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CHAPITRE XX

Entre le ciel et l'enfer, entre la destinée de bonheur et l'éternel tourment, entre l'enchantement des élus et le désespoir des damnés, il faut bien qu'il y ait un lieu intermédiaire : une réflexion sérieuse nous conduit à cette conclusion qui nous est du reste imposée par la foi chrétienne.

Combien d'âmes quittent ce monde après avoir offensé Dieu toute une vie. Réconciliées au dernier moment, entreront-elles sans aucune expiation dans les bienheureuses demeures?

Pourraient-elles, après s'être mille fois souillées, après avoir entassé fautes sur fautes, pourraient-ellas se tenir en la présence de Dieu, supporter son regard? Ne seraient-elles pas comme abîmées de honte devant lui, en découvrant tout à coup cette beauté méconnue, cette majesté outragée, cette justice tant de fois bravée. Il est aussi impossible à une âme indigne

de soutenir la vue de Dieu qu'il l'est à nos regards humains de fixer le soleil. Rien d'impur n'entrera dans le royaume de Dieu. Les âmes elles-mêmes réclament cette purification suprême; elles s'y précipitent librement, elles en sont avides et le feu du purgatoire leur est cher.

L'existence du purgatoire est d'ailleurs un dogme de foi défini par le saint concile de Trente. Deux points forment l'objet de cette définition : il est un purgatoire, et nous pouvons soulager les âmes qui s'y trouvent.

La tradition chrétienne établit que la prière pour les morts fut toujours chère aux fidèles?*et usitée dans l'Eglise dès les premiers siècles du christianisme.

Nous savons d'ailleurs que Judas Machabée envoya au temple de Jérusalem 12 000 drachmes d'argent afin qu'on offrît des sacrifices pour les soldats juifs tombés dans les batailles. Si l'on priait pour les morts au temple de Jérusalem, c'est donc que les juifs admettaient un lieu d'expiation temporaire.

Sans doute, dans l'Évangile, le purgatoire n'est pas expressément nommé, mais ce point de foi figure, on n'en saurait douter, parmi les nombreux enseignements oraux que Notre-Seigneur Jésus-Christ donna à ses disciples et qui ne

furent point consignés dans le récit évangélique. Cependant, nous trouvons dans le texte saint différentes allusions à ce dogme : au témoignage du Christ, il est des fautes qui ne seront remises ni en cette vie ni en l'autre. Nous concluons de cet enseignement que certains péchés seront remis dans l'autre vie après une expiation temporaire. L'apôtre saint Paul dit que « certaines âmes ne seront sauvées que comme par le feu ».

L'histoire des premiers siècles nous révélerait beaucoup d'autres indices de cette antique croyance. C'est donc par une pensée criminelle et sacrilège que les protestants ont osé biffer ce dogme de leur Credo. Leurs cimetières sont aussi mornes et désolés que leurs églises.

Sur ce point comme sur tant d'autres, l'Eglise catholique est restée dans la vérité : son enseignement répond aux aspirations les plus légitimes du cœur humain.

Qu'elle est douce, la pensée que nous pouvons encore être utiles à nos morts, vivre en communion avec eux, prier pour eux, les soulager, rendre à leur mémoire de pieux services. Donc il nous est encore permis de les aimer efficacement et de leur prouver notre amour. Aussi /e souvenir des morts et la dévotion aux âmes du Purgatoire sont une des pratiques les plus chères

au peuple chrétien et les plus profondément enracinées dans ses mœurs. C'est avec une grande douceur que nous offrons nos prières pour nos bien-aimés disparus et même pour les indifférents, pour les étrangers, pour tous ceux qui ont vécu dans la communion du Christ. Une immense pitié nous presse au spectacle d'une si grande misère. Nous savons bien que les souffrances de la terre sont peu de chose auprès de celles du purgatoire ; c'est pour cela que nous aspirons à les soulager, non pas seulement parce que nous sommes des hommes et qu'à ce titre aucune douleur humaine ne nous laisse indifférents, mais encore et surtout parce que nous sommes frères en Jésus-Christ.

