INTRODUCTION XXIII
N'est-ce pas le Christ qui, rappelant l'antique prophétie, a dit : a L'Esprit du Seigneur est sur moi, il m'a envoyé pour annoncer la délivrance aux captifs, pour renvoyer en liberté les opprimés ».
Tels aussi étaient les sentiments de ceux qui le soutinrent de leurs sympathies dans la rude bataille qu'il fallut livrer. Ces sympathies donnent toute sa valeur à ce livre, car elles montrent que nombreux furent les protestants français, qui, s'inspirant de l'esprit du Christ, malgré injures, outrages, menaces, se déclarèrent les défenseurs résolus du droit.
Ce livre pourra donc demeurer comme un témoignage de leur inébranlable attachement à la cause de la justice. Son auteur n'a pas eu d'autre ambition en le faisant paraître.
Le Bordereau (1).
Sans nouvelles m*indiquant que vous désirez me voir, je vous adresse cependant, Monsieur, quelques renseignements intéressants :
i^ Une note sur le frein hydraulique du 120 et la manière dont s'est conduite cette pièce ;
2° Une note sur les troupes de couverture ; quelques modifications seront apportées par le nouveau plan ;
3° ilne note sur une modification aux formations de l'artillerie ;
4° Une note relative à Madagascar ;
5° Le projet de manuel de tir de Vartillerie de campagne (ik mars i89k).
Ce dernier document est extrêmement difficile à se procurer et je ne puis l'avoir a ma disposition que très peu de jours. Le Ministère de la Guerre en a envoyé un nombre fixe dans les corps et ces corps en sont responsables. Chaque officier détenteur doit remettre le sienjaprès les manœuvres.
Si donc vous voulez y prendre ce qui vous intéresse et le tenir a ma disposition après, je le prendrai. A moins que vous ne vouliez que je le fasse copier in extenso et ne vous en adrese la copie.
Je vais partir en manœuvres.
(1) La lettre missive, appelée le Bordereau, attribuée faussement au capitaine Alfred Dreyfus et cause déterminante de sa condamnation, fut dérobée intacte à l'Ambassade d'Allemagne et remise en cet élat par l'agent Briicker au commandant Henry qui la lacéra par deux déchirures, l'une dans la largeur, l'autre dans la verticale.
Les débuts de l'Affaire.
Nous avions écrit, dans la Revue chrétienne, au lendemain de la condamnation du capitaine Dreyfus, « que l'on ne pouvait croire à tant de perfidie et que la pensée d'un crime si odieux ne devait pas aborder notre esprit, mais que cependant il fallait se rendre à l'évidence, car l'unanimité du conseil de guerre à déclarer coupable celui que défendait un avocat illustre ne permettait plus le doute ». Il nous semblait alors que le silence de la tombe se ferait sur cette tragique histoiriB, et que le criminel s'éteindrait, oublié des hommes, dans Taffreuse solitude des îles du Salut.
L'oubli se fit pendant de longs mois, troublé à peine par l'apparition d'une courte brochure où M. B. Lazare affirmait que le capitaine Dreyfus avait été victime d'une erreur judiciaire. Un éclat passager se produisit à l'occasion de l'interpellation d'un député obscur, ancien boulangiste, auquel le général Billot répondit çax ài^^ ^.^vc\«v^^
2 LES DÉBUTS DE l'aFFAIRE
tions qui semblèrent décisives (1). La question dès lors parut rayée de Tordre du jour.
Une année ne s'était pas écoulée qu'elle réapparaissait avec un tel éclat qu'elle dominait toute autre préoccupation et, qu'au mois de novembre 1897, restera désormais attaché le souvenir de Taffaire Dreyfus.
Il ne saurait être question de faire ici l'histoire de ce drame, mais du moins devons-nous essayer de rappeler ses principaux épisodes.
Malgré les hurlements de mort de la foule, à la face de ses chefs, de ses camarades, des soldats, la tête haute, le capitaine Dreyfus avait juré qu'il était innocent. Ceux qui furent témoins de cette scène horrible n'en parlent encore qu'avec un sentiment d'effroi ; la mort n'était rien auprès de cette infamante dégradation.
Dreyfus était condamné comme coupable d'une trahison qu'il niait éperdument. « Ah ! que je voudrais, écrivait-il au lendemain de ces événements, pouvoir déchirer, à cous d'épée, ce voile impénétrable qui entoure ma tragique histoire ! Qu'avons-nous fait pour subir une pareille infortune? C'est précisément là ce qu'il y a de plus épouvantable, c'est qu'on se demande de quel crime on est coupable, quelle faute on expie. ^)
Les siens n'admettaient pas qu'il fût coupable et rien ne peut exprimer la grandeur de leur in-
(1) Interpellation Castelin (18 novembre 1896) : a II y a chose jugée, avait dit le Ministre, et il n'est permis à personne de revenir sur ce procès ».
LES DEBUTS DE L AFFAIRE à
fortune et de leur désespoir ? Ils durent courber la tête sous cette épreuve et passer par un calvaire dont l'agonie paraissait devoir être sans fin. L'un des frères du capitaine, M. Mathieu Dreyfus, résolut de consacrer sa vie à sa défense. Depuis trois années il n'a que cette seule, que cette unique pensée, faire rendre justice à celui qu'il déclare innocent. Sans rien connaître de ses intentions, l'un des hommes qui honore le plus le caractère et le nom alsacien, M. le sénateur Scheurer-Kestner, arrivait à la même conviction par l'étude approfondie du procès, et, dans les derniers jours d'octobre, le bruit se répandait à Paris qu'il ne tarderait pas à faire connaître le résultat de ses recherches.
Au même moment se déchaîna la plus odieuse, la plus infâme des campagnes de presse. Contre cet homme de cœur, serviteur éprouvé de la France et de la République, furent dirigées des accusations abominables. On put mesurer, dans toute son étendue, le mal fait par une presse digne de toutes les flétrissures. Sur ce pays dont la tradition de défense des faibles et des opprimés est la gloire la plus pure, régnait une terreur qui laissait le champ libre à l'insulte.
Seul, au mépris des calomnies et bravant les outrages, M. Scheurer-Kestner se leva et dit : « J'ai acquis l'entière conviction de l'innocence du capitaine Dreyfus. Le malheureux a été victime d'une épouvantable erreur judiciaire. Puisque je sais que le capitaine Dreyfus est innocent, j'emjploierai tout ce que j'ai de force, \o\i\, ee c\v3l^ *')J^\