‹ Vers la ferveurChapitre 26 sur 39 · COMMENT ON DEVIENT HUMBLE · texte numérisé non relu

COMMENT ON DEVIENT HUMBLE

Le mode de connaissance dont je viens de parler est à la portée de toutes les âmes sans exception; il requiert simplement un effort de l'attention et une certaine pratique de l'analyse psychologique. Des païens ont excellé dans cette connaissance d'eux-mêmes. Mais il est un autre mode de connaissance de soi-même qui est exclusivement à la portée de quelques âmes d'élite vivant d'une vie surnaturelle très intense. J'entends parler de cette science de soi-même que le chrétien acquiert dans une lumière toute spéciale qui lui vient de Dieu.

Supposez une âme qui, après avoir contemplé l'être de Dieu, et s'être abîmée dans l'admiration des adorables perfections de Dieu, reporte ensuite sa pensée sur elle-même. Dans cette lumière surnaturelle, elle se voit à sa vraie place vis-à-vis de Dieu, à une distance infinie de lui; et sa laideur, ses imperfections, ses tares originelles ou acquises, compa- . rées à L'ineffable beauté de Dieu, lui apparaissent si repoussantes qu'elle se fait horreur à elle-même et se considère comme un objet d'abomination.

L'âme qui est sous l'influence de ce sentiment de son néant, ne songe guère à s'enorgueillir. C'est même ce sentiment

qui donna naissance, chez les saints, à ces exagérations de langage que nous avons peine à comprendre. Lorsqu'un François d'Assise, par exemple, s'estime le plus criminel des hommes, ou lorsqu'un Vinceni de Paul se déclare plus misérable que les forçats qu'il évangélise, la raison s'étonne; elle est tentée de conclure au manque de sincérité. Mais la raison n'a aucune idée de la lumière dans laquelle se voient les saints; elle ne se rend pas compte que, dans cette lumière émanée de Dieu, la vertu la plus parfaite au sens humain éprouve le besoin de se cacher, de disparaître, de s'abîmer dans son néant et cpie, d'instinct, elle crie sa misère en des termes qui nous paraissent dépasser de beaucoup la vérité. Et pourtant, si énergique que soit, chez les saints, cette confession de la pauvreté spirituelle, elle ne traduit que très imparfaitement à leur gré l'impression d'anéantissement dont 1 âme est saisie en présence de l'être de Dieu.

Une humilité qui s'alimente à cette source sera toujours marquée au coin de la vérité. Combien je la souhaite à toutes les âmes qui liront ces lignes!

Laissez-moi vous rappeler que la prière doit occuper une place très large dans cette formation à l'humilité. Déjà nécessaire pour atteindre à la connaissance de notre néant, elle le devient bien plus en-

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core quand il s'agit d'aimer ce néant. Dieu veut, en effet, que de la science de notre bassesse naisse chez nous une tendance nouvelle : la tendance à descendre, à nous effacer, à ne plus poser pour la galerie, à nous complaire dans l'ombre. Pour tout dire d'un seul mot, tandis que l'orgueil aspire à régner, l'humilité veut servir.

J'ai beau interroger notre nature^ je n'y trouve rien qui réponde à cet appel divin, et je perçois très clairement que l'humilité, sous cette forme, réclame un secours spécial d'En-Haut, qu'elle ne peut être qu'une greffe pratiquée sur l'arbre aux fruits mauvais qu'est notre nature.

D'où nécessité absolue de la prière pour obtenir la grâce qui fait les humbles, la ,qrâce qui transforme notre nature et la porte au-dessus d'elle-même jusqu'à ces hauteurs où habite l'humilité chrétienne.

Je vous signale une autre source d'humilité : la méditation des humiliations de Jésus. L'humilité n'est pas une vertu qu'on puisse aimer pour elle-même : elle n'a rien ([lie de désagréable et de répugnant pour la nature. Vous l'aimerez, non pour le charme qu'elle aura à vos yeux, mais comme vertu pratiquée par Jésus, et faisant partie, pour ainsi parler, de la per-

sonnalité de Jésus. Vous l'aimerez dans la mesure où vous aimerez Jésus, parce que vous voudrez lui ressembler, vous faire humbles à son exemple. C'est dans le souvenir des humiliations de Jésus que votre humilité s'alimentera et grandira.

Voulez -vous donc étouffer dans leur germe toutes les révoltes de l'orgueil et sentir toutes vos répugnances pour l'humilité s'atténuer notablement? Considérez Jésus agenouillé devant ses disciples à la dernière Cène, leur lavant lui-même les pieds. Quel modèle pour vous! Jésus savait qu'il n'y avait pas de meilleur moyen pour faire aimer une chose antipathique à notre nature, que de la montrer dans un objet ou dans une personne aimée. Et il s'était dit : « L'homme, quand il me connaîtra, quand il saura qui je suis, ne pourra se dispenser de m'aimer. Et lorsqu'il me verra abaissé aux pieds de mes disciples, il aimera l'humilité ».

C'est le même but que Jésus vise le lendemain au tribunal de Pilate, sous les fouets du prétoire et sous les épines du couronnement, surtout dans l'ignominie de sa mort sur une croix. Il sait que ces légions d'âmes qui vont se passionner pour lui auront, du même coup, la passion de l'humilité. « Chaque siècle, dit le P. Félix, posséda de ces grandes mondaines qui vivaient pour la vanité, pour

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