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DEUX DOCUMENTS COMPLEMENTAIRES DU MEMOIRE DE MGR LAFLÈCHE

Nous donnos les deux lettres qui suivent sans commentaires ; le lecteur, par sa bonne volonté et avec son seul entendement y suppléera facilement.

A Son Etninence le Cardinal Simeoni, préfet de la S. Congrégation de la Propagande.

Eminentissime Seigneur,

On m'objectera peut-être que je ne spécifie pas assez les faits particuliers dans le Mémoire que j'ai eu l'honneur d'adresser aux Eminentissimes Cardinaux de la Sacrée Congrégation de la Propagande sur les difficultés religieuses du Canada, en réfutant les accusations portées devant le Saint- Siège, contre les évêques, contre le clergé et contre certains' catholiques de la province de Québec au sujet des affaires politiques. C'est vrai : mais aussi je dois dire que ce n'est point nu* faute, puiscue j'ignore les faits incriminés sur lesquels reposent ces accusations et les preuves sur lesquelles ou prétend les appuyer.

Quatre documents émanés du Saint-Siège, nous font connaître que des accusations ont été portées devant cet auguste tribunal : 1° contre les évêques, 2° contre le clergé, 3° contre un certain suffragant, 4° contre certains membres du corps séculier, au sujet des (affaires politiques.

Cependant ces accusés se croient innocents, ils sont convaincus que ces accusations sont mal fondées. Ils n'hésitent pas à dire que leur conduite dans ces affaires, et notamment dans les élections politiques, a été conforme aux prescriptions de l'autorité religieuse. C'est pourquoi ils ont déjà demandé, et ils demandent encore une enquête complète sur les faits dont on les accuse, afin d'en faire voir les exagérations et la fausseté, et de se justifier devant le Saint-Siège.

1° I.'e premier de ces documents est une lettre de Son Eminence le cardinal Franchi, préfet de la Sacrée Congrégation de la Propagande, à Mgr l'Archevêque de Québec, en date du 18 mai 1876. Dans cette lettre il est dit que différents personnages ont fait des rapports à la Sacrée Congrégation de la Propagande, tendant à y faire croire que le clergé de la province compromettait l'avenir de l'Eglise du C|anada par son intervention dans les élections politiques.

Les évêques ont réclamé de suite contre une telle assertion, en déclarant dans une supplique au Saint-Père que la Congrégation avait été induite en erreur par des hommes qui se tenaient cachés dans l'ombre pour porter une accusation aussi odieuse contre le clergé de toute un») province qui, grâce à Dieu, était fidèle à son devoir.

L'Archevêque de Québec lui-même s'est plaint dans une lettre au cardinal Franchi de ce que Son Eminence lui laissait ignorer complètement la nature spéciale des accusations portées contre le clergé.

De mon côté, j'en ai demandé à Son Eminence la communication; mais je n'ai pli l'obtenir.

2° Le deuxième document sont les instructions du Saint- Office données à Mgr Cbnroy, délégué au Canada, et datées de la même année.

Il y est dit que la cause de si graves inconvénients se trouve dans la division des évêques entre eux, tant au sujet de la. question politique qu'au sujet d'autres questions qui

s'agitent au Canada : et aussi dans la trop grande ingérence du clergé dans les affaires politiques sans se soucier assez de la prudence pastorale.

Ainsi l'épiscopat et le clergé de la province de Québec ont été accusés d'être la cause des troubles qui agitent les esprits, divisent les catholiques et compromettent les intérêts de l'Eglise du Canada.

Ces instructions du Saint-Office étaient d'une nature confidentielle : les évêques eux-mêmes ne les ont connues que plus tard. Cependant, aussitôt que j'ai pu en prendre connaissance, je me suis fait un devoir de protester contre de telles accusations dans une lettre que j'ai fait remettre à Votre Eminence par Mgrs les évêques d'Ottawa et de Saint-Hyacinthe lors de leur visite ad limina en 1878.

