CHAPITRE III
tHBRE ET LUMIÈRE
Mardi S février.
'es entretiens du mardi provoquaient chez des réflexions posthumes dont le retour ime toutes choses, son bon et son mauvais rantage de cette philosophie de l'escalier lettre en face des prétentions de l'esprit embrasser toute l'étendue d'un sujet, l'imde cet esprit à faire le tour complet d'une is à vouloir étendre son savoir, on risque miser sa recherche dans un cercle d'autant IX que l'on s'entête plus opiniâtrement à îortir ; et c'est l'écueil que lea sots n'éviis parce qu'ils ferment toujours l'oreille à de modestie. Mes chers habitués du mardi isaient pas cette obstination prétentieuse
de ceux qui croient agrandir l'Océan en y versant l'eau de leurs petites fontaines. Ils ne revenaient donc sur un sujet longuement médité que pour y trouver un point d'appui pour de nouveUes et plus grandes vérités.
Et cependant l'esprit outranciérement paradoxal de M. Joseph Renold parut faire échec une fois à l'esprit outranciérement puéril des sots.
Notre pessimiste ne pardonnait pas à l'abbé Labruyère d'avoir placé dans la religion catholique l'autel du culte à venir. Cette conclusion de notre dernière causerie était contraire à la logique comme à l'histoire.
L'universalisme chrétien était sans doute une chimère sublime, mais ce n'était qu'une chimère, le rêve irréalisé de Jésus, un rêve divin, brisé à jamais par la grossière main des hommes. La réalité se présentait sous des couleurs toutes dififérentes.La réalité, c'était pour notre philosophe la substitution permanente dans l'Eglise du particulier à l'universel. Et Joseph Renold résumait en ces termes cette thèse pessimiste : L'histoire du catholicisme romain est le triomphe constant du particulier dans l'éternelle recherche de l'universel. Il y avait donc dans cette histoire, un vainqueiu*: le Romanisme, et un vaincu: le Catholicisme. Il y avait par suite une sorte de folie à vouloir réconcilier les religions de tout l'univers dans la religion romaine.
OMBRE BT LUMIÈRE
Labniyère avait essayé de couper court k ise quelque peu irritante d'une discussion t cloae par un chant de victoire en l'hon- L Croix qui sauva le monde. Et pour désar- I mer plus aisément notre pessimiele il avait évoqué
une belle comparaison hégélienne entre la vie du cœur et celle du Catholicisme. « Le Catholicisme avait comme le cœur ses pulsations, son rythme, ses mouvements alternés d'expansion et de contraction. Est-il surprenant d'observer dans le développement oifianique de notre sainte religion les mêmes phénomènes de diastole et de systole ? Le cœur n'est pas toujours pareil, bien qu'il aoit toujours le même ».
Malheureusement M. Elie Loétmol n'était pas disciple de Hegel. Et il avait apporté à sa réponse une vivacité d'empressement presque contraire à ses habitudes de douceur et de patience.
Il invoqua d'abord l'autorité du grand écrivain juif Salvador pour démontrer que toute Eglise Qnit fatalement par ne se prêter qu'à une destination spéciale et par ne représenter qu'une mission déterminée. L'Eglise qui revendique le titre de catholique ■le pouvait faire exception à cette r^le. M. Loêtmol ïjouta que cette Eglise s'était limitée effectivement, !n ajoutant à son premier titre celui d'apostolique,
prendre la qualité d'un simple facteur Et comme si cette limitation était insuf- ;lise s'était aussi appelée romaine. L'hisdonc vu cette chose contradictoire dans
le catholicisme romain, c'est-à-dire un 3 qui, reniant sa définition même, avait omaine de l'abstraction pour celui des es apparences, mi catholicisme nécessaiiliaé, soumis eux contingences et aux tudes de ce monde.
ique de M. LoStmol, s'aiguisant de plus ' la pierre de l'amertume, relevait sans nule célèbre destinée par les docteurs da concilier ces deux noms apparemment les de catholique et de romain : << Toute imaine est soumise de droit au pontife î sentez-vous pas, disait notre hébralsant, tte prétention est exorbitante. Je me est inoiïensive à force d'invraisemblance.
is indulgents, Monsieur Loëtmol, répon- )le de Hegel, et souvenons-nous qu'après es sont les idées et que les hommes sont s. La réaUté, vous venez d'en confirmer ïst faite pour obéir à la l<^que. Et la a^sez éclatante pour nous dispenser de es récriminations, ivant Hegel, mon cher Monsieur Renold,
Zacharie avait annoncé le terrible châtiré par Dieu aux esprits inquiets qui éner-
OMBRE BT XCMIÏflE St
a religion par l'ardeur de leurs disputes stériles, le aux esprits sceptiques qui brouillent tout et ndent rien. Et la voix de l'abbé Labruyère la les fortes paroles de Zacharie : « Je ne serai 'Otre pasteur, que ce qui doit mourir aille à la ; que ce qui doit être retranché soit retranché i ceux qui demeureront se dévorent les uns les
Dois-je vous rappeler à mon tour. Monsieur i, que Dieu punit aussi ce que Bossuet appelle tmpérance d'une folle curiosité ». Je me gardenc, ajouta Joseph Renold, d'approfondir ici le re d'une aussi terrible prophétie. Les peines ! Ciel peut faire pleuvoir sur ma tête seront urs moins dures que celles que la superstition couler sur le monde. Je parle simplement en ophe, je juge en historien, me bornant à dire i est, à exposer ce que je vois. J'aurais beau r les yeux, la contradiction n'en subsisterait loins entre l'uni versalisme et le romanisme. «t la n^ation de l'autre. Et ceux-là seulement lent tout et ne fondent rien qui prétendent imer toute démarcation entre l'universel et le ulier. Pour une fois encore. Monsieur l'abbé,
■.oeh.,c.U,v.i.
