COMPTENT L'AMOUR VIENT DU CIEL ET COMMENT JL Y RETOURNE
La crainte des jugements de Dieu, bien que nécessaire à cause de nos entraînements funestes, est loin d'être le meilleur guide dans la vie. La peur peut être un excitant à l'action, mais elle restera toujours un motif inférieur. S'il est vrai que la crainte de Dieu est le commencement de la sagesse, certes, elle n'en est pas le couronnement. Elle joue le rôle d'introductrice ; c'est elle qui fait les avances, elle met notre âme dans la route et l'initie au secret de ses destinées. Mais il est désirable qu'à un certain moment elle s'arrête, s'efface et s'incline, pour faire place à un autre sentiment qui est l'amour.
L'amour chasse la crainte, dilate le cœur, détend l'âme, ravit et emporte la volonté.
Celui qui aime ne sent plus son mal ; il ne gémit plus sur sa peine. S'il souffre, ah I que sa souffrance lui est chère !
Comme un feu dévorant a besoin sans cesse d'être entretenu et consume tout ce qu'on lui présente, ainsi l'amour se nourrit, s'épuise et se renouvelle sans cesse par la souffrance, le sacrifice, l'immolation.
Rien ne lui coûte, tout lui est bon; il ne voit que le plaisir de l'objet aimé, il ne pense qu'à lui, il s'offre et se donne à lui sans réserve (4).
Celui qui aime est comme emporté dans une course précipitée, dans un vol rapide. Son cœur est dans l'enchantement d'une ivresse continuelle.
Le don le plus précieux que Dieu ait fait à l'homme sur la terre, c'est le don d'aimer. Hélas ! c'est en même temps le plus redoutable, le plus mystérieux. De tous les besoins qui assiègent le cœur de l'homme, nul n'est plus élevé, comme nul n'est plus impérieux. Mais le mystère étreint, l'angoisse environne cette irrésistible inclination du cœur. On n'aime pas sans souffrir. Dans la terre d'exil, un lien secret rattache la douleur à la tendresse et jette un voile de mélancolie sur tous les amours, et cependant malgré ces larmes, ces appréhensions, et les brisements de cœur inévitables, s'il est
(1) Cl. De Imitatione Christi : De amorx Jesu super omnia.
sur la terre une seule joie, c'est bien celle-là.
Aimer ! aimer vraiment, aimer sans remords et sans regret, dans la paix de la conscience et sous le regard de Dieu !
Etre aimé ! trouver un cœur ami en qui Ton puisse aux jours sombres s'établir et se confier, un cœur qui souffre de nos maux, qui pleure de nos larmes, saigne de nos plaies et compatisse à nos infirmités, voilà bien l'un des fugitifs bonheurs, l'un des rares paradis en ce monde !
Oh ! que les âmes égoïstes, que les cœurs insensibles et durs sont malheureux ! Malgré leur calme apparent et leur prospérité mensongère, ils ne connaissent pas la joie de vivre, ni la douloureuse douceur d'aimer.
Il est vrai, nulle faculté de l'âme ne se trompe plus facilement et n'est entraînée plus vite aux abîmes.
Nous sommes ainsi faits, que le beau nous saisit, nous enthousiasme et nous captive, mais dans la misérable situation présente, bien souvent nous sommes exposés à nous laisser séduire et entraîner par l'ombre périssable, par le pâle reflet, par la contrefaçon éphémère du seul vrni bien.
La beauté de la créature, beauté d'un jour, lointaine imitation du beau absolu, exerce sur
nos yeux une dangereuse fascination et nous fait oublier le bien suprême. C'est en vain qu'elle nous promet le bonheur. Le vide, la déception, les larmes, une cruelle ironie nous attendent. Et toujours, au fond de la coupe enchantée des plaisirs, la dernière goutte du magique breuvage est d'une révoltante amertume.
Connaissons ce double mystère : notre cœur a besoin d'aimer, il est né pour l'amour; il sent que là seulement est un repos dans ses perpétuelles anxiétés : c'est un fait évident, cette constatation est au bout de toute étude élémentaire du cœur humain et d'autre part notre pauvre âme ne trouve dans les amours de la terre, même les plus légitimes, que les soupirs, les larmes et les désillusions.
