus, et vous m'engagiez à ne pas aller plus loin et à renoncer à cette mesure, puisque ceux qui l'avaient demandée y renonçaient pour le présent.

J'étais sous l'impression que les Evêques de la Province étaient unanimes à demander la passation de cette mesure; mais sur une remarque du Premier Ministre, dans un Cancus du parti auquel j'appartenais, j'ai cru devoir communiquer avec Mgr l'Archevêque et aussi avec mon Evoque diocésain, l'Evêque de Saint-Hyacinthe. Ces deux Révérends Seigneurs m'ont répondu qu'ils considéraient que le temps n'était pas opportun pour présenter une telle mesure. J'ai écrit à Votre Grandeur et je l'informais de la réponse que j'avais reçue de Mgr l'Archevêque et de Mgr l'Evêque de Saint-Hyacinthe, et c'est sur cela que Votre Grandeur m'a de suite répondu par sa lettre du 6 mai commençant par ces mots : « Ad impossibile nemo teneiur ».

J'ai regretté beaucoup cette crainte de la part de Mgr l'Archevêque et de l'Evêque de Saint-Hyacinthe au sujet de cette mesure, qui, dans mon humble opinion, aurait été facilement adoptée par la Chambre, si l'on eût été sous l'impression que les Evêques étaient unanimes sur ce point.

Je l'ai regretté beaucoup parce que j'ai éprouvé combien cette loi rend fausse la position des catholiques désireux de se soumettre aux enseignements de l'Eglise.

Depuis ce temps, je ne sache pas que Votre Grandeur ait fait aucune démarche pour faire modifier cette loi.

J'ai l'honneur d'être, de Votre Grandeur, le très humble et obéissant serviteur.

M. Mathieu.

Cette crainte chimérique est une tactique déloyale des libéraux qui, de fait, ont cherché bien des fois à soulever le fanatisme protestant contre leurs frères catholiques quand ceux-ci combattaient leurs tendances libérales et leurs* projets hostiles à la liberté de l'Eglise et de ses ministres. Alors ils jetaient hypocritement le cri d'alarme, et ils disaient aux protestants que les Ultramontains en voulaient à leur liberté religieuse. Or la vérité était que ces Ultramontains, qui notaient que les catholiques non infatués des fausses idées modernes, c'est-à-dire, des erreurs libérales et gallicanes, n'en voulaient nullement à la liberté religieuse des protestants; mais qu'ils ne faisaient que réclamer pour l'Eglise catholique la liberté de se régir et de se gouverner d'après ses propres lois, et conformément aux rites de l'Eglise de Rome, selon le droit et la garantie que leur en donnaient les traités.

En effet lorsque le Canada eut été définitivement cédé à l'Angleterre par le traité de Paris le 10 février 1763, le libre exercice de la religion catholique y fut solennellement stipulé et garanti pai les capitulations de Québec et de Montréal, et. par le traité lui-même dans lequel on lit cette clause à l'article 4 :

« Sa Majesté Britannique, de son côté, consent à accor- » der la liberté de la religion catholique aux habitants du » Canada. Elle donnera en conséquence les ordres les plus » efficaces pour que ses nouveaux sujets catholiques romains » puissent professer le culte de leur religion, selon les rites » de l'Eglise de Rome, autant que les lois de l'Angleterre le » permettent. »

Par cette restriction, la religion catholique cessa d*êtw religion d'Etat dans la colonie, mais olle ne fut point Sujette aux lois pM>:ilr de l'Angleterre Elle fut mise sur un pied (W^nliié avec les araires déuominnlions rHjaÙMises leconwuefl par l'Etat, et dont l'Etat reconnaît à chacune le droit de • régir et gouverner (V après ses propres lois.

