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CHAPITRE XXIV

Mortification du défaut dominant.

Il est un défaut sur lequel viennent se greffer, pour ainsi dire, tous vos autres défauts et qui est chez vous, Mesdames, l'obstacle principal à l'acquisition de la ferveur : c'est votre défaut dominant. Voilà un champ tout trouvé pour la mortification : c'est sur ce défaut que vos principaux coups doivent porter.

Mais comment combattre un ennemi que l'on ne connaît pas? Rechercher votre défaut dominant, le déterminer d'une façon très précise, tel doit donc être votre premier soin.

Protestez d'abord à Dieu que vous voulez recueillir loyalement les avertissements de votre conscience, et que vous désirez sincèrement la lumière. Puis exa-

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minez quelle est la faute que votre conscience vous reproche le plus fréquemment, qu'elle vous sollicite plus habituellement de supprimer, et que vous répugnez davantage à corriger. Le nom de votre défaut dominant se confond très probablement avec le nom de celte faute.

Voulez-vous une autre indication? Quel est le reproche qui vous fait vous cabrer avec le plus d'indignation? l'accusation qui vous cause le plus de peine et de laquelle vous vous défendez avec le plus d'énergie? Je suppose que quelqu'un vous traite successivement d'orgueilleuse, d'avare, d'envieuse, de sensuelle : il est un point sur lequel vous serez, évidemment, plus empressées à vous défendre. Vous direz, par exemple : « Moi, envieuse? Ah! certes non! tout ce que vous voudrez, mais pas cela! » Vous venez de vous trahir : il y a tout à parier que l'envie est votre défaut dominant.

De ce diagnostic je trouve une confirmation dans un autre fait : votre répugnance à vous accuser en confession d'ètre envieuse. Vous vous refusez, n'esl-il pas vrai? à éclairer ce coin de votre âme. Ma conviction esl l'aile : l'envie est bien votre défaut dominant.

Vous pourrez aussi utiliser les observations de ceux qui vivent à vos côtés. Demandez-vous : Quel est le défaut qu'ils

me reprochent le plus souvent? Ils sont outillés pour connaître votre défaut dominant, avant même que vous n'ayez soupçonné son existence. Il vous semblera de prime abord qu'ils se trompent et vous jugent trop sévèrement. Mais défiezvous de votre impression personnelle. Tel défaut vous est si naturel, il fait à ce point partie de votre être que vous êtes probablement les seules à ne point vous en apercevoir. Au lieu de vous cabrer devant les critiques, devant les moqueries peut-être, accueillez-les avec reconnaissance, et sans vous arrêter à la forme plus ou moins piquante qui les assaisonne, ne songez qu'à en tirer profit.

En creusant un peu, vous reconnaîtrez que votre défaut dominant se rattache à l'une ou à l'autre de ces deux mauvaises racines : l'orgueil ou la sensualité. Tout ce qu'il y a de mauvais en nous sort, en effet, de cette double source. Analysez-vous tant qu'il vous plaira; prenez votre vie dans ses grandes lignes ou dans ses moindres détails, vous verrez que vous êtes toujours orgueil ou sensualité, sensualité ou orgueil, quand vous n'êtes pas tous les deux.

Il serait donc puéril de dire, par exemple : « Mon défaut dominant est l'orgueil ». Quelle trouvaille! Vous n'avez pas eu à vous fatiguer le cerveau pour ren-

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contrer une semblable naïveté. Ce qui serait plus intéressant à savoir, c'est la forme particulière que l'orgueil affecte cbez vous. Ce vice, aussi bien que la sensualité d'ailleurs, compte des variétés à l'infini. Dans laquelle de ces variétés avezvous votre place? voilà ce qu'il importe de savoir. L'orgueil est la désignation générale sous laquelle on peut coller une foule d'étiquettes spéciales, telles que jalouse, envieuse, colère, susceptible, etc. Cherchez quelle est celle de ces étiquettes particulières qui vous convient : quand vous aurez trouvé, vous tiendrez le nom de votre défaut dominant

Le défaut dominant une fois connu, il s'agit de l'attaquer. Vous me demandez de quelles armes il vous faudra user dans cette lutte. Je réponds que l'arme de précision, vantée en cette matière par tous les maîtres de la vie spirituelle, est l'examen particulier.