Quel est donc le mot de l'énigme? Quelle clarté dissipera ces ténèbres?
Ah ! c'est que nous sommes créés pour aimer Dieu seul.
A ces aspirations, à ces appels de l'être, à ces tourments intimes, à ces élans, à ces envolées puissantes, un seul objet mérite d'être proposé : c'est Dieu!
« Vous nous avez créés pour vous, Seigneur, disait samt Augustin, et notre cœur est dans l'angoisse tant qu'il ne s'est pas reposé en vous. »
Dieu donc est l'objet suprême de notre amour, le seul parfaitement proportionné à l'étendue de nos désirs. Quand on Ta enfin découvert, toute inquiétude cesse, tout besoin s'apaise, sinon celui de l'aimer toujours davantage.
La philosophie naturelle, qui nous conduit à la connaissance de Dieu, nous invite aussi à l'aimer en nous découvrant quelque chose de son indicible beauté et en nous rappelant ses bienfaits.
Mais c'est surtout la foi qui nous ouvre le sanctuaire des cieux, écarte le voile, et nous met par avance en face de l'éternel amour. Avec elle nous posons le pied sur le seuil des parvis sacrés, les profondeurs infinies de Dieu se déroulent devant notre regard, et nous connaissons quelque chose des merveilles de la Trinité sainte. Ce n'est plus seulement le beau incréé, éternel, entrevu et chanté par Platon ; nous ne sommes plus seulement enivrés par la méditation de ce verbe soupçonné par la sagesse antique ' non, la raison se tait, la science avoue son impuissance, elle s'arrête émue, tremblante, au portail des célestes demeures que, seule, la foi va nous faire franchir en nous entraînant dans la plénitude du mystère
Dieu, de toute éternité, se connaît, se perçoit, se comprend : son essence infinie est tout
entière découverte devant ses yeux dans la conscience profonde qu'il a de Lui-même ; Il se voit d'un seul coup d'œil rapide, Il se comprend d'un seul acte de science, et II se forme de Luimême, dans l'unité ineffable de cette perception, une image, une figure, une idée, qui est la splendeur même de sa gloire et l'expression exacte de son infinie perfection. C'est là sa parole intérieure, son verbe incréé, le mot éternel par lequel il s'exprime, l'indicible admiration que la vue de son enivrante beauté lui arrache à Lui-même, la louange qu'il fait de l'Idéal absolu, Thymne de l'harmonie sublime qui se répercute dans les profondeurs de son être, en ce point fixe et permanent qu'est l'éternité (1).
Or, il est impossible qu'un pareil artiste, dont la puissance est infinie, s'il veut se représenter à Lui-même, reste au-dessous de la tâche entreprise. Aussi l'Image est l'expression exacte de l'Objet; le Reiîct réfléchit tous les rayons de la Splendeur ; l'Idée est le miroir fidèle où se retrouve ou plutôt demeure toute l'Intelligence; dans le Verbe engendré le Père se reconnaît trait pour trait sans que rien manque.
(1) « 0 lumière éternelle qui résides seule en toi, qui seule te comprends, et, comprise de toi et te comprenant, t'aimet 9t te souris! »
Dante, le Paradis^ ch. xxini,
De toute éternité, par le fait même de son être divin, Dieu se voit, Dieu se pense et engendre en son sein une Image ineffable; tout s'y retrouve, jusqu'à la personnalité auguste sans laquelle le tableau serait inférieur au modèle.
Mais, par un mystère profond, ce Verbe est une personne distincte de Dieu son Père dans l'unité duquel il demeure par l'identité de nature.
Suivons.
En contemplant cette splendeur, en admirant cet éclat, Dieu le Père s'éprend de l'éternelle Beauté qu'il se représente. Tous les ravissements d'ici-bas, le saisissement du savant qui se trouve tout à coup en face de la vérité longtemps rêvée, péniblement cherchée ; le frémissement de l'artiste devant qui tout à coup se dévoile un peu du beau immortel ; l'émoi profond de l'esthète pénètre jusqu'au fond de l'être par un sentiment subit et grandiose de l'idéal, les nobles émotions que donne sur la terre la vision bienheureuse du vrai ou la possession momentanée d'un bien véritable ; tout cela ne peut nous donner qu'une faible idée de la béatitude immanente, du ravissement absolu qui est en Dieu lorsqu'il voit le Beau sans ombre, lorsqu'il entend l'Harmonie infinie, lorsqu'il contemple la séré
tiité du Vrai, lorsqu'il s'éprend du Bien, dans son Verbe, splendeur de Lui-môme.
Mais en même temps que s'emportent à jamais et que vont précipités vers le Fils les torrents de feu de l'Amour éternel, de la Charité du Père, le Verbe s'éprend à son tour du sublime Objet qu'il représente et vole vers lui d'un indicible élan. Ainsi va l'amour en Dieu, du Père vers le Fils et du Fils vers le Père dans un flux et un reflux infinis.
Ainsi naît l'Amour au sein de Dieu : il procède du Père et du Fils, et du Père par le Fils, il est leur rapport éternel, le lien incréé, immanent, de leurs augustes personnes, le souffle brûlant qu'ils se communiquent. Cet amour, comme les divins Artistes dont il est l'enthousiasme et la louange, est une personne distincte, qui demeure unie au Père et au Fils dans l'unité d'une même nature.
Ainsi l'Amour est en Dieu, l'Amour est Dieu, Dieu est Charité (1).
Or, cette ineffable Charité dont Dieu possède la plénitude en lui-même et qui anime, enflamme et ravit son éternité, il en veut, par pure miséricorde, pourvoir sa créature. S'il crée, c'est par
(1) Deus charitas est. (I Joaii., iv, 16.)
amour : la nature, le monde, nos destinées, tout est le fruit d'une pensée divine amoureuse. Dieu nous a créés pour le bonheur. Il n'y a de bonheur possible qu'à découvrir en lui le bien suprême et à s'en éprendre à jamais. Notre cœur est fait pour se plonger un jour dans cet océan d'ivresse ; là seulement sont les sources pures où nous boirons enfin la félicité attendue. Les eaux saumâtres et malsaines des tristes fleuves de l'exil ne sauraient que nous dessécher, nous altérer, exciter notre soif : nous sommes faits pour l'amour infini, nos aspirations secrètes ne tendent que là ; Dieu seul est capable de rassasier nos âmes affamées d'idéal.
Parvenir à cette intelligence vraie des choses, s'élever pratiquement jusqu'à ce sommet de la sagesse, n'est point le fait des forces humaines. C'est logique et simple, sans doute, mais absolument inaccessible à la nature. D'une certaine façon, le philosophe peut aimer Dieu, l'attendre et l'espérer. Mais de l'aimer comme Dieu veut être aimé, c'est-à-dire d'un amour sans bornes et avec l'espérance de le posséder un jour, cela n'est possible qu'avec la grâce et par le moyen d'une vertu surnaturelle, la plus belle, la plus aimable et la plus royale des vertus, je veux dire la Charité. C'est la Foi qui nous fait trouver
Dieu et le connaître, c'est l'Espérance qui nous porto vers lui d'un élan irrésistible, mais c'est la Charité qui nous le donne enfin et nous le fait saisir et embrasser à jamais.
Le point culminant de la charité c'est de nous oublier nous-mêmes, de fermer un instant les yeux sur nos intérêts et de nous tenir éperdus, ravis, n'existant plus, emportés tout entiers par l'admiration en présence de l'immuable Beauté qui se dévoile.
Dieu est le Beau, Dieu est le Sublime, Dieu est le Vrai, le Bien, le Bon. Il mérite d'être aimé pour lui-même, et serions-nous des étrangers, n'aurions-nous de Lui, ni ciel à espérer, ni enfer à craindre, que nous devrions encore l'aimer de bienveillance, nous complaire en sa gloire, acclamer son nom, l'exalter à jamais !
Le pur amour est souverain, il méprise tous les biens créés dès qu'une seule fois il a entrevu le bien suprême.
Le pur amour aime Dieu plus que tout; il n'aime aucune chose plus que Dieu, et il n'aime aucune chose autant que Dieu.
Le pur amour n'aime dans la créature que les traits épars, les reflets vacillants de la sublime image, du splendide foyer de lumière qu'il a entrevue. Il a désappris les amours bornés de la
terre, les créatures sont les gradins sacrés d'une échelle d'or par laquelle il monte sans cesse et s'élance vers le But fascinateur.
Sans doute, dans la condition humaine, on ne peut toujours se tenir sur ces sommets de l'âme. On peut y tendre sans cesse et s'efforcer de s'y maintenir, en négligeant les motifs inférieurs de l'amour, mais il est inexact d'affirmer qu'on peut persévérer dans un acte continu d'amour pur et y trouver, dès ici-bas, le parfait repos.
Il nous est impossible en aimant Dieu d'oublier 'oujours cet instinct profond qui nous pousse invinciblement vers le bonheur. Nous avons beau faire, nous ne pouvons pas ne pas vouloir être heureux. Nous savons bien d'ailleurs que Dieu aimé par nous ne veut pas rester en retour de tendresse, ni se laisser vaincre en générosité. « Si quelqu'un m'aime, dit Jésus-Christ, mon Père l'aimera. »
Cet amour mutuel, cette amitié réciproque,
produit la communication des biens ; parce que
nous avons voulu le bien de Dieu, il veut le
nôtre ; à l'âme fidèle, chérie, adoptée par lui,
son bon plaisir confère un éclat intérieur, une
parure lumineuse, une pureté cristalline et des
richesses tirées pour elle des écrins célestes :
c'est la grâce sanctifiante et ce sont les dons qui l'accompagnent.
Ornée par le Seigneur, l'âme chrétienne est sa fiancée, elle se familiarise saintement avec lui, une douce amitié rapproche les distances et réunit la créature d'un jour, imparfaite, avec l'Etre infini, éternel. C'est le miracle de la puissance divine.
Il y a des degrés d'intensité dans cet amour. Depuis le néophyte qui commence à bégayer les premiers mots de cette langue jusqu'aux âmes que le Christ a ravies dans l'Océan de la dilection, quelle gradation, quelle harmonie!
Par la prière et l'oraison, l'âme, peu à peu, se déprend de la terre et découvre chaque jour un nouveau rayon des perfections de son Bien-Aimé.
Alors la vie devient à charge, les jours sont longs et fastidieux. Le siècle n'est plus qu'un froid exil.
L'âme des saint Paul, des saint Jean, des saint Augustin, des saint François de Sales, des sainte Gertrude, des Marguerite-Marie souffre du mal délicieux de l'Amour. Comme sainte Thérèse, ils se meurent de ne point mourir (1); comme
(1) Saint François de Sales, dans son admirable Traité de l'Amour de Dieu, s'arrête longuement sur la mort de la très sainte Vierge.
« La très sainte Mère, dit-il, n'ayant rien en toi qui empêchât
saint François Xavier ils sentent le feu divin incendier leur poitrine et consumer leur cœur : Assez, Seigneur, assez, s'écrie l'âme haletante ; je ne puis plus lutter : ah ! ne m'accablez pas des traits de votre charité !
Et comme jadis chez saint François d'Assise, une sublime poésie, inconnue aux lettres humaines, éclot sur leurs lèvres.
L'amour pur, l'amour de bienveillance, n'exclut pas l'espérance. Il peut même la commander, l'exciter, car il s'indignerait d'un manque de confiance. Comme à son tour l'espérance pousse à la charité, le meilleur moyen de posséder Dieu un jour.
Le souvenir des bienfaits de Dieu, en nous excitant k la reconnaissance, nous conduit par une route sûre jusqu'à l'amour pur.
Nous laissons dans l'ombre ce que Dieu fut
pour nous, enthousiasmés par la vue de ce qu'il
est en Lui-même.
l'opération du divin amour de son Fils, s'unissait avec lui d'une union incomparable, par des extases douces, paisibles
et sans effort De sorte que la mort de cette Vierge fut plus
douce qu'on ne se peut imaginer, son Fils l'attirant suavement à l'odeur de ses parfums; et elle s'écoulant très aimablement après leur senteur sacrée dedans le sein de a bonté de son Fils... L'amour avait donné près de la croiï à cette divine Épouse les suprêmes douleurs de la mort; certes il était raisonnable qu'enfin la mort lui donnât les souveraines délices de l'amour. »
Traité de f Amour de Dieu, liv. VIU, cb. lxxiv.
Je voudrais bien parler de l'unité du véritable amour. Il est en Dieu comme dans sa source et dans son essence infinie, il ne peut être en nous que par la grâce, c'est-à-dire en vertu d'une communication divine. C'est une même charité surnaturelle qui nous fait aimer Dieu et le prochain ; il n'y a pas deux amours chrétiens ; dans le prochain c'est encore Dieu que nous aimons.
Qu'est-ce que ce mystérieux amour, hôte céleste, qui vient, comme la colombe biblique, se reposer en nos âmes, dans les vallées de notre exil, qui s'empare de notre volonté pour la pousser vers un bien supérieur et qui l'animera à jamais dans le Ciel après ces tristes jours? Car l'amour ne finit pas (1).
Qu'est-ce que cette flamme? qu'est-ce que ce attrait vers le Bien ?
Est-ce la grâce elle-même ou seulement son fruit? L'analyse la plus minutieuse ne pénètre pas jusque-là et nul ne peut préciser à ce point les opérations mystérieuses de l'Esprit qui répand la charité dans nos cœurs.
Ce qui est certain c'est que la grâce sanctifiante ne va jamais sans l'amour, ni l'amour sans la grâce. Lorsque Dieu aime une âme, il
(1) Charitas non excidit (I Corinthiens, xm, 8.)
faut qu'elle l'aime, et quand une âme aime Dieu il la garde contre son cœur ou la reprend immédiatement si elle avait eu le malheur de s'en séparer. Un seul acte de charité parfaite peut nous restituer la grâce habituelle môme avant l'absolution.
L'amour suppose la foi. On n'aime pas Dieu quand on refuse de donner créance à sa parole. 11 s'appuie également sur l'espérance ; mais il est la plénitude de la loi.
La charité est le sommet de l'édifice spirituel ; sans elle les autres vertus sont mortes et inefficaces. « Quand j'aurais assez de foi pour transporter les montagnes, dit saint Paul, si je n'ai pas la charité je ne suis qu'un airain sonnant et une cymbale retentissante, je ne suis rien. »
Pour mériter la gloire future et l'entrée du Ciel, il ne suffit donc pas, comme le voulait Luther, de croire en Jésus-Christ et d'espérer en lui : il faut encore, il faut surtout, l'aimer et le lui prouver.
« Celui qui n'aime pas, demeure dans la mort, » dit saint Jean ; or, il n'y a pas deux manières d'aimer Dieu, on l'aime en voulant ce qu'il veut et en observant ses commandements. « Celui qui m'aime, dit le Seigneur, c'est celui qui observe mes ordres. »
Malheur donc, malheur à jamais, à l'âme qui fait prédominer l'amour d'une créature par dessus l'amour unique que nous devons au Créateur 1
Malheur à la pauvre âme qui pendant le temps de son exil s'est tellement plongée dans l'indifférence et dans l'oubli que pas une seule fois elle n'a su dire à Dieu : Je vous aime !
« Si quelqu'un n'aime pas Notre-Seigneur Jésus-Christ, dit saintPaul, qu'il soitanathème! »
L'amour de Dieu est une loi : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton esprit, de toutes tes forces (1). »
Hélas 1 pourquoi notre ingratitude et notre endurcissement ont-ils rendu ce commandement nécessaire? Ne suffisait-il pas de consulter notre cœur?
L'amour divin, c'est la vie, c'est la joie, c'est la lumière et le divin soleil de ce monde, c'est l'oubli des maux, c'est le baume des cœurs, c'est la délivrance des âmes, c'est la souffrance domptée, la mort vaincue, c'est une porte ouverte sur l'éternité, c'est le ciel entrevu, que dis-je, c'est le ciel commencé et déjà conquis.
(1) Deutérononie, 6, ?•