Quelques-uns des Anglais qui s'établirent ensuite dans le pays travaillèrent à faire introduire dans le Canada les lois

anglaises, et à éliminer an nom de la loi, tous les droits et privilèges de l'Eglise catholique. Mais leurs efforts échouèrent devant la vigilance et la fermeté des évêques et du clergé, et devant le principe fondamental de notre constitution politique qui fut de nouveau solennellement proclamé dans les termes suivants par la législature canadienne en 1851 :

« Attendu que l'admission de l'égalité, aux yeux de la » loi, de toutes les dénominations religieuses est un principe » reconnu de la législature coloniale; attendu que dans l'état » de la conduite de cette province, à laquelle il est particu- » lièrement applicable, il est à désirer que ce principe re- » çoive la sanction directe de l'assemblée législative qui re- » connaît et déclare qu'il est le principe fondamental de notre » politique civile; à ces causes, qu'il soit déclaré, et statué » par la Très Excellente Majesté de la Reine, par et de » l'avis et consentement du Conseil législatif et de l'Assem- » blée législative de la province du Canada constituée et assem- » blée en vertu |et sous l'autorité d'un acte passé dans le par- » lement du royaume uni de la Grande-Bretagne et de l'Irlande » intitulé : — Acte pour réunir les provinces du Haut et du » Bas Canada, et pour le gouvernement du Canada; — et » il est par le présent déclaré et statué par l'autorité susdite » que le libre exercice et la jouissance de la profession jet » du culte religieux, sans distinction ni préférence, mais de ma- » nière à ne pas servir d'excuse à des actes d'une licence » outrée, ni de justification de pratiques incompatibles avec » la paix et la sécurité de cette province, sont permis par la p constitution et les lois de cette province, à tous les sujets » de sa Majesté en ioelles. » (14 Vict. chap. 17).

Cette déclaration énonce trois principes qui ressortent d'ailleurs de toute notre législation : 1° Que la Constitution et les lois de cette province garantissent à tous les sujets de Sa majesté le droit d'exercer librement leur religion. 2° Que la seule restriction qu'elles y apportent, résulterait « d'une li-

cencc outrée, ou de pratiques incompatibles avec la paix et la sécurité de la province. » 3° Que la loi accorde une protection égale, sans» distinctions ni préférence, à toutes les dénominations religieuses.

« Or dit Portalis, qui n'était pas un JJltramontain, quand » une religion est admise, on admet par raison de conséquence, » les principes et les règles d'après lesquelles elle se gou- » verne. »

Il est donc hors de doute que les traités et la Constitution de notre pays accordent et garantissent à l'Eglise catholique la pleine et entière liberté de son culte, et qu'il ne tient véritablement qu'aux catholiques de la province de Québec qui forment l'immense majorité de la population, de conserver ce précieux trésor des libertés de l'Eglise que nous ont léguées nos Pères et d'en faire disparaître les quelques entraves qu'y ont fait pénétrer les erreurs gallicanes.

En fait, nous avons toujours joui de ces libertés à peu d'exceptions près, et les tentatives des protestants pour y porter atteinte dans les premiers temps de la colonie, ont toujours été repoussées victorieusement et efficacement; depuis longtemps ils ont renoncé à ces idées d'opprimer les catholiques, et nous vivons avec eux paisiblement et dans les meilleurs termes. D'ailleurs que pourraient-ils faire dans une population où ils ne comptent que pour un dixième, et dans une législature où ils ne peuvent envoyer que 8 ou 9 députés sur 6b ? Il est donc évident qu'en fait comme en droit l'Eglise catholique, dans la province de Québec, n'a rien à craindre des protestants. Toutes les craintes que les libéraux cherchent à soulever de ce côté, n'ont rien de réel : ce n'est qu'une tactique déloyale de leur part, à laquelle ils ont recours pour grossir leurs rangs, en trompant nos compatriotes de croyance différente. Ainsi, le véritable danger pour nous ne vient nullement, de la part des protestants; mais il vient réellement de la part des libéraux iqui ont. jeté la division dans les rangs catholiques, en cherchant à répanare parmi eux des doctrines

opposées à l'enseignement de l'Eglise et à sa liberté. Ce dariger est devenu formidable surtout depuis qu'ils ont réussi à pénétrer jusque dans les rangs du Sanctuaire, et à se déguiser si bien, comme dit l 'illustre Pie IX, « que par une appa- » rence extérieure de piété ils trompent beaucoup d'hommes » honnêtes, et que, les portant à s'éloigner de la saine doo » trine, nommément dans les questions qui, à première vue, » semblent plutôt concerner le pouvoir civil que l'ecclésias- » tique, elles affaiblissent la foi, rompent l'unité, divisent » les forces catholiques, et fournissent une aide très efficace » aux ennemis de l'Eglise, qui enseignent les mêmes erreurs, » quoique avec plus de développement et d'impudence, et » amènent insensiblement les esprits à partager leurs des- » seins pervers. »

