CHAPITRE V
L'association dans l'industrie.
I. Atténuation du régime de la concurrence. — Les industriels s'entendent entre eux. — La réglementation des prix et la régularisation de la production. — Le contrôle du commerce. — La tendance au groupement des entreprises.
IL Les trusts en Amérique. — Les ententes en Angleterre. — Les syndicats en Russie.
III. Les cartels en Allemagne. — Leur multiplication. — Le comptoir central de la vente de l'alcoot. — L'organisation du commerce.
IV. Les ententes en Allemagne dans la banque et l'industrie chimique. — Les usines mixtes. — Les participations. — La corporation. — Les ententes en France.
V. Une nouvelle direction du capitalisme. — Les groupements se généralisent. — Dans toutes les sphères, des ligues et des syndicats. — Conciliation des antagonismes. — Plus de lutte au jour le jour. — Des conventions durables. — Nouveaux caractères de la concurrence. — Les grandes individualités.
VI. Les difficultés de l'association. — L'individualisme en France. — La nouvelle mentalité des patrons allemands.
VII. Les préjugés contre les cartels. — La concurrence subsiste, mais plus d'ordre dans la production. — Les correctifs naturels. — La variété des cartels. — Comment ils s'adaptent aux réalités.
VIII. Un nouveau pas en avant des cartels. — Leur concentration. — L'ofiBice des cartels. — L'organisation nationale de la production en Allemagne.
iO
Le trait le plus nouveau et le plus profond du mouvement économique auquel nous assistons depuis trente ans est la tendance des diverses branches de production à sortir d'un état d'émiettement ou de morcellement pour entrer dans une phase d'organisation. Autrefois les chefs d'entreprises étaient en guerre les uns avec les autres, maintenant ils se rapprochent et concluent des ententes ou des alliances ou forment ensemble des associations^ des cartels, des trusts ou des syndicats.
On sait que ce mouvement a pris naissance dans la grande industrie qui ne peut s'accommoder du régime de la libre concurrence, parce qu'elle réclame une certaine stabilité de conditions, mais la tendance à l'union se généralise, elle gagne peu à peu toutes les sphères de la production et devient pour qui prend la peine d'observer le levier de transformation le plus puissant de notre temps.
Qui l'aurait cru? On tenait jusqu'ici pour certain que le ressort du progrès consistait dans l'isolement du patron» obligé de lutter continuellement
L'ASSOaATlOI) DANS l'iNDUSTRIE 111
avec ses concurrents sur le terrain du prix de revient, et Ton voit aujourd'hui la production prendre sa plus étonnante extension sous un régime où les patrons d'une même industrie cessent de se combattre pour résoudre leurs difficultés en commun.
A première vue, cette coalition des chefs d'entreprises apparaît comme un danger pour la col' lectivité contre laquelle on a l'impression qu'elle est dirigée, mais les faits sont là pour montrer que cette manière de voir est superficielle. Une institution qui continue à grandir et à se fortifier à travers les années malgré les critiques sans nombre dont elle est l'objet en raison des abus qu'elle commet a bien des chances de répondre à des nécessités nouvelles du système de production et de représenter par suite un progrès durable.
Le législateur qui aurait eu la divination d'apercevoir Teffréné débordement d'escroqueries et de malversations auquel devait donner lieu la constitution des sociétés par actions eût été tenté vraisemblablement d'étouffer dès sa naissance ce nouveau mode de groupement. S'il l'avait fait cependant, il se serait trompé bien lourdement, puisque les événements ont montré que nous devons à la
facilité de grouper les petits capitaux à peu près tout le développement de Tiudustrie moderne. On ne parle plus aujourd'hui de supprimer les sociétés par actions, mais de les surveiller et de les perfectionner, de manière à conserver leurs avantages en éliminant leurs eiFets nuisibles et la question ne se pose pas autrement pour les trusts, cartels ou autres formes nouvelles que revêt l'association des producteurs.
Ce n'est pas formuler une objection sérieuse à l'égard de ces constitutions que de rattacher leur création à des mobiles égoïstes, en constatant que les industriels ont pour but en se groupant de diminuer leurs risques ou d'élever leur profit. Nous savons bien qu'aucun progrès ne peut se réaliser autrement dans l'ordre économique où les évolutions les plus conformes à Tintérêt général ont toujours pour instruments des intérêts particuliers.
Le groupement des producteurs peut avoir deux buts distincts qui ne doivent pas être confondus, parce qu'il est rare qu'ils soient poursuivis en même temps par les mêmes associations, si l'on excepte le cas où l'industrie tout entière est monolisée par une seule entreprise.
Le premier de ces buts est l'organisation com-
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merciale, c^est-à-dire là réglementation des prix de vente qui deviennent obligatoires pour toute la profession et parallèlement la régularisation de la production, sa limitation oiï son extension. Il est naturel que toutes les ujsines associées soient mieux à même d'apprécier la capacité d'absorption du marché que des entreprises isolées qui ne possèdent pas de données d'ensemble et travaillent à l'aveuglette.
Il est à noter aussi qu'il est à peu près impossible au producteur individuel de réduire sa fabrication dans les temps difficiles, parce qu'il n^a pas la garantie que ses concurrents l'imiteront et craint avec raison d'être dupe de sa sagesse. L'entente est donc nécessaire pour éviter les crises dangereuses auxquelles aboutit forcément une production anarchique.
Le résultat est très important pour l'industrie qui voit disparaître ou s'atténuer considérablement, son principal aléa, Tinstabilité des prix et la trop grande irrégidarité des débouchés et qui trouve aussi plus facilement les capitaux dont elle a besoin pour se développer, parce qu'elle offre une plus grande sécurité. Dans la mesure où cette adaptation des prix et de la production s'opère avec un
sentiment juste des réalités, elle ne constitue pas un progrès moins précieux pour Tacheteur, le consommateur et la société tout entière auxquels elle épargne la multitude des ruines individuelles qui résultent de la libre concurrence et sèment un dégoût de Taction, dont les effets se prolongent et rendent souvent difficile le réveil de l'esprit d'initiative.
Voici maintenant Tun des côtés les plus curieux de révolution moderne : la constitution du commerce actuel est démodée, puisqu'elle répond encore aux conditions de Fancien système où le producteur était isolé et privé de toute lumière sur le rapport de l'offre et de la demande et par conséquent sur la valeur de sa marchandise.
II était alors de l'intérêt du marchand d'exciter la concurrence des fabricants : il en profitait pour s'approvisionner à bon compte dans les moments de surproduction. Quand venait ensuite la période de hausse, le marchand écoulait sa marchandise à de hauts prix et son intérêt était d'acheter le moins possible au producteur qui tirait ainsi très peu parti des circonstances favorables. Etre commerçant, cela voulait dire autrefois et cela veut dire encore, isavoir tromper son vendeur.
Regardé par les lunettes du producteur, le marchand apparaissait comme un vil exploiteur. A la vérité, c'était un spéculateur, il gagnait souvent gros, mais son profit était la contre-partie du risque réel auquel il s'exposait en achetant des marchandises dont il n'avait pas immédiatement l'écoulement.
