U FIGURE DE CE MONDE PASSE
mettons du moins notre gloire à ne pas travailler pour nous-mêmes et à nous perpétuer dans la famille, la patrie, une cause. Elles périront, et nos cendres dureront plus encore que nos œuvres. On sait où est la tombe de Charlemague, où donc est son empire?... Empires et monuments, idées et nations, systèmes et inventions, chênes et lions, vous périrez ! et vous mourrez aussi, rochers et montagnes î La mort est la reine de la vie et le. terme de tout. Qui nous délivrera de la mort?
« Jésus dit: « Je suis la vie éternelle, et qui croit « en moi, quand même il mourrait, vivra. » (1).
Ah ! par delà la mort, il faut lever les yeux et considérer cette patrie, la vie éternelle.
La figure de ce monde passe.
« Cette verte jeunesse ne durera pas toujours, dit Bossuet, cette heure fatale viendra, qui tranchera toutes les espérances trompeuses par une irrévocable sentence; la vie nous manquera comme un faux ami au milieu de nos entreprises. Là, tous nos beaux desseins tomberont à terre; là s'évanouiront toutes nos pensées. Les riches de (a terre, qui, durant cette vie, jouissant de la
\l) Augustin Cochin, les Espérances chrétiennes, p. Î6U
tromperie d'un songe agréable, s'imaginent avoir de grands biens, s'éveillant tout à coup dans ce grand jour de l'éternité, seront tout étonnés de se trouver les mains vides. La mort, cette fatale ennemie, entraînera avec elle tous nos plaisirs et tous nos honneurs dans l'oubli et dans le néant. Hélas! on ne parle que de passer le temps. Le temps passe en effet, et nous passons avec lui; et ce qui passe à notre égard, par le moyen du temps qui s'écoule, entre dans l'éternité qui ne passe pas. 0 Dieu éternel, quel sera notre étonnement, lorsque le Juge sévère qui préside dans l'autre siècle, nous représentant en un instant toute notre vie, nous dira d'une voix terrible : Insensés que vous êtes, qui avez tant estimé les plaisirs qui passent, et qui n'avez pas considéré la suite qui ne passe pas. (1) »
(1) Panégyrique de saint Bernard.