Il était impossible d'exprimer avec plus d'exactitude ce, qui se passe dans notre pays depuis une douzaine d'années, c'est-à-dire depuis l'évolution du parti libéral et l'apparition des libéraux catholiques modérés I

TROISIÈME PARTIE. — Question universitaire. Eminentissimes Seigneurs, , i *

Pour ne pas prolonger démesurément ce mémoire déjà peut-être trop long, à cause du développement qu'il a fallu donner à ce qui regardait la question politique, je n'indiquerai ici que sommairement les principaux faits que je crois utile de soumettre à l'attention de Vos Eminences au sujet de l'Université Laval, me réservant de vous donner de vive voix les renseignements accessoires et de vous communiquer les documents qui leur servent d'appui.

Je dois dire d'abord que la décision de Sa Sainteté maintenant le décret du 1er de février 1876, au sujet de la Succursale de Montréal a été reçue avec respect et soumission comme il convient pour tout document émané du Saint-Siège, et

même que l'on s'attendait généralement à cette décision. On comprenait qu'il était difficile de changer le statu quo sur cette grave question avant la solution des difficultés légales et constitutionnelles relatives à la charte royale et à la loi de Québec. Je remarquerai seulement que ce décret du 1er février 1876 n'a pas été exécuté comme il est prescrit, et que c'est là la cause principale des difficultés qui ont surgi ensuite entre l'Ecole de Médecine et l'Université Laval.

1° L'Université Laval a été saluée avec bonheur à l'époque de sa fondation par les évèques, le clergé et les catholiques de la province de Québec. Le besoin d'une institution catholique de ce genre se faisait sentir depuis longtemps; tous avaient la confiance que cette université fondée par le plus ancien séminaire, qui avait si bien mérité du pays, doimerait à la jeunesse qui en suivrait les cours, cette éducation professionnelle forte et catholique qui lui permettrait de gagner honorablement sa vie dans les différentes positions sociales où l'appellerait la Providence, et fournirait à la classe dirigeante de la société les hommes les mieux qualifiés pour la protection et la défense de nos intérêts religieux et nationaux.

Voilà les sentiments de sympathie et de confiance avec lesquels les catholiques de la province ont accueilli l'Université Laval à sa naissance.

2° Après plus de 25 ans d'existence peut-on dire qu'elle a pleinement répondu à cette juste attente et qu'elle a réalisé d'aussi belles espérances ?

Tout en reconnaissant les grands et généreux sacrifices qu'elle a faits et le bien qu'elle a réalisé, la vérité .nous force à dire qu'il y a eu déception sous quelques rapports très importants; qu'il s'en est suivi un malaise fort regrettable, et que la confiance et les sympathies qu'on lui avait d'abord données, sont allées, en diminuant peu à peu. Des

plaintes s'en sont suivies plusieurs fois pendant ce temps, et pnt même été portées jusqu'au Saint-Siège.

3° Enfin l'opposition que cette institution a rencontrée l'année dernière, à la demande qu'elle a faite au parlement canadien d'une loi l'autorisant à multiplier ses chaires dans les limites de la province de Québec, a mis en évidence deux faits bien graves : c'est que la grande majorité dn clergé lui avait retiré ses sympathies et sa confiance, et lui était opposée, ainsi qu'un très grand nombre de nos catholiques les plus respectables. Au contraire, les libéraux l'ont appuyée presque unanimement de leurs plus chaudes sympathies, et le parti libéral a en quelque sorte identifié sa propre cause avec celle de l'Université. Les protestants eux-mêmes et les francsmaçons dont le nombre, hélas ! est déjà bien trop grand parmi nos catholiques, lui ont été favorables et sympathiques ! Voilà certes deux faits bien graves et qui demandent explication. Comment se fait-il que la première institution catholique du pays ait perdu les sympathies et la confiance de la grande majorité du clergé de la province tout entière, tandis que les ennemis de l'Eglise lui sont devenus visiblement favorables et sympathiques ?