Economiquement^ le commerce a été jusqu'ici la soupape de la production, mais sa fonction régulatrice n'a plus de raison d'être, si l'industrie entreprend elle-même de stabiliser ses prix et d'adapter sa fabrication aux besoins. Le risque ayant disparu, le bénéfice qui lui correspond n'a plus sa justification. De ce côté, l'industrie éprouve une très grosse marge qu'elle peut s'approprier, en réglant elle-même la vente de sa production. C'est la révolution qui s'opère partout où il y a des cartels entièrement organisés et nous verrons en Allemagne les producteurs ramener le commerçant au rôle d'agent ou d'employé et réglementer la vente de leurs produits jusqu'aux consommateurs.
La lutte des producteurs contre les marchands est le grand fait moderne, parce que le mode de circulation des marchandises ne correspond plus aux nouvelles conditions industrielles. Il
suffit d^ouvrir les yeux pour constater que cette distribution s'opère chez nous de la manière la plus coûteuse, puisqu'elle nécessite l'intervention d'un nombre infini d'intermédiaires dont l'entretien n'est pas sans contribuer beaucoup au renchérissement de la vie.
En dehors de cette tendance à l'entente entre les membres d'une même industrie qui a pour but de régulariser les prix et la production, mais qui respecte l'indépendance des producteurs sur tous les autres points, il y a le mouvement que les socialistes appellent la concentration et qui consistent dans la fusion des entreprises ou dans leur groupement sous une même direction. Il s'opère BOUS les formes les plus variées allant de la simple entente sur distribution de bénéfices à l'amalgamation complète et l'on trouve dans les pays à régime de production développé des entrelacements d'intérêts véritablement vertigineux.
11 y a lieu d'observer que ces agglomérations ne correspondent pas nécessairement à l'accumulation de richesses énormes entre les mains de quelques individus — il s'agit souvent de sociétés dont les titres appartiennent pour la plupart au public — mais représentent plutôt une concentration d'ordre
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technique, par laquelle il est possible aux entreprises de diminuer leurs frais de production, de réclame, de transport, d'administration et d'élever ainsi leur capacité de concurrence à Tintérieur et à Tétranger.
Il y a là un ensemble de faits dont nous devons parler un peu plus longuement, non pour en rendre compte — un volume n'y su£Q.rait pas — mais pour faire voir que le régime moderne marche vers une certaine forme d'organisation à laquelle nous sommes tenus de nous plier avec notre génie propre, si nous voulons jouer un rôle dans le concert humain.
La tendance à Tunion des entreprises se manifeste aux Etats-Unis sous une forme qu'il serait impossible d'acclimater dans nos pays d'Europe et qui se rattache aux conditions spéciales qui font encore en ce moment des Américains un peuple de colons : grand territoire, pourvu de ressources naturelles,, offrant un champ immense aux activités, nation jeune, sans préjugés, que n'arrête aucune tradition, énergie rude, sans sensibilité, sacrifiant tout au progrès, audace croissante développée par le perpé-
tuel succès, milieu mouvant, chaHgeant, qui se transforme si rapidement que Ton y accepte tout sans s'étonner....
Prenons un exemple. La Standard Oil contrôle 90 pour 100 de la production du pétrole eji Amérique; elle a un capital de 500 millions; elle dirige 63 entreprises dans le pays et de nombreuses sociétés à l'étranger, elle possède en toute propriété ses chemins de fer, ses conduites, ses bateaux; elle a aussi à l'étranger ses raffineries, ses réservoirs, ses wagons; elle fabrique elle-même ses bidons, ses pompes, ses appareils, etc. ; elle a organisé l'écoulement de ses produits dans toutes les parties du monde et fixe dans chaque pays les prix de gros et détail par une entente avec ses concurrents russes et roumains qui sont aussi groupés en cartel.
Ce n'est pas tout : elle a de gros intérêts dans le « trust de l'acier » dont nous disons un mot plus loin ; possédant la majorité des actions de l'Almalgamated Copper Company, elle contrôle en Amérique la plus grande partie de la production du cuivre; par l'entremise de l'American Smelting Company elle influe aussi sur les cours du zinc et du plomb; elle a la main-mise enfin sur une foule d'autres entreprises, grands chemins de fer»
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tramways, sociétés d'électricité, de gaz, d'eau, banques, etc.
Le « trust de l'acier » groupe une quinzaine de sociétés métallurgiques représentant environ 60 pour 1 00 de la production du métal et 70 pour 1 00 de celles des pointes et des fils laminés en Amérique, il n'a donc pas un monopole mais une prédominance, il possède 5.000 kilomètres de voies ferrées, SO.OOO wagons et plus de 1.000 locomotives, sa flotte comprend 200 bateaux, son capital est de 7 milliards et demi de francs, etc.
L^Américan Tobacco contrôle une douzaine d'importantes sociétés qui sont elles-mêmes des chefs de fîle d'autres entreprises. L'actif de ces diverses corporations est estimé à plus de 2 milliards, etc.
Il ne faut pas songer à rendre compte du mouvement de fusions, d'agglomérations, d'alliances et de groupements entre les diverses entreprises qui, transforme si rapidement rindustrie américaine. Ce n'est pas non plus le moment d'étudier les procédés douteux au moyen desquels ces trusts se sont souvent constitués^ mais il importe de rectifier des préjugés qui régnent à leur sujet.
On croit volontiers dans les milieux populaires que certains Américains possèdent à eux seuls,
rindustrie du pétrole, de Tacier, des alcools, du sucre, etc., alors qu'ils les dirigent en réalité pour le compte de nombreux intéressés dont ils sont les gérants. Pour un capital-actions de 4 milliards 343 millions, le trust de Facier comptait en 1910, 115.000 associés ou 37.764 francs par actionnaire, et le nombre de ses participants tend à augmenter. Il en est de même de toutes les grosses entreprises américaines^ elles fonctionnent avec l'argent du public.
Et s'il est vrai que leur création trouve un stimulant dans Tagiotage, elle n*en répond pas moins à des progrès évidents.
Par rabaissement de son coût de production, le trust de l'acier est arrivé à transformer la fonte au prix de 20 fr. 75 à Pittsburg, alors que cette opération coûtait 36 fr. 25 dans les autres centres.
La fameuse Standard Oil n'a pas pour objet, réellement, d'accaparer les sources de pétrole, elle est une entreprise de raffinerie et son métier consiste à acheter aux nombreux producteurs indépendants (on en comptait 1.700 au moment de la grande enquête industrielle de 1902), llmile qu'ils retirent de leurs puits pétrolifères. Grâce aux canalisations qu'elle établit, la compagnie peut payer
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des prix plus avantageux aux industriels que les preneurs qui transportent la marchandise par le bateau ou le chemin de fer. Sous leur apparence individuelle, ces trusts américains sont donc au fond:des groupements de producteurs.
Passons rapidement. En Angleterre, où la législation et les préjugés sont attachés à l'idée de la libre concurrence, la nécessité n'en laisse pas moins tolérer un système d'ententes dans l'industrie de la houille, du fer, des chemins de fer, des tissus, de la porcelaine, des industries chimiques, de la librairie, des assurances^ etc., et même un régime de monopole dans les industries du sel, de la soude, de la teinturerie de laine, de l'impression sur étoffes, du ciment, des tapis, etc., mais comme aux Etats-Unis, la tendance au groupement des entreprises prend sa plus grande extension chez nos alliés sous la forme des fusions et des combinaisons qui concentrent la direction des usines en quelques mains.
