‹ Vers la joie; conte bleu, en cinq actes, en versChapitre 70 sur 107 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

J'ai si longtemps gardée au fond de mon ennui, Sombre, triste, les yeux grands ouverts comme lui, Loin de ce qu'elle aimait, loin de tout cœur qui m'aime, Si bien qu'en délivrant ce captif, c'est moi-même A qui je rends l'essor vers le libre horizon, Et que nous sommes deux à sortir de prison.

(Tout en parlant, il a ouvert la cage et rendu !a liberté à l'oiseau qui s'envole daus les arbres.)

J 0 U V E N E T T E , après un moment de silence.

Hélas! j'ai mal compris vos paroles, sans doute. Et voilà cependant qu'elles me troublent toute. Pourquoi? Vous qui parlez si bien, si mieux que moi, Vous devez le savoir. Dites-moi donc pourquoi.

LE PRINCE

Oh I non, non, dites-le vous-même, je vous prie. Les obscurs sentiments dont votre âme est fleurie, Nul n'en exprimerait comme vous la candeur. Ils perdraient, à travers mes mots, leur fine odeur. Ils la conserveront toute à travers» les vôtres.

J 0 u V EN ETT E, se laissant tomber assise sur le tronc d arbre.

Mais les mots quej'emploie...

LE PRINCE, s'asseyant près d'elle.

Ah ! n'en cherchez pas d'autres !

Ils sont les bienvenus. Ils sont les bien trouvés. Dites-les! Dites moi ce. que vous éprouvez.

Ce que j'éprouve est doux et triste tout ensemble. C'est votre voix surtout qui me trouble, il me semble. Oui, c'est cela, vraiment. Car, encore une fois. Vos paroles me sont... très loin. Mais votre voix,

C'est quelque chose qui se plaint, qui me pénètre, Qui... Je ne sais plus.

LE PRINCE

Si! Laissez-moi tout connaître.

Vous apprendre de vous m'est si délicieux I Un nuage naissant monte dans vos beaux yeux. Tâchez de découvrir ce qui le fait éclore. Parlez! Écoiitez-la, ma voix qui vous implore ! Répondez-lui. Cherchez d"où vous vient cet émoi, Ce qui se passe en vous!

JOUVE NETTE, presque effrayée.

Ce qui se passe en moi !

(Après une hésitation.)

Je ne peux pas.

LE PRINCE

La chose est donc très, très obscure?

(Elle fait signe que oui.)

Dites quand même!

JOUVENETTE

Eh bien! Je crois... Je me figure...

C'est comme ces chansons, que parfois on entend, Lointaines, dont le sens vous échappe, et pourtant Dont Tair vous prend au cœur et d'un accent si tendre, Que sans avoir compris on pleure à les entendre.

Encorl Dites encor!

JOUVENETTE

Et c'est peut-être aussi Parce que vous étiez, en arrivant ici,

Page 1