Dans la grande famille chrétienne, les douleurs sont communes aussi bien que les joies. Quand un membre souffre, tous les autres s'emploienl pour soulager sa douleur, et le chef se réjouit en voyant cette union si complète. Or jamais nous ne trouverons une occasion plus parfaite d'exercer notre charité : c'est le ciel môme qu'il s'agit d'ouvrir à nos frères, d'une façon sûre et dans un avenir prochain. D'autre part, ces âmes ne peuvent s'aider elles-mêmes, elles ont absolument besoin de notre secours. Dieu, dans sa bonté pour nous, nous choisit pour intercesseurs entre

leurs péchés et sa justice; il met leur sort dans nos mains et nous fait une douce loi de soulager ces âmes.

La reconnaissance nous invite également à nous acquitter de ce devoir. Hélas ! il s'agit peut-être de l'âme d'un père, d'une mère, d'une sœur, d'une épouse, d'un époux chéri dont nous portons à jamais le deuil dans nos âmes silencieuses. Nous avons reçu d'eux tant de témoignages d'amour et tant de bienfaits 1 Comment donc pourrions-nous les oublier maintenant? Hélas ! c'est peut-être à cause de nous que ces âmes sont dans les langueurs du purgatoire ; elles nous ont trop aimés peut-être, elles ont condescendu à nos faiblesses et commis bien des fautes pour nous être agréables ; ah! que ne pouvons-nous avec tout notre sang effacer ce souvenir! Contribuons du moins à payer une dette qui nous est commune. C'est une œuvre de justice.

Nous-mêmes, un jour, nous n'échapperons pas au purgatoire. On se servira envers nous de la même mesure que nous aurons employée pour les autres. Comme nous avons prié pour les âmes des défunts, on priera pour la nôtre.

Des cœurs fidèles se souviendront sur la terre ; les âmes délivrées par nous ne nous oublieront

pas dans le ciel, et Dieu aussi se rappellerai

Il sera fait miséricorde à ceux qui auront exercé la miséricorde.

Pensons au purgatoire afin d'intercéder pour les âmes qui languissent dans ses flammes ; pensons-y afin de nous éviter de cruelles souffrances, car de grandes peines nous y attendent si nous refusons de nous convertir de nos péchés véniels, de nos imperfections, et si nous ne faisons pas pénitence.

Peines du dam, séparation de Dieu, de même nature que celle de l'enfer, aussi douloureuso, aussi cruelle, avec cette différence pourtant que les âmes du Purgatoire aiment Dieu, qu'elles acceptent volontairement leurs souffrances et qu'elles sont assurées de posséder le ciel.

Peines du sens, c'est-à-dire très probablement le feu, atroces douleurs qui consument sans pourtant détruire et qu'il nous faudra endurer pendant combien de temps?

Est-ce un feu matériel ? Est-ce un feu purement moral? Peu importe. Il suffit de savoir que les peines du purgatoire, au moins les plus grandes, dépassent en intensité les plus grands tourments de ce monde.

Est-ce un lieu? est-ce un état? Question mystérieuse à laquelle personne ne peut répondre.

Il vaut mieux s'employer à multiplier les prières et les bonnes œuvres pour secourir les chers défunts.

Le soulagement le plus efficace, c'est l'offrande du divin sacrifice de la messe. Par lui-même ce sacrifice opère la délivrance des âmes.

Combien de chrétiens ont le cœur assez dur pour négliger ce grand devoir! Combien ne font pas dire de messes pour leurs morts? La célébration du service divin, la récitation de l'office des morts, le chemin de la croix, le rosaire, la communion fervente, le jeûne, l'aumône et surtout le soin de gagner pour les défunts des indulgences plénières et partielles, sont autant de précieux moyens que Dieu met à notre disposition dans cette grande œuvre de rachat.

Que cette dévotion est saine : elle est fortifiante et s'inspire aux sources du plus pur Evangile; elle entretient en nous le culte délicat du souvenir; olle nous oblige à être surnaturels, à tourner sans cesse nos regards du côté de l'éternité et à compter tous les iours avec la mort.

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