Parlons maintenant d^un grand pays ami que
nous avons tenu longtemps pour un peu arriéré et
qui cependant s'industrialise, en adoptant les
méthodes les plus modernes.
En Russie, la métallurgie a été sauyée dans sa
122 VERS LA DiMOCRATIE ROUTELLB
grande crise de snrprodaction en 1902 par la création du Syndicat Prodaméta qni centralisa la vente des tôles, puis des poutrelles, des traverses, des bandages de roue, des essieux, des fers en barre, des profilés et des tuyaux de plomb, pour la plupart des usines. Une autre société appelée Prodougol vend 60 pour 100 du charbon que produit la région du Donetz.
11 y a des syndicats aussi en Russie pour les iôles de toiture, et en fer-blanc, les tuyaux en fer,
les rails, les fontes spéciales, les wagons, les lo-
comotives, les fourches, les fils de fer, etc. Il y a de même des ententes pour les minerais de fer, le manganèse, le cuivre, le platine, le naphte, il y en a aussi pour le ciment, la chaux, le plâtre, les briques, les glaces, le verre, les lampes, les meubles ; il y en a encore dans l'industrie textile pour le lin, le coton, les objets en laine, la jute^ les sacs, les fils, les boutons, dans Talimentation pour le sel, le sucre, les conserves, le vinaigre, etc., et enfin pour les machines agricoles, les brasseries, les tanneries, les allumettes, les bougies, riadustrie électrique, Tacide sulfurique, les sulfates, les couleurs, les colles, les amidons, la papeterie, etc.
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Tous ces groupements ont un caractère national, ou régional, selon les cas. Leur existence a été révélée par une enquête officielle en 1911. D'une manière générale, leur cohésion est faible et leur action peu efficace, ils n^en sont pas moins très significatifs, en tant qu'ils témoignent de la tendance à Tunion qui s'introduit peu à peu dans toutes les branches de la production et qui prépare Tavènement d'un monde économique apparemment très différent de l'ancien.
C'est en Allemagne que l'organisation industrielle atteint son plus haut développement et l'on trouve dans ce pays un système d^associations généralisé qui tend à régir la production ou les prix de toutes les marchandises, à l'exception de certains articles échappant par leur nature à la réglementation, tels que les articles de fantaisie, les objets artistiques, etc....
Les cartels ne portent pas seulement sur les produits de grande consommation comme le charbon, le fer, le plomb, le zinc^ le cuivre, la chaux, le seL la bière, le papier, les allumettes, etc., mais
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sur les produits spéciaux comme les produits chimiques, les livres, les lampes, les wagons et locomotives, les plmneaux à épousseter, les aig^uilles, les boutons à pression, les mannequins de devanture, etc., et ceux qui sont fabriqués par de nombreux producteurs comme le ciment, le sucre, le savon, l'alcool, etc.
Lliistoire d'une de ces associations nous renseigne sur le régime allemand. En 1874, les distillateurs agricoles chargent de la défense de leurs intérêts les professeurs Maerker, de Halle-sur-Saale, et Delbruck, de Berlin — observez le rôle que jouent les hommes de science dans cette organisation industrielle; de 1874 à 1882, ces savants assument la haute direction des industries agricoles de la brasserie, de la fabrication des levures pressées, de Tamidon, de la vinaigrerie, etc. Un nouveau stade est le suivant : sans toucher à Findépendance de ces syndicats, les mêmes savants les groupent en une seule association plus vaste en leur donnant pour trait d'union un « Institut des fermentations » qui a pour objet l'avancement de l'industrie agricole et son enseignement. Cet institut, qui possède des laboratoires^ des salles d'études, des amphithéâtres, des serres, une bras*
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série, une fabrique de fécule, une vinaigrerie, etc^ coûte environ 9 millions de francs à établir.
En 1899, le professeur Wittelshoefer décide lesdistillateurs allemands, au nombre de quatre mille,, à vendre leur alcool en commun. A cet effet, il est créé un syndicat spécial appelé Comptoir central qui entreprend de raffiner Talcool et de l'écouler au moyen d'une gigantesque organisation. Ce comptoir unifie le prix de Talcool sur tout le territoire allemand, en passant des contrats avec 30.000 débitants. On peut juger de l'ampleur qu'il est appelé à donner à ses services administratifs, pour répartir un produit d^aussi grande consommation entre d'innombrables détaillants. Le comptoir prend pour ligne de conduite de vendre plus cher l'alcool de bouche et meilleur marché l'alcool industriel, dont il s'efforce de vulgariser l'usage en^ faisant établir des modèles perfectionnés de lampes^ de réchauds et de moteurs fonctionnant avec le nouveau combustible, en procédant luimême aux expériences nécessaires pour les mettre au point, en se livrant à des démarches auprès des* administrations publiques et privées, en installant de beaux magasins pour la vente de ses appareils» dans les grandes villes, etc.
Résultat : nos ennemis possèdent une industrie de Falcool que nous n'avons pas en France, parce qu'il n'a jamais été possible chez nous de grouper les producteurs, tant en raison de Tindifférence de notre Etat, de Tabstention de nos hommes de science que de la mentalité de nos capitalistes.
Ce qui est particulier à TAUemagne, c'est que les cartels n'y sont pas comme ailleurs des institutions éparses, mais constituent autant par leur nombre que par la manière dont ils fonctionnent un commencement d'organisation de la production dans son ensemble dont il n'y avait le pendant dans aucun autre pays avant la guerre.
Les cartels de matières premières exerçaient une action sur les manufacturiers, transformateurs ou finisseurs. Ceux-ci ont donc été amenés à se constituer à leur tour en associations professionnelles ou cartels, autant pour résister aux prétentions de leurs vendeurs, en se groupant comme acheteurs, que pour repasser la pression qu'ils pouvaient subir... à leurs clients. Après avoir traversé des périodes de luttes, ces cartels opposés ont fini souvent par s'entendre et même par s*allier sur la base de l'exclusivité commerciale qui est l'arme des groupements de producteurs par excellence et
l'association dans l'industrie 127
par laquelle les membres de chaque union s'engagent à ne conclure d'affaires qu'avec ceux du syndicat adverse. De telles alliances existent par exemple entre le cartel des usines de gaz et celui des fabricants de lampes^ etc.
Mais la pression des cartels s'est exercée princi* paiement sur le commerce dont il s'agissait de diminuer les bénéfices et de limiter la puissance. D'abord le gros négoce a été atteint et l'on s'est efforcé de le faire disparaître comme un intermédiaire inutile ou, quand on Ta gardé, on a réduit son rôle à celui d'un entrepositaire et réglementé son bénéfice. Quant au commerce en général, les producteurs qui avaient été jusque-là ses vassaux sont devenus ses souverains et lui ont dicté leurs conditions. Pour montrer à quel point la situation a changé en leur faveur, il suffit de mentionner que les cartels allemands obligent le commerce à prendre les marchandises commandées à tout moment, alors qu'ils n'acceptent pour eux-mêmes aucun délai de livraison.
