LA DÉCLARATION DU GÉNÉRAL BILLOT
ment ; elles révèlent une opinion avec laquelle il faut compter assurément, mais elles n'ont pas le caractère de certitude absolue que la situation réclame aujourd'hui. Il est un point qu'il importe de préciser, M. Billot n'est pas l'armée, c'est un homme politique dont on discute les actes et Ton sait avec quelle modération cette discussion se poursuit ici. Mais il n'est pas en notre pouvoir d'oublier certains faits.
Si le Ministre de la guerre, en mesure d'être informé comme personne ne peut l'être, ayant en mains des preuves certaines, indéniables du crime commis avait dit non « je considère Dreyfus comme coupable mais Dreyfus est coupable », l'impression produite eut été, croyons-nous, décisive.
Et si nous faisons ces remarques, qui s'imposent d'elles-mêmes à l'esprit, dans une question rendue si angoissante, c'est que nous croyons traduire les sentiments de ceux qui veulent la lumière, toute la lumière.
Si l'on veut y réfléchir, en effet, on arrive à cette conclusion, en quelque manière forcée, que si la certitude absolue du crime de Dreyfus existe, il était absolument inutile d'informer contre Esterhazy. Le bordereau étant de la main de Dreyfus ne peut avoir pour auteur le commandant.
Le raisonnement est implacable sur ce point.
Or c^est sur ce chef d'accusation qu'ordre est donné d'informer, donc il existe au moins un soupçon qu'Esterhazy puisse l'avoir écrit.
LE VRAI CARACTÈRE DE l'aFFAIRE 33
Nous restons fidèlement sur le terrain judi-» ciaire et l'on peut voir par là, que, sans passionner en aucune manière le débat, nous sommes contraints d'arriver à des conclusions qui montrent l'urgente nécessité de Texamen le plus sérieux et le plus impartial.
Signai (7 décembre 1897).
Le vrai caractère de l'Affaire.
Plus on réfléchit à la marche des événements, plus on est douloureusement frappé de ce fait que l'opinion publique est sans guide autorisé, que toutes les questions se confondent et que, dans ce tumulte de pensées et d'idées, on ne perçoit que des démentis, des clameurs, des injures.
Et cependant qu'est donc cette affaire Dreyfus dans son principe premier, non dénaturé par les polémiques et les outrages ?
Un homme est condamné pour crime de trahison. Son frère obéissant à la loi même de la solidarité humaine persuadé de son innocence, convaincu d'une erreur judiciaire, met tout en oeuvre pour le prouver. Où Terreur, où la faute? Mais il ne pouvait, il ne devait pas faire autrement.
Qu'on réponde à ceci et non point à autre chose, nous attendons.
Un citoyen, homme d'une honorabilité absolue, l'incarnation du patriotisme aVsaciexv^ ^^