LE SILENCE DU GOUVERNEMENT
il offrait à ses chefs de réparer, dans une certaine mesure, une si grande erreur.
On sait ce qui arriva à la veille de Tinterpellation Castelin, le colonel Picquart dût quitter le Ministère de la Guerre, quelques mois plus tard, il était en Tunisie.
Le ministre, dira-t-on, avait donc la preuve indubitable de la culpabilité de Dreyfus ! Nous pouvons répondre hardiment : non. Et la preuve apparaît à tous les yeux, non par un raisonnement mais par le fait suivant.
Un an plus tard l'honorable M. Scheurer-Kestner arrivait de son côté au même résultat que le colonel Picquart, dans les conditions que chacun connaît. Dans son entretien avec le général Billot, il se déclarait prêt à reconnaître son erreur, si la preuve de cette erreur était faite.
Il était doncau pouvoir du Ministre de la guerre, éclairé par les généraux de Boisdeffre et Gonse, d'administrer cette preuve irréfutable, il ne l'a pas fait.
Son incroyable silence a provoqué la lettre si courageuse de M. Scheurer-Kestner et amené la dénonciation formelle de M. Mathieu Dreyfus. Dès lors l'enquête judiciaire s'imposait et depuis les évènenements se sont précipités.
Le ministre a donc une grave responsabilité, volontairement il a organisé le silence, alors que l'enquête la plus sérieuse s'imposait puisqu'un officier de la valeur et du caractère du colonel Picquart s'offrait à fournir les preuves de l'erreur judiciaire commise.