LA GUIGNOLÉE. 17Ï
Pour soulager le dénûment, Donnez donc généreusement De tout ce qui sert d 'aliment
Pleine écuellée, Avec un peu de stimulant Au pauvre chanteur somnolent Qui, dans la nuit s'en va beuglant
La guignolée.
Ottawa, 31 décembre 1904.
Le Temps
Temps, mythe insaisissable, Borne indéfinissable, Moissonneur inlassable, Germe de vétusté, Sous ton vol tout succombe; Ta faux tombe et retombe, Entraînant vers la tombe La pâle humanité.
Va, vieille idée abstraite, L'heure par toi soustraite Te suit dans ta retraite Mais ne t'appartient pas.
Dans l'éternel espace, L'avenir te dépasse Et ta lugubre trace N'apparait qu'ici bas.
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Le présent nous assomme ; Le passé n'offre, en somme Que des regrets à l'homme Assoiffé d 'avenir . ^ Le présent nous délaisse, L'avenir fuit sans cesse, Le passé ne nous laisse Rien que le souvenir.
Ces trois termes se fondent En un seul, et confondent Les sens qui se morfondent A jauger l'irréel.
Fantôme qui nous leurre.
Le Temps ne marque 1 heure Qu'en la sombre demeure De l'homme né mortel.
Ottawa, 30 décembre 1905.