L'examen dont il s'agit ici est distinct de l'examen général. Il n'embrasse pas comme ce dernier toutes les fautes et tous les défauts. Il ne s'attache qu'à un seul défaut, à la colère, par exemple, ou à la susceptibilité: il oublie, momentanément,

toutes les autres fautes pour n'être attentif qu'aux seules fautes, soit de colère, soit de susceptibilité.

Je suppose qu'une personne, après avoir constaté que la colère est son défaut dominant, affermisse chaque jour sa résolution de combattre ce péché, et que chaque jour elle s'obstine à s'examiner avec soin sur les péchés qu'elle a commis en cette matière, ou librement, ou par des mouvements indélibérés. Je lui donne l'assurance qu'après deux ou trois mois de ce régime, elle aura réduit considérablement l'ennemi, et qu'elle aura réalisé des progrès merveilleux. On comprend en effet que cette vigilance constante, exercée jour par jour, heure par heure, pour ainsi dire, sur le même défaut, rende à bref délai une ânie maîtresse des impulsions les plus violentes qui peuvent surgir en elle.

Voulez-vous avancer davantage encore pour vous l'heure de la guérison? Faites cet examen particulier deux fois par jour. Consacrez vers midi trois ou quatre minutes à vous interroger sur la fidélité dont vous avez usé dans la matinée, et répétez le soir cette opération avec la même bonne volonté et la même régularité. Il n'y a pas de défaut, si enraciné qu'il soit, qui puisse tenir longtemps à ce régime.

Observation importante : la lutte contre votre défaut dominant serait fort mal comprise si vous vous contentiez de rogner sur la passion qui fait l'objet de votre examen particulier. Si vous voulez mener rondement la lutte, attacbez-vous à produire des actes de la vertu contraire, et portez aussi de ce côté votre attention dans l'examen. C'est le péché de gourmandise, par exemple, qui est la matière de vos examens particuliers. Eh bien!

évitez d'abord tout acte illicite de sensualité, mais surtout privez-vous des satisfactions que vous pourriez vous permettre sans péché. La meilleure façon et la façon la plus expéditive de supprimer un péché sera toujours de produire des actes de la vertu opposée à ce péché.

Il sera bon de ne pas systématiser à outrance dans cette matière. On s'imagine parfois que le défaut dominant apparaît chez tous d'une manière très accusée, et que, pour peu qu'une personne s'étudie, elle mettra sans difficulté le doigt sur ce défaut. C'est une erreur. On constate chez nous, dans notre constitution morale, le même phénomène que pour notre tempérament physique. Il y a, sans

doute, des tempéraments très tranchés que l'observateur reconnaît au premier coup d'oeil : mais c'est l'exception. La plupart des tempéraments sont mixtes : c'est-à-dire que chacun d'eux est comme un amalgame de plusieurs tempéraments et révèle à l'observation des mélangrs dont les proportions sont assez difficiles à déterminer. Quel est dans ces constitutions l'élément dominant? il n'est pas aisé de le dire. Il en va de même pour les âmes : les défauts se trouvent souvent mélangés de telle sorte qu'il n'est pas facile de diagnostiquer quel est celui qui prédomine.

Que faire lorsque nous constatons qu'il n'y a pas chez nous de défaut dominant, mais que plusieurs défauts se partagent en proportions à peu près égales le commandement? La tactique qui s'impose est très simple : il faut les attaquer successivement, choisissant celui que nous voudrons pour lui porter les premiers coups, et ne passant à un autre que lorsque celui-là sera notablement réduit. Avec du temps et de la méthode, nous obtiendrons les mêmes résultats que si nous avions eu à lutter contre un seul défaut vraiment prédominant.

Mais si nombreuses et si éclatantes que soient les victoires remportées contre le défaut dominant, il n'est pourtant jamais

permis, Mesdames, de déposer les armes et de s'endormir dans une absolue sécurité. Le mal dont vous croirez avoir triomphé aura des retours soudains : il faut donc prendre votre parti de veiller et de lutter jusqu'à la mort. Mais quand vous aurez pratiqué avec loyauté lexamen particulier durant quelques semaines, la lutte perdra pour vous de son acuité; vous constaterez que vous avez cessé d'être le jouet de votre passion dominante.

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