M. FRANÇOIS COPPÉE
le choc des polémiques, on n'est que trop disposé à Toublier (1).
Signal (4 décembre 1897).
M. François Coppée (2).
Nous avons demandé s'il était parfaitement exact que M. F. Coppée eut refusé, comme M. A. Daudet, de se prononcer sur l'affaire Dreyfus. Voici ce que l'on rapporte à ce sujet : Il paraîtrait qu'à la fin de son article qui devait paraître jeudi dernier (3 décembre), si nous ne nous trompons, Tillustre écrivain aurait ajouté : qu'au lendemain de la condamnation de Dreyfus, il avait exprimé le regret qu'il ne fut pas possible de condamner à mort ce traître. « Je maintiens, disait-il, que son crime, qui est le plus infâme des crimes, mérite la mort. Mais quelques personnes sont venues qui mettent en doute la culpabilité de Dreyfus. Je crois qu'il est de mon devoir ayant durement parlé jadis de déclarer que l'incertitude est entrée dans mon esprit et que je suis de ceux
(1) Esterhazy fut, par la suite, l'objet d'une ordonnance de non-lieu de la part du rapporteur et de la part du Commissaire du Gouvernement, mais le général Saussier ne voulût pas rendre cette ordonnance.
(2) Cette déclaration de M. F. Coppée me fut apportée par une personne sûre qui l'avait copiée à l'imprimerie du journal où elle devait paraître. Mis en demeure, à diverses reprises, de se prononcer sur la vérité de cette information, M. F. Coppée a toujours gardé le silence.
30 IL n'y a pas d'affaire DREYFUS
qui voudraient savoir si le plus misérable des criminels est puni d'un juste châtiment, ou si un malheureux est victime de la plus effroyable erreur judiciaire que l'histoire de l'humanité ait jamais connue. »
La note était, paraît-il composée et devait passer lorsqu'elle fut supprimée. Nous en avons reproduit sinoa lés termes exacts, du moins la pensée. Nous croyons savoir que plusieurs personnes ont eu connaissance de cette note. Pour quelle cause n'a-t-elle pas été publiée? M. F. Coppée seul pourrait le dire !
Signail (6 décembre 1897).
Il n'y a pas d'affaire Dreyfus.
Il n'y a pas d'affaire Dreyfus, a dit M. le président du Conseil, dans la séance du 5 décembre, mais comment se rendre à cette parole ?
N'est-il pas évident à tous les yeux que le commandant Esterhazy est accusé d'avoir écrit le bordereau qui fut, au témoignage de M* Démange, la seule cause de la condamnation du capitaine Dreyfus. Et s'il est prouvé que Dreyfus n'est pas l'auteur du bordereau incriminé, qui ne voit la conséquence qui s'impose?
Il n'est pas en notre pouvoir d'échapper à ces déductions qui naissent non d'une argumentation forcée mais de la réalité des faits.
C'est en ce sens que cette affaire est judiciaire