La tactique des producteurs organisés à Fégard du commerce varie selon la nature de l'industrie, la puissance des cartels et les conditions du marché. Quand les cartels sont incontestablement
les maîtres, ils fixent les prix de vente jusqu'à la consommation, ils opèrent ainsi pour le pétrole, la potasse, Talcool, etc., ou bien ils imposent aux marchands une réglementation stricte, comme c^est le cas pour la houille ou le fer. Pour que les commerçants ne relftchent pas, ils ne les mettent pas tous sur le même pied, mais leur accordent des rabais qui varient selon Timportance de leurs achats. Les cartels ont d'autres moyens d'action sur les commerçants : ils édictent des peines à l'égard de ceux qui vendent à des prix trop élevés, ils approvisionnent directement les gros consommateurs, etc.
Le cartel du charbon a organisé le commerce de la manière suivante dans l'Allemagne du Sud : au premier rang, il a favorisé la création d'une société de gros commerçants au capital de 16 millions; au-dessous de cette société fonctionne un groupe de commerçants en demi-gros et de détaillants reliés les uns aux autres par des accords divers.
Dans le commerce des traverses, on distingue des négociants en gros qui reçoivent une prime de 3 fr. 10 par tonne du syndicat, puis un second groupe de commerçants qui encaissent 2 fr. 50 et enfin des unions de détaillants auxquels il est
L^ÂSSOCIATION DAMS L'iNDUStRIE 129
alloué fr. 60, toute Torganisation fonctionnant sous le contrôle du cartel du fer allemand.
Il s^en faut cependant que les commerçants se laissent faire la loi par les producteurs sans réagir et Ton ne saurait les en blâmer, car il est dans la nature de l'homme d'abuser de son pouvoir, quand il n'est pas arrêté par une résistance. Placés devant des prétentions s^ûuvent excessives^ les commerçants eux aussi se sont organisés en cartels et ont constitué des unions d'achat au moyen desquelles ils se défendent contre les fabricants et souvent avec succès, notamment dans le commerce des tapis, du verre, de la porcelaine, des matériaux de construction^ des produits de l'industrie textile, etc.
Ces unions d'achats se développent rapidement; les plus puissantes sont les unions des marchands de chaussures, de verreries et de porcelaine, des pharmaciens, des marchands de bas, des détaillants de l'industrie textile, des passementiers, des droguistes, des marchands de denrées coloniales, de comestibles, etc. Il se crée d'autre part des trusts du commerce de détail qui fonctionnent à la manière d'une société exploitant en commun et répartissant entre leurs membres au prorata les bénéfices.
130 y BUS LA DÉMOCRATIE NOUVELLE
Si Ton tient compte aussi da mouvement qui porte les agriculteurs à s'unir en sociétés de vente pour réglementer l'écoulement de leurs produits sur des marchés déterminés, on voit qu'il n'est pas exagéré de prétendre que l'esprit d'association guidé par la science devient la base la plus puissante et la plus moderne de la production.
A côté des cartels qui doivent réunir environ 90 pour 100 des producteurs pour être eflScaces, on assiste à d'innombrables rapprochements entre les entreprises particulières qui s'efforcent de sortir de leur état d'isolement pour constituer des grou* pements en concluant des alliances ou bien en fusionnant les imes avec les autres, dans le but d'étendre leurs moyens d'action ou de se fortifier contre la concurrence. Sur le terrain économique, la vérité dominante à Theure actuelle est que l'union fait la force.
Ces ententes peuvent prendre la forme de simples conventions, comme dans le cas des usines de produits chimiques et de matières colorantes. Les fabriques de couleurs d'Elberfeld, la Badische Anilin et la société anonyme pour la fabrication de
l'aniline travaillent en commun et répartissent les bénéfices entre elles d'après une proportion déterminée. Ces mariages d'entreprises sont très fréquents en Allemagne.
Avant la guerre la Deutsche Bank représentait dix-sept banques associées, la Dresdener Bank et le Schaafhausenscher Verein treize banques, la Disconto Gesellschaft huit banques, la Bank fur Handel und Industrie six banques. La première contrôlait un capital de 4 milliards 200 millions de francs, la seconde de 2 milliards 700 millions, la troisième de 2 milliards 300 millions, la quatrième de 1 milliard 200 millions.
Un mouvement très important, à dire vrai le plus moderne de tous, est celui qui porte les entreprises à sortir de la spécialisation pour embrasser divers stades de fabrication qui constituaient jusque4à des industrie séparées. Les fonderies s'annexent des mines pour ne pas dépendre du syndicat du charbon, les aciéries, les lamineries les fabriques de machines s'annexent des hautsfourneaux pour ne pas être à la merci du syndicat du fer brut. La grande usine de locomotives Hendschel und Sohn de Cassel a sa fonderie et sa mine de houille, etc....
Il se crée ainsi des entreprises métallurgiques de dimensions immenses qui produisent leur houille et leur minerai de fer, fabriquent leur fonte et leur acier, et les transforment en rails, poutres, tuyaux, matériel de construction, ponts^ machines diverses, etc., englobant, tout le cycle de leur industrie depuis Textraction du combustible et de la matière première jusqu'à l'achèvement du produit fini. Ainsi font la maison Krupp (capital 300 millions), la Compagnie de Gelsenkirchen (capital 315 millions), la Compagnie Phénix (capital 138 millions), la maison Thyssen, etc.
Ces organismes colossaux qui se suffisent à euxmêmes constituent pour ainsi dire des mondes à part dans la production. Si le désir de ne pas être à la merci des cartels ou d'obtenir de ces derniers un traitement privilégié a joué un rôle dans leur création, celle-ci se rattache surtout aux économies qu'il a été possible de réaliser en groupant des opérations qu'il coûtait plus cher d'exécuter isolément, et dans la métallurgie elle doit notamment son extension au procédé nouveau qui permet de récupérer les gaz sortant des hauts-fourneaux et de s'en servir pour alimenter des moteurs et faire fonctionner un matériel mécanique pour ainsi dire
LASSOQATION DANS L INDUSTRIE 13$
gratuitement. Pour montrer la portée de cette application, mentionnons que d'après M. Thyssen un haut-fourneau de 200 tonnes donne une force de 7.000 chevaux en vingt-quatre heures. Tout en prêtant leur concours aux cartels dans des conditions spéciales, ces grosses sociétés tendent naturel» lement à s'entendre aussi sur le terrain de leursintérêts communs.
Une autre forme de l'union des entreprises est la participation par laquelle une société acquiert une fraction du capital d'une autre et peut de cette manière exercer une influence ou même assumer entièrement sa direction. Nulle part cet enchevê* trement d'intérêts n'a été poussé plus loin que dans l'industrie électrique allemande, où Ton voit des sociétés comme l'AUgemeine Elektricitâts- Gesellschaft, qui dispose d'un capital de 450 millions de francs, s'annexer une foule d'entreprise» dont l'objet se rattache plus ou moins directement à son métier : fabriques de gomme, de machines, d'aluminium^ de produits chimiques, de câbles, de fil de fer^ de cuivre, etc., usines qui sont ellesmêmes en rapport avec d'autres et dont l'ensemble forme une trame étendue que l'on n'aperçoit pas
à l'œil nu.