3° Le troisième document est la lettre de Votre Eminence à Mgr l'Archevêque de Québec, en date du 13 septembre 1881, dans laquelle il est dit qu'il est venu à la connaissance de la Sacrée Congrégation de la Propagande que certains membres du clergé et du corps séculier de la province continuent à s'ingérer trop dans les élections politiques, en se servant soit de la chaire, soit des journaux et autres publications ; et que certain suffragant cherche actuellement à recourir au Parlement pour faire modifier la loi des élections relativement à l'influence dite indue.

Or, cette nouvelle accusation, à l'adresse des membres du clergé et des laïques les plus respectables et les plus sincèrement dévoués à la défense des intérêts religieux de la province, et à l'adresse d'un évêque qui se trouvait par là a.ussi clairement design'' que s'il eût été nommé, est aussi mal fondée que les précédentes. Mais cette fois elle [l'est pta meurée dans le secret des chancelleries épo'scopales, où file pouvait être connue sans trop d'inconvénients : elle a été publiée officiellement par ordre de Mur L'Archevêque de Que-

bec dans la, presse du pays, ainsi que les instructions confidentielles données à Mgr Conroy.

Votre Eminence peut cuiiicilement se faire une idée de l'étonnement et de la pénible sensation produite dans la province entière, tant dans le clergé que chez les laïques, par la publication de ces accusations; et de la joie au contraire qui éclata dans le camip des adversaires de l'Eglise et du clergé : surtout dans un temps où tout était dans le calme depuis longtemps, puisque les dernières élections avaient eu lieu en 1878.

4° Le quatrième document enfin, est la lettre de Votre Eminence à Mgr l'Archevêque de Québec, en date du 31 décembre dernier, dans laquelle il est dit que le Saint-Père a appris avec déplaisir que certains catholiques cherchent encore à fomenter des dissensions, soit par rapport à l'ingérence indue dans les élections 'pjolitiques, soit piar rapiport à la succursale de l'Université Laval à Montréal.

Des lettres reçues dernièrement du Canada, écrites par les personnes les plus dignes de foi, déclarent que cette nouvelle accusation n'est pas plus fondée que les précédentes. Votre Eminence a pu voir par les journaux quelle excitation elle a produite dans toute la province et à quels actes sévères d'autorité Mgr l'Archevêque et l'Evêque de Montréal ont dû recourir pour arrêter les 'protestations publiques dans la presse, et les suppliques au Saint-Père.

Pour ma part, Eminentissime Seigneur, je suis convaincu que ces accusations sont mal fondées; qu'elles sont exagérées, erronées et même entièrement fausses, comme je l'ai constaté pour quelques faits qui sont à ma connaissance personnelle.

Au dire de ces accusateurs, ce ne sont point les libéraux, ni les francs-maçons et autres ennemis de l'Eglise qui sont la cause des (troubles et de l'agitation qui divisent les catholiques de la province de Québec ! Mais ce sont les évêques et

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le clergé! Votre Eminenoe le voit, l'histoire se répète. On veut gêner la liberté de l'Eglise, lui enlever ses droits et ses privilèges, on attaque sa doctrine de toute manière; et parce que ses Pasteurs et ses plus dévoués enfants résistent courageusement à ses attaques injustes, et la défendent avec un zèle qui a mérité les éloges de Pie IX en 1876, ces adversaires les accusent d'être les auteurs des troubles !

Ne serait-il pas temps, Eminentissime Seigneur, de mettre un terme à toutes ces accusations malveillantes et intéressées,, en les mettant à nu par une enquête sérieuse, impartiale et porudente? Dans mon humble opinion, c'est le moyen le plus propre à faire la lumière sur ces accusations portées dans l'ombre ; à rétablir la confiance, la concorde et la paix : Justifia et pax osculatœ sunt.

En attendant, on pourrait approcher du même but et peutêtre l'atteindre par l'examen contradictoire des faits particuliers sur lesquels sont basées ces accusations. Les accusés ont le droit de connaître ce dont on les accuse et les faits spéciaux qu'on leur reproche. Ils ont également le droit d'être entendus pour leur défense et de se justifier s'ils sont accusés injustement.

Je prie donc Votre Eminenoe de me communiquer tous ces faits spéciaux sur lesquels reposent ces accusations, et leurs preuves, afin que je puisse en contrôler l'exactitude et la vérité. Ce n'est pas sans raison que je fais cette demande : Ca * je sais que quelques-uns de ces faits sont absolument faux.

C'est ce que demandait Mgr l'Archevêque de Québec en 1876, quand il me disait dans une lettre:

« J'ai écrit à Son Eminence le cardinal Franchi pour me » plaindre de ce qu'il me laissait ignorer complètement la! » nature spéciale des accusations portées contre le clergé. Je » lui disais entre autres choses : « Quantac unique sit aucto- » ritas eorum à qui bus reclamationcs factae fuerint, inauditi » non sumus condemnandi. Nos autem defcndere non pote- » rimus quamdiu illrc accusationes in specie nos latuerint. »

Aujourd'hui, l'honneur et l'influence des évoques, du clergé, et des catholiques qui les ont soutenus se trouvent gravement compromis dans toute la province par la publicité donnée à ces accusations, évidemment contre l'intention du Saint-Siège. Le prestige même de la Sacrée Congrégation en ressent une pénible atteinte.

Lia justice réclame donc que l'on donne à ces accusés le moyen de se défendre et de se justifier devant votre auguste tribunal.

Le Saint-Siège, sans doute, ne manquera pas dans sa sagesse de décider ce qu'il y a de plus juste et de plus propre à rétablir la confiance, la concorde et la paix.

Dans l'espoir que Votre Eminenoe fera droit à une aussi juste demande, je la prie d'agréer l'assurance de ma plus haute considération et de me croire.

Son très humble et tout dévoué serviteur,

Ll. F. Ev. des Trois-Rivières.

Rome, le 24 mars 1882.

Eminentissime Seigneur,

Dans une lettre du 24 mars dernier, je priais Votre Eminence de me donner communication des faits spéciaux sur lesquels reposent les accusations portées contre les Evêques, le Clergé et certains catholiques de la Province de Québec, et mentionnées dans votre lettre du 13 septembre 1881, à Mgr l'Archevêque de Québec. Etant venu à Rome surtout pour répondre à ces accusations, je $ie puis le faire aussi complètement que je le désirerais, sans la connaissance de ces faits.

Dans l'audience de congé que le Saint-Père a daigné m'accorder hier au soir, Sa Sainteté m'a dit qu'Elle ferait examiner le Miémoire que j'ai eu l'honneur de remettre à Votre Eminence sur les difficultés religieuses du Canada, dans lequel

j'ai répondu à ces accusations; autant que je le pouvais faire sans la connaissance de ces faits. Mais dans l'examen que le Saint-Père fera faire de ces documents, je tiens à répondre catégoriquement à toutes ces accusations que je crois mal fondées, et à justifier la conduite de ceux qui en sont l'objet. En conséquence, je prie de nouveau Votre Eminence de me faire connaître ces faits spéciaux qui servent de base à ces accusations : car je n'ai pas encore reçu de réponse à la demande que j'en avais faite dans le mois dernier.

J'ai de même répondu à l'accusation portée contre un certain suffragant au sujet de la demande de modification de la loi de l'influence indue mentionnée dans la même lettre de Votre Eminence du 13 septembre 1881, à Mgr l'Archevêque de Québec. Tout le monde a compris que ce suffragant était l'Evêque des Trois-Rivières, parce qu'il était le seul qui s'était occupé de cette question dans le sens indiqué.

Comme la publication de cette accusation dans la presse a fait peser sur ce Prélat un blâme immérité et fort dommageable, je prie Votre Eminence de me dire : 1° Si c'est véritablement l'Evêque des Trois-Rivières qui est visé dans cette accusation. 2° Si Votre Eminence le croît encore coupable du fait mentionné en sa lettre, après la réfutation qui en a été faite dans le Mémoire que je vous ai remis.

En attendant avec confiance une réponse à d'aussi justes demandes, je prie Votre Eminence d'agréer l'assurance de mon profond respect et de me croire

Son très humble et tout dévoué Serviteur.

f L. F. Ev. des Trois-Rivières.

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