‹ Vers la justiceChapitre 5 sur 100 · PRÉFACE V · texte numérisé non relu

PRÉFACE V

notaux doutait aussi. Mon doute s était changé en quasi'Certitude de l'innocence ^ depuis la scène atroce et sublime de la dégradation^ en certitude complète depuis que j'avais pu comparer récriture de Dreyfus avec celle du bordereau.

Combien je regrette aujourd'hui de n'avoir pas tout de suite déclaré cette certitude., et méme^ dès i8g5^ mes doutes, ces doutes qui, depuis lors, m'avaient causé de quotidiennes insomnies ! Mais je ne pouvais croire que sept officiers eussent pu se tromper ou être trompés à ce point, je ne pouvais croire que l'antisémitisme eût corrompu une si grande partie de notre armée et de la France tout entière; je me disais quil devait y avoir des choses que j'ignorais, et qu'alors je serais bien cou-' pable de mettre en doute la clairvoyance ou la probité des chefs de notre armée. Je me taisais donc, même avec ma femme et mes enfants. Et même après avoir libéré., le 5 novembre iSgj, mon âme oppressée, je déclarais dans une interview publiée par vous dans le Signal du 1 1 novembre, que si les ministres pouvaient affirmer sur leur honneur la certitude de la culpabilité de Dreyfus, je jugerais de mon devoir de me taire et de les croire.

Ces anxiétés, ces scrupules, ces tourments ont été ceux de tous les défenseurs de Dreyfus, jus^ qu'au moment où des torrents d'aveuglante lumière ont fait éclater aux yeux de tous ceux qui ne se refusaient pas volontairement à voir, l'amas des crimes qui avaient été commis pour le faire condamner, pour le soumettre à des tortures par

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