Dans un ordre d'idées un peut différent, mais qui témoigne aussi du progrès que fait Tesprit d'association» on ne peut passer sous silence l'extension du régime coopératif allemand qui groupait avant la guerre, d'après M. Charles Gide, 2.355 sociétés comptant près de 2 millions de membres, avec 650 millions de francs de ventes annuelles. Ces sociétés tendent, elles aussi, à se concentrer et à fusionner les unes avec les autres, de manière à dévelo^er leur puissance et à s'orienter de plus en plus résolument vers la production des. marchandises qu^elles consomment au moyen d'usines leur appartenant en propre.
Cependant il convient d'avoir présent à l'esprit que ce mouvement d'unions en producteurs n'est pas particulier à l'Allemagne. Nous avons vu qu'il existait aux Etats-Unis, en Angleterre, en Russie; on le retrouve aussi sous une forme accentuée en Autriche-Hongrie et en Belgique, et pour des produits déterminés en Italie, en Espagne, daniâ les Etats Scandinaves, en Suisse, en Roumanie, en Bulgarie, en Egypte, au Japon, en Turquie, en République Argentine, au Brésil, au Chili^ au Mexique, etc.
Enfin nous avons le même mouvement en France
i^'assocUtion dans l'industrie 135
dans certaines industries. Le Comptoir Métallurgique de Longwy est l'organisme par lequel nos sociétés de Meurthe-et-Moselle vendent la fonte brute qu'elles ne transforment pas elles-mêmes. Les services que cette institution a rendus en vulgarisant remploi de nos fontes lorraines sont connus.
Nous avons aussi le Comptoir des Poutrelles s'étendant sur toute la France et groupant dix-neuf établissements, le comptoir des tubes^ des essieux, des ressorts de carrosserie, etc. y le cartel des raf&neurs de sucre, des raffineurs de pétrole, le monopole des glaces^ de la soude, de l'acide sulfurique, les cartels de la navigation, le cartel des grands établissements de crédit, etc.
Il serait curieux de montrer, si cela ne devait pas nous mener trop loin, comment à la suite des obstacles apportés de tous côtés à l'initiative, nous avons eu dans notre pays les mauvais efifets des cartels et presque pas les bons.
Le mouvement qui porte nos agriculteurs à se grouper en syndicats et nos petits commerçants à s'entendre pour opérer leurs achats est encore bien insuffisant, mais il existe un peu partout à l'état de velléité et nous sommes intimement persuadé que sous l'influence d'une évolution qui s'impose à
tous les peuples et que les événements vont précipiter chez nous, disons aussi, devant la nécessité où nous allons être de ne pas rester en arrière d'un voisin fortement organisé, notre individualisme vieillot va sauter pour faire place au régime d'union que réclament nos intérêts communs.
Aussi longtemps que le capitalisme n'avait pas dépassé la période de l'extrême jeunesse, il était impossible de prévoir les formes qu'il allait prendre au cours de son développement ultérieur et l'imagination pouvait se donner libre carrière dans le domaine des théories logiques ou des constructions audacieuses, mais ces temps sont passés : à mesure que le système a grandi, son profil est sorti peu à peu de la pénombre et la courbe de son mouvement a commencé à s'inscrire en traits si clairs que le champ des hypothèses économiques s'est singulièrement rétréci.
La rapide progression dont les principaux pays du monde ont été l'objet pendant les vingt dernières années a mis à notre disposition une masse importante de matériaux et d'observations qui nous
LASSOaATlON DANS L INDUSTRIE 137
renseignent parfaitement sur la direction des faits. Cette direction, nous la voyons s'affirmer depuis longtemps d^une manière régulière, nous sommes donc certains qu'elle va continuer à s^accentuer pendant un temps assez long et nous pouvons ainsi déterminer Torientation que nous avons à suivre pour marcher avec le progrès. Essayons, en restant sur le terrain des réalités, de dégager les grands traits du régime nouveau qui s'élabore.
Le progrès du machinisme qui permet d'élever rapidement la fabrication au delà des besoins, l'extension des moyens de transport qui élargit le champ des rivalités commerciales et le développement du marché mondial par lequel les pays sont devenus économiquement « communicants »
rendent intenable la situation du producteur isolé : celui-ci cherche donc à s'associer avec les autres membres de sa profession.
Cette tendance se manifeste d'abord dans les industries où elle rencontre le moins de difficultés, par exemple dans l'extraction minière où les principaux gisements sont détenus par quelques sociétés. Ainsi se forment les syndicats du charbon, du fer, etc.... Cependant il est facile de comprendre qu'une industrie formant bloc possède sur ses
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clients dispersés une supériorité dont die est tentée d^abnser. Ces clients tendent donc à se réunir à lenr tour autant pour se défendre contre leurs vendeurs que pour repasser à leurs acheteurs la majoration qu'ils peuvent subir et nous avons ainsi les syndicats des manufacturiers. De la même manièrei les marchands se trouvent en état d'infériorité, d'autant plus qu'ils sont réellement attaqués; ils sont portés à se grouper de leur côté en syndicats de commerçants, de gros, de détail, etc. Les ouvriers, qui ont été d'ailleurs les premiers à se constituer en organisation, parce qu'ils étaient les plus faibles, vont défendre collectivement leurs intérêts contre les cartels. Les agriculteurs sentiront aussi la nécessité de s\mir pour acheter leurs engrais, leurs machines, etc. et vendre leurs produits. Les consommateurs formeront des ligues d'acheteurs en entrant dans les coopératives, etc. Peu à peu nous voyons donc s'établir un état de choses où la concurrence individuelle des producteurs tend à disparaître pour faire place à la concurrence collective des professions.
Les antagonismes ne sont pas moins intenses, au contraire ils le sont davantage, parce que les in té* rets sont perçus d'une manière plus claire et plus
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aiguë, quand ils sont groupés, mais ils ne s'opposent plus les uns aux autres dans un désordre aveugle et brutal, comme c'était le cas autrefois^ ils tendent au contraire à se combattre scientifiquement, ils ne sont plus permanents, ils ne se résolvent plus dans ces luttes de tous les jours qui ne laissaient aux producteurs ni répit ni sécurité pour travailler, ils donnent lieu au contraire à des arrangements d'une certaine durée dont le renouvellement peut être laborieux et déterminer une reprise des hostilités provisoire entre les producteurs, mais qui laissent subsister à travers des conflits toujours renaissants de longues périodes de trêve pendant lesquelles il est possible aux industriels et aux commerçants de poursuivre leur exploitation dans une atmosphère d'ordre et de stabilité.
Par ce système, où du haut en bas de l'échelle sociale on voit tous les intérêts de même nature se grouper en associations qui se font les unes aux autres contrepoids, la guerre économique modifie profondément ses caractères : d'individuelle et de continue, elle devient collective et intermittente, et l'ensemble de la production fait un pas énorme, en passant de Tétat anarchique à celui de l'organisation.
