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CHAPITRE III Quelques conseils pratiques

Nous allons à la ferveur, ce qui veut dire que nous allons à la conquête de la vertu. Je vous dois ici, Mesdames, quelques conseils qui, peut-être, vous rendront cette conquête plus facile et qui trouveront, au cours de cette étude, des applications fréquemment répétées.

Je vous rappelle d'abord que vous n'acquerrez une vertu qu'à la condition de la désirer d'un désir ardent. Le désir est comme la force initiale qui donne au projectile sa rapidité et lui assigne sa direction. Si tant de gens ont une marche hésitante dans le chemin du bien et s'ils font machine arrière après un simulacre d'effort, c'est parce qu'avant de se mettre en route ils n'ont pas regardé le but d'un regard ferme et n'ont pas tendu vers lui tous les ressorts de leur être en disant avec

énergie : « Ce but, je veux l'atteindre; je l'atteindrai! »

En visitant un établissement industriel, vous avez remarqué un rouage principal qui actionne les autres et leur donne le mouvement : c'est ce rôle que le désir tient dans notre vie spirituelle, qui n'est, en somme, que la poursuite de la vertu. Cette poursuite sera d'autant plus active quelle aura été actionnée par un désir plus accentué. « Le désir, écrit saint Thomas, rend une âme apte et toute prête à recevoir la chose désirée ». C'est bien cette propriété que Noire-Seigneur attribuait au désir dans une de ses Béatitudes : « Bienheureux, disait-il, ceux qui ont faim et soif de la justice, parce qu'ils seront rassasiés. » Il y a donc proportion entre le désir d'une réalité surnaturelle et sa possession : on est rassasié dans la mesure où l'on a eu faim et soif de ce bien spirituel. Quel incitant pour nous à affermir notre désir d'une vertu, à le ranimer lorsque nous le sentons faiblir, à en produire des actes très précis et très fréquents!

Second conseil : si vous voulez, Mesdames, fournir une bonne carrière spirituelle, affranchissez-vous du respect humain et élevez-vous au-dessus du qu'en dira-t-on.

QUELQUES CONSEILS PRATIQUES 8g

Vous avez pente à détourner vos regards de Dieu quand il s'agit d'accomplir quelque acte de vertu, et à vous demander ce qu'en pensera la galerie. « Est-ce que je ne vais pas me singulariser? Est-ce que je ne vais pas causer de rétonnement autour de moi? On attend si peu cela de moi! Je vois d'ici les sourires, je pressens les railleries, j'entends les exclamations peu bienveillantes! »

Tout cela est vrai : il faut s'attendre, quand on veut résolument suivre les traces de Jésus-Christ, à causer de l'étonnement dans un certain monde, et même à provoquer le sarcasme : entre l'Evangile et ce monde auquel Notre-Seigneur a dit anathème, il y aura toujours un abîme : jamais ils ne se rencontreront. 11 s'agit pour vous de choisir entre les deux, puisque vous ne pouvez être à tous les deux à la fois. Et si votre choix est fait, si vous voulez être à Jésus-Christ, pourquoi composer avec le monde? pourquoi regarder de son côté et vous demander anxieusement ce qu'il pensera ou ce qu'il dira? Laissez là ces questions oiseuses. La seule question qui soit sage et opportune est celle-ci : « Qu'est-ce que Dieu pensera de moi?» Les jugements du monde méritent de vous le dédain que saint Paul professait pour eux : « Je me soucie peu de ce que vous penserez de moi

et de la façon dont on me jugera à votre tribunal : le seul juge devant lequel je m'incline, c'est Dieu! » Voilà de fières et nobles paroles : faites-en votre devise, et ne vous attardez pas à compter avec cette chose capricieuse et versatile qu'on nomme l'opinion.

Permettez-moi de vous signaler une erreur malheureusement trop commune.

Beaucoup de personnes s'imaginent qu'estimer une vertu et 1 aimer, c'est la posséder. Aussi, quand elles ont créé en elles par de bonnes méditations l'estime et l'amour de l'humilité, de l'obéissance, de la mortification, ces personnes sont pleinement satisfaites et croient qu'elles n'ont plus qu'à s'endormir sur les positions conquises. Il est de mon devoir de les détromper et de leur affirmer quelles n'ont pas le droit de se reposer, qu'elles en sont toujours à la théorie, et c'est peu.

Quand donc peut-on dire que l'on possède vraiment une vertu? Quand on produit des actes fréquents de cette vertu, et que la fréquence des actes les a rendus faciles. Jusqu'à ce jour on appartient à cette classe de chrétiens que saint Grégoire raille agréablement, « lesquels veulent être humbles sans jamais être humiliés, qui désirent être pauvres pourvu que

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