Voici dans mon opinion les principales causes de ce changement étrange.

I. — Composition du personnel et enseignement. — Tout le monde s'attendait que l'Université Laval serait organisée conformément aux règles de l'Eglise et que par conséquent l'enseignement y serait confié dans toutes les chaires à des professeurs catholiques dont la sûreté de doctrine ne laisserait rien à désirer. Or tel n'a pas été le cas. Tout le monde sait que des chaires de droit et de médecine ont été confiées à des professeurs protestants et même francs-maçons. C'est vrai que l'on a prétendu que ces hommes n'offraient aucun danger pour la jeunesse qui leur était confiée. Mais l'expé-

rience a démontré que des élèves ont été sollicités par certain professeur d'entrer dans la franc-maçonnerie, et que d'autres ont entendu leurs professeurs protestants tourner en ridicule certaines pratiques de l'Eglise catholique, et dire par exemple, que les extases de sainte Thérèse et autres étaient des cas d'hystérie.

Parmi les professeurs catholiques, il s'en est trouvé qui étaient entachés d'erreurs gallicanes et qui ont enseigné purement et simplement la doctrine du légiste Pothier sur le mariage. D'autres étaient notoirement connus pour leurs principes libéraux et ont compté parmi les chefs du parti. C'est de ces professeurs libéraux que les évêques ont dit dans leur supplique en 1876 :

« Rien ne leur sera plus facile de prouver à Votre Sainteté » qu'en recommandant ainsi aux Professeurs de la dite Uni- » versité Laval de ne point s'immiscer activement dans les » élections, ils n'ont eu intention que de prévenir un grand » scandale, celui de laisser marcher à la tête des libéraux, » qui foulaient aux pieds leurs Mandements et leurs Lettres » pastorales traçant aux fidèles les règles qu'ils avaient à » suivre pour faire de bonnes élections, des hommes dont » l'influence pouvait être d'autant plus funeste qu'elle parais- » sait soutenue de l'autorité de la dite Université. »

Malgré les réclamations des évêques et les promesses de Mgr le Délégué de faire renvoyer ces Professeurs compromettants pour l'honneur de l'Université, on n'en a rien fait, ils sont encore aujourd'hui à leur poste.

Ces tendances libérales ont même pénétré jusque dans les rangs des prêtres de l'Université, et c'est là sans contredit ce qui a le plus contribué au malaise profond qui règne aujourd'hui dans le clergé de toute la province à cause du prestige et do l'influence de ces prêtres, non seulement enr les élèves du sanctuaire el sur les laïcs instruits, mais sur Mgr l'Archevêque lui-même, cfuâ repose en eux une grande con-

fiance. On croit généralement que c'est par suite de cette influence crue Mgr l'Archevêque s'est séparé plusieurs fois de ses suffragants sur des questions très importantes.

Le clergé de la province s'est donc alarmé avec raison en voyant l'enseignement universitaire ainsi confié à des professeurs de toute croyance religieuse, et de tout principe politique religieux. Les évêques eux-mêmes ont plusieurs fois exprimé leur manque de confiance en quelques-uns de ces professeurs dont ils ont demandé en vain le renvoi.

II. Le clergé accusé d'ignorance. — Un autre fait qui n'a pas peu contribué à faire perdre à l'Université les sympathies du clergé, ça été la conduite de quelques-uns de ses directeurs à son égard. Le clergé avait le droit d'attendre de cette institution appui et ^protection dans les difficultés qu'il rencontrait dans l'exercice de son saint ministère, et surtout dans les luttes qu'il avait à soutenir pour préserver les fidèles confiés à ses soins, des erreurs séduisantes des ennemis plus ou moins avoués de l'Eglise. Or loin de l'aider dans ces combats qu'il soutenait autant que possible conformément aux directions données par les évêques, ces prêtres de l'Université ne se gênaient pas de les contrecarrer et d'accuser les curés en général d'être des ignorants. Ces accusations d'ignorance contre le clergé canadien ont été portées jusqu'à Rome, c'est de Mgr le Délégué lui-même que je le tiens. Vos Eminences comprendront facilement combien de telles accusations étaient déplacées et propres à discréditer ce clergé et à le ruiner dans la confiance des populations. Elles étaient d'ailleurs injustes, comme j'ai eu occasion de le dire plus haut, car le clergé canadien est certainement aussi instruit que le clergé des autres pays catholiques ; c'est le témoignage que des religieux très compétents lui ont rendu.

III. Procès pou?' influence indue. — Mais le fait le plus grave a été celui des professeurs laïques de l'Université qui ont été les premiers à poursuivre les curés devant les tribunaux

civils sous le prétexte d'influence spirituelle indue exercée sur leurs ouailles, au sujet du vote électoral. C'est assurél'un des plus grands scandales donnés à nos religieuses populations. Il est bien regrettable d'avoir à dire que c'était avec l'assentiment au moins tacite des prêtres de l'Université, qui n'ont pas eu un mot de blâme oour une telle conduite de leurs professeurs, lorsqu'il était si facile de les arrêter dans cette triste voie. Bien loin de là, quelques-uns ont été jusqu'à les en féliciter.

Ces faits, Eminentissimes Seigneurs, sont plus crue suffisants pour expliquer comment l'Université Laval a perdu la confiance et les sympathies de la grande majorité, pour ne pas dire de la presque totalité du clergé de la province, et d'un grand nombre de nos meilleurs catholiques.

Ils expliquent en même temps pourquoi les protestants et les francs -imaçons leur sont devenus favorables. Car que pouvaient-ils espérer de plus d'une institution catholique que d'avoir quelques-uns des leurs assis dans ses chaires et d'y donner un enseignement pour le moins rationaliste, c'est-à-dire, que des élèves de toutes croyances pouvaient également entendre?

Ce sont ces faits qui subsistent depuis des années, et contre lesquels les évêques ont en vain réclamé, qui ont contribué plus que tout le reste à rendre l'Université impopulaire, et à produire le malaise profond qui règne parmi les catholiques de la province, et qui ont aussi grandement contribué à produire les difficultés qui ont surgi au sujet de la Succursale. Je suis intimement convaincu que si l'Université L :val eût pleinement répondu aux espérances que l'on avait reposées en elle, et donné complète satisfaction au sentiment catholique de la province, nous n'aurions point eu les difficultés si regrettables qui ont si souvent agité les esprits depuis une quinzaine d'années, et que cette institution en aurait grandement bénéficié.

Au jugement de la presque totalité du clergé, tant séculier

— bui —

que régulier et des catnoiiques les plus éclairés de la province, ces tendances libérales d'un certain nombre de professeurs tant laïques que prêtres de cette institution constituent un véritable danger pour l'avenir religieux de notre pays, en l'inclinant à suivre la voie qui a conduit la France et la Belgique dans l'a)bîme où nous les voyons si péniblement se débattre aujourd'hui.

dans l'exposé des faits et des observations contenus dans ce mémoire, j'ai accompli un devoir qui m'a été excessivement pénible et devant lequel j'ai reculé longtemps; la conviction que le bien de l'Eglise du Canada le demandait, a pu seule me décider à surmonter la répugnance que j'éprouvais. J'ai tout exposé avec la plus scrupuleuse exactitude et conformément à la vérité autant qu'il m'a été possible de la connaître.

Maintenant, en conformité à ce que m'a dit le Saint-Père dans l'audience que Sa Sainteté a daigné m'accorder, de mettre par écrit ce que j'avais à dire sur les difficultés de notre province, et de le remettre là Son Eminence le Cardinal Préfet de la Propagande ou à quelqu'un des Cardinaux de cette Sacrée Congrégation, je dépose le tout entre vos mains, Emineniissimes Seigneurs, en vous priant d'étudier avec patience et bonté ces causes du mal dont souffre l'Eglise du Canada, et de les faire connaître au Père commun de nos âmes, afin qu'il puisse appliquer le remède le plus efficace pour en opérer la guérison.

Quel qlie soit ce remède, je l'accepterai pour ma part avec une parfaite soumission et je m'y conformerai avec la fidélité la plus sincère.

Le tout humblement soumis,

f U. F. Ev. des Trois-Rivières.

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