Ce facteur est peut être le plus importaut de tous ceux qui ont contribué au développement économique allemand, parce qu'il n'y a pas de lutte possible entre une production disciplinée^ systématisée, obéissant à des directions conscientes et celle qui représente le type inverse et dans laquelle les entrepreneurs se jalousent et tirent chacun de leur côté sans mettre en commun leurs moyens d^action. Les associations sont toujours entre les mains de quelques personnes qui les inspirent et qui sont ou les plus actives ou les plus compétentes ou celles qui comprennent le mieux les intérêts de leur profession. Ces personnes étant en petit nombre entrent facilement en rapport les unes avec les autres. 11 est donc possible par leur entremise de faire converger les efforts de la production vers un certain but dé manière à poursuivre la réalisation d'un plan exigeant une action coordonnée et continue.
Ces individualités s'appelaient avant la guerre : Balin, le président de la Hamburg-Amerika, Platté» de l'industrie du coton, Siemens, de l'industrie électrique, Helfferich^ le financier de la Deutsche Bank, Kirdoff, du syndicat des houillères, Thyssen, de l'industrie du fer, etc. Il est notoire que
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Fempereur était renseigné par elles sur les besoins de l'industrie allemande dont il servait les intérêts avec les moyens puissants qu'il avait à sa disposition.
L'existence des cartels a eu pour résultat de développer la tactique commerciale appelée dumping et qui consiste, comme on sait, à déverser sur les marchés étrangers des marchandises à bas prix. La vérité force à dire que ce moyen n'est pas d^origine allemande, mais américaine, et que les métallurgistes de tous les pays en font usage dans les moments de surproduction, parce qu'ils ne peuvent éteindre leurs hauts«*fourneaux qui doivent rester allumés, sous peine de détérioration, pendant une dizaine d'années sans interruption.
Mais les cartels allemands ont généralisé la tactique du dumping en l'étendant aux produits manufacturés ; leur système consiste à élever les prix à l'intérieur pour vendre meilleur marché à l'étranger; ils se font forts d'exporter de cette manière, de quelque droit qu^on les frappe ; il leur suf&ra, disent-ils, de faire monter les prix allemands d'un ou de plusieurs crans pour compenser toutes les taxes dont on voudra grever leurs produits.
On s'est trop empressé de déclarer que ce moyen
n'est pas conforme à Tintérêt bien compris et se retourne contre celui qui l'emploie. Les faits ne sont pas là pour le prouver. Exporter au prix de revient en cas de surproduction est une bonne affaire pour le pays qui fait vivre ainsi sa population ouvrière, dont les salaires sont versés dans la circulation générale, alimentant toutes les autres branches de l'activité industrielle, commerciale et agricole. (C'est un point de vue qu'on oublie toujours chez nous). Exporter avec une certaine perte est même plus avantageux pour une grande industrie que de s*arréter, parce que travaillant en pleine activité, elle peut « se retrouver » finalement en améliorant ses procédés et en diminuant son prix de revient. Cette tactique est donc éminemment dangereuse et Ton peut être assuré que l'Allemagne la poursuivra sur une grande échelle. Disons même qu'elle ne peut faire autrement, puisqu'elle possède im grand outillage qui doit marcher intensivement pour produire à bon compte.
L'organisation de l'industrie allemande, sa cohésion, sa concentration et son entente étroite avec le gouvernement constituent un système qui s'est consolidé pendant la guerre et qui va se renforcer
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encore pour des raisons évidentes pendant la paix. Les renseignements qu'on publie dans les journaux allemands et qui nous montrent toute l'industrie chimique de nos ennemis coalisée dans une seide entreprise et leur Etat s^improvisant acheteur de toutes les matières premières dont leurs usines auront un si grand besoin, une fois la paix con* due. sont de nature à nous donner im avant-goût de la discipline avec laquelle ils se préparent à reprendre contre nous la guerre économique. Puissions-nous comprendre à notre tour la nécessité de nous grouper et d'obéir à une commune direction !
« Les productetu^s étaient isolés, maintenant ils s'associent. » Voilà une idée simple ! Il est facile de la concevoir et Ton a vite fait de la mettre sur le papier, mais c'est autre chose de l'exécuter. Rapprocher des hommes, les grouper, puis les décider à rester unis et à agir en commun en se conformant à la loi qu'il se sont donnée, il n'y a pas au monde de besogne plus ingrstte^ tous les militants dévoués du socialisme peuvent en témoigner, ils savent la patience et la ténacité qu'il
faut déployer pour amener les ouvriers à s'organiser, alors que ceux-ci n'ont rien à y perdre et tout à y gagner.
On dit que les Français sont rebelles à l'association. C'est exact. Le malheur est justement que dans nos divisions et dans nos querelles il y a moins l'intérêt que le besoin de ne pas faire comme le voisin. Vous dites blanc, je dis noir ; vous allez à gauche, je m'en vais à droite. N'est-ce pas notre tempérament? Nous cherchons surtout ce qui nous sépare. Formons-nous un parti, nous nous divisons en fractions qui se combattent et se détestent réci* proquement. Nous sommes xmis devant tm péril immense, mais alors la nécessité nous y contraint. Dans les temps fertiles en émotions que nous traversons, un des événements qui bouleversent le plus nos idées est de nous trouver d'accord sans distinction de classes ou de partis. Cela ne nous était jamais arrivé.
Défaut natif aggravé par les circonstances. En tête de ces dernières, nous pouvons placer l'existence d'un gouvernement ordinairement sans autorité, notre résistance à toute sanction, aboutissant à la vie facile où chacun en prend à son aise et ne fait que ce qui lui plait^ notre faux orgueil égali-
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taire qui nous rend hostiles aux supériorités et aux talents, Tinsuffisance d une éducation morale qui développe le sentiment de la dignité personnelle et l'aspiration à Tindépendance sans leur donner comme contrepoids l'esprit de sacrifice et de soumission à la règle. C'est très bien de chasser la superstition des écoles et d^abolir de vieilles idées qui ne s'accordent pas avec le progrès, mais on ne peut rien supprimer sans le remplacer. Si le principe d'autorité ou de subordination de tous à la chose commune ne s'entend plus aujourd'hui comme autrefois, il n'en a pas moins conservé sa valeur. Dans l'esprit de notre régime, Tobéissance est volontaire, il faut cependant l'obtenir ou nous ferons la partie belle aux réactionnaires qui nous guettent et qui exploiteraient avec raison contre nous certaines vérités.
Maintenant cet individualisme dont nous souffrons n'est pas absolument particulier à notre race, on le retrouve à des degrés divers chez les autres peuples, nos bons amis les Anglais en sont atteints et même les Allemands dont on reconnaît Tesprit de discipline ne s'adaptent pas sans peine à cette action collective que réclame le régime moderne. Il semble que nous arrivions à im moment de
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rhistoire où une certaine qualité qui n'avait pas son emploi jusque-là devient la plus utile. Qu elle le veuille ou non, la mentalité humaine va se transformer une fois de plus sous la pression du milieu. A nous de pressentir cette évolution, n'attendons pas qu'elle nous pousse Fépée dans les reins, devançons-la plutôt.
