‹ Vers la justiceChapitre 28 sur 100 · M. MATHIEU DREYFUS · texte numérisé non relu

M. MATHIEU DREYFUS

abandonné pour se consacrer à sa défense. Et il se trouve des gens pour lui en faire un crime ? Mais dans notre France, si éprise de justice, quel est rhomme droit qui oserait condamner cette lutte désespérée d'un frère voulant sauver l'honneur de son frère. Qu'on dise donc bien h^ut, avec toute l'impudeur nécessaire, que M. Mathieu Dreyfus est juif et que dès lors il est coupable. Pour nous, nous repoussons avec horreur, ces sentiments indignes de notre race et nous admirons ce combat héroïque, soutenu au milieu de tant d'angoisses.

Nous ne pouvons pas admettre que la générosité française ne l'emporte sur la diffamation et l'outrage. Il n'est pas possible que l'esprit d'équité ne reprenne le dessus et qu'il n'y ait pas une révolte contre cette guerre odieuse faite à un homme qui lutte avec la plus douloureuse des blessures au cœur.

Il se trompe, dites-vous, son frère est coupable, mais lui ne le croit pas et c'est son innocence qu'il veut proclamer. En vérité où donc est la faute et que devient notre pays, si l'on accable ceux qui ont le droit sacré de défendre l'honneur de leur nom ?

Ce n'est pas l'un des caractères les moins attristants de ce drame, que quiconque ose élever la voix est sur l'heure l'objet des plus abominables soupçons.

Qu'on y prenne garde, ces gens-là ne cessent de maudire l'étranger, et ils introduisent dans nos mœurs un esprit de violence et d'injustice indigne

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de tout notre passé et étranger à toute notre histoire.

Nous n'avons rien de plus glorieux, dans notre tradition nationale, que notre passion pour la justice et ces hommes n'exaltent que les passions furieuses de la vengeance.

S'il est un devoir et un devoir impérieux, c'est de lutter contre cet affreux désordre des esprits et de revenir à nos traditions d'honneur et de justice. Nous comprendrons mieux alors Théroïque courage de M. Mathieu Dreyfus et nous attendrons, dans le respectueux silence que doit faire naître un tel spectacle, lissue de ce combat qui évoque les souvenirs des plus grands drames de l'antiquité.

Le Signal (29 novembre 1897).

Après la publication des lettres d'Esterliazy à, M"**" de Boulancy.

De toute manière ceux que n'aveugle pas l'esprit de parti, et ils deviennent tous les jours plus nombreux, sauront gré à M. Mathieu Dreyfus d'avoir démasqué un tel homme. A-t-il ou n'a-t-il pas écrit le fameux bordereau, nous l'ignorons encore, mais l'homme qui, ayant l'honneur de porter Tépaulette a pu écrire ces paroles : « Si Von venait me dire que je serais tué comme capitaine de Uhlans en sabrant des français, \^

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serais cert'dinement parfaiitement heureux » n'a plus le droit d'accuser personne.

Comment, après l'enquête la plus minutieuse, les recherches les plus exactes, le colonel Picquart arrive à cette certitude que le commandant Esterhazy est l'homme que nous connaissons maintenant. Il en prévient successivement le général Gonse (1) et le général de Boisdeffre, est-ce le coupable qui est l'objet d'une enquête? Non c'est le chef du service des renseignements, l'officier le plus en mesure de savoir et de connaître, qui est exilé en Tunisie. C'est l'homme, dont les lettres aujourd'hui publiées inspirent l'horreur, qui est laissé libre et c'est l'officier de mérite qui est frappé. Et chacun a le droit de demander, pourquoi? et de ne pas se lasser avant qu'une réponse décisive ait été donnée.

Par tout ce que nous savons du colonel Picquart nous pouvons assurer que si ses lettres au général Gonse sont publiées, on les trouvera droites et fortes, dignes de son caractère, inspirées par le seul désir de servir le pays. Et nous

(1) Le colonel Picquart, dès 1896, avait averti le général Gonse, afin que le ministère prit l'initiative de la revision. Ce fut alors que Gonse osa lui dire : « Mais qu'est-ce que cela vous fait que ce juif reste à l'Ile du Diable », parole restée au déshonneur de son nom. Et il ajouta : Si vous ne dites rien, personne ne le saura. Sous le coup d'une virile indignation, Picquart lui répondit : « Ce que vous dites là est abominable, mon général ! Je ne sais pas ce que je ferai, mais en tout cas je n'emporterai pas ce secret dans la tombe. »

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