8S (Mbue et LDMifcnE
OBoni voir les choses comme elles sont et il nous plairait de les voir. Vous reoonnal moi que notre catholicisme n'est qu'un < l'univereelieme romain. Nous avom toi Rome des Césars pour réaliser à notre mondiale sur les ruines de œ grand édif)< oui, nous avons tout pris à la Rome pi seulement sa chimère de gouvememenl noQ seulement les cadres d'une centra trancière, non seulement l'esprit et la li peuple, le plus rapace de tous les genret omnium utUitatam rapacissimas, mais basiliques, jusqu'aux accessoires de son ci son eau lustrale dont nous avons fait notre jusqu'aux bfitons de ses augures transfoi crosses épiscopales qui courbent aujo corps à défaut des intelligences.
L'esprit chrétien ne poavait qu'étoufl plis de fer de cet habillement romain. E l'empire chrétien fait songer à ce fracas empires s'écroulant les uns sur les auti dirait Bossuet. Cette romanisation du cli était d'ailleurs inévitable. Elle fut la c logique du mariage de Constantin et de 1 deux époux devaient faire bourse commu] christianisa de son mieux l'Empire et l'Ei nisa aussi de son mieux l'Eglise. Tout b comporte la communauté des biens.
— C'est en effet pour s'être trop coi
OMIIHB KT LITMltoE !*9
e christiaDisme a perdu le eene de 1. Lofitmol.
)lutôt, dit M. Léon Dulien, que l'esde Rome devaient favoriser le déve- 'universalisme chrétien. Qoand on olitique romaine qui offre tant de
qui fut si patiente et si semblable i< 1 dirait une même âme dirigeant à 8 tes destinées de la République dans QOnde ; quand on songe, d'autre part, claire et si précise des jurisconsultes uve d'emblée ta formule applicable DBBibles et ne laisse aucune place à i l'erreur, on ne peut que s'étonner à M. Loëtmol que te sens de l'unité inqué au Ctiristianisme qui voulut
universel des ftmes comme Rome lité politique du monde ancien, et ier à M. Renold de nous expliquer, omment la tangue latine, cette lanivait gêner, au lieu de la favoriser, ia octrine chrétienne.
n'est que trop facile à faire, Monreconnais que la langue latine était 'image de ce peuple romain unîquee l'utilité directe et, par suite, natu-
à n'envisager tes choses que par ue. Je vous accorde encore qu'elle ler un merveilleux instrument de
8t OimiE BT LUMtfcRE
déduction pour pousser un principe trouvé jusqu'à ses derni^^s conséquences. Mais voyez-vous cette langue du mur mitoyen mise au service de la spéculation philosophique et relieuse, le triste vocabulaire de CatoQ, l'éleveur de porcs, traduisant les oracles de ta Divinité ?
Et, pour achever ce sublime travail, voyez-veus venir la pédantesque bande des métaphysiciens scolastiques, la voyez-vous édifier avec sa barbare dialectique le sanctuaire de la Pensée pure dont la lumière doit éclairer le monde? Et ne Bentez-vous pas tout l'odieux de cette profanation de la vérité intégrale par une langue qui, avec son appareil syl- If^tique, fait un peu l'effet d'nne gangue sur les épaules de la Vérité ?
Tenez, Monsieur Dulien, vous allez comprendre toute ma peine si vous voulez bien vous représenter un instant l'auteur des « Erreurs des catholiques français dans le temps présent » écrivant son livre avec la plume des rédacteurs de notre code civil.
— Et votre science éminente de jurisconsulte, ajouta notre hébralsant, vous fera mieux comprendre encore,Monsieur Dulien, l'inutilité pour l'établissement de l'universalisme chrétien, de ce travail laborieux de définitions dogmatiques, classées, cataloguées et imposées toutes au même titre à l'assentimentdes fidèles.Tout se tient en effet, comme dans les codes romains, dans cette œuvre scolastique de subtiles déductions. Si vous en rejetez une seule, si
OMBRE ET LUMifcRB 85
|ue voua soyez devant Dieu, vous renverser e doctrinal tout entier, vous vous exclues e la communion catholique, jez-vousbien, Monaieur Dulien, de nous objec- ; nous ne possédons que des vérités relatives nous ne sommes jamais plus manifestement 'erreur que lorsque nous prétendons définir façon rigoureuse des choses qui dépassent ,demeat humain. Vous ne comprenez pas le ■e de la foi théologique. L'erreur de l'enfant ivaiUait, dans la vision d'Augustin, à vider. L dans un trou creusé au milieu du sable, cette ne peut être mise aujourd'hui qu'au compte ^oriciens de la relativité des connaîssances. /oilà. Monsieur Loétmol, une déduction qui tionneur au génie des jurisconsultes romains. :]ue cependant de sortir de la vérité en pous- 1 principe jusqu'à ses dernières conséquences. B8-nou8 capables de saisir la vérité dans sa réalité divine ? Non certes. Soyons donc indulgents pour les défauts de cet édifice doctrinal élevé à la gloire de l'unité catholique. Il ne faut voir sans doute que des fragments de vérité dans ce laborieux travail de définitions dogmatiques, mais toutes les parties de l'édifice sont solidement cimentées. Et l'on garde, malgré tout, cette impression bienfaisante que la main de Dieu a guidé la main des hommes dans cette construction séculaire.
— Très bien, Monsieur Dulien, dit l'abbé Labni-
86 OMBne et litmièh
yère. Vous exprimeE ici des seoti heureux de partager. C'est avec qu'il faut juger sou âme.
— Je m'empresse d'ajouter, soutenu par cette approbation sy est certainement injuste envers giens en tes accusant d'avoir rédu mules. Mon Dieu, je ne voudrai mérite de ces docteurs. Leurs dé ques ne donnent pas sans doute la tenu égal au contenant ; ce sont p< cations inhabiles et incomplètei malgré tout, l'intelligence de la véi pour ainsi dire à la capacité de no on dose une médecine aux besoini malade. Je ne voudrais pas trop délicate question. La basoche est de philosophie et je me sens tn apporter ici une théorie de la accorde les leçons des vieux théolo gnement de la science moderne. .
que nos apolc^tes contemporaine cer les formules traditionnelles de sous la lumière d'une interprétatic tue est efficacement contrôlée par 1
— Les apologistes dont vous ami, répondit l'abbé Labruyère, n'i peine à reconnaître, avec les vieux l'objet de ta connaissance religiei
lis peut-être auraient-ils quel* admettre que la fonne de cette uae valeur relative, conditionmême si difficile de faire oom- )U3 que « la vérité n'entre paa re cerveau, u qu'elle n'y entre iment, parée que nos percepnais le fond de la réalité et ne lauvre langage qu'une ezpresjate à l'objet ; ouï, un si grand it dépensé pour secouer la pa- 1 nôtres et les habituer à cette irituelle échappera toujours & n'en toute équité on ne saurait liéologiena de la vieille école Svélation d'un dieu Esprit, en 'ont fait, dans le cadre rigourmules prétendues définitives, e tous les modes d'espression.
itB semblent aujourd'hui inautsnce moderne. Mais il fut un it à des esprits moins ouverts sop bique une notion suffisamle la vérité.
>ien que ses formules sont anaa, elle s'en sert plutôt comme lunion que comme de révélali, il lui faut penser, en les prombres de sa communion. Or
beaucoup de simples ne pe' vérité sans danger ». (1)
Voilà, si je ne m'abuse, i tions que proposent nos ap( justifier tout à la fois l'édifîc ments do^atiques du moy< vivante d'une religion qui ch changeant graduellement ei pect sans cesser d'être elle-n
— Cette alliance de la véi théologique, avec la pensée ^ peut-être, Monsieur l'abhé, attendue de ce catholicismi ment duquel s'intéressent ta esprits. Mais, ajouta M. Loëi l'appui que devrait apporte pensable réfonne.
Des siècles et des siècles o théologiens ont fixé le dogm« mature de fer. Et l'Eglise n'a d'une forteresse théologique ■ des savants et des pbilosoph souplirson enseignement. L'a l'a dit très justement, Monsii son qui justifie bien des espi aussi, je crois, il ne faut pas r tant il y a de menaces sur soe
11) Ward : Liftol Wutniut. Il,
assé, observa mélancoliquement L'avenir n'est lui-même si lourd arce qu'il traîne l'héritage du l'homme est un abîme si obscur i! ne sait pas même ce qu'il vouire encore souvent ce qu'il veut.
•je, qui n'est pas moins caché ni li-même qu'aux autres. Et le sounotre philosophe semblait traa paroles de la reine Marguerite, i des heureux : « J'ai porté plus ;nnui commun à toute créature
rit Elie Loëtmol, il y faut, dit-on, 33 tisseurs de haute lice travailries, sans le voir >>. C'est un pâle Mieux vaut s'en contenter que dont la vision nous foudroierait )ur et d'épouvante. La sagesse juvoir de prophétiser.
nsiste aussi, dit M. Renold, avec le son âme lasse, dans l'art de »n. Elle ne permet pas aux cavale que leurs chevaux, elle ne fait :emple, le char de la linguistique