Nous constatons qull est difficile de grouper les ouvriers; mais il est bien plus malaisé d'organiser des producteurs habitués à être les maîtres chez eux, ne tolérant aucune intrusion dans leurs affaires et traitant leurs concurrents en ennemis ou en suspects, car telle est la mentalité ordinaire du patronat. Pour arriver à grouper les propriétaires des charbonnages, puis ceux des aciéries en Allemagne^ il a fallu de nombreuses années de négo* ciations (cinq ans pour le syndicat du charbon), conduites par certains hommes très clairvoyants qui ne se sont rebutés devant aucun obstacle et qui sont arrivés à triompher de toutes les suspicions et de toutes les exigences contradictoires qu'ils renco ntraient sur leur chemin. Encore ces cartels ontils pris naissance dans des périodes de crise douloureuse, à des moments où le charbon et le fer étaient tombés à rien. Dans des temps ordinaires, Tintera
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bien compris n'aurait pas snffi à les faire éclore, cette conclusion ressort avec évidence de leur his* toire.
Voyons maintenant le changement qui s'est produit en l'espace d'une trentaine d'années dans la mentalité des patrons allemands. Ils ne sont plus libres de fixer leurs prix ni leurs conditions de vente comme ils Tentendent, ils ne peuvent pas non plus produire la quantité de marchandises qu'ils veulent, ou travailler autant d'heures par semaine, ou mettre en marche autant de machines qu'il leur plait, ils n'ont pas non plus le droit de vendre à qui leur convient. Une autorité supérieure règle ces questions pour eux.
Et pour qu'ils ne fraudent pas, on a institué bien entendu un contrôle et des sanctions. Des inspecteurs versés dans le métier se présentent chez eux inopinément, ils inventorient leurs stocks, vérifient leur nature et leur qualité, examinent leur comptabilité, leur correspondance^ leurs factut'es et s'assurent en un mot que tous leurs engagements envers le cartel ont bien été respectés. Dans le cas contraire, les industriels sont frappés d'une lourde amende qu'ils ne peuvent se dispenser de payer, car le cartel a pris la précaution de leur
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faire remettre des valeurs en provision. Cette amende s'élève dans le cas du charbon à 62 fr. 50 par tonne de houille qui aurait été soustraite au contrôle du syndicat.
Quand le cartel est puissamment oi^^anisé, il achète toute la production de Findustrie et la vend par l'intermédiaire d'un bureau central. En ce cas, le producteur aliène entièrement sa liberté commerciale. Le métallui^iste allemand, constate M. Jules Huret, reçoit une commande du cartel et l'exécute sans savoir à quel pays du monde elle est destinée. Le syndicat du charbon estime la consommation de l'année à un certain chiffre et règle d'après cette donnée la production. Si les circonstances l'amènent à modifier son évaluation, il prévient les industriels d'avoir à augmenter ou à diminuer le rendement de leur exploitation dans telle ou telle proportion.
11 est naturel que cette manière d'opérer détermine un changement profond dans les idées des producteurs. Jusqu'ici leurs entreprises avaient pour eux le caractère d'une propriété rigoureusement personnelle qulls administraient comme il leur plaisait, sans que personne eût à s'en mêler. Ils pouvaient en ralentir ou en activer la marche,
c*était exclusivement leur affaire. Les clients faisaient partie de la maison et les employés et les ouvriers étaient regardés par celle-ci comme des serviteurs, nous ne prenons pas le mot dans un sens méprisant, car ce trait de l'économie d'autrefois avait aussi ses bons côtés.
La législation industrielle a fait une première brèche daas cette conception patronale en obligeant l'employeur à respecter des lois et des règlements dans l'organisation de son usine et maintenant l'évolution économique elle-même élargit cette ouverture en dépouillant le capitaliste d^une partie de ses attributions qui passent avec son consentement entre les mains d'une organisation mieux constituée pour s'en acquitter.
Il ne serait pas prudent d'en conclure que l'initiative individuelle peut cesser d'être le pilier de la production — c'est du reste une éventualité difficile à imaginer^ — mais il est vrai que l'exploitation industrielle prend un caractère collectif et que les entrepreneurs élargissent singulièrement leurs conceptions en prenant conscience et de leurs intérêts professionnels et du rapport des diverses branches d'activité dans la société.
Le nouveau régime où l'on voit les producteurs d'une même spécialité s'associer au lieu de se com« battre est^il favorable au progrès? La concurrence individuelle disparaissant ou s'atténuant, n'est-il pas à redouter que les chefs d'entreprises ne se relâchent et ne déploient plus le même effort pour développer leur exploitation ou pour élever leur rendement au moyen de procédés nouveaux? S'ils arrivent à se constituer des monopoles, ne seront^ ils pas tentés d'en profiter poiur se laisser vivre?
Ce sont des questions qui viennent naturellement à l'esprit. Il importe d'en parler pour dissiper les préjugés qui régnent dans le public à l'égard de ces ententes de producteurs et les empêchent de prendre une extension désirable.
D'abord les faits sont là pour montrer que le régime des associations développe la production dans les pays où elle s'établit et l'on ne voit pas comment des raisonnements pourraient infirmer cette constatation brutale, elle ne nous dispense pas toutefois de rechercher comment le ressort du progrès se tend plus fortement que jamais sous un
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système qui devrait le détruire, d'après les idées de l'économie classique.
Le mécanisme est très simple : les ententes de producteurs sont des conventions qui lient leurs membres pour un temps limité, s^élevant à plusieurs années tout au plus. Pendant cette période les industriels ne peuvent pas, il est vrai, étendre leur fabrication au delà des limites qui leur sont assignées, mais ils ont toujours intérêt à réduire leur prix de revient pour élever leurs bénéfices et leur profit dépend comme autrefois de leur effort personnel et de leur bonne gestion.
Deuxième point : les cartels sont avant tout des organisations commerciales, ils cherchent donc à développer leurs ventes et poussent leurs membres à augmenter leurs moyens de fabrication, dans la mesure où ils y réussissent. Les choses se sont passées ainsi pour les syndicats du charbon ^ du fer, etc. en Allemagne.
Troisièmement : à chaque renouvellement du cartel, il est procédé à une revision des quoteparts, c'est-à-dire de la proportion des commandes allouées à chacun. Il en résulte que les usiniers les plus ambitieux ou ceux qui sont le mieux doués pour le faire agrandissent leur outillage ou leurs
moyens d'action afin de réclamer mi traitement plus favorisé dans le cartel suivant.
D'autre part, on suppose bien que les patrons ne constituent pas les cartels avec l'idée de réaliser un progrès dans la société. Quoique leur action puisse avoir ce résultat, le but qui les intéresse personnellement est de diminuer leur risque ou d'élever leur profit. Les cartels sont des trêves que des producteurs à peu près également outillés se consentent intelligemment les uns aux autres pour éviter une guerre qui leur serait nuisible à tous, mais si lun ou l'autre de ces producteurs trouvait le moyen d'abaisser son prix de revient sensiblement par rapport à ses voisins au moyen d'un perfectionnement pouvant lui conférer sur ces derniers une supériorité durable, il se détacberait du cartel pour toujours ou demanderait un pont d'or pour y rentrer. Chaque membre du cartel a donc intérêt à développer sa puissance pour reprendre son indépendance ou pour la monnayer dans l'association.
Autre fait à prendre en considération : il est rare qu'un cartel englobe tous les producteurs. Certaines entreprises appelées « sauvages » restent presque toujours en dehors : il en est qui n'ont
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pas obtenu les conditions qu'elles demandaient pour entrer dans la ligue, d'autres trouvent leur compte machiavéliquement à profiter des avantages du cartel (maintien des prix) sans subir les inconvénients correspondants (limitation de la production, contrôle, etc.). Si le cartel travaille à trop gros bénéfice, cette concurrence « illicite » s'élargit, l'attrait du profit fait sui^ir de nouvelles entreprises et l'existence du cartel est en péril. Le danger est le même, si îe cartel n'exploite pas avec les procédés les plus modernes, d'autres usines peuvent se créer en ce cas pour attirer la clientèle.
Le système des ententes favorise aussi l'extension des entreprises combinées dont nous avons dit un mot antérieurement. Pour échapper aux cartels, ces dernières sont amenées à extraire ou à fabriquer leurs matières premières et leurs produits bruts au moyen de charbonnages, de mines ou de fonderies leur appartenant en propre, elles peuvent ainsi produire les objets finis à meilleur compte que les usines qui achètent leur houille et leur fer aux syndicats. Bien entendu les cartels doivent composer avec ces entreprises.
Ce rapide exposé permet d'observer que le régime des cartels ne supprime pas la concurrence indivi-
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duelle et que son action se borne à la tempérer, à la régulariser dans une certaine mesure en limitant ses excès. Si Ton met à part certaines matières dont les sources de production sont limitées rigoureusement par la nature ou par l'effet des circonstances, on voit que le cartel détient presque toujours un monopole assez précaire dont la conservation dépend surtout de Tart et de la prudence avec lesquelles il le gère. A moins que le cartel ne trouve une protection illicite du côté de TEtat — le cas se présente — il ne peut commettre Tabus de vendre à des prix trop élevés, le seul à redouter, sans faire jouer la sanction qu'il craint le plus au monde et qui s'appelle la concurrence.
On peut se douter que ce n'est pas un métier couleur de rose que de diriger un cartel, on peut deviner qu'il faut un doigté et des connaissances professionnelles peu ordinaires pour maintenir en bonne harmonie des intérêts souvent si divergents en même temps que pour déterminer le niveau des prix qu*il est possible de stabiliser raisonnablement en conciliant l'intérêt des producteurs et des consommateurs en général. Mentionnons aussi que la fixation de ces prix doit tenir compte d'une autre forme de la concurrence : beaucoup de produits
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différents peuvent se remplacer les uns les autres selon leurs cours. Qusuid le charbon est trop cher en Russie, les chemins de fer y consomment du pétrole. Pour étendre les débouchés de Talcool en Allemagne, le syndicat Fécoule à bon marché, il doit lutter en effet contre le pétrole, le gaz, l'électricité, etc. De même, le bois de charpente est en concurrence avec les poutrelles de fer, etc.
Pour donner une idée de la complexité que présente le système des cartels, nous pouvons rappeler qu'on comptait une centaine de ces ententes dans la seule industrie du fer, en Allemagne. Parmi les produits finis de la métallurgie, on a relevé, dans Tenquéte ofiBcielle de 1904^ des cartels spéciaux sur les poutrelles, les rails, les traverses d'acier^ les bandages, les roues, les . conduites de gaz, les tuyaux de chauffage, le fer-blanc, les produits émaillés, les fils laminés, les pointes, les câbles métalliques, les grillages, les feuillards, les récipients d'acier, les ressorts, les épingles, les étaux, les socs de charrue, les fourches, les fers à repasser, les ferrures de fenêtre, les clous à chaussure, etc. Dans l'industrie des briques il y avait alors cent trente-deux cartels, dans l'industrie chimique on en compte une centaine.
La variété des ententes des producteurs, la diversité de leurs formes allant de la plus simple à la plus compliquée, leur durée, qui peut osciller entre plusieurs mois ou dix années, font voir que ces institutions sont essentiellement souples et répondent aux conditions infiniment nuancées de la réalité économique. D'abord embryonnaires, fugitives, elles prennent corps et se consolident de plus en plus, en même temps elles s'étendent, se midtiplient, se communiquant à toutes les classes et à toutes les professions sociales.
C'est peu de chose encore et en même temps c'est beaucoup, c'est même tout, si nous avons passé l'âge du désordre pour entrer dans l'ère de Torganisation.
Avant la guerre, il y avait en Allemagne un courant d'idées pour introduire dans l'organisation de l'industrie de nouveaux perfectionnements dont il est utile de parler, parce qu'ils apportent une indication sur les mesures que nos adversaires prendront vraisemblablement après la conclusion de la paix pour renforcer leur puissance économique.
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Il convient de rappeler en premier lieu que la question des cartels allemands a été l'objet d'une grande enquête officielle dont les résultats ont été publiés dans un volume soumis au Reichstag et que le gouvernement impérial a institué aussi sur le même sujet des discussions contradictoires auxquelles ont pris part des industriels, des commerçants, des acheteurs et des personnalités du monde scientifique. A quel résultat ont abouti cet examen et ces controverses ?
Il a été reconnu que Tentente des producteurs était une nécessité industrielle et constituait un progrès dont il ne fallait pas arrêter la marche, mais il a été constaté aussi que Tapparition de cette nouvelle forme économique imposait la création d'une institution de surveillance et de contrôle .
Ecoutez-ceci : l'on parlait d'établir un « ofiice des cartels » qui se serait occupé non seulement des ententes des producteurs, mais aussi de toutes les questions se rapportant à l'industrie.
De cette commission auraient fait partie des représentants des cartels, des entrepreneurs restés indépendants, des manufacturiers, des marchands, des consommateurs, des ouvriers et d'autres personnes versées dans ces questions. Cependant
aucun fonciioimaire de l'Etat, aucun magistrat et naturellement aucun honune politique ne devait V avoir accès.
Pourquoi cette exclusion? Pour intervenir dans les affaires industrielles^ disait-on, il faut des hommes de métier. La commission aurait à connaître des abus qui se produisent dans la fixation des prix. Une telle immixtion est des plus délicates, elle suppose une connaissance intime de rindustrie, de sa technique, de ses di£B.cultés. De tels problèmes ne peuvent être tranchés que par des gens de la partie, patrons, ouvriers, etc.
Ce n'est pas tout. Il était question d'obliger les cartels à faire une déclaration, à communiquer leurs statuts, à tenir la commission au courant des prix ou de la limitation de production qu'ils imposent à leurs membres, à lui adresser des rapports semestriels sur leurs commandes, leurs expéditions, etc. Non que ces renseignements dussent être publiés, mais il serait, faisait-on observer, d'un grand intérêt de les avoir pour trancher les abus particuliers et connaître la situation du pays.
Suivez la marche des faits. Au-desus des ententes de producteurs, on agite aujourd'hui l'idée de
créer un nouveau rouage qui jouera le rôle d'un tribunal et centralisera secrètement tous les renseignements relatifs aux industries. Cette institution, dont feront partie les intéressés, leur permettra aussi de coordonner les efforts, elle procurera en outre au gouvernement les éléments d'appréciation dont il a besoin pour agir à bon escient sur Tactivité du pays. L'organisation économique doit faire de cette manière un nouveau pas en avant.