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CHAPITRE VI

Si encore nous n avions à endurer ici-bas que les souffrances physiques ; mais le mal moral nous menace, nous atteint, nous ronge.

L'homme est mauvais; il vient au monde portant sur le front la marque d'un péché lointain, et dans l'âme, encore endormie, le germe de tous les vices. A mesure qu'il grandit, il sent dans son cœur et dans ses membres un violent penchant qui l'attire vers le mal. Un génie familier, malsain, assis sur le bord de sa route, lui souffle à l'oreille» à chaque pas, d'étranges insinuations; partout, pour son innocence et sa vertu, sont tendues des embûches, et combien il est difficile d'échapper à tant de séductions !

Autour de son cœur, les passions, de plus en plus ardentes, livrent un violent assaut et font rage»

L'homme qui n'a pas mis sa foi et sa confiance en Dieu, qui ne s'appuie pas sur la prière, péril

infailliblement. Dans quels bas-fonds la misérable société sans Dieu est entraînée de jour en jour. C'est un aveuglement, une folie, une abdication de toute pudeur et de toute raison. Ils appellent ce qui est bien: « le mal », et ce qui est mal « le bien ». Guerre à Dieu! haine à la vertu! mort à tout ce qui est honnête et juste ! tel est leur programme. C'est celui môme de l'enfer.

La multitude des pécheurs l'accepte plus ou moins intégralement; mais tous y donnent les mains, tous sont responsables des conséquences, car tous travaillent à le faire triompher.

Le plus grand mal, sur cette pauvre terre où les maux pullulent, où la souffrance nous attend à chaque détour du chemin, ce n'est pas la maladie, ce n'est pa?Id mort: c'est le péché, c'està-dire le désordre moral qui tend à contrarier les desseins de Dieu sur nous et par là môme à renverser toute raison et tout bon sens. Un fol esprit d'indépendance et de jouissance immédiate, qui ne fut jamais plus vivace et plus audacieux que de nos jours, nous porte à secouer tous les jougs, môme les plus légitimes, à briser les freins, à jeter bas les barrières. Il se fait un déchaînement de l'être vers les débauchés de l'esprit et du cœur. Dieu est outragé., offensé,

moqué. Cette loi qu'il avait portée pour être la règle de Ja liberté humaine et son fil conducteur vers le Ciel, à travers le voyage de cette vie, on la tourne en dérision, on la méprise. Le pécheur se rit de la grandeur de Dieu, de cette majesté infinie dont la nature fidèle porte les magnifiques empreintes. Il n'entend pas les voix du ciel et de la terre qui proclament le nom de leur Créateur en un chant sublime; aveuglé, il va jusqu'à nier l'existence de Dieu ou à en douter, ce qui est le plus grand crime contre la raison.

« Les attributs invisibles de Dieu, dit saint Paul, sont rendus évidents par l'étude de la création, œuvre de ses mains : son éternité, sa puissance, sa divinité ; en sorte que les impies sont inexcusables.

« Ils étaient à môme de connaître Dieu et ils ne lui ont pas rendu l'honneur dû à un Dieu ; ils se sont perdus dans leurs systèmes et leur esprit insensé a été frappé d'aveuglement.

« Ils se croient des savants, et ils sont des fous...

« C'est pourquoi Dieu les a livrés aux désirs de leur cœur, à des immondices, à des passions ignominieuses. »

Et l'apôtre burine, d'un stylet d'airain, une

hideuse figure du péché, qu'on ose à peine reproduire :

« Ils n'ont pas voulu reconnaître Dieu, conclutil ; pour cela Dieu les a abandonnés à l'esprit d'erreur, au point qu'ils ne reculent devant aucune inconvenance.

« Ils sont remplis de tous les vices, de méchanceté, d'avarice, d'injustice, d'envie, de désirs homicides, d'esprit de querelle, de ruse, de malignité.

« Ils sont médisants, calomniateurs, odieux au Seigneur, prompts à l'injure, orgueilleux, gonflés d'eux-mêmes, inventeurs de maux, révoltés contre l'autorité paternelle. Insensés, sans prudence et sans retenue, sans cœur, sans foi ni loi, sans miséricorde (1). »

C'est le tableau du paganisme, au temps de toute la splendeur de l'empire, en pleine civilisation romaine : c'est, hélas ! l'état oùl'on travaille à ramener notre pauvre société en la déchristianisant avec une rage satanique.

« Ils n'ont pas compris, dit enfin saint Paul, que ceux qui font ces choses sont dignes de mort; et non seulement ceux qui les font, mais encore ceux qui les approuvent et y consentent. »

(1) Paul, Epist. ad Romanos, I.

Quand un pécheur offense Dieu, presque toujours, son regard ne s'étend pas si loin. Il se satisfait en oubliant la loi, et c'est tout. Il ne songe pas à nier Dieu ; il ne l'injurie pas ; il n'en a pas souci. Sa loi le gêne, il la laisse sans la discuter. La plupart des fautes sont plutôt des péchés d'entraînement et de faiblesse, surtout parmi les chrétiens. C'est vrai. Mais pourtant il y a dans tout péché une révolte implicite contre Dieu et l'acceptation des conséquences prévues. L'habitude du mal, contractée peu à peu, conduit, par une pente fatale, à la haine de la vertu, à îa jalousie mauvaise du bien et à la guerre à Dieu. L'impiété coniemporaine qui veut rejeter Dieu et son Christ est surtout favorisée par le déchaînement des passions, et par un effrayant sensualisme.

L'homme qui pèche, même par faiblesse, doit savoir qu'il s'attaque, impuissant il est vrai, mais coupable, à la volonté de Dieu, à sa sainteté irréconciliable avec le mal; il brave la justice qui le punira un jour; il outrage la miséricorde et la bonté qui cent fois lui accorda le pardon ; il méconnaît l'amour de Jésus son Sauveur, et foule aux pieds le sang répandu dans la passion, comme s'il disait : « Que m'importe cette Rédemption? Je n'ai pas

demandé à Jésus-Christ de mourir pour moi î »

Mais en même temps que le pécheur offense Dieu et accumule sur sa têle les nuées lourdes et noires de sa colère, il se précipite lui-même dans un déluge de maux. Le péché, souvent répété, engendre l'habitude; chaque faute est un anneau de plus forgé à la chaîne de fer qui attache le pécheur à son vice. Bientôt il ne peut même plus la soulever. Celui qui fait le péché en devient l'esclave. La volonté perd son ressort; la liberté s'annihile : comment remonter un pareil courant, comment briser de tels liens ?

On le pourrait avec la grâce, mais on ne sait plus, on ne veut plus prier.

0 mystère de honte ! mystère de désespoir et d'infamie!

L'intelligence s'aveugle fatalement, et des vérités fondamentales, qui apparaissaient radieuses avant la déchéance, rentrent peu à peu dans le brouillard et disparaissent. On ne les voit plus que comme des points lumineux vacillants dans le lointain. Le pécheur s'endurcit; il se forge une excuse, une théorie de son péché. « Tout le monde en fait autant, pense-t-il. Qu'ai-je besoin de me gêner? Après tout je me trouverai à la mort dans la situation de beaucoup d'aulres. Nous verrons alors. »

àO travers de LA ROUTE. 81

Heureux quand ia loi ne sombre pas dans ce naufrage de la vertu.

Souillure du cœur qui ne sait plus aimer purement 1 fin de la conscience qui périt dans ces compromis 1 obscurcissement du bons sens chrétien! esclavage de la volonté qui descend à toutes les œuvres basses !

Alors Dieu se détourne de cette âme. Sa grâce ne saurait demeurer dans une âme que ronge l'ulcère du péché mortel et où Satan étale ses fanges.

Il se retire et le dernier état de cet homme devient pire que le premier.

Plus d'amitié de Dieu ; plus de mérites ; plus de Ciel à espérer. Les foudres célestes suspendues sur la tête ! La mort guettant sa proie pour l'entraîner aux abîmes (avec tant d'autres, soit!).

Voilà l'œuvre du péché. C'est le grand mal, c'estl'énorme obstacle sur la route de l'Eternité.

Rien à faire si Dieu ne nous communique l'horreur du mal, la crainte de tout ce qui est une souillure.

Il nous faut sur ce point des convictions d'acier. Le monde n'est plein de maux que parce que personne ne réfléchit dans son cœur,

0 Dieu, donnez-